DU MAGNÉTISME \ M AI VI.. 2JI
mime (Lettre ci-dessus), que tel est le système des charlatans, qui vantent toujours leur secret comme propre à toutes 1< s maladies, ignorant qu'elles dépendent souvent de causes opposées qui les produisent, et qui demandent un traitement différent.» Mais, quand même la possibilité d'une pareille prétention ne serait pas méconnue, il eût suffi de l'observation seule pour faire voir combien, dans la méthode de M. Mesmer, elle était peu fondée. Ce sont surtout les maladies qui sont plus particulièrement rebelles aux secours de l'art que l'on a cru devoir lui opposer (1), celles surtout qui, comme certaines épilepsies, les squirres, les cancers , dépendent de la désorganisation des parties; telles sont encore les maladies vénériennes, que les nouveaux adeptes ont si adroitement retranchées du nombre de celles qui cèdent à leurs traitements. L'observation a prouvé que le magnétisme n'a pu citer aucune cure de ce genre en sa faveur, et l'on n'a pas manqué de remarquer que c'est pour excuser les défauts de succès dans tous ces cas, comme dans les
dépend aussi delà médecine qui en est une partie, et qui est devenue pour lui un de ses premiers besoins.
» D'ailleurs , ajoute-t-il , si le magnétisme animal est un remède à tous les maux, pourquoi M. Mesmer s'est-il réservé la crème de tartre, la magnésie, qui sont de doux purgatifs? Pourquoi, en magnétisant, emploie-t-il le jus de citron , qui est un fondant anli-septique ? etc., etc. »
C'est cet assemblage de vertus opposées, qui devraient se trouver réunies dans le magnétisme animal, que Ton n'a pu admettre; et comment en effet, comme le dit M. Picco , le même remède pourrait-il calmer les esprits troublés, les purifier quand ils sont infectés, les réparer lorsqu'ils sont appauvris? (( Quomodù polesl iinum medicamenlum conturbalos spiritus sedare, depaupemtosir>maurare,inquinatosdepurgare? Cent louis, ajoute-t-il, suffisent cependant pour mettre à portée d'opérer ces miracles. » (Lettre de Turin, du 19 juin 1784.)
(1) a Ainsi, M. Ladevère , médecin à Cordes d'Alby, demande comment le magnétisme pourrait convenir dans le pays qu'il habite, où, suivant lui, les affections rhumatismales, les écrouelles, l'épilepsie et l'asthme, sont, pour ainsi dire, des maladies endémiques! » (Lettre du 20 mai 1784.)
« Comment , dit M. Pelet , M. Mesmer guérira-t-il lesexosloses, les ankyloses,les squirres prêts à dégénérer en cancers, et autres maladies locales pareilles? Il semble, ajoule-t-il , s'en excuser par ses propositions 11 et 18, en prévenant le public mu- tan! lie cures manquées, » (Lettres ri-dessus. )
autres, que M. Mesmer parait avoir imaginé sa prétendue vertu antimagnétique.
Il n'y a pas aussi jusqu'à l'induction que l'on peut tirer contre les partisans de M. Mesmer de la conformité très-frappante de sa doctrine avec celle du magnétisme admise dans le dernier siècle , qui a nui à l'adoption de cette méthode dans les provinces. On sait qu'on l'avait annoncée comme une sublime découverte ; mais les médecins du royaume n'ont point ignoré qu'un système semblable en tous points avait été adopté à l'époque que nous venons d'indiquer, et enseveli depuis, comme tant d'autres erreurs, dans le plus profond oubli. Ils n'ont méconnu aucune des sources dans lesquelles on voit que M. Mesmer a puisé les différents dogmes de son magnétisme moderne. C'est des anciennes rêveries de Paracelse, de Van-Helmont, de Maxwel, que les uns ont remarqué qri'il avait tiré ses propositions (1). D'autres, faisant attention aux différents rapports qu'il semble avoir ménagés à son opinion, avec la théorie et l'usage médicinal de l'aimant (2), ont vu dans cette conduite
(1) <( Il me semble, dit M. Picco dans sa lettre , voir renaître ici les adeptes de Paracelse et de Van-Helmont avec leur merveilleuse doctrine sympathique, dontMont-Fleury sut de son temps se jouer si à propos. »
« J'avais pensé, dit M. Ramel (Lettre du 1er octobre 1784) que c'était ici le magnétisme de Maxwel et de Van-Helmont , contre lequel Garidel s'était élevé il y a plus de cinquante ans. r> On peut voir dans cet auteur la sortie vigoureuse qu'il faisait contre ce prétendu magnétisme. M. Pelet, médecin à Milhaud , en parlant des Recherches et Doutes sur le magnétisme , dont il dit qu'il a vérifié les citations, ajoute (( qu'il n'ignorait point les auteurs qui y sont cités , et qui avaient annoncé ce magnétisme avec des titres fastueux et fort singuliers. Il ajoute encore qu'il s'est assuré par lui-même, que M. Mesmer n'y avait rien changé dans les vingt-sept propositions qu'il a renouvelées.» (Lettres ci-dessus.)
(2) On sait à quel point on avait anciennement abusé du magnétisme en médecine, en donnant de ce phénomène des idées chimériques et fabuleuses. Quelques-uns des médecins ont pensé que le système de M. Mesmer pouvait paraître analogue , et tendre à ramènera ces anciennes erreurs. M. Duvernin, surtout , s'est étendu sur cet objet ; il paraît être très-versé dans la connaissance des auteurs où l'on est porté à croire que M. Mesmer a puisé sa découverte. Dès le mois de décembre 1780, ayant eu occasion de lire un mémoire dans une des assemblées de la société des sciences, ails et belles-lettres de Germant, et
les motifs qui le portaient lier à un ordre de connaissances
positives un système imagina ire qu il cherchait à faire accueillir. D'autres médecins enfin ont aperçu dans sa doctrine les apparences très-frappantes de conformité que l'on ne peut y méconnaître avec quelques-unes de ces sectes dans lesquelles, au lieu d'une grande cause physique, on admettait le pouvoir de certains esprits ou intelligences supérieures pour parler à l'imagination. Telle est, suivant le mémoire envoyé de Bordeaux, cette secte de prêtres indiens , appelés pioches , habitant la côte de Cumana, qui aidaient les caciques de leurs conseils dans toutes leurs entreprises, qui se mêlaient de prédire l'avenir, qui prétendaient guérir toutes sortes de maladies par le toucher, et au sujet desquels l'auteur dit qu'il y avait des Espagnols assez crédules pour ajouter foi à leurs prédictions (4).
Enfin les médecins de différentes villes de province ont vu, dans la conduite de M. Mesmer et de plusieurs particuliers qui ont établi des traitements publics, une infraction manifeste aux lois du royaume (2). Ils ont demandé s'il pouvait être permis de
cette année même ayant eu quelques discours à prononcer au jardin royal des Plantes, il annonce « qu'à l'occasion du magnétisme animal il a rappelé ces siècles d'ignorance dans lesquels la magie etles sortilèges étaient si à la mode, el rapporté ces idées ridicules qu'on s'était formées anciennement sur l'aimant.» Nous regrettons de ne pouvoir le suivre dans tous les détails curieux qu'il a réunis. On peut consul 1er sur cet objet les Observations et Pa-cherches sur l'usage de l'aimant en médecine, que j'ai rédigées conjointement avec M. Andry, et qui sont insérées dans le oe vol. des Mém. de la société.
(1) Leur système, suivant l'auteur de ce mémoire, était analogue à l'opinion si anciennement admise des esprits subalternes répandus dans toute la nature : ils regardaient le soleil et la lune comme agissant sur notre globe, et comme étant les causes productrices des corps célestes et de tous les humains.
(2) La société s'était élevée dès le principe contre l'abus résultant de l'exercice public du magnétisme animal dans le royaume; elle a cru devoir rendre compte au public de ce qu'elle avait fait à cet égard. Voyez YExtraii de ses registres, qui a été inséré dans le Journal de Paris, du 27 août 1784, n° 240. Il en résulte que, dès l'année 1778, la compagnie avait nommé descommissaires à .M. Mesmer. Voyez aussi le Rapport des commissaires de la société, sur les Recherches et Douttssur le magnétisme animal, in- 12. p. 21 .On y voit qu'à van!
faire des essais sur Ja santé publique (1), avec des moyens qui n'étaient pas autorisés par le souverain. Us ont demandé quels garants on pouvait donner qu'il n'en résulterait aucun inconvénient fâcheux, et que certains malades n'auraient pas à souffrir des expériences auxquelles on voudrait les soumettre : enfin, en supposant que ces expériences fussent tolérées, ils ont demandé s'il ne conviendrait pas, pour maintenir l'ordre public, de faire surveiller ces tentatives par des personnes sages et instruites. Ces réflexions ont provoqué dans quelques villes l'autorité des magistrats, et des mesures convenables ont été mises en pratique (2).
Indépendamment des faits et observations dont nous venons de parler, il en est encore plusieurs autres qui ont mérité l'attention des médecins, et dont nous devons rendre compte à la compagnie. On sait que, dans les premiers temps où l'on entendit parler à Paris des prodiges opérés par M. Mesmer, on crut pouvoir soupçonner que l'électricité ou l'aimant (3) était le moyen particulier qu'il employait. Quelques-uns des correspondants de la société ont eu la même idée, et se sont livrés à des expériences suivies, pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard. M. Picco, médecin de la vénerie royale à Turin, a fait des essais avec l'aimant (4). M. Arthaud en a tenté et rapporté de pareils
l'époque de la commission nommée par le roi la société avait adopté mes Recherches et m'avait chargé de les publier.
(1) Mémoire de M. Arthaud, cité ci-dessus.
Lettres de M. Putod de Thyévand, médecin du roi et inspecteur des épidémies en Bretagne, etc.
De M. Bellon, médecin à Valence en Dauphiné, en date des 4 septembre et 9 novembre 1784.
(2) Lettre de M. Bonami , doyen de la faculté de Nantes, en date du 14 septembre.
(5) L'aimant surtout avait paru plus propre à produire les effets annoncés par M. Mesmer. J'ai exposé , dans les Recherches et Doutes, etc., page 192 , les raisons qui pouvaient porter à adopter cette opinion. J'ai indiqué d'ailleurs les facilités qu'il semble que l'on puisse trouver dans Faimant pour produire des effets singuliers sur des malades, en lecachantou le déguisantavec des appareils appropriés. Voyez le Rapport sur les aimants, de 31. l'abbé le Nobie, in-4", 1785.
(4) M. Picco rapporte qu'un des plus zélés partisans du magnétisme, qui prétendait donner la prouve de l'existence de cet agent en devinant, d'après
dans son mémoire (4). En Bourgogne, l'électricité a donné lien à des expériences dirigées également vers le même but (2); mais on ne voit pas qu'il on ait résulté aucun effet satisfaisanl, et qui porte à croire que ces moyens fassent partie des procédés du magnétisme animal. Les expériences, faites avec soin par M. Mauduit, conîirment également ce résultat; elles prouvent que les procédés du prétendu magnétisme animal n'ont aucune liaison avec l'électricité ni avec l'aimant.
les oscillations variées d'une balle de plomb, les différents minéraux qu'une personne avait dans sa poche, lui donna lieu de faire à ce sujet quelques expériences. Elles consistaient à présenter des barreaux plus ou moins fortement aimantés, à des balles de plomb ou des boules de buis que l'on faisait osciller de gauche adroite, ou tourner circulairenient, et Ton assurait qu'elles étaient sensibles à Faction des barreaux aimantés, qui finissaient par en arrêter les mouvements. Il nous semble qu'il suffît de cette circonstance pour faire connaître quelle opinion on doit prendre de pareils faits, et nous pensons qu'on doit en porter le même jugement que deces expériences si fameuses de la bague et de l'épée, avec lesquelles des partisans du magnétisme moderne prétendaient convaincre les gens crédules et peu instruits.
(1) M. Arthaud employait dans ses essais un mélange de soufre fondu, avec de la limaille de fer aimanté et une petite portion d'aimant. Ce mélange, refroidi dans un mortier de fer, avait assez de magnétisme pour faire varier une boussole. M. Arthaud le plaçait dans des seaux, pour former des baquets, et il les armait de tiges de fer-, d'autres fois il pulvérisait la masse pour en remplir des sachets piqués qu'il faisait appliquer sur les parties souffrantes. M. Arthaud en portait aussi sur lui dans le dessein de s'imprégner de magnétisme, pour toucher ensuite les malades; quelquefois il préférait pour ces expériences de s'armer d'aimant ou de barreaux aimantés.
(2) Dans ces expériences, on propose d'isoler un homme dans sa chaussure , en lui faisant porter des bas et des chaussons de soie; de l'armer ensuite de petits électrophores formés de gâteaux résineux , recouverts pour les cacher à la vue, et armés de petites chaînes ou barres flexibles de métal, placées sous les vêtements, au moyen desquelles on puisse en diriger la charge électrique en touchant les malades. On propose aussi de renfermer ces gâteaux dans de petites boîtes recouvertes, dont on se sert ensuite pour les appliquer aux différentes parties qui sont affectées , et imiter de la sorte ces baquets portatifs dans lesquels les nouveaux adeptes font croire qu'ils renferment le magnétisme, comme ils prétendent aussi pouvoir le concentrer dans des bouteilles. Nous doutons que cettemanière d'employer l'électricité soit avantageuse : ces procédés nepeuvent avoir que de très-faibles effets, et c'est dénaturer un remède que de l'administrerainsi. [Lettres de Dijon, ci-dessus.)
216 HISTOIRE ACVDIÏMIOIF.
On doit en (lire autant de certaines compositions dont on avait soupçonne que les nouveaux adeptes pouvaient s'imprégner pour produire quelques effets, en appliquant les mains sur les malades. Plusieurs des correspondants de la société en avaient remarqué quelques-unes sur lesquelles ils avaient spécialement fixé leur attention; telles sont particulièrement les poudres blanche et grise dont nous avons fait mention ailleurs (1), et dont M. Desglands, médecin à Rennes (Lettre du 20 septembre), avait adressé à la compagnie des échantillons qui lui avaient été envoyés de Brest. En rendant compte de ces poudres, nous avons exposé les raisons qui font croire qu'elles n'entrent pour rien dans les procédés de la méthode nouvelle, et qu'on n'y emploie même aucuns moyens de ce genre.
Quelques-uns des médecins qui ont écrit à la société ont cité des failsqui,quoiqueapocryphes et fabuleux, peuvent trouver place ici, comme autant de preuves de la facilité avec laquelle on croit au merveilleux (2): tels sont ceux de Pyrrhus, qui, du pouce de son pied droit guérissait, dit-on, du mal de rate ; de Vespasicn, qui guérit un aveugle-né en le touchant. D'autres (3) ont rapporté des faits très-connus, qui montrent combien on peut tirer parti, pour agir sur le système nerveux, des attouchements exercés sur l'organe si sensible de la surface du corps : tels sont les effets (\u chatouillement ou de ce genre de sensation que l'on excite, par exemple, en passant les barbes d'une plume sur les lèvres, et dont ils prétendent que la méthode de M. Mesmer tire une grande partie de ses avantages.
En pariant du magnétisme animal et de la conformité que l'on ne peut manquer d'apercevoir entre les moyens sur lesquels il paraît établi, et ceux qui ont fait le fond de toutes les impostures en médecine, nous avions observé (4) que dans tous les temps on avait cherché à en imposer au peuple en lui annonçant, dans une grande cause, soit physique, soit tenante
(1) ncclierclies et Doutessur le magnétisme animal, page 196.
(2) Mémoire envoyé de Nîmes, etc., etc.
'5) Lettre de M. Desfarges, chirurgien ù Meimac, en date du 25 octobre. [fi) Recherches et Doutessur le magnétisme animal , page 122.
l'ordre des esprits ou intelligences supérieures, la découverte du secret de la médecine universelle. Nous avions ajouté que, vu le fond de crédulité départi par la nature à l'espèce humaine , il était à présumer que les mêmes tentatives seraient renouvelées parmi les générations à venir. Cette crainte paraît avoir encore frappé d'autres esprits, et dans le nombre des théories imposantes ou des agents extraordinaires que l'on doit s'attendre à voir mettre en jeu, on a prévu, avec une sorte de probabilité, que l'air pourrait être employé. «Il ne serait pas étonnant, dit M. Pellet, correspondant de la société à Milhauden Rouergue (Lettre ci-dessus), qu'il vînt à l'idée de quelqu'un de ces gens à système de prétendre conserver la santé et guérir Huiles les maladies au moyen de l'air, en annonçant qu'on serait parvenu à lui donner plus ou moins d'élasticité, de densité, ou de toute autre propriété analogue. On se fonderait, ajoute-l-il, sur le rôle principal qu'il joue dans l'économie animale, puisque c'est effectivement par lui que nous vivons, que nous agissons, que nous existons.» On ne peut douter en effet que le charlatanisme, toujours renaissant, ne profite de toutes les occasions qui lui seront offertes pour surprendre la crédulité publique, et ce serait un service inappréciable de lui en enlever un de ses plus sûrs moyens en prévenant l'abus que l'on pourrait en faire.
On doit remarquer que la doctrine nouvelle ne s'est pas également répandue dans toutes les provinces. S'il en est quelquesunes, où par l'effet des circonstances, elle s'est généralement propagée, on voit que dans plusieurs autres elle n'a point été accueillie. La Guyenne, la Bretagne et le Lyonnais paraissent avoir été du nombre des premières (i).U y a des provinces au
(1) « Le magnétisme animal, dit M. Moulet (Lettre ci-dessus), a fait peutêtre plus de bruit dans la Guyenne que dans les autres provinces. La circonstance, ajoute-t- il, qui a répandu le fanatisme physique qui a séduit toute la Guyenne est une lettre publiéeparun des plus ardents prosélytes de AI. Mesmer, et qui avait persuadé à bien du monde qu'on ne mourrait plus à Paris que de décrépitude. » M. Moulet ajoute que M. Court-de-Gebelinen avait été l'éditeur.
M. Bougourd, médecin à Saint-Malo, en regrettant que Ton n'ait pas plus tôt dévoilé le magnétisme pour l'empêcher d'infecter les provinces , ajoute : « La
contraire, telles que la Provence et le Languedoc, où le magnétisme n'a point pris faveur. «Ce système, dit M. Ramel, médecin à Aubagne ( Lettre du 1er octobre), n'a eu ici aucun succès, soit, ajoute-t-il, que les vaporeux de Provence soient moins sensibles que ceux de Paris, soit que l'appareil magnétique ne fût pas aussi imposant.» A ce témoignage, nous en joindrons un qui est d'un grand poids. M. René, en écrivant à la société au nom de l'université de Montpellier (Lettre du 14 septembre), s'exprime sinsi : « Les prétendus bons effets, dit-il, attribués dans quelques papiers publics au magnétisme anima! n'ont jamais séduit les membres qui composent notre compagnie. Un heureux scepticisme a jusqu'ici garanti notre ville de la contagion qui a infesté la capitale et s'est répandue dans les provinces. Il y a lieu d'espérer que le public, enfin désabusé, cessera de se livrer à un prestige qui n'a existé que Irop longtemps pour l'honneur de la médecine (1).
A ce sujet, on doit remarquer que, par une exception assez générale, les villes où il y a des universités établies, et où l'on cultive les sciences et les lettres, ont été préservées de la contagion du magnétisme. Déjà M. O-Ryan, témoin à Lyon de la révolution qu'y avait excitée cette doctrine nouvelle, avait cru devoir observer, pour l'honneur de notre art, que c'était surtout parmi les classes des citoyens et les différents ordres de
nôtre est peut-être une de celles où M. Mesmer a le plus grand nombre de partisans, et l'on assure que Rennes, la ville capitale, est la seule où il n'y ait point encore de baquet. Nous avons le nôtre à Saint-Malo; mais, soit sagesse des Malouins, ou toute autre cause, je doute qu'il réussisse, tant il a peu de prosélytes. » (Lettre du 29 septembre.)
(1) On peut citer un plus grand nombre de pareils exemples. M. Monlrol , médecin des eaux de Bourbonne, s'exprime ainsi dans sa Lettre en date du 20 octobre : « Il est bien étonnant qu'il ait fallu les etïbrts de plusieurs corps savants pour arrêter la contagion d'une erreur qui eut peut-être moins de crédit, il y a cent ans, lorsqu'elle s'établit. Nous en avons été aussi atteints, ajoute-t-il , dans celte ville; mais le magnétisme n'a pas pris faveur auprès de nos malades, qui étaient en grand nombre cette année. »
On doit cri dire autant des différentes villes du Limousin, te J'arrive de Lyon, dit M.Deperet de IMaury, médecin de Limoges (Lettre du 22 octobre), où j'ai vu toutee que ledélire du magnétisme peut opérer; beureusement, ajoute-t-il , dins noire province on est peu disposé à se laisser magnétiser.
la société qui sont le moins versés dans l'étude de la physique et des sciences naturelles qu'elle avait trouvé des partisans. La même observation semble pouvoir être appliquée aux différentes villes du royaume, d'après les renseignements adressés à la société par ses correspondants. Nous n'en citerons ici que deux exemples; tel est celui de Montpellier, où nous venons de dire plus haut que le magnétisme n'avait pu pénétrer, tandis qu'à Marseille il avait fait des prosélytes. M. Bougourd, médecin à Saint-Malo, nous en offre un second exemple en Bretagne, où il nous apprend (Lettre ci-dessus) que Rennes était la seule ville où il n'y avait point encore de baquet établi.
Un autre fait en ce genre, non moins utile à citer, est celui dont M. Nosereau, médecin à Loudun, nous fait part dans une Lettre du 4 octobre dernier : il nous apprend que « le magnétisme avait trouvé peu de partisans dans cette ville. » Le souvenir des erreurs passées n'est donc pas toujours inutile, et l'expérience que l'on en retire peut servir de préservatif contre de nouveaux pièges et dans de nouvelles occasions. Peu de villes, il est vrai, se trouvaient aussi prémunies contre les tentatives du genre de celles de M. Mesmer. Le souvenir des fameuses possessions dont elle a été témoin doit se perpétuer encore parmi ses habitants ; et jamais entreprise pareille n'avait fini d'une manière aussi tragique. Ce n'était donc pas dans cette ville que pouvait être accueillie une méthode qui devait frapper les esprits d'une frayeur salutaire, par une ressemblance trop marquée dans l'appareil de ses convulsions.
Ce que nous disons de Loudun peut également s'appliquer à la circonstance actuelle. Les faits dont nous avons été témoins peuvent devenir une source d'instructions et tourner au profit des générations à venir. Cette idée, que l'on a déjà présentée, trouve dans un témoignage imposant une nouvelle confirmation. « Les erreurs, dit l'illustre naturaliste qui a si bien traité des corps organisés (4), auxquelles l'étrange doctrine de M. Mesmer a donné lieu, feront époque dans l'histoire des rêves de notre siècle, et elles figureraient à merveille dans une logique vraiment philosophique et universelle qui nous manque encore. Les faits divers qui ont manifesté dans celte
(1) M. Bonnet, Lettre du 29 septembre, datée de Gentliod près de Genève.
circonstance l'étonnani pouvoir de l'imitation et de l'imagination fourniraient pareillement un chapitre intéressant dans une psychologie expérimentale.»
Ce ne sont pas seulement les médecins et physiciens fixés dans les villes, qui ont envoyé à la société les renseignements dont nous venons de lui rendre compte (1). Les différentes compagnies du royaume, depuis la publication du rapport de ses commissaires sur le magnétisme, qu'elles ont unanimement adopté, se sont empressées surtout de lui apprendre qu'elles en avnient conçu la même opinion. On doit ajouter relativement aux premiers, qu'ils ne se sont pas bornés à communiquer à la société, dans leur correspondance, les réflexions qu'ils ont faites sur le magnétisme animal. Ils ont cru devoir consigner d'une manière publique leur courageuse opposition aux dogmes de cette doctrine, et quelques-uns s'en sont acquittés avec zèle et distinction (2). Enfin la société ayant des relations
(1) Aux lettres que nous avons citées précédemment, on peut ajouter les suivantes :
Lettres de M. Richard , médecin à Bazas , en date du 27 septembre 1784.
De M. Houssel , médecin et correspondant de la société à Auxcrre, 28 septembre.
De M. Esnue de la Vallée , médecin à Craon , bas Anjou , 9 octobre.
De M. Varnier de Maucour, médecin breveté du roi, à Yitry-le-Français, 12 octobre.
De M. le Breton, médecin à Quimper, 14 octobre.
De M. Dunand, médecin à Tournus, 11 novembre.
De M. Calvet, médecin à Avignon, 12 novembre.
De M. Barbeguière , médecin à Bordeaux, 14 et 18 décembre.
De M. Tausin, médecin à Saint-Jean de Luz , 27 décembre.
De M. Blanc, doyen du collège de médecine de Grenoble, 51 décembre.
En rendant compte dans cette lettre des traitements établis à Grenoble, M. Blanc apprend à la compagnie qu'il a déjà éclairci plusieurs des prétendues cures que Ion disait y avoir été opérées. Il ajoute que la dame de Qinncieu, que Ton avait annoncée comme guérie, venait de mourir, et qu'elle avait toujours été dans le même état de dépérissement. « Il en est de même, ajoute-t-il, de toutes les maladies réelles, et qui ne sont pas susceptibles de guêrison , que traitent les magnétisants, etc. »
(2) Nous nommerons ici 1° M. Bamel, médecin à Aubagne, dont nous avons déjà parlé. En annonçant son ouvrage et regrettant que les circonstances en eussent retardé l'impression , M. Bamel ajoute : « Ala façon dépenser sur
avec les savants do toutes les nations, elle a reçu, de plusieurs d'entre eux qu'elle a pour associés ou correspondants étrangers, des détails sur le même objet, qui ne méritent pas moins d'être rapportés.
Nous avons déjà parlé de ceux qui lui ont été envoyés de Malte et de Saint-Domingue. 11 lui en a été également adressé de Hollande, d'Allemagne, d'Angleterre et de Turin, dont nous allons faire ici mention. M . V;m-Swinden, célèbre professeur de physique, et associé étranger de la compagnie à Franeker eu Frise, dans un ouvrage qu'il vient de publier sur Y Analogie de V électricité et du magnétisme, a réuni plusieurs mémoires, dont quelques-uns oui pour objet la question qui nous occupe. Dans un de ces mémoires (1), M. Van-Swinden propose des Réflexions
celle doctrine nouvelle se trouvant la même que celle des médecins distingués qui s'en sont occupés d'une manière particulière, j'aurais eu le mérite d'avoir pensé comme eux sans avoir été aidé de leurs lumières. » (Lettre du 1er octobre 1784.)
2° M. Dufau , médecin à Dax. « J'ai vu avec satisfaction , dit-il , par le rapport des commissaires , que j'avais bien jugé le prétendu magnétisme. » (Lettre du 6 septembre 1784.)
5° M. Duverniu , dont nous avons également fait mention plus haut en parlant des discours qu'il a prononcés en différentes circonstances sur cet objet.
Enfin M. O-Ryan, professeur en médecine et agrégé au collège des médecinsde Lyon, a fait imprimer un Discours sur le magnétisme animal, qu'il avait lu dans une assemblée du collège, le 15 septembre dernier, et dont il a envoyé un exemplaire à la société.
(1) Voyez Recueil de mémoires sur l'aiialogie de i 'électricité et du magnétisme, 5 vol. in-8°, à la Haye, 1784; 2e vol., page 529. Dans une Lettre en date du 24 novembre dernier, qui accompagnait un exemplaire de cet ouvrage, M. Van-Swinden annonçait à la compagnie que, quoique ses réflexions eussent été rédigées il y avait un an , et qu'il n'eût pu profiter ainsi des lumières qu'il aurait puisées dans le rapport de MM. les commissaires, cependant il pensait qu'elles pouvaient être encore utiles, parce qu'il avait considéré la matière sous un point de vue particulier. On peut regarder son mémoire comme divisé en trois parties.
Dans la première, M. Van-Swinden s'attache à déterminer les différentes acceptions dans lesquelles on peut entendre la dénomination de magnétisme animal, et il conclut qu'il n'en est aucune, à moins de donner à ces termes ur sens très-impropre, dans lequel on puisse admettre celte propriété. M. Van- Sxvindcn remarque à ce sujet que M. Mesmer, ayant changé son système à
très-judicieuses sur le magnétisme animal et sur le système de M. Mesmer. 11 l'examine dans ses différentes propositions, et, après avoir réuni un grand nombre de recherches sur sa conformité avec le magnétisme de l'autre siècle, il le réfuie dans
plusieurs époques, avait attaché de la sorte des sens très-différents au mot de magnétisme animal, et que c'était en variant ainsi dans ses expressions , en confondant des acceptions très-distinctes , qu'il étaitparvenu à retarder et à rendre plus difficile l'examen de son opinion.
M. Van-Swinden , dans la seconde partie, après avoir exposé les différents systèmes de M. Mesmer, s'attache au dernier qu'il considère tel qu'il l'a publié. Il démontre, par une longue suite de recherches, sa conformité avec le magnétisme deParacelse, de Van-Helmont, de Wirdig, de Maxwel.
Dans la troisième partie, M. Wan-Swinden examine dans tous ses points cette doctrine renouvelée par M. Mesmer, et il termine ainsi son examen : «Je conclus de ces réflexions que toutes les parties théoriques du système sont indépendantes des faits ; qu'elles ne sont pas prouvées ; qu'elles sont hypothétiques et peu admissibles , soit par leur nature, soit par les contradictions qu'on y remarque ; que ce ne sont que des idées vagues, enveloppées dans des termes métaphoriques , qu'on prend ensuite au sens propre, et qui perdent leur valeur dès qu'on vient aies analyser. — Je n'hésite donc pas, ajoute-t-il , à avancer que la théorie du magnétisme animal n'est que la production d'une imagination vive, qu'elle est dénuée de réalité, et qu'elle ne mérite guère d'occuper davantage l'attention des médecins et des physiciens. »
On lit dans la préface du l«r volume, page 22, un autre passage de M. Van- Swinden, qui mérite également d'être rapporté. « Quoiqueje croie, dit-il, que le système de M. Mesmer est destitué même de toute ombre de vraisemblance, qu'il est entièrement chimérique, je ne me suis pas départi des égards qui sont dus à un médecin qui prétend n'avoir en vue que le bien du genre humain. Si M. Mesmer a cru qu'il lui était permis de parler avec indécence de plusieurs compagnies savantes, respectables par les lumières de leurs membres et par l'utilité dont elles sont à l'Etat et aux lettres ; s'il n'a pas ménagé les invectives, les ironies et les sarcasmes les plus cruels contre ceux qui n'ont pas approuvé ses sentiments, cela ne me donnait aucun droit de le traiter durement; un pareil procédé ne pourrait jamais servir à le convaincre d'erreur, et ne donnerait, aux yeux des honnêtes gens et des savants, aucun poids à mes réflexions. Si M. Mesmer est de bonne foi dans ses prétentions, il faut le plaindre de ce que l'ardeur de son imagination lui a fait prendre des chimères pour des vérités, et l'a entraîné dans ses écrits hors des bornes qu'un homme de lettres ne devrait jamais se permettre de franchir; et si malheureusement il ne l'était pas, il faudrait doublement le plaindre, et pour les écarts de son cœur et pour ceux de son esprit, mais examiner son système avec le même sang-froid que si sa
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tous ses points. M. Hahn, célèbre professeur de médecine à Leyde, avait, il y a déjà quelques années, porté son jugement sur cet objet, comme on peut le voir dans sa belle préface de l'édition qu'il a donnée du traité de M. Schilling, sur la lèpre (1). M. Hahn embrasse dans cette préface la même opinion que M. Van-Swinden a depuis exposée. M. Brugmans l'avait également adoptée (2) dans son célèbre ouvrage sur le magnétisme : ils se réunissent tous à regarder ce système comme une erreur; et, vu la célébrité dont jouissent ces auteurs en Hollande, on doit regarder leur jugement comme celui de tous les savants de leur nation sur le prétendu magnétisme animal. En Allemagne, la même opinion est devenue générale.
bonne foi était reconnue, ne fût-ce que pour empêcher de pareilles chimères de renaître par la suite, ou du moins pour retarder l'époque de leur renouvellement : car il me semble que les mêmes erreurs se remontrent à différentes époques, mais toujours sous quelque forme nouvelle et adaptée à la philosophie du temps ; il n'y a qu'à comparer le système de M. Mesmer et quelques-uns de ceux dont nous avons parlé dans ce mémoire pour en avoir la preuve.))
(1) Voyez G. G. SehiUingu de leprâ Cnmmenlaiiones. Lugduni Batavorum, 1778, Piolcgomena, §8, de magnétisme) animali, page 48. On trouve, dans la préface de cet ouvrage, des réflexions et des recherches sur la médecine magnétique. M. Hahn remarque que cette médecine remontait à des temps trèsanciens, quelle tomba dans l'oubli lorsque Galien parut, et quelle fut renouvelée par Paracelse, Van-Helmont et Goclenius à qui elle suscita une vive querelle avec le P. Roberti. M. Hahn dit, en parlant du magnétisme de nos jours, qu'il lui semble voir ressusciter ces auteurs, et a ce sujet il observe que ce n'est pas d'une marche directe que la médecine et en général toutes les sciences s'avancent vers la perfection, mais qu'ayant pour ainsi dire leurs périodes et leurs circonvolutions, comme la lune, qui tantôt pleine, tantôt cachée, nous présente sou disque sous différentes formes, elles sont sujettes à des phases, et qu'on les voit alternativement s'éclairer ets'obscurcir. En parlant au reste du magnétisme animal, M. Hahn regarde celte dénomination comme un mot vide de sens.
(2) Voyez Anton. Brugmans Magnelismus. Leyde, 1778. Quoique dans cet ouvrage M. Brugmans ait reconnu qu'il existe un germe de magnétisme dans uo grand nombre de corps qui contiennent des particules ferrugineuses, cependant M. Hahn assure, page 48, qu'il s'est bien gardé d'admettre en aucune manière le magnétisme animal, regardant tout ce que Ton en a dit et publié comme vague et indéterminé.
M. Steigléhner, professeur de physique àlngolstadt(l), et M. le
(1) Voyez le second volume du Recueil de M. Van-Swinden, page 19S , § 171 jusqu'au § 180. Quoique M. Steigléhner propose quelques difficultés contre le système de M. Mesmer, c'est plus spécialement à la discussion des faits qu'il s'est attaché. Il parait accorder à M. Mesmer la faculté de renouveler dans les malades les accès de maux de nerfs dont ils sont attaqués; il assure même en avoir été témoin ; mais c'est à l'imagination seule qu'il attribue ce pouvoir, et il apporte des preuves de fait qui démontrent celte vérité.
M. Steigléhner cite d'une manière détaillée l'histoire d'un homme de lettres de ses amis, qui était affligé depuis sept ans d'une maladie nerveuse. Présenté à M. Mesmer, le malade éprouva des effets extraordinaires; le spasme se renouvelait d'une manière très-frappante à chaque procédé. Le malade marquant une grande confiance à M. Steigléhner, qu'il croyait propre à lui faire éprouver les mêmes impressions , ce dernier prit de là occasion de renouveler sur lui les mêmes attouchements, les mêmes procédés qu'avait employés M. Mesmer, et il parvint à lui en faire ressentir les mêmes effets. « J'excitais son paroxysme, dit M. Steigléhner, comme je le voulais, avec la main , avec le doigt , avec un miroir, avec le pied, etc., jusqu'à ce qu'enfin, ajoute-t-il , un ami que nous avions appelé comme témoin, s'avisa, soit pour ne le pas faire souffrir plus longtemps, soit pour finir ce jeu, de rendre le malade distrait, et de le fixer sur d'autres idées , par où il mit fin à cette opération et à ma force; je fus alors convaincu, ajoute-t-il, de ce que je devais penser de toute celte affaire. »
M. Steigléhner ajoute que, le malade ayant étédésabusé sur les effets dece traitement , il n'avait pu depuis celte époque lui renouveler ses attaques. Il observe qu'on objecterait en vain que ce malade avait peut-être été guéri par soi-disanlc cure magnétique, et qu'ainsi il n'avait pas dû produire de paroxysme. « Car, ajoute-t-il, au contraire, jedoisavouer sincèrement que sa maladie est devenue beaucoup plus forte et plus habituelle par le nombre d'opérations qu'on a faites sur lui. Tout son système nerveux paraît en être devenu plus irritable. »
C'est donc à l'influence de l'imagination, à la facilité avec laquelle des impressions vives ou des changements remarquables dans les sens des personnes dont le genre nerveux est faible ou irritable, ramènent souvent un paroxysme ou une attaque de maladie de nerfs dont on a été précédemment attaqué, qu'il pense qu'on doit rapporter les effets du prétendu magnétisme animal ; et il observe ce n'est pas seulement sur l'esprit du peuple, sur des malades de la classe de ceux qui ne sont pas instruits, que cette cause agit, mais que les gens de lettres eux-mèmesy sont également sujets lorsqu'ils sont attaqués de maladies nerveuses. « J'avoue, ajoule-t-il, qu'il est difficile de deviner, dans chaque cas particulier, quelle est la cause occasionnelle qui agit ; il faut avoir examiné attentivement ioules les circonstances, connaître le malade à fond, par une habitude longue et fréquente, etc. Or, comme peu de gens sont en état de le luire,
professeur Hubner (1), dont on trouve les mémoires insérés dans le recueil que nous venons de citer; M. Klinkosch, professeur d'anatomie à Prague, dans sa Lettre sur le magnétisme animal et sur Félectrophore (2); M. de Mertens, associé étranger et célèbre médecin à Vienne, dans plusieurs lettres qui ont été communiquées à la compagnie (3) annoncent également que le magnétisme a été rejeté par les médecins de leur nation. Tel est aussi le résultat qu'en ont publié les journaux anglais (4), et que les savants paraissent avoir adopté à Turin,
et que le malade lui-même ne Test pas toujours, on a été induit à adopter l'idée d'un magnétisme animal, etc., etc.»
(1) Voyez le deuxième volume du recueil de M. Van-Swinden , page 267. Le magnétisme animal, suivant M. Hubner, n'est qu'une hypothèse en faveur de laquelle tout ce que l'on pourrait dire de raisonnable se réduirait à supposer que le corps humain , en contenant , ainsi qu'un grand nombre d'autres corps, une certaine quantité de particules ferrugineuses, pourrait être imprégné d'une faible portion du principe de l'aimant et des émanations dont il est le foyer. Telle est sur ce point la conjecture que se permet M. Hubner; encore ne la propose-t-il , comme il le dit lui-même, « que pour exciter d'habiles physiciens à s'en occuper dans la suite par des expériences souvent répétées, ou à en proposer une plus exacte. » Page 524.
(2) Dans cette Lettre adressée à M. le comte de Kinski, et imprimée en 1776, on trouve des observations et des expériences très-satisfaisantes sur le magnétisme animal, d'après lesquelles M. Klinkosch conclut que les effets qu'on lui attribue sont dus uniquement à l'imagination. Voyez le recueil de M. Van- Swinden. Tom. i, préface, page 19; tom. h, pages 166, 204, 556, 546, 411.
(3) En 1778, M. de Mertens mandait dans une Lettre adressée à M. Sanclièz, que l'on était désabusé à Vienne des prétendues merveilles du magnétisme animal. Il vient de nous confirmer la même vérité, dans une Lettre en date du 5 octobre dernier, communiquée par M. Andry à la société. « Je vois par les journaux, dit-il, quela comédie du magnétisme animal est au dernier acte chez vous; elle n'a pas eu une aussi longue durée en Allemagne ; nous sommes plus flegmatiques, et les erreurs ne font pas ici des fortunes aussi brillantes qu'en France et en Angleterre, etc.»
(4) Voyez tke London médical Journal. — Extrait du Journal de médecine de Londres. Vol. v, n° 5, page 266, etc. En rendant compte des ouvrages que les savants en France ont publié contre le magnétisme animal, l'auteur fait mention de l'ancienneté de ce système tombé dans l'oubli, et que M. Mesmer a renouvelé; de la décadence successive qu'éprouva cette doctrine imaginaire, en proportion des progrès de la saine philosophie, et du peu d'apparence qu'il y avait de la voir renaître et adopter avec enthousiasme de nos jours, dans une
suivant une lettre que M. Piceo, médecin de la vénerie royale, a adressée le 11 du mois dernier à la société (4). En réunis-
des capitales les plus éclairées de l'Europe. Il compare cet événement à ceux dont le docteur Goodall (dans son Mémoire historique des recherches du collège de médecine contre les empiriques) dit qu'un certain jardinier, nommé Légère» et Grcatraks donnèrent l'exemple dans le siècle dernier en Angleterre. Ces deux empiriques fameux employaient la médecine du toucher, et prétendaient guérir toutes les espèces de maladies par l'attouchement ou l'imposition des mains.
(1) M. Picco avait joint à sa lettre un exemplaire du Traité théorique et pratique du magnétisme animal, que M. Doppet, docteur en médecine, venait de publier à Turin, et il annonçait que cet ouvrage avait désabusé la cour et les savants sur le compte du magnétisme. En effet, quoique M. Doppet paraisse encore s'en déclarer le partisan, cependant il n'a caché aucune des observations qu'il a faites sur cette méthode, et dont la réunion ne peut pas permettre de l'adopter.
M. Doppet observe : 1° que, même après avoir suivi assidûment, comme il l'a fait, les traitements, il est très-difficile de porter un jugement sur l'existence ou la non-existence de l'agent.
2° Qu'il n'est pas décidé que tout l'appareil du baquet, les gestes , etc., ne soient pas des ressorts pour frapper l'imagination ; que ces accessoires dont on se sert dans le traitement sont peut-être les moyens les plus sûrs que l'on emploie pour parvenir au but.
5° Quelacrème de tartre, la magnésie, les bains, l'espoir que l'on fait naître surtout dans l'âme des malades, sont des moyens puissants et connus de guérison ; qu'il existe des maladies qui n'ont pas besoin d'autres remèdes.
4° Que M. Mesmer, quoique possesseur du secret dérobé à la nature, demandant du temps, exigeant plusieurs mois de traitement, et toutes les maladies ayant leur lin , il n'est pas étonnant que le magnétisme ait quelques cures.
5° Que si l'on guérit dans cette méthode , ce peut être par l'imagination aussi bien que par l'agent prétendu.
6° Que M. Mesmer n'a pas dû annoncer qu'il n'y aurait plus de douleurs ni de maladies ; que ce magnétisme a ses incurables -, qu'il y a des affections contre lesquelles cet agent est sans action, telles que la goutte, les maladies vénériennes et plusieurs autres ; que s'il a eu l'air de produire de bons effets dans certaines maladies de nerfs, on en a vu d'autres s'aggraver aux traitements; que tous les malades n'en sortent pas satisfaits.
7° Que si l'on excepte quelques moments d'enthousiasme, les malades, ceux même qui, depuis les premiers temps delà découverte, traînent au baquet leur languissante existence, n'ont rien senti, qu'ils n'ont point encore trouvé cette nouvelle vie qu'on leur avait promise.
8° Que, dans l'application de son agent, M. Mesmer lui-même ne connaît
sant les différents détails communiqués de tant de parts à la compagnie, on voit que les auteurs auxquels ils sont dus ne se sont pas seulement assuré par des essais particuliers et
pas l'occasion ; qu'il ne rend pas la santé à tous ceux qui l'approchent ; que les faits ne répondent pas à ses promesses.
9° Que M. Mesmer n'aurait pas dû promettre de guérir les maux de toute espèce, de découvrir leur siège, etc. — Que ce serait bien assez pour le magnétisme quand il ne guérirait qu'une maladie.
10° Que M. Mesmer ayant senti lui-même que ses axiomes n'étaient pas toujours vrais, et ayant dit quelque part que l'exception est toujours à côté de la règle, on pourrait regarder cette précaution comme un moyen pour n'être pas pris en défaut.
11" Que M. Mesmer a eu tort de rejeter la médecine ordinaire, se servant tous les jours de quelques-ims de ses remèdes ; qu'il n'exclut pas les médicaments , ayant dit dans sa proposition 24 qu'avec le magnétisme animal le médecin sérail éclairé sur leur usage qu'il perfectionne ; que si son agent est universel, s'il est le seul qui soit dans la nature, cette 24e proposition est inutile.
12° Que, quoique grands amis de l'humanité, il a vu plus d'une fois que les magnétisants ne cherchaient pas toujours la santé de leurs malades 5 que lorsqu'ils trouvent à leur baquet une personne très-sensible, ils ne la traitent plus pour la guérir, qu'ils la gardent au traitement pour faire preuve de l'existence de l'agent ; et que , dès qu'il paraît un curieux ou un incrédule , on donne des crises à la convulsionnaire.
15° Qu'il n'a jamais vu , comme on l'assure parmi les magnétisants, qu'une personne en crise devine toutes les maladies dont sont affectés les assistants; que si cela arrive quelquefois, c'est lorsqu'une personne qui vient depuis quelques mois au baquet connaît parfaitement ceux qu'elle y voit ; que dans le moment de la crise elle peut bien s'approcher de son voisin et lui nommer la maladie qui l'affecte , parce qu'elle en entend parler tous les jours.
14° Que l'art de s'emparer de l'imagination pour produire de bons effets se mettait en pratique avant l'invention du célèbre baquet; que quand le médecin voit le régime, seul utile, ou qu'il ne faut que rassurer le malade, il s'abstient des remèdes.
15" Que quelque justes et innocentes que soient les intentions de M. Mesmer, sa conduite peut donner lieu à l'imposture ; que, sur l'assurance ou la supposition de cent louis payés, on voit de tous côtés des particuliers mettre les provinces à contribution.
16° Qu'il y a lieu d'être étonné que du nombre des adeptes aucun n'ait publié le secret ; mais qu'il ri est ]>as dénature à devenir public, parce que ceux qui le savent doutent plus de son existence que ceux qui l'ignorent , etc., etc.
des preuves directes que les effets attribués à M. Mesmer dépendent spécialement de l'imagination, mais qu'ils se sont occupés encore à faire voir le peu de fondement des expériences physiques par lesquelles on avait prétendu démontrer dans le principe l'existence du magnétisme animal. Ce que l'on trouve à ce sujet dans le recueil de M. Yan-Swinden répandant quelque jour sur l'histoire de ce système et sur les premières tentatives de M. Mesmer, nous croyons devoir en donner ici une courte notice.
Lorsque l'on commença à entendre parler en Allemagne du magnétisme animal de M. Mesmer, les physiciens s'empressèrent de s'occuper de cet objet, et quelques-uns crurent en effet être parvenus à découvrir une sorte de magnétisme animal, ou quelque chose au moins d'analogue au magnétisme dans le corps humain. Tel fut surtout M. Schaeffer, ministre à Ratisbonne, qui, dans ses Expériences sur l'électrophore perpétuel, adopta cette opinion. Il prétendait qu'à l'aide de cet instrument, on reconnaissait qu'il se passe dans certaines personnes quelque chose qu'on pourrait regarder comme une espèce de magnétisme, puisque lorsqu'elles tiennent à la main une boule librement suspendue à quelque fil que ce soit, ou même lorsqu'elles posent seulement la main sur le piédestal auquel la boule est librement suspendue, celle-ci se meut toujours, faiblement à la vérité, mais sensiblement vers l'élcclrophore (4), et ce qui est encore plus singulier, puisquecette boule, lorsqu'on la tient sur le centre de l'électrophore, se meut dans le plan du méridien. On attribuait encore à cet instrument un grand nombre d'autres phénomènes semblables; et l'on assurait même qu'en y adaptant une boussole on voyait l'aiguille aimantée se mouvoir à l'approche du doigt, ou de toute autre partie du corps, ou même de toute espèce de substance qu'on lui présentai I. M. Schaeffer, d'après tous ces effets qu'il assurait avoir vus dans ses expériences sur l'électrophore, et dont
(1) M. Schaeffer assurait que Ion voyait la boule se mouvoir vers l'électrophore, quoique celui-ci se trouvât dans un autre appartement, ou même dans l'étage inférieur de la maison; ce qui servait, lorsqu'on l'avait caché quelque part, à indiquer l'endroit où il était placé.
il a rendu compte dans différents ouvrages (4), mettait en question, si peut-être la force électrique ne serait pas la même chose que le magnétisme, et ne devrait pas en porter le nom? si l'électrophore ne tiendrait pas plus de l'aimant quedel'électricité ? Il était même porté à demander si l'on ne devait pas reconnaître dans le corps humain une sorte d'électricité, ou plutôt de magnétisme , tel au moins qu'il le concevait d'après ses expériences? Cette opinion acquit beaucoup de crédit en Allemagne ; elle donna lieu à un grand nombre d'essais magnètico-électriques, et c'est elle qui contribua spécialement à faire adopter, dans les premiers temps, l'espèce nouvelle de magnétisme propre au corps humain, que l'on avait annoncée.
Mais, ces expériences ayant été examinées avec soin, on reconnut bientôt le peu de fondement des inductions qu'on prétendait en tirer en faveur du magnétisme animal. M. Klinkosch, surtout, a porté cette vérité jusqu'à la démonstration. Après avoir rappelé dans la Lettre intéressante, que nous avons citée plus haut, que les expériences sur lesquelles on fondait le système du magnétisme animal n'étaient rien moins que satisfaisantes aux yeux des vrais physiciens, il a fait voir que tout consistait à disposer l'appareil de manière que l'aiguille aimantée se dirigeât vers tous les corps qu'on lui présenterait, et qu'elle en suivît tous les mouvements. 11 suffit pour cela, suivant M. Klinkosch, de placer le style qui porte l'aiguille sur le chapeau de l'électrophore, et suivant qu'en l'approchant ou l'éloignant pour qu'il touche ou qu'il cesse de toucher le gâteau résineux, elle devient positivementou négativement électrique, elle est attirée par différents corps. On peut, suivant M. Klinkosch, disposer une table de manière que le style qui porte l'aiguille paraisse seul au-dessus; et, comme alors tout l'appareil esi caché, le corps qu'on présente à l'aiguille paraît être la cause qui la met en mouvement, et il produit en apparence les mêmes effets que s'il était réellement magnétique (2).
(1) M. Schacffer a décrit ces expériences dans trois ouvrages allemands; on trouve un extrait des deux premiers, qui ont paru en 1776, dans le Journal encyclopédique du mois de mars 1777 ; le dernier a paru cette même année.
(2) Après avoir décrit ces expériences que M. Schjjeffer prétendait avoir répétées et qui servaient de base à son opinion, 31. Klinkosch s'exprime ainsi au
On alla encore plus loin : les autres expériences tant vantées de M. Schaeffer ne furent point, à beaucoup près, regardées comme certaines par tout le monde. MM. Steiglehner et Hubner au moins ne balancent pas à les mettre au rang des méprises, et à d'autant plus juste titre, comme ils le remarquent, qu'elles ne réussissent qu'àM. Schaeffer et à quelques autres personnes, et non entre les mains de chacun ; qu'elles ne réussissent pas même quelquefois de toute une séance à M. Schaeffer, qu'elles n'ont quelquefois aucun succès dans une chambre, et qu'elles en ont dans une autre.
Ces expériences d'ailleurs ne manquèrent pas de rappeler à l'esprit celles de M. Gray, qui soutenait que si l'on plaçait une boule de fer au centre d'un gâteau de résine électrisé par frottement, et que si l'on suspendait un corps léger à un fil fort délié, tenu entre le doigt et le pouce, exactement au-dessus de la boule, ce corps commençait à se mouvoir de lui-même, et constamment de l'ouest à l'est. Ces essais ont en effet un grand rapport avec ceux de M. Schaeffer, d'autant plus que M. Gray avouait qu'ils n'avaient de succès que lorsqu'on tenait le fil à la main et non autrement, que M. Schaeffer recommande aussi de tenir le fil de cette manière, ou, si celui-ci est suspendu à un bras de guéridon, d'appliquer toujours le doigt sur le fil. On trouve ces expériences de M. Gray rapportées dans les Transactions philosophiques , vol. XXXIX; mais on avait reconnu depuis qu'elles étaient illusoires, et que ce prétendu mouvement de l'est à l'ouest provenait de quelque mouvement imperceptible de la main.
On prouva la même chose pour les expériences de M. Schaeffer,
sujet du magnétisme animal et de son prétendu rapport avec l'aiguille aimantée, l'aimant et la commotion électrique, u Les partisans du magnétisme animal , dit-il, auraient-ils pris des mots pour des faits ; ou auraient- ils réellement observé quelque chose? S'ils ne se sont fondés que sur ce que je viens de rapporter, ils auront été trompés , sans le savoir, par l'électricité ; car en s'y prenant ainsi l'aiguille obéit au mouvement du doigt. Si l'aiguille a eu quelque mouvement dans ce cas , si elle a donné quelquefois une commotion, les partisans du magnétisme animal auront-ils attribué cet eÛ'et au magnétisme, et rehaussé en partie sur de pareils fondements les droits de la matière magnétique au delà de ce qu'elle en a eu jusqu'ici? »
et M. Steiglehner surtout a donné une preuve démonstrative qu'elles dépendent de cette cause. Il remarque en effet que les oscillations du pendule, dans ces essais, étant absolument les mêmes que celles qui résultent de l'action du principe de la gravité universelle, elles démontrent qu'il n'obéit à aucune force particulière qui lui soit imprimée par la personne qui le tient, et qui le fasse tendre vers l'électrophore. M. l'abbé Hemmer est entièrement du même avis, quoiqu'il paraisse désirer une explication plus complète de tout ce que l'on a cru voir de merveilleux et d'extraordinaire dans ces expériences. Telle est aussi l'opinion de M. Van-Swinden, qui n'hésite pas à prononcer que le principe de l'aimant ne communique de vertu magnétique à aucun autre corps que le fer ; principe qu'il établit d'une manière très-satisfaisante dans son ouvrage, et sur lequel il adopte entièrement le sentiment des auteurs que nous venons de citer d'après lui (1).
Ces détails ne sont pas inutiles et déplacés ici. C'était par de pareilles expériences avec l'électricité et l'aimant que M. Mesmer avait cherché, dans les premiers temps, à établir son système ; et comme on en eut bientôt démontré le peu de fondement, il changea d'agent, il mil en avant un autre principe et déclara ne plus employer l'électricité ni l'aimant. M. Steiglehner, qui parait avoir connu M. Mesmer dans ses premiers voyages , nous instruit de ces détails. Il nous apprend que, dans ses essais en Bavière, il avait annoncé qu'il était possible d'imprégner tellement le corps humain du principe de l'aimant, qu'en approchant d'une boussole on en mettrait, du bout du doigt, l'aiguille en mouvement. M. Mesmer se servait pour cet effet d'aimants vigoureux, qu'il plaçait sur lui ou qu'il tenait d'une main, mais en l'éloignant alors le plus qu'il lui était possible. Telles furent les premières prétentions de l'auteur du magnétisme animal. On chercha à répéter ces essais, et l'on découvrit bientôt qu'ils n'avaient aucune réalité. M. Steiglehner surtout en a donné la preuve. Il s'est assuré par des expériences multipliées qu'il est impossible, même en s'appliquant des aimants sur le corps, en se couchant sur de forts barreaux dans la direction que l'on donne au fer pour l'aimanter, en prenant
(1) Voyez tome», page 1G6, 198, 211, 270, 286, 291 et 557.
enfin une grande quantité de limaille d'acier aimanté à l'intérieur, de parvenir à communiquer au corps humain aucun vestige de force magnétique qui se communique ou se décèle au dehors. M. Klinskosch rapporte d'ailleurs une expérience de M. Ingenhousz, qui démontre que l'action que M. Mesmer prétendait exercer en dirigeant de loin son doigt sur des malades, après s'être ainsi chargé d'aimant, était une pure illusion; et cette preuve est d'autant plus frappante que M. Ingenhousz, assistant au traitement de la personne qui éprouvait ainsi des effets de la présence de M. Mesmer, et qui n'en ressentait aucuns de la sienne, s'était cependant aussi garni de barreaux aimantés de la plus grande force, mais à l'insu de tout le monde. Ce furent ces essais qui, si nous en croyons les auteurs que nous venons de citer, détruisirent à Vienne les prétentions de M. Mesmer, et qui , ne lui laissant aucune ressource dans l'aimant pour soutenir son système, lui firent sans doute imaginer d'annoncer un autre principe inconnu et absolument distinct de l'électricité et du magnétisme ordinaire.
Maintenant que l'existence ou plutôt la supposition de ce nouveau fluide a été généralement rejetée, il semble que ses partisans, vaincus sur ce point , essayent de revenir sur leurs pas, et s'empressent à chercher de l'appui à leur système dans les choses mêmes dont ils s'étaient d'abord écartés comme d'un écueil. Tel est au moins le but que paraissent s'être proposé ceux d'entre eux que l'on a vus, dans ces derniers temps, faire des efforts pour rapprocher leur opinion des essais que l'on fait avec l'aimant. Mais ces essais, fondés sur une théorie raisonnable, ne peuvent avoir aucune liaison avec la doctrine imaginaire du magnétisme animal ; car non-seulement l'action et la vertu de l'aimant n'ont , de l'aveu même de M. Mesmer (1),
(1) Il suffit de citer quelques passages des ouvrages de M. Mesmer pour prouver celte assertion.
Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, page 80. « L'aimant, soit naturel , soit artificiel , est ainsi que les autres corps susceptible du magnétisme animal, et même de la vertu opposée , sans que, ni dans l'un ni l'autre cas, son action sur le fer ou sur l'aiguille en souffre aucune altération j ce qui prouve que le principe du magnétisme animaldijjcrc essentiellement de celui du minéral. » Proposition xx.
Idem, page 18. « Les écrits réitérés du P. Hell ayant transmis au public
rien de commun avec sa nouvelle théorie, mais elles ne peuvent en effet sous aucun rapport en justifier les assertions. Il faudrait donc que les nouveaux adeptes renonçassent entièrement à leurs idées, qu'ils abandonnassent la prétention d'avoir fait
l'opinion mal fondée que la découverte en question consistait dans le seul emploi de l'aimant , j'écrivis à mon tour pour détruire cette erreur, en publiant l'Existence du magnétisme animal essentiellement distinct de l'aimant ; mais le public prévenu resta dans son erreur.»
Journal de Paris, 1783 , n° 192 , Lettre de M. Mesmer, etc. « Trouvez bon que je déclare ici... que l'agent dont je me sers n'appartient, comme on l'a cru jusqu'à présent, ni à l'électricité, ni à l'aimant; qu'il a été absolument inconnu jusqu'à moi , etc., etc. »
On trouve les mêmes idées adoptées par M. Deslon dans ses Observations sur le magnétisme animal..., pages 15, 14. « M. Mesmer avait comparé les ell'ets du magnétisme animal sur les corps animaux à ceux de l'aimant et de l'électricité sur d'autres corps connus. Rien , ai-je insinué, de moins révoltant pour des hommes accoutumés à faire agir les ressorts de ces deux premier s -principes (l'électricité et l'aimant) que l'hypothèse d'un troisième. »
Idem, page 105. « Il est aujourd'hui démontré... qu'il existe dans la nature un agent inconnu jusqu'à ce jour. »
Idem, page 106. « L'étendue que nos connaissances ont acquise depuis la découverte de ces deux derniers agents de la nature (l'aimant et l'électricité) n'est-elle pas faite pour donner le plus grand espoir sur celui qui se manifeste après eux ? »
Il résulte de ces citations que, sous quelque rapport que l'on envisage la méthode qui consiste dans l'emploi de l'aimant et celle de M. Mesmer, elles n'ont entre elles aucune espèce de liaison. En effet, veut-on 1" considérer en elle-même ou dans ses procédés la première de ces méthodes? On voit qu'elle n'a et ne peut avoir rien de commun avec les procédés de MM. Mesmer et Deslon, puisque de leur aveu même ils ne font aucun usage de l'aimant ni de l'électricité, et que MM. les commissaires qui ont fait des recherches à ce sujet sont en cela d'accord avec eux.
2» Veut-on considérer cette méthode dans sa partie théorique, c'est-à-dire dans le principe qui fait agir l'aimant, principe auquel on a donné le nom de fluide magnétique, et que les physiciens en général ont regardé jusqu'ici comme répandu dans l'atmosphère? Cette doctrine n'a encore rien de commun avec les idées de M. Mesmer sur son prétendu fluide universel. Car non-seulement M. Mesmer a avancé que son agent était un principe inconnu jusqu'à lui, et suivant M. Deslon cet agent nouveau forme dans la nature un troisième principe essentiellement distinct de l'électricité et de l'aimant; mais les propriétés qu'ils lui attribuent ne conviennent en aucune manière au fluide magnétique :
une découverte, d'avoir établi un nouveau système de choses, qu'ils convinssent même de s'être trompés en attribuant les effets qu'ils se vantent de produire à un agent absolument inconnu avant eux, pour rentrer dans la voie ordinaire. C'est
telles sont celles de se réfléchir par les glaces, de se concentrer dans toutes sortes de corps, parmi lesquels l'aimant ouïe fer n'a nul privilège; de pouvoir être renfermé dans des baquets, des bouteilles, etc., tous corps qui sont aisément perméables au fluide de l'aimant. Ce dernier principeau contraire, c'està-dire le fluide magnétique , tel qu'on a cru pouvoir l'admettre dans la saine physique, se manifeste par sa propriété d'attirer le fer, de diriger l'aiguille de la boussole vers le nord, de pénétrer tous les corps de la nature, excepté le fer dans lequel il se concentre uniquement.
5° Veut-on enfin envisager ces recherches jusque dans les conjectures que l'on s'est permises, en cherchant à reconnaître si le principe de l'aimant proprement dit ne peut pas se fixer dans l'économie animale, comme l'exemple des poissons électriques Ta démontré pour le fluide de l'électricité, et que des expériences tentées sur les mêmes poissons sembleraient l'indiquerpour le principe de l'aimant? Mais quand bien même on admettrait ces conjectures, et que l'expérience les confirmerait ; quand même alors on donnerait à la présence de ce fluide dans les corps animés le nom de magnétisme animal , comme l'ont fait aussi dernièrement MM. Van-Sivinden et Steiglehner, qui ne font pas adopté, il n'en résulterait encore aucune liaison entre cette hypothèse et celle d-e M. Mesmer; car, excepté la dénomination qui leur serait commune, ces deux systèmes n'auraient absolument rien d'analogue. La nature de l'agent et ses propriétés seraient au contraire si différentes dans l'un et l'autre, qu'indépendamment même desréclamalionsdeM. Mesmer il ne seraitpas possible de les confondre ou de les comparer ; et cela est si vrai, que dans les faits qui , comme nous venons de le dire, semblent annoncer ia présence du fluide de l'aimant dans certains poissons, il est expressément indiqué que ces poissons prétendus magnétiques présentent les phénomènes ordinaires de l'aimant; c'est-à-dire que l'on assure qu'il sont attirés par des barreaux aimantés, cl qu'ils font varier l'aiguille de la boussole. Ce ne serait donc que du fluide de l'aimant , de ce fluide seul qui attire le fer et se dirige vers le nord , qu'il sciait question dans cette hypothèse : c'est-à-dire, d'un principe avec lequel M. Mesmer, bien loin de chercher des rapports réels à son système, s'est étudié au contraire à répéter qu'il ne fallait pas le confondre, et avec lequel sa prétention d'avoir fait une découverte ne peut être conciliée.
D'ailleurs le prétendu fluide de M. Mesmer aurait sous ce rapport d'autres différences encore qui ne permettraient pas de le regarder, s'il existait, comme le même que celui de l'aimant: car il annonce qu'il peut s'en imprégner et le communiquer ensuite à d'autres personnes, en le dirigeant sur des malades. Mais
ainsi que, dans l'histoire du magnétisme, on verra une erreur née du sein mémo des recherches les plus sages sur les propriétés de l'aimant, venir enfin s'anéantir au môme point où elle avait pris naissance. Le travail de M. Van-Swinden aura particulièrement contribué à vérifier cette conjecture , et nous nous sommes empressés par cette raison de profiter de ce qu'il contient.