‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 84 sur 107 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

DELA CORRESPONDANCE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE, RELATIVEMENT AU MAGNÉTISME ANIMAL.

La société royale de médecine m'a chargé, dans sa séance du vendredi 22 octobre dernier, de lui rendre compte de différentes lettres et mémoires qu'elle a reçus de ses associés et correspondants, relativement au magnétisme animal. On n'ignore point que cette méthode nouvelle s'était propagée dans toutes les provinces, et qu'il y a eu peu de villes où l'on n'en ait établi des traitements publics. Les différents corps de médecine du royaume ont été ainsi à portée d'en observer les suites, d'en étudier les effets ; et le zèle dont ces compagnies sont animées ne permet pas de penser qu'au milieu de tant d'innovations elles aient pu rester indifférentes. C'est avec satisfaction que la société doit apprendre qu'elles se sont unanimement élevées contre le prestige qui a séduit la multitude, et qu'elles ont fait tous leurs efforts pour le dissiper.

Dans le nombre des raisons qui les ont portées à combattre cette nouvelle pratique, les inconvénients que plusieurs médecins en ont vu naître paraissent les avoir plus particulièrement déterminées à la rejeter. En effet, on n'a pas seulement, observé que les traitements magnétiques n'opéraient aucun bien pour l'ordinaire, on a plusieurs fois remarqué qu'il en était résulté de fâcheux accidents, soit par le trouble que cet appareil jette dans le système nerveux, soit en éloignant les remèdes vraiment indiqués pour la guérison du malade.

Dans un mémoire envoyé deBordeau\ à la société, on rapporte qu'un des plus célèbres médecins de cette \ilk\ affligé depuis quelque temps d'une affection spasmodique, tendante

à la paralysie, mais libre encore de toutes les parties supérieures, et jouissant de tous ses sens, s'étant livré à ce genre de traitement, en éprouva les effets les plus funestes; il n'y eut pas de séance qui n'aggravât les accidents nerveux. Le malade se trouva bienlùt privé de l'usage de tous ses membres : un rhumatisme universel semblait s'en être emparé, au point que le corps tout courbé ne formait plus qu'un arc; bientôt le malade ne put articuler distinctement aucune parole : le moral fut dès le principe profondément affecté; il fallut l'alimenter el le soigner comme un enfant. De prétendus bains magnétiques, administrés indiscrètement dans une affection qui annonçait un affaissement général, et qui menaçait d'une paralysie universelle, produisirent surtout cette révolution : à la vingt-quatrième séance, le magnétiseur abandonna de luimême le malade (4).

A ce fait il nous est facile d'en ajouter d'autres. Dans une lettre écrite de Nantes le 18 septembre 1784, M. Richard Duplessis annonçait à la compagnie : « Qu'il n'y avait eu aux traitements établis dans cette ville ni morts ni guérisons, mais qu'on y avait observé bien des convulsions, des cris, des hurlements, et qu'une femme, après avoir été magnétisée une fois, était devenue folle la nuit suivante, au point de courir les rues.» M. Richard ajoutait que « cependant elle s'était depuis familiarisée avec le magnétisme.»

Une observation pareille vient d'être communiquée à la société par M. Durande. Il mande, dans une lettre écrite de Dijon, le 14 novembre, qu'une demoiselle valétudinaire , soumise aux traitements du même genre, est tombée dans des accès de folie, quoique avant ce traitement elle eût toujours joui de sa raison.

M. Baudot , correspondant de la société à Bourg-en-Bresse, dans une lettre en date du 2 octobre, nous a appris qu'un jeune élève de M. Mesmer ayant établi deux baquets dans

(1) On rapporiedansle mémoire que le même adepte, appelé pour voir un mourant , après avoir fait placer des glaces , de la musique dans sa chambre , et employé les procédés ordinaires du magnétisme, ne produisit sur le malade qu'un rire sardonique que l'on voulut faire passer pour des signes de soulagement.

cette ville , où un grand nombre de gens infirmes et pauvres s'étaient rendus, aucun n'avait été guéri; il ajoutait qu'une femme qui avait été prise de la lièvre après avoir sevré son enfant était morte le quinzième jour dans une affection soporeuse et des convulsions, après avoir subi le seul traitement du prétendu magnétisme animal. « Tant il est vrai, ajoute M. Baudot, qu'il n'y a pas de secte qui n'ait ses partisans et ses martyrs.»

On en trouve un nouvel exemple dans l'observation suivante, •communiquée à la société, et dont M. Bauzée, de l'académie française, atteste la vérité. Une femme enceinte, s'étant livrée imprudemment aux traitements, éprouva des spasmes, fit une fausse couche, et mit au monde un enfant mort dans son sein, qui paraissait avoir péri dans les convulsions du magnétisme.

Le fait que nous allons rapporter n'offre pas un moindre exemple d'imprudence. Un homme replet et cacochyme était sujet à une humeur vague, pour laquelle on lui avait appliqué un cautère : séduit par les promesses d'une personne qui exerçait le magnétisme, il se détermina à suivre ce genre de traitement. Le prétendu guérisseur exigea que le cautère fût fermé ; et peu de jours après, le malade fut frappé au baquet, et mourut d'apoplexie. Ce fait a été communiqué à la société par MM. Durandeet Chaussier, médecins et correspondants à Dijon (Lettres des 24 et 26 septembre 1784).

Enfin, M. Arthaud ( Lettre datée du Cap, le 27 juillet 4784), en apprenant à la compagnie qu'on venait d'établir au Cap un très-grand appareil, où l'on avait rassemblé des malades de toutes les espèces, annonçait qu'il y avait déjà un mois que les traitements étaient commencés, et que l'on comptait sept personnes mortes.

En général . on a observé que les malades , sans éprouver toujours d'aussi funestes catastrophes, se trouvaient plus mal au moins, pour l'ordinaire, de l'opération du magnétisme. Ce résultat est surtout bien établi par les nouvelles que la société a reçues de Malte. Un mémoire publié en italien sous le nom de M. Calogcro Vinazzo, docteur en médecine (1), et remis à la société, de la part de l'auteur, par M. l'abbé Tessier, à

(1) Leltera rispoiisiva alla Memoria di M. Court-dc-Gebelin su il magnetismo

qui il l'avait adressé, contient les détails suivants. Il apprend que quatre médecins et deux chirurgiens « ont eu ordre du grand maître, d'examiner les expériences de M. Amie. Parmi le grand nombre de malades qui couraient au magnétisme, ils en choisirent vingt-cinq, sur lesquels ils fixèrent leur attention : il y avait dans ce nombre des aveugles de naissance, des personnes attaquées d'obstructions, de cachexie, d'autres tourmentées de rhumatismes, des épileptiques, des hypocondriaques, des paralytiques, des sourds, des femmes hystériques, et quelques-unes ayant des ulcères cancéreux au sein. En examinant avec soin ces malades , après soixante-dix jours de traitement suivi, MM. les commissaires en trouvèrent quelques-uns qui étaient plus mal, d'autres qui étaient encore au même degré; et le petit nombre de ceux qui avaient paru soulagés retombèrent, après avoir quitté le traitement , dans un plus mauvais état qu'auparavant Il est vrai, continue l'auteur, que d'autres personnes qui s'étaient enthousiasmées pour le magnétisme, et qui s'étaient soumises au traitement pour des maladies imaginaires, ont été annoncées comme guéries ; mais on avait eu soin, ajoute-t-il, de taire les mauvais effets de ce traitement sur beaucoup d'autres, qui avaient été obligées d'avoir recours aux médecins ordinaires; et l'on a observé que le plus grand nombre avaient conservé leurs incommodités.» L'auteur termine ce récit des traitements de M. Amie, en faisant voir qu'en exerçant le magnétisme à Malte comme à Paris, c'est-à-dire en produisant des convulsions ou ce que l'on appelle «ies crises, suivant que les malades étaient plus ou moins sensibles, non-seulement il ne les avait pas guéris, mais qu'au contraire il avait aggravé leurs indispositions nerveuses.

A cette cause des effets nuisibles du magnétisme, on peut en ajouter une encore plus générale. En effet, c'est un des inconvénients les plus graves que les médecins aient remarques de l'introduction de cette méthode dans les provinces, que l'espèce de répugnance qu'elle inspire aux malades pour les remèdes ordinaires, et la défaveur qu'elle répand sur leur emploi. « Les mélancoliques et les hystériques, dit M. Moulet, médecin

animale, del doiior D, Calogevo Vinuzzo, medico délia cilta di Nota, in Calania. 1784, in-4" de 23 pages.

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à Caussade en Quercy, nous demandent journellement la baguette merveilleuse de M. Mesmer; ils ne veulent point entendre parler d'autres antispasmodiques. Les purgatifs perdent aussi de leur réputation auprès des autres malades.» M. Chaussier, correspondant à Dijon, rapporte également (Lettre du 24 septembre 4784), qu'une dame attachée à la doctrine du magnétisme portait l'enthousiasme à un tel point, que dans une maladie qu'elle éprouva elle ne voulut aucun remède. Nous avons fait mention plus haut des inconvénients que l'on a vu naître de cette conduite, à la suite de laquelle un grand nombre de malades ont senti s'aggraver leurs accidents. M. Charmeil, chirurgien à Mont-Dauphin , confirme cette observation; il annonce ( Lettres des 8 septembre et 8 octobre 4784), que depuis trois mois et demi qu'un partisan très-zélé de M. Mesmer exerçait le magnétisme dans cette ville, avec un grand concours de malades, il n'avait encore observé aucune cure ; qu'au contraire il avait été obligé de rétablir la santé de plusieurs personnes qui y avaient vu augmenter leurs maux pour avoir négligé les secours qu'emploie la médecine. Ces inconvénients sont manifestes, et l'on peut ajouter que dans les opérations du magnétisme, on ne les voit balancés par aucun avantage. Nous avons déjà dit que, dans les différentes villes de province, les médecins, témoins des traitements qui y étaient établis, n'avaient observé aucunes cures ou guérisons réelles. Ce résultai surtout par it avoir été général. « Le public, d'abord engoué, dit M. Arthaud, médecin au Cap (Lettre ci-dessus), cherche et demande des cures, et il commence à être un peu consterné d'a\oir été séduit et d'avoir cru que tous les désordres de la santé pouvaient se guérir par des convulsions. » M. Joyeuse rend le môme témoignage des traitements exercés à Marseille ( Lettre du 3 octobre 4784 ). « Le baquet , dit-il, établi ici depuis quelques mois a contribué, par son inaction absolue sur les malades qui y avaient eu recours, à affaiblir l'idée avantageuse que quelques particuliers avaient conçue de cette méthode.» M. Souville nous apprend de Calais (Lettre du 30 septembre 4784) qu'il a fait des recherches à ce sujet, et que, sans prévention, il n'était point venu à sa connaissance que L'on y eût guéri aucun malade par cet agent prétendu. Enfin, M. Lepecq, médecin à Rouen, d'un mérite 1res-

distingué, et associé de la compagnie (Lettre du 7 août 1784); M. Liougourd, médecin à Saint-Malo (Lettre du 29 septembre 1784); M. Baudot, que nous avons cité au commencement de ce rapport, et beaucoup d'autres (1) confirment par leur témoignage la vérité de ce résultat.

Ce n'est pas que dans les différentes villes de province, comme à Paris, les partisans du magnétisme n'aient publié des listes de cures opérées par leur méthode (2). Mais ces recueils, formés poui l'ordinaire par des personnes auxquelles il manquait d'être suffisamment éclairées en pareille matière, n'annonçaient que le zèle de la bienfaisance; et, en soumettant les prétendues guérisons qui y étaient rapportées à un examen réfléchi, on parvenait bientôt à en démontrer le peu de fondement.

Un a vu, relativement au soin que l'on parait avoir pris de choisir les témoignages parmi les classes de la société les plus distinguées, on a vu, dis-je, que si cette précaution est propre

(1) Lettres de M. Robin, chirurgien-major à Angoulême, en date du 5 octobre 1784.

De M. Housset de Fort-Bois, médecin à Auxerre, 2 septembre.

De M.Monlien, médecin à Rennes, 21 septembre.

De M. d'Albis, médecin à Milhaud, 19 octobre.

De M. Mignot de Genety, médecin à Thiers en Auvergne , 6 octobre.

De M. Four de Bourrieu, médecin à Aurillac, 4 octobre, etc., etc.

(2) On en trouve une preuve dans le mémoire de M. Pujol, médecin trèsinstruit et correspondant de la société à Castres. En rendant compte des progrès du magnétisme dans celte ville, il s'exprime ainsi [Lettre du 14 décembre 1784) : « Les deux savants rapports que le roi fit publier dans le cours du mois d'août dernier sur la doctrine de M. Mesmer avaient d'abord produit un calme général au sujet du magnétisme. Depuis un mois, les choses ont bien changé de face. A cette époque, un adepte, parti six mois auparavant pour Paris dans le dessein d'y acheter le secret des convulsions , arriva ici avec les dispositions les plus décidées à faire bien valoir ses nouvelles connaissances. D'abord il jeta dans la ville plusieurs catalogues imprimés des cures opérées par le magnétisme. L'impression que firent ces lectures sur les esprits fut secondée par les propos les plus séduisants. Les succès passèrent bientôt toutes les espérances; le feu de l'enthousiasme gagna les têtes les plus froides, et la chose fut à son comble lorsque le public sut qu'il y avait deux ou trois malades qui paraissaient un peu soulagés après les attouchements étudiés de l'adepte et les opérations de sa baguette magique : aussi n'a-t-on plus parlé depuis que de magnétisme et de crises »

1(J6 histoire académique

à donner aux observations un plus grand degré d'authenticité, elle devient absolument nulle quand il s'agit de prononcer silices cures, et de déterminer la cause à laquelle on doit les attribuer. Sans doute, pour constater, dans quelque science que ce soit, l'existence d'un fait qui tombe sous les sens il suffît d'en citer des témoins, et lors surtout qu'on porte la précaution au point de les choisir parmi les personnes dont la condition plus élevée et une bonne éducation ne permettent pas de penser qu'on ait pu corrompre leurs témoignages, l'existence du fait annoncé ne peut plus être contestée. Mais il n'en est pas ainsi quand il s'agit ensuite de prononcer sur ce fait, d'en exposer les conséquences , et de déterminer la cause à laquelle on doit l'attribuer. C'est surtout en médecine que cette extrême différence se manifeste. En effet, si dans cet art l'observation des faits est déjà si difficile, la recherche des causes auxquelles on doit les rapporter est surtout remplie des plus grandes difficultés. Elle exige le savoir le plus profond, l'expérience la plus consommée, et c'est l'empressement si commun de tant de personnes trop peu éclairées sur cet objet si délicat cependant et si important, qui a surchargé cette science d'un si grand nombre de fausses observations. C'est à cette cause qu'on doit rapporter l'adoption de tant de systèmes, de tant d'opinions erronées que l'on a vu dominer successivement dans l'art de guérir (1). Tous, à l'époque qui les a vus naître, ils avaient été

(1) Pour juger du degré de confiance que Ton doit accorder à ces listes de prétendues guérisons, qu'on jette maintenant les yeux sur ces recueils si volumineux des cures opérées à Saint-Médard ! Il semble qu'on eût alors cherché avec soin à réunir toutes les circonstances qui pouvaient donner à de pareilles relations le plus haut degré d'authenticité. Attestées et certifiées la plupart par des personnes prises dans la classe des gens instruits, racontées par les malades eux-mêmes, dont un certain nombre paraissait être d'un ordre au-dessus du corn mun, ces guérisons semblaient devoir offrir tous les caractères de la vérité. On avait d'ailleurs porté la précaution jusqu'au point de multipliersurchaquc fait les témoignages, et l'on en voit pour l'ordinaire une vingtaine réunis pour faire une seule preuve. Enfin on avait cherché jusque dans le nombre de ces guérisons un nouveau moyen de conviction ; on sera étonné d'apprendre qu'elles forment un ouvrage en trois volumes in-ï" rédigé par un homme de marque , par M. de Montgeron, alors conseiller au parlement. Que l'on compare à cette histoire l'événement actuel , et que l'on en cherche les différences! Voyez In

ni! MAGNÉTISME VMM AL. 49"

appuyés par des prétendusfaits très-frappants et très-nombreux. Cependant combien en est-iJ resté qui aient été confirmés par l'expérience, seul juge des découvertes ! Ce n'est donc pas à la multitude des faits que l'on cite en faveur d'une opinion que l'on doit s'arrêter pour l'adopter ; leur valeur et la nature dont ils sont doivent être auparavant examinées : c'est au creuset de la discussion que l'on doit les éprouver, et, à cette épreuve, ce n'est ni le nombre, ni l'illustration des témoignages dont on les accompagne qui peuvent les faire admettre. Etn'était-ce pas de cette manière que s'était établie dans le dernier siècle cette absurde doctrine de la cure sympathique, dont les partisans ne tarissaient pas en observations, et se vantaient de pouvoir citer en témoignage des grands, des princes et même des rois (1)? Toutes les erreurs, toutes les impostures, tous les empiriques et les charlatans en médecine n'ont-ils pas eu ainsi leurs listes plus ou moins brillantes de guérisonsetde faits? Chaque science d'ailleurs n'a-t-elle pas dans la portion la plus éclairée de ceux qui la cultivent ses juges et ses pairs, qui seuls doivent prononcer et faire loi sur tout ce qui la concerne? Dans le nombre des partisans les plus décidés du magnétisme, combien n'y en a-

Véritédes miracles opérés par l'intercession de M. de Paris, démontrée contre M. l'archevêque dcSeits; ouvrage dédié au roi par M. de Montgeron, conseiller au parlement, in-4", 1757. On peut citer encore ici l'histoire de Greterick , qui se rendit si fameux dans l'autre siècle, en Irlande et en Angleterre; en 1666, on imprima une liste immense de ses cures. Ces exemples nous apprennent combien il est peu sûr en général , pendant le règne de l'enthousiasme , de compter sur les faits que Ton débile , et avec quelle circonspection on doit les adopter. (i «Je pourrais, disait Goclenins, citer des empereurs, des rois, des princes, des comtes et un grand nombre de personnes parmi la noblesse, dont il serait ridicule de récuser les témoignages et de révoquer en doute la bonne foi. On trouve même, ajoutait-il , parmi les moines et les ecclésiastiques, plusieurs auteurs qui dans leurs écrits ont vanté l'efficacité des traitements magnétiques , et approuvé hautement leur usage. » Posscm nominare imperatores, reges, principes, comités, nobiles, quorum authorilatcm alquc fidem in dubium vocarealque opprimerc imprudentis est hominis...Quid quôdintcripsos pontificios repcriunlur non pauci, qui scriptis publias virlutem magneticœ curœ e jusque veritutem eonfirmarunt et vehemenler approbarunl, Goclenius, Synarlhrosis magnetica. — Jacobi Burlcin Disputatio m^dica de pernicioso paracelsistartmi Implocltrîsmate, % 20, 1662. Theatr. sympa th., pag. 50i.

l-il pas qui réclameraient cette vérité contre toute innovation mal fondée dans leur état? La cure sympathique elle-même put-elle, malgré ses volumes d'observations et ses illustres prosélytes, résister au jugement de ce tribunal qui la condamnait ; et ne sait-on pas qu'il n'y a que ce moyen pour ne pas tomber toujours dans l'inconvénient d'adopter les opinions les plus absurdes ?

Ce sont ces principes qui ont empêché les médecins des différentes villes (1) d'adopter tant de cures que l'on citait en faveur des traitements dont ils étaient témoins, ils ont vu qu'en comparant les guérisons annoncées à la multitude presque infinie des traitements entrepris il n'y avait aucune proportion ; ils ont vu qu'en retranchant encore de ces cures si peu nombreuses toutes celles qui n'ayant de fondement que dans l'enthousiasme du peuple, qui n'étant relatives qu'à des maladies imaginaires, ou qui consistant uniquement dans des soulagements momentanés et apparents, et celles encore qui, racontées sans aucune circonstance ni de temps ni de lieu, et avec tout le merveilleux et la déraison des listes des charlatans, pouvaient être ainsi réputées pour n'avoir aucune réalité, l'on n'avait pas besoin d'un agent inconnu pour rendre raison du petit nombre que l'on en citait d'ailleurs. Ils ont observé que, dans cette méthode, les traitements étant très-longs et leur durée laissant ainsi à la nature le temps d'agir, qu'admettant d'ailleurs dans ses procédés et les secours moraux et les moyens physiques du même genre qui influent agréablement sur l'esprit, et les médicaments généralement usités, on pouvait attribuer le petit nombre de ses succès, ou aux remèdes connus qu'elle emploie comme la médecine ordinaire, ou à la nature, qui souvent peut les suppléer. Relativement à la nature, ils ont remarqué que l'on a plus d'une fois fait honneur au magnétisme de cures qu'elle avait opérées: ainsi, M. Chaussier, en parlant de la malade dont nous avons fait mention plus haut (Lettre ci-des-

(1) Lettre de M. de la Mothe, du 51 août dernier, écrite au nom du collège de médecine de Bordeaux.

Lettre de M. Blanc, doyen du collège de médecine de Grenoble , cndalc des 8 septembre et 20 octobre 1784.

Lettre de M. Mêliez , doyen de la faculté do médpeine de Douai, etc.

sus), assure que ce fut le temps et la nature qui la guérirent, ei que cette circonstance augmenta encore le crédit du magnétisme. Relativement aux remèdes, ils ont également observé que c'était à leur usage heureusement appliqué en certaines circonstances qu'on devait quelques-uns des succès attribués à celte méthode : telle est surtout l'observation si fameuse de l'hydropisie guérie par M. Thers, dont le Journal de Paris a rendu compte (1), et qui ne pouvait avoir de plus illustres témoignages en sa faveur. On sait maintenant, et la société en avait été informée dans le principe, que cette cure prétendue s'est terminée par la mort du malade, arrivée deux mois après, et que tout l'effet du magnétisme s'était réduit à une apparence plus ou moins frappante de soulagement. Mais quant à cet effet même du moment, que l'on a prétendu faire passer pour une guérison merveilleuse, on a vu que, si l'on ne pouvait révoquer en doute le changement survenu dans l'état du malade, on était fondé au moins à contester la cause que lui assignait M. Thers, et qui était le magnétisme. Sans parler ici de quelques autres circonstances qui ont pu contribuer à le produire, on ne peut assez s'étonner en remarquant que personne n'a fait attention aux remèdes ou plutôt au régime prescrit en même temps au malade, et que ce régime ou ces remèdes sont énoncés par M. Thers lui-même, dans le cours de l'observation ; telle est surtout la diète laiteuse. Il n'est pas permis d'ignorer qu'il existe une espèce d'hydropisie qui ne cède qu'à l'usage de ce moyen. Les ouvrages des observateurs sont pleins de semblables faits -, on en trouve de très-frappants cités dans le recueil des médecins de Bres'aw, dans celui des hôpitaux militaires, par M. Richard; enfin MM. l'abbé Tessier et Lorry en ont-rapporté un très-convaincant dans les mémoires de la société (2). Or, on doit remarquer que ce moyen, si bien éprouvé

(1) Voyez n° 229, 16 août 1784. — Cure d'une hydropisic universelle, qui a étéfaileparM. Thers, chirurgien ordinairedu roi , par le moyen du magnétisme animal. Cette observation avait fait dans le temps la plus grande sensation; mais on vient d'apprendre au public que celte cure fameuse avait eu peu de durée. Le malade, guéri par le magnétisme sur la fin de juillet , est mort dans les premiers jours du mois d'octobre. Voyez Journal de Paris, 29 décembre 1784, n°364.

(>N Voyez liydropisiea«cile survenue ;i une pleurésie . cl guérie par laponc-

comme efficace dans certaines hydropïsies, a été, dans l'observa lion dont il s'agit ici, employé concurremment avec le magnétisme, et que c'est M. Thers lui-même qui l'indique, lorsqu'il dit que le malade fut mis à l'usage du pain trempé dans du lait, et d'un peu de vin d'Espagne pour toute nourriture (4).

lion et la diète laiteuse. Observation XXIV, second volume du Recueil des observations de médecine des hôpitaux militaires, p. 422. Observation sur une bydropisie guérie par l'usage du lait, 1er volume des Mémoires de la société, p. 274 de l'histoire.

On doit remarquer que, dans ces observations, lhydropisie était accompagnée d'une affection sensible de la poitrine, ou qu'elle en avait été la suite. Ainsi, dans l'observation première, l'aseite avait succédé à une pleurésie. La malade dont parle M. l'abbé ïessier était tourmentée d'une toux violente et continuelle; le malade de M. Thers était dans le même cas, il crachait beaucoup de matière purulente et verdâtre. Il semble, d'après ces faits, que c'est plus particulièrement dans les hydropisies compliquées d'une affection de poitrine que l'usage du lait convient.

Il faut remarquer encore que, dans les deux observations que nous avons rapportées, ce régime avait été d'ailleurs secondé par quelques remèdes appropriés. M. Thers se rapproche encore en cela de ces deux faits; à la diète laiteuse, il avait ajouté la tisane de pariétaire et un verre de suc de cerfeuil tous les matins.

Enfin une circonstance qui, dans l'observation de M. l'abbé Tessier, prouve que l'action du lait dans ce cas a lieu en rétablissant le cours des urines, c'est que la malade dont il parle éprouvait, lorsqu'elle en cessait l'usage, une diminution sensible dans leur écoulement, qui se rétablissait aussitôt qu'elle reprenait le lait de nouveau. C'est également par la voie des urines que les eaux prirent leur cours dans l'observation de M. Richard; le malade de M. Thers nous offre la même terminaison. Les urines coulèrent abondamment pendant le traitement. Cette singulière conformité d'effets dans des observations où le même médicament (le lait) a été mis en usage nous semble prouver beaucoup en sa faveur, et contre le magnétisme qui n'a été employé que dans Tune délies.

(1) On doit ajouter ici que l'on n'a pas fait d'ailleurs assez d'attention aux causes morales qui durent agir vivement alors sur l'esprit du malade, ni aux secoursen tout genre qu'on s'empressa de lui prodiguer. Le malade était pauvre, et comme abandonné; mais l'intérêt que prirent à sa situation des personnes riches et distinguées, lesalimentsrcstaurants dont il fut abondamment pourvu, les secours dont on s'empressa de l'assister dans sa misère, et, plus que tout cela encore peut-être, l'espoir de guérir que firent renaître en lui les procédés sin-

Mais c'est surtoul à l'empire que notre âme a sur notre corps, et nos passions sur nos maladies, que les médecins ont senti qu'on devait avoir égard pour rendre raison des prétendus prodiges du magnétisme. Us ont vu que si c'est à la prévention de l'esprit, à Témotion que produisent toujours dans les sens les choses extraordinaires, qu'on devait attribuer les effets momentanés qui en résultent , (1), depuis les impressions les plus

guliers auxquels on le soumit, ne durent-ils pas contribuer puissamment à le ranimer? El que Ton ne regarde pas l'hydropisie comme une maladie qui soit toujours au-dessus des impressions que peuvent produire les affections morales ! Quel que soit l'état d'apathie dont pour l'ordinaire elle est accompagnée, elle peut être en certains cas soumise à toute l'influence de cette cause. Il existe des espèces d'hydropisie qui dépendent plus qu'on ne le pense communément de l'état des nerfs, et les faits confirment cette vérité. Il suffit, pour en donner la preuve , de rapporter ce fait si connu d'une femme qui s'était retirée dans un des hôpitaux de cette ville pour s'y faire guérir d'une hydropisie ascite bien caractérisée. Les remèdes usités en pareil cas ayant été inutilement employés, on résolut d'avoir recours à la ponction qui parut indiquée , et que l'on remit au lendemain ; mais pendantla nuit les eaux s'écoulèrent par la voie des urines, et le matin les chirurgiens réunis trouvèrent le ventre entièrement affaissé. L'impression vive que la crainte de l'opération avait occasionnée à la malade avait produit en elle cette révolution inespérée. Quoi qu'il en soit au reste à cet égard, on voit qu'on n'a pas fait assez d'attention, dans l'observation de M. Thers, à toutes les causes qui , dans les circonstances où se trouvait le malade, durent avoir une action réelle sur lui. Cependant c'est de tous les faits publiés à l'appui du magnétisme un des plus frappants que l'on ait cités ; et que devra-t-on donc penser des autres après l'avoir ainsi approfondi! Mais quelque évidente qu'ait été la méprise dans ce cas, si l'observation n'est pas une preuve de la bonté du nouveau système, elle offre au moins un bel exemple de bienfaisance; si elle ne démontre pas l'existence du magnétisme, elle honore au moins l'humanité. Il serait plus facile de pardonner aux erreurs, si elles donnaient lieu toujours à de pareilles actions.

(1) « J'ai vu , dit M. Pujol, magnétiser plusieurs fois, et j'ai été magnétisé moi-même ; j'ai éprouvé que , malgré toute l'incrédulité dont j'étais muni , je n'ai pu nie défendre d'une certaine émotion, dès le moment où l'on s'est déterminé à faire sur moi les gesticulations du magnétisme animal. Plusieurs incrédules comme moi, m'ont avoué aussi avoir ressenti cette émotion involontaire , qui ne cesse que par la réflexion , et qui est l'effet naturel que produisent toujours dans les sens les choses extraordinaires.

» Mais si les personnes les plus convaincues de la nullité du magnétisme, ajoute le même auteur, ne savent point se soustraire à de pareilles émotions,

faibles jusqu'aux crises les plus violentes, la même cause pouvait également expliquer les effets consécutifs, c'est-à-dire les changements opérés dans la santé, en un mot, le petit nombre de guérisons citées. Ils savaient que l'extrême confiance, le désir ardent de guérir, le grand espoir de l'être par une cause regardée presque comme surnaturelle, peuvent opérer dans certains malades d'heureuses révolutions; que par l'effet de ces moyens on a vu plusieurs fois des douleurs enlevées ou mitigées, des tumeurs disparaître ou perdre de leur volume, des membres paralysés reprendre quelque mouvement. Ces effets, comme on lésait, ont été souvent la suite des grandes passions de l'âme (1); et c'est à cette Cause si puissante de l'influence du moral qu'on doit rapporter les succès et le fréquent usage des amulettes (2), qui, dans la médecine de l'esprit, ont joué de tout temps un rôle si important.

que ne doit-il donc pas se passer dans la tête de ceux qui ont dans le magnétisme une foi décidée , et qui regardent un adepte, sa baguette à la main , comme un être supérieur, qui a sur eux le plus grand pouvoir? Non-seulement ils éprouvent, celle première émotion dont on vient de parler, et ils réprouvent d'une manière plus énergique, maisencoreelle doiteontinuer chez enxautant que dure le jeu de la main , et même souvent bien au delà. Pendant tout ce temps , leur tête fermenle, le corps devient palpitant, et toute l'économie animale, prenant part peu à peu à l'agitation intestine, éprouve à la fin des commotions générales, dont la force est toujours proportionnée à la crédulité des sujets et à la délicatesse de leur organisation. Lorsque ces commotions nerveuses sont considérables et longtemps continuées, il en résulte des extases convulsives, des oppressions, des sueurs générales, des évacuations inattendues, et tout l'appareil critique du prétendu magnétisme. »

(1) <(On a vu, dit M. Pujol à qui nous devons ces idées, de grands coups de tonnerre guérir des maladies. Un goutteux retenu depuis longtemps dans son lit par les douleurs les plus cruelles se lève tout à coup dès qu'il voit sa maison en feu , et se trouve parfaitement guéri. »

(2) « Dans les écrits des anciens médecins, dit M. Pujol , on trouve qu'ils faisaient le plus fréquent usage des amulettes; on avait la plus grande confiance dans ces applications bizarres, et par cela même elles donnaient lieu à des cures surprenantes. C'était sans doute ces cures qui, dans un temps où il n'y avait pas encore de vraie physique, pouvaient seules mettre en crédit ces pratiques puériles qui étaient adoptées même des gens de l'art.

» La médecine de certains peuples sauvages de l'ancien et du nouveau continent, ajoute le même auteur, ne consiste suho que dans <\o< gesticulations ridi-

Ce n'estdonc pas, comme l'ajudicicusementobservéM. Pujol, et avec lui tous les médecins instruits, à la seule nature que l'on doit attribuer les cures parfaites ou imparfaites, que l'on dit s'être opérées aux baquets de M. Mesmer ; ou, s'il est juste de reconnaître que c'est aux opérations de cette nature bienfaisante qu'elles sont dues pour la plupart, on doit aussi convenir qu'il n'est pas de circonstances aussi favorables pour lui voir produire ainsi des révolutions singulières que celles où elle se trouve excitée par de fortes passions. Mais alors les malades sont-ils dans leur état ordinaire et naturel, et ne doit-on pas avoir égard à l'action d'une pareille cause? Si donc, comme le dit M. Pujol, on a vu M. Mesmer opérer quelques guérisons apparentes ou réelles, il faut qu'il convienne aussi que ces guérisons ne sont spécialement dues qu'à l'entbousiasme qu'il a trouvé l'art de produire dans les esprits crédules. « C'est là

cules que les jongleurs ou médecins du pays font gravement sur leurs malades. Ces bonnes gens, qui attachent à ces momeries une vertu toute divine, se trouvent quelquefois guéris, s'il faut en croire nos voyageurs, de maladies graves, et pour ainsi dire incurables. Toutes ces choses, continue-t-il, n'ont rien de bien merveilleux pour un médecin qui connaît l'empire que notre âme a sur notre corps, et nos passions sur nos maladies; aussi a-t-on senti de tout temps que le premier soin, l'attention essentielle qu'un médecin doit avoir à l'égard de ses malades, c'est d'animer leur espoir, de leur donner du courage, et d'exciter en eux la confiance, en leur inspirant la foi la plus grande qu'il est possible eh ses remèdes. Ne voyons-nous pas en effet tous les jours que, sans ces préliminaires, les médicaments les plus appropriés et le traitement le plus régulier n'ont dans certaines circonstances qu'un etfet médiocre et quelquefois absolument nul!

«Dans nos campagnes, ajoute M. Pujol, nous ne manquons pas de jongleurs, de prétendus sorciers, qui sont en très-grand crédit auprès du bas peuple. Par des manipulations insensées, des formules inintelligibles, et que nos paysans écoutent comme des oracles, ils parviennent, ainsi que M. Mesmer, à guérir des maladies; ils paraissent surtout avoir un ascendant marqué sur les fièvres intermittentes, n (On sait combien les fortes commotions de l'âme ont d'efficacité dans ces espèces de fièvres, surtout quand, la cause humorale qui les produit étant détruite , elles ne conservent plus que le type purement nerveux ; on en trouve un grand nombre d'exemples dans les auteurs, et principalement dans Van-Swieten.) « J'ai vu souvent, dit M. Pujol , de pauvres gens qui, après bien des labeurs et par de seules jongleries, ont été ainsi délivrés de lièvres d'accès très-rebelles. » — M. Pujol en cite une Obserwtioà.

précisément, àjoute-t-il, la base du mesmérisme ei tout le secret du magnétisme animal.»

On peut au reste ajouter ici que, parmi ces cures annoncées, il est arrivé souvent que l'on en a supposé qui n'avaient point eu lieu, et cette ressource a plus qu'on ne le pense contribué à la propagation du magnétisme. C'est ce que nous apprend une lettre du collège de médecine de Marseille. « Le magnétisme, dit M. Achard (Lettre du 22 septembre 1784), a été aussi exercé dans cette ville, et les maladies que l'adepte dit y avoir guéries subsistent encore.» M. Souville, correspondant de la société à Calais, nous en offre encore un exemple. « Le peuple, toujours enthousiaste, dit-il (Lettre Au30 septembre 1784), criait déjà au miracle, il citait même la cure d'une dame malade d'une affection nerveuse portée au plus haut degré, dont le symptôme ordinaire est un hoquet ou plutôt une espèce d'aboiement. Le fait est, ajoute-t-il, que celte dame n'a voulu se soumettre à aucune épreuve , et qu'elle ne paraît pas même disposée à le faire. Si le peuple, ajoute M. Souville, cite des cures qui ne sont pas réelles, on peut juger de quelle manière il proclamerait de véritables guérisons.» On pourrait citer un grand nombre de pareils exemples.

C'est en effet surtout l'enthousiasme, dont la multitude se laisse si facilement enflammer pour les nouveautés extraordinaires, qui a répandu le prestige dans les provinces; et un fait qui le prouve, c'est une circonstance dont M. Chaussier, correspondant à Dijon, a fait part dans dans sa lettre à la société (Lettre ci-dessus). « J'ai vu, dit-il, une personne de cette ville écrire à l'un des chefs des traitements magnétiques à Paris, le prier de lui envoyer toutes les semaines une feuille de papier magnétisée, et tous les jours le malade crédule porter sur l'hypocondrele papier merveilleux, vanter ses effets, louer la bonté, la complaisance de l'homme généreux qui, sur une feuille de papier blanc, lui envoie le remède invisible pour tous les maux. Est-ce, dit M. Chaussier, porter assez loin la crédulité ?» Nous avons cru devoir rapporter ce fait, qui fera connaître jusqu'à quel point la prévention s'est portée au sujet du magnétisme, et d'après lequel on pourra juger combien elle a pu contribuer à ses progrès.

Les médecins, témoins des traitements prétendus magnéli-

quesdans les provinces, ne se sont pas bornés à la simple observation des effets qui en résultaient pour les malades. Quelques-uns ont cru devoir tenter des expériences qui les ont encore plus pleinement désabusés, en leur faisant voir que ces effets dépendaient particulièrement de l'imagination. JNous en citerons ici deux exemples (1).

M. Duvernin, doyen du collège des médecins de Clermont, mandait, le 41 septembre dernier, à la société, qu'un de ses confrères ayant eu occasion de soigner une fille qui se faisait magnétiser par un adepte arrivé depuis peu de temps de Paris, et lui ayant fait croire qu'il avait aussi le secret du magnétisme, il la lit tomber en défaillance, en feignant d'agir sur elle. M. Duvernin ajoute que, le lendemain, ce même médecin ni l'adepte ne purent réussir à lui causer la moindre émotion, parce que dans l'intervalle quelqu'un l'avait désabusée. Le fait suivant est encore plus frappant.

Un des médecins du collège de Lyon (2), ayant marqué le désir de voir les opérations k du magnétisme animal établi dans cette ville, fut conduit par le maître même d'un de ces traitements dans une chambre où il lui présenta une fille âgée d'environ vingt-trois ans , ayant beaucoup d'embonpoint et l'extérieur de la bonne santé, qu'il lui dit être attaquée d'asthme, et à la cure de laquelle il lui proposa de procéder en sa présence. L'adepte fit asseoir la malade, et, après avoir employé les procédés ordinaires en pareils cas, elle ne tarda pas à tomber, à deux reprises, dans une attaque apparente de catalepsie accompagnée de convulsions. L'adepte ayant proposé au médecin, son confrère, et aux personnes qui l'accompagnaient, de lesuivre dans un appartement éloigné pour lui donner le spectacle d'un nouveau prodige, ce dernier résolut de profiter de l'absence du magnétiseur pour tenter une expérience, et retint quelquesuns des spectateurs avec lui. Ils n'eurent pas de peine à persuader à la malade que les personnes qui s'étaient éloignées n'étaient sorties que dans le dessein de passer dans la pièce voisine pour la magnétiser à travers le mur. Le siège où elle l'avait

(1) On en trouvera quelques autres à la fin de ce mémoire.

(2) Lettres de M. David, en date des 20 août et 28 septembre 1784, écrites au nom du collège de médecine de Lyon.

été la première ibis y était adossé ; elle s'y plaça, et en peu de moments elle fut attaquée d'un accès de convulsions, dont la violence et la durée égalèrent, pour le moins celles des accès précédents. On s'assura , pour plus d'exactitude , qu'aucune des personnes qui s'étaient éloignées, n'avait approché de la chambre où l'on avait supposé que le magnétiseur avait dû se trouver. La jeune fille continua pendant quelques moments d'être tourmentée de mouvements convulsifs, et, pour les faire cesser, il suffit de lui assurer positivement et à haute voix que personne dans la chambre voisine ne l'avait magnétisée et ne s'était même occupée d'elle. On eut ainsi l'assurance que c'était l'imagination, mise enjeu dans cette fille, qui avait suffi seule, dans le premier essai, pour lui exciter des convulsions, indépendamment des gestes et des pressions sur l'estomac qu'on lui avait fait éprouver.

A ces faits très-décisifs, les médecins du royaume ont su joindre les observations les plus judicieuses et les réflexions les plus propres à dissiper à leurs yeux tout le prestige. Convaincus que, dans la méthode nouvelle, tout consistait spécialement à agir vivement sur l'imagination des malades (1), ils ont reconnu les différents moyens que l'on employait pour seconder cette action. L'appareil imposant dont on accompagne les traitements leur a paru surtout adopté dans cette vue. L'obscurité des salles, l'air chaud et méphitique qu'on y respire (2), leur

(1) « C'est au moral, dit M. Duvernin, qu'il faut attribuer tous ces effets que Ton nous préconise si fort; le saisissement seul des sens peut opérer ces émotions et ces crises capables d'affecter l'économie animale, comme le prouve, dit-il, l'exemple de Boërhaave , dans l'hôpital de Harlem.» (Lettre ci-dessus.)

« L'imagination séduite par des promesses, dit l'auteur d'un mémoire envoyé de Nîmes , opère des changements merveilleux, ainsi que le prouve une multitude de faits dans les femmes hystériques et les malades hypocondriaques. Il existe en nous un agent intérieur capable de produire de tels effets, et cet agent peut être regardé comme le produit de l'espoir que fait naître dans notre âme un objet cher à noire conservation. C'est ainsi que les paralytiques ont pu guérir par l'effet d'une forte persuasion, ou par de vives émotions de l'âme, telles que celles qu'inspire la crainte du feu. »

(2) « Le grand appareil qu'on y met, dit M. Pelet, n'y est pas d'un petit secours , et, joint à l'obscurité des salles où l'on magnétise, il a quelque chose d'analogue avec les endroits où l'on rendait anciennement les oracles : ce qui

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ont semblé propres également à y contribuer. En même temps ils n'ont pas méconnu plusieurs autres moyens dont on se sert dans celte méthode pour produire sur les malades des effets que l'on puisse attribuer au magnétisme; tels sont les frictions avec la main, les pressions avec les doigts sur les régions du corps les plus sensibles, le régime, l'exercice, la dissipation, la musique (1), la crème de tartre, ou plutôt, comme le remarque l'auteur estimable de la dissertation envoyée de Malle, l'usage des remèdes connus et ordinaires, qu'emploient souvent les partisans de celte méthode, et qu'ils masquent , dit-il, parleur prétendu magnétisme.

Mais c'est surtout à la facilité, si bien connue et prouvée par tant d'exemples, d'exciter des convulsions et de les voir se propager entre différentes personnes rassemblées qu'ils n'ont pas manqué de réfléchir. Ils ne pouvaient ignorer combien il est aisé de les faire naître, avec quelle facilité elles peuvent se rétablir dans les sujets chez lesquels elles ont eu lieu, leur devenir alors habituelles, ou même se communiquer à d'autres par la voie de l'imitation (2); et ils n'ont pas méconnu le parti

doit monter l'imagination et émouvoir puissamment les individus. » [Lettres des 5 et 24 septembre 1784.)

(1) « Celse, dit l'auteur du mémoire envoyé de Nîmes, quia spécialement adopté cette opinion, prescrivait les frictions dans des cas analogues à ceux où Je magnétisme animal est employé. » (Nam etcapitis (ongosdolores ipsius frictio levât. Celse, Lugd. Batav., 1750, p. 87, t. I.) « Martin Ruland, auteur du xvi° ou xvii° siècle , ordonnait la musique à ses malades. » [Musica lus prœterea socia est; nam ejus visana corpora végétant, niorbis affecta soporanlur, Med. pract., 1610.)

(2) M. O-Ryan, médecin à Lyon, cite à ce sujet plusieurs faits très-frappants. Bagîivi , dit-il , fait mention d'un jeune homme de la Dalmatie, qui fut attaqué d'épilepsic pour avoir vu un malade de ce genre tomber dans un accès (Prax.Med., cap. 14, § 2) -, et Ton trouve un exemple semblable rapporté dans les Curiosités naturelles de 1750, p. 502. Wliylt, savant professeur d'Edimbourg, assure que, dans l'hôpital de cette ville, il arrive souvent aux femmes d'être attaquées de convulsions pour en avoir vu d'autres atïectées de ce mal. Le même auteur parle d'une maladie convulsive , connue dans une île qu'il cite, qui n'attaque que rarement, suivant lui, les femmes mariées, mais qui atTecte plus particulièrement les jeunes filles de dix à douze ans, et quelquefois aussi déjeunes garçons, Lorsque dans les églises, dit- il, ou dans les assemblées pu-

qu'on savait en lirer dans les traitements publics, pour en imposer aux gens peu instruits. Ils ont bientôt remarqué que c'est spécialement par de semblables crises que se manifestent les effets du magnétisme ; que c'est toujours par un de ces sujels privilégiés pour les représentations publiques, qui oui le rare avantage d'être affectés de somnambulisme, qu'elles commencent ; que c'est surtout vers la lin des séances qu'elles surviennent, lorsque l'imagination des maladesa été suffisamment exaltée; enfin, que la première qui se manifeste en détermine bientôt un plus grand nombre (1).

Ce sont ces attaques convulsives que l'on a eu la prétention de faire passer pour des crises salutaires; mais cette opinion a été universellement rejetée par les médecins du royaume (2).

bliques, quelque individu est attaqué de cette maladie , tous les autres qui l'ont déjà éprouvée en sont attaqués aussi dans le même instant, ce qui cause souvent de grands tumultes. Il arrive quelquefois, ajoute-t-il, que quelques-uns de ceux qui n'ont jamais eu ces convulsions en sont saisis lorsqu'ils voient ces accès, ou même qu'ils entendent seulement le bruit que font ces convulsionnâmes. Of (lie causes ofnervous disorders, p. 582. — M. O-Ryan cite encore , d'après le Naturalisme des convulsions , un autre exemple analogue aux précédents, qui eut lieu en 1698 à Villemané en la Nouvelle-France : c'est celui d'une fille de vingt-trois ans qui était affligée d'un hoquet dans lequel clic imitait l'aboiement d'un chien. Placée à l'Hôtel-Dieu dans la salle des femmes, où il y avait quatre autres filles attaquées de différentes maladies, trois jours après elles se prirent toutes les quatre à hoqueter; le cinquième jour, la malade qui était entrée à l'hôpital avec le hoquet en fut guérie; mais les quatre autres continuèrent de l'avoir, avec des circonstances et des symptômes fort extraordinaires, ce qui dura jour et nuit sans interruption pendant huit jours. Voyez ci-dessus Lettres de Lyon, des 20 août et 28 septembre 1784.

(1) M. O-Ryan ne craint pas d'affirmer que les violentes convulsions dont on voit un grand nombre de malades tourmentés aux séances offre un spectacle qui affligeel révolte les personnes instruites des suites dangereuses qu'elles peuvent avoir, u L'exemple , ajoute-t-il, des convulsions terribles dont ces individus sont tourmentés, aidé des opérations des différents autres magnétiseurs et de l'air échauffé et infecté de la salle, agissant sur le moral et sur le physique des malades qui formaient la chaîne, plusieurs parurent se trouver mal , d'autres assoupis ou affectés de divers mouvements convulsifs.

(2) « Les mouvements convulsifs, dit l'auteur du mémoire envoyé de Nîmes, ou les crises factices excitées par M. Mesmer ne peuvent pas être considérées comme critiques, iîllcs n'en oui pas le caractère ; » et si elles ont paru

Qsn'ont \u dans ces crises prétendues, que des convulsions ordinaires plus ou moins fortes, quelquefois portées au pins haut degré de violence, ou prolongées de la manière la plus dangereuse pendant des heures entières; et ils n'ont pas manqué d'en faire sentir les inconvénients. M. O-llyan, en rendant compte des traitements dont il fut témoin, rapporte qu'il avait été frappé, dans une salle , du danger qu'il y avait de laisser aussi longtemps qu'on se le permettait une iille en convulsion; et que, dans une autre, il avait été fatigué du spectacle d'un jeune homme qu'on tenait en crise couché sur le baquet, et s' agitant de la manière la plus affreuse.

C'est plus encore la prétention de faire de cette méthode un remède universel, qui a prévenu les esprits contre le magnétisme animal dans toutes les provinces. On sait que dans

opérer quelquefois des effets favorables, c'est à un hasard heureux qu'il pense qu'on doit l'attribuer. « La nature ingénieuse, dit-il, se joue quelquefois de l'art , et les coups portés au hasard ont produit quelquefois du bien : c'est le couteau du furieux qui frappe l'hydropique fortuitement, ouvre une issue aux eaux et le guérit d'une manière inattendue. »

On trouve la même opinion sur les prétendues crises du magnétisme bien exposée dans une lettre écrite à la société, par M. Maury, médecin à Sezanne. Après avoir demandé pourquoi le magnétisme, qui devait avoir si peu de partisans à Paris, en a trouvé cependant un si grand nombre dans cette ville : u C'est, dit-il , qu'on y est plus attaché à la vie qu'ailleurs, et que l'on y aime à se persuader que ce qui est extraordinaire doit prévaloir sur ce qui est commun. Paris, ajoute-t-il , est rempli de personnes qui passent leur vie dans l'oisiveté et la bonne chère : les nerfs dans ces personnes sont plus délicats et plus faciles à ébranler ; les humeurs , d'un autre côté , ne sont pas assez dépurées par l'exercice. Est-il donc étonnant qu'en employant des frottements sur les parties sensibles le genre nerveux se mette en jeu , et qu'on occasionne quelquefois des agitations convulsives ? De là les prétendues crises qui expulsent, dit-on, du corps les humeurs nuisibles, et rétablissent l'équilibre dans la machine. Mais tout homme, pour peu qu'il soit instruit, ne sait-il pas que c'est la nature qui prépare l'humeur qui doit faire la crise , qu'elle n'arrive que quand la coction a été faite, et que les voies par lesquelles elle doit s'opérer sont suffisamment ouvertes pour que l'humeur ne trouve aucune résistance à sa sortie : le tenij s en est marqué paria nature. Dans le magnétisme au conirairc , non-seulement on prétend les déterminer à volonté, mais on les fait arriver après de> convulsions qui ne doivent avoir d'autres effets que d'exprimer des différents réservoirs des humeurs destinées au maintien de la santé. » [Lettre du 2 octobre.)

cette doctrine la proposition principale est qu'il n'y a qu'une seule maladie, et par conséquent qu'un remède, qui consiste dans le magnétisme. L'auteur de la dissertation envoyée de Malte s'est attaché surtout à faire voir le ridicule de cette assertion; il entre dans des détails sur l'organisation du corps humain, sur la nature des fluides qui y circulent ou séjournent, et il en infère qu'il ne peut y avoir une seule maladie ni un seul remède (4). On trouve les mêmes idées énoncées d'une manière satisfaisante dans les mémoires de M. Artaud, médecin au Gap (2). « On sait de plus, dit M. Maury, médecin à Sé-

(1) u Le corps humain, dit-il, est une machine composée de fibres ou solides, dont la différente disposition concourt à former des organes de différentes formes et de différents degrés d'élasticité, et de fluides qui, renfermés dans ces organes, ont chacun un cours et un caractère particulier. Cette machine ne peut subsister que par l'action et la réaction de toutes ces parties. Différentes par leur structure et par leurs fonctions, elles concourent toutes à la cotiservationde la vie dans le corps humain, et, s'il survient quelque dérangement dans leur manière d'être , il est certain qu'il doit en résulter des maladies de nature différente, suivant la lésion de tel ou tel organe : on prouvera la même chose, si l'on considère la relation des fluides avec les solides. Toutes ces circonstances , suivant que les dérangements sont pius ou moins considérables , doivent produire des maladies très-différentes. Comment donc , ajoute-t-ii, est-il concevable que tant de maux produits par des causes si opposées et si contraires, qui ont leur siège dans des parties très-différentes et des effets si étrangement disparates, puissent être considérés comme une seule et même maladie , dont le magnétisme animal soit le seul remède? »

(2) « La nature , dit-il , nest pas aussi simple qu'on parait le croire ; elle a modifié le principe moteur et sensible dans chaque sens, et la modification des humeurs varie dans chaque organe. Or, ajoute-t-il, comme le principe moteur et sensible peut être altéré dans son essence et dans les modifications qu'il reçoit dans chaque sens , comme chaque humeur peut être viciée dans sa constitution et dans l'organe qui la prépare, il est évident qu'il peut y avoir autant de variétés de maladies qu'il y a de différentes espèces d'organes et d'humeurs. D'ailleurs, continue M. Arthaud , croit-on que l'homme, qui est l'objet de nos recherches, de notre application, dont nous étudions non-seulement la constitution organique, mais encore la constitution morale; que l'homme enfin , tel que nous le voyons, puisse être ramené à celle simplicité primitive qui le rapproche de la nature? Examinons l'espace immense qu'il a franchi , et s il peut rétrograder! Non, l'homme de la société n'est plus l'homme de la nature, et comme l'homme social dépend de loules nos institutions, il

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