PREMIÈRES EXPÉRIENCES DANS LES HOPITAUX
Des premiers essais de Puységur etdeDeleuzeaux expériences faites dans les hôpitaux, il faut franchir un grand nombre d'années; Bertrand déplore cette lacune dans l'histoire du somnambulisme. Le magnétisme animal, désormais appuyé sur les phénomènes du somnambulisme, dit-il, semblait devoir se relever du discrédit dans lequel il était tombé; ses progrès allaient en augmentant, mais les premiers troubles de la révolution les arrêtèrent subitement. 11 ajoute que l'importance des événements ne laissèrent plus aux esprits le calme nécessaire pour s'occuper sérieusement d'observations scientifiques (du Magnétisme en France, 236). Bertrand est dans l'erreur, il juge mal l'influence des grands événements de la révolution et l'empire ; c'est au contraire pendant celte mémorable période que les sciences furent plus en honneur que jamais ; les institutions scientifiques qui font aujourd'hui la gloire de notre pays datent précisément de celte époque; la réorganisation des classes de l'Institut, la prééminence parmi ces classes de l'académie des sciences, l'école polytechnique, le bureau des longitudes, l'école normale, l'école de santé, etc., etc.; il dit qu'il n'y eut pas assez de calme pour s'occuper sérieusement des observations scientifiques; il n'avait donc pas lu ce magnifique tableau tracé par Cuvier des progrès des sciences physiques pendant cette même époque? Disons le mol ; il n'y avait assez de calme que pour des observations scient ifiquessêWewses. Voilàtouterexplication du long silence qui a régné alors sur le magnétisme animal.
C'est qu'il faut beaucoup de loisir, une longue paix ou plutôt
du désœuvrement, un profond ennui pour s'occuper sérieusement du magnétisme animal ; donc, à partir de 89 jusqu'aux jours de la restauration, on ne donna aucune attention en France aux prétendus faits magnétiques; aussi Bertrand ajoute que le public, voyant le magnétisme rapporté en France par les émigrés, le traita comme un de leurs préjugés, et n'y vit qu'un objet de risée (loc. cit., 236).
Il y a quelque chose de vrai dans cette dernière réflexion de Bertrand : le mesmérisme, dont nous avons fait l'histoire académique, n'était guère descendu des hautes régions de la société, d'abord il coûtait trop cher, ce qui fait qu'il n'était qu'à l'usage du monde élégant ; aussi ce mesmérisme, vieux souvenir de nos pères, n'avait laissé que de bien faibles traces dans les nouvelles générations; la vieille France au contraire, la France féodale, qui ne vivait que de souvenirs, aurait volontiers redemandé au nouveau Paris et les baquets de Mesmer, et les marquises en convulsions.
Mais il y a plus, et c'est le critique Hoffmann qui s'est rendu l'interprète de cette autre prévention, on a été porté à accuser la restauration de nous avoir ramené à la fois et les jésuites et le magnétisme; c'est un thème sur lequel s'est exercé, comme on va le voir, le libéralisme du Journal des débats, le morceau est trop curieux pour ne pas le donner ici. « Quand on a vu reparaître, disait Hoffmann, une légion de Tartufes, on devait bien imaginer que tous les enchanteurs, les négromans et les baladins mystiques viendraient prendre leur place à la curée de la sottise. Si une odieuse corporation, condamnée par tous les rois chrétiens, par les cours de justice et par le saint-père, se remontre avec audace et signale déjà son retour en dépouillant les familles, faut-il s'étonner de voir accueillir une autre société, qui du moins n'a été condamnée que par le bon sens? (condamnation éternelle, et qui ne pourra s'effacer ! c'est nous qui disons cela.) Oh ! certes, les endormeurs magnétiques sont infiniment préférables aux endormeurs de Mont-Bouge; les premiers n'escroquent pas des testaments, ils ne menacent ni la vie, ni l'indépendance des rois, et ils bornent leur ambition à serrer les pouces, à palper les épaules, les bras, les genoux et l'épigastre des jeunes et jolies femmes. Ces derniers mots sont officiels.»
Dl MAGNÉTISME ANIMAL. 257
» Il est assez, remarquable que ces deux espèces d'endormeurs se rencontrent à la fois sur l'horizon; mais c'est un effet de ce périodisme qui ramène les mêmes sottises trois ou quatre fois par siècle, et toujours avec un nouveau cortège de miracles. Quand on s'entretenait à Paris du comte de Saint-Germain, qui se disait âgé de plus de quatre cents ans et renouvelait l'histoire d'Aristée de Proconèse rapportée par Hérodote, la secte des martinistes et des illuminés faisait de grands progrès dans la haute classe qui accueillit avec enthousiasme l'incomparable Cagliostro et le divin Mesmer.
» Le premier ressuscitait les morts; il vous faisait voir votre grand-père et votre grand'mère, et vous proposait de vous faire souper avec Lycurgue et Solon, avec Antoine etCléopâtre ; aussi un prince de l'Eglise se déclara-t-il son protecteur. Le second n'eut pour magie que ses mains et son baquet; ses mains lui servaient à tâter nos dames, à provoquer les effluves du fluide magnétique, et à palper les cent louis que chaque imbécile lui apportait pour être initié aux grands mystères. Ces cent louis, prix fixe de la science, font assez voir que le docteur ne s'adressait pas à ce qu'on nommait la canaille.
» Quelque temps avant, le baquet, la capitale eut pour récréation les extases de sœur Perpétue et de sœur Félicité. Ce» deux somnambules, bien plus admirables que les somnambules magnétiques, se faisaient donner de grands coups de bûche ou d'un gros chenet sur le ventre, par le frère Coutu ; elles nommaient ces coups des secours, et se plaignaient de ce qu'on ne louchait jamais assez fort. Un jour sœur Perpétue, mécontente de frère Coutu, fit appeler un portefaix qui lui administra les secours d'une manière satisfaisante; car il frappait comme un sourd. C'est ainsi que, vingt-huit ans auparavant, Marie-Catherine la Cadière, après s'être fait stigmatiser par le jésuite Girard, son confesseur, le renvoya pour prendre un carme; cette preuve de bon goût donna lieu à un procès fameux et fort édifiant, qui fut jugé par le parlement d'Aix, le 16 mars 1751, à l'avantage du jésuite. Vingt-six ans avant les coups de bûche et les crucifiements des sœurs Perpétue et Félicité, le cimetière de Saint-Médard avait donné aux Parisiens un avantgoût des convulsions et des hurlements du baquet magnétique. Plus haut encore, nous trouvons les illuminés des Cévennes
qui s'endormaient comme les succubes du magnétisme et raisonnaient de même.
» Remarquons bien qu'à toutes ces périodes de jonglerie et de mysticité il a toujours été question de faire naître, de donner, de distribuer la lumière comme dans la franc-maçonnerie; VUlumïnisme, les illuminés , le siècle des lumières, telles sont les expressions employées par les charlatans et répétées par les dupes.
» Il est donc bien démontré que ces prétendues lumières sont toujours contemporaines de quelque grosse bêtise; on ne pense jamais plus à la lumière que quand on n'y voit goutte ; car c'est alors qu'on en a le plus besoin. Dans ce sens, j'avoue que nous sommes dans le siècle des lumières entre les jésuites et les somnambules ; et il faut espérer que les dames qui courent les rues pieds nus finiront par se faire donner des coups de bûche; alors les lumières seront éblouissantes (loc. cit. 373).»
On voit quelle était alors la disposition des esprits; mais, pour être juste, nous devons dire que les magnétiseurs n'acceptaient en aucune manière le rapprochement, et qu'aujourd'hui ils l'accepteraient moins que jamais; ils se donnent toujours comme des apôtres de lumières, mais de lumières libérales; la preuve en est que ceux qui, comme nous, entreprennent de dévoiler leurs jongleries, sont traités par eux de véritables jésuites. L'un de nous en a fait l'expérience : comme il avait mis à nu et en pleine académie toutes les ruses d'un somnambule, un spirituel anonyme n'a pas manqué de faire imprimer qu'il n'y avait qu'un jésuite qui fût capable d'un semblable procédé; que Saint-Acheul avait dû le signaler aux révérends comme un sujet distingué; bref, pour le punir d'avoir osé attaquer le magnétisme animal, la lumière des lumières, il a fini par l'appeler non pas tison d'enfer, mais frère Ignace ! Où donc son esprit trouvait ces jolies choses ?
Mais revenons à ces premières époques de la restauration : le magnétisme, par cela que toutes choses grandes et sérieuses avaient fini, commençait donc à poindre de nouveau., faible encore il est vrai ; on parlait bien de l'abbé Faria et de sa nouvelle méthode, maison le regardait comme un charlatan. La réimpression des Mémoires de Puységur n'aurait excité que
médiocrement l'attention, et l'Histoire du critique du magnétisme, publiée parDeleuze en 1813, n'aurait pas eu plus d'effet, sans les critiques si spirituelles d'Hoffmann.
Peu après, desouvrages périodiques furent publiés à ce sujet ; on vit des annales et des archives du magnétisme animal , une bibliothèque du magnétisme animal, etc.; enfin de nouvelles expériences semi-publiques furent reprises; mais, bon Dieu ! que les temps étaient changés ! au lieu de cette noblesse sémillante, de ces femmes poudrées et musquées qui achetaient au poids de l'or le privilège de se soumettre aux expériences de Mesmer et de Deslon, les expérimentateurs sont obligés d'aller chercher leurs sujets dans l'asile de la douleur, de lamisère dans les hôpitaux ! M. Husson le premier jugea à propos, le 26 octobre 1820, d'autoriser dans les salles de l'Hôtel-Dieu des expériences sur le magnétisme animal (Bertrand, op. cit., 259).
La conviction de M. Husson fut bientôt formée, puisqu'un magnétiseur dont nous aurons plus tard à nous occuper M. Foissac, assure qu'ayant eu occasion de s'entretenir avec M. Husson de ces expériences, il se permit, lui magnétiseur de dire à M. Husson quil le croyait dans l'erreur (Foissac Rapports et Discuss., p. 6).
Les expériences autorisées par M. Husson furent d'abord faites dans la chambre de la mère religieuse; il s'a°issait d'une Dlle Samson, habituée des hôpitaux, qui avait passé de Beaujon à l'Hôtel-Dieu, en était sortie, puis y était rentrée de nouveau , sujette à des attaques d'hystérie : dès les premières passes, administrées par M. Dupotet, sous la direction de M. Husson, qui tenait à la main une montre à secondes, et qui écrivait tous les détails de l'observation; dès les premières passes, disons-nous, picotements aux paupières et malaise puis sommeil si profond, qu'on est obligé de la porter dans son lit. Mais bientôt elle répond aux questions de M. Dupotet • et elle donne des notions sur sa maladie : son estomac est rempli de petits boutons, les uns blancs, les autres rouges ; à côté de son cœur, il y a une poche pleine de sang, et un fil très-petfl qui fait battre son cœur; c'était là son diagnostic. Pour le pronostic, le voici : les petits boutons sont incurables ; quant à la poche et au fil, on pourra les guérir à l'aide du traitement suivant : lisanede guimauve; loochset beaucoupd'adoueissaiKs!
260 HISTOIRE A.CADJÉMIO.UE
Mais les doutes v ont commencer, et dès lors celte longue série d'épreuves que nous aurons désormais à exposer. Au temps des premières expériences de Puységur, on aurait, ou ajouté foi au dire de la demoiselle, ou mis le tout sur le compte de l'imagination; en effet le boyau ombilical de Puységur vaut les petits boutons, la poche de sang et le fil qui fait battre le cœur; mais, je le répète, dans notre génération incrédule et railleuse, on substitue aux observations des épreuves ; et cela parce qu'on ne croit pas, parce qu'on soupçonne partout des supercheries; donc, dans le cas présent, on voulut passer aux épreuves ; et. d'abord, pour s'assurer de la réalité du prétendu somnambulisme, on prit le parti d'enfermer le magnétiseur, M. Dupolet, dans un cabinet noir, pour y faire ses passes : le prétendu sommeil eut lieu. Bertrand lit observer que la malade, amenée dans le lieu où elle avait coutume d'être endormie chaque matin, entourée des mêmes personnes, à la même heure, assise sur le même siège où elle devait supposer qu'on ne l'avait placée que pour la soumettre à une expérience, pourrait fort bien s'endormir sans qu'on pût légitimement rien en conclure en faveur de l'agent magnétique.
On voulut alors instituer autrement l'expérience : Bertrand propose de diriger l'action prétendue magnétique sur la malade, non-seulement à son insu, mais encore à une heure où elle ne devait pas naturellement s'attendre qu'on chercherait à agir sur elle; de s'introduire, par exemple, le soir dans la salle, à l'heure où tout le monde était couché, pour la magnétiser de loin et surtout à son insu. Adopté. Mais d'abord, M. Husson arrivant ainsi inopinément dans la salle, à sept heures du soir, événement inouï dans les habitudes d'un chef de service aussi exact, aussi ponctuel ; M. Husson ne se cache pas, il va droit au lit de la demoiselle, et, pour la dérouter (comme si dérouter une somnambule était chose facile!), il s'adresse à sa voisine, et lui dit : « C est pour vous que je suis venu ce soir; vous m'aviez inquiété ce matin; mais je vous trouve mieux, tranquillisez-vous , cela ira bien. » C'était la somnambule qui devait se dire à elle-même cela ira bien, car la voilà prévenue. Mais ce n'est pas tout : on place fort adroitement encore le magnétiseur à un lit d'intervalle de son sujet; une lampe, dit Bertrand, éclairait la salle, et se trouvait placée derrière ledit
magnétiseur, en sorte qu'il pouvait se dessiner comme une ombre chinoise; et M. Husson, à peu de dislance aussi, avait les yeux fixés sur elle; ne voilà-t-il pas une expérience bien instituée?
Aussi, qu'arrive-t-il? c'est que la demoiselle, une fois tous ces préparatifs terminés, dit à haute voix, pour l'édification des expérimentateurs : « C'est étonnant, comme j'ai mal aux yeux! je tombe de sommeil; » et la voilà endormie; mais dort-elle? On lui tire les cheveux , on la pince , rien ; donc , expérience concluante.
Bertrand lui-même a fait voir la nullité de ces faits; ce qui n'a pas empêché de rédiger un procès-verbal bien circonstancié, et de le faire signer par vingt-neuf médecins.
Quoi qu'il en soit , les choses étaient en bon train pour la guérison de la I)1Ie Samson, lorsque le conseil général des hôpitaux, sur la proposition de M. le duc de Liancourt, fit savoir que les malades des hôpitaux, ne devant pas être considérés comme des sujets à expérimentation, défense était faite d'achever une si belle cure; l'interruption de ces expériences, dit M. Foissac (op. cit., 279), devait avoir un funeste résultat pour la santé de la demoiselle ; « en peu de temps, le mieux, acquis
avec tant de peine, disparut, et cette fille s'abandonnait aux
larmes (sic); mais un interne, M. Robouam , recommença à magnétiser M"'' Samson, et elle put sortir de l'Hô tel-Dieu le 20 janvier 1824, dans un état assez satisfaisant. »
Malgré la défense faite par le conseil aux médecins des hôpitaux de suspendre l'exercice ordinaire de la médecine pour les manœuvres magnétiques, d'autres expériences furent faites dans ces établissements; ces expériences sont aussi concluantes que celle qui vient d'être exposée. Peut-être devrions-nous nous abstenir de les faire connaître ici, puisqu'elles n'ont pas eu lieu en présence, de commissions académiques; mais, comme le nom d'un homme éclairé, ravi trop tôt à la science, s'y trouve mêlé, nous devons quelques renseignements sur les laits au moyen desquels on avait surpris sa bonne foi. Nous Minions parler de Georget et de la fameuse Pètronille.
\u rapport de Georgel, Pètronille était devenue épileptique à la suite d'une frayeur qu'elle avait éprouvée en tombant dans le cRnal de l'Ourcq.
Cette fille était donc à la Salpêtrière, soumise aux moyens de traitement ordinaire, mais, comme somnambule, elle avait une lucidité, une intelligence qui depuis en a fait presque une célébrité en matière de magnétisme. Jugez de sa singularité, et en même temps de son courage : on voulait savoir d'elle quel était le meilleur moyen delà guérir; depuis que la demoiselle Samson avait si judicieusement indiqué son propre traitement , c'était la première question à faire à toute somnambule malade -, mais Pétronille, au lieu de demander pour elle des loochs et des adoucissants, elle demande à Georget qu'on la jette dans l'eau pendant qu'elle aurait ses règles! On ne s'arrête pas à ce qu'il y avait de bizarre dans cette prescription ; quand une somnambule parle, il faut obéir ; notez qu'elle indique en même temps aux deux médecins qui devaient aider Georget, à MM. Londe et Mitivié, ce qu'ils auraient alors à faire et à dire. Voyons maintenant comment on s'y est pris pour exécuter son ordonnance.
L'histoire est racontée si naïvement, que nous n'aurons que peu de commentaires à ajouter.
« Quelques moments avant cette opération (l'action de la jeter à l'eau), on la mit en somnambulisme, et, quand tout fut préparé, elle se fit réveiller à moitié seulement (nous ne connaissions pas encore ce demi-sommeil), afin qu'elle pût entend re parler et voir l'eau (ces deux motifs sont très curieux ! elle avait besoin d'entendre, et besoin de voir l'eau, et pour cela il lui fallait une moitié de sommeil!). M. Londe dit alors comme elle le lui avait recommandé : Allons, messieurs, il faut la jeter à l'eau (il paraît que c'étaient les mots sacramentels ; ils sont simples, mais énergiques : Il faut la jeter à l'eau! Pétronille allait droit au fait, et ne demandait pas de façons). Sur-le-champ ils la saisirent, malgré sa résistance (Pétronille n'oublie pas qu'elle est femme, et qu'il faut encore montrer de la résistance, même lorsqu'on veut lui donner ce qu'elle demande : un plongeon bien complet), et la plongèrent dans un bain d'eau froide. Ils lui tinrent la tête sous l'eau, et ne la retirèrent que lorsque le temps qu'elle avait fixé fut écoulé (dites après cela si le conseil des hôpitaux n'avait pas eu grand tort de défendre des expériences aussi curieuses). »
Mais ce n'est pas tout; les prescriptions de Pétronille n'avaient pas été ponctuellement suivies; Pétronille avait dit que
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 'Htt
c'était dans le canal de l'Ourcq qu'il fallait la plonger, puisque c'était clans ce même canal qu'elle était tombée et qu'elle avail contracté sa maladie : similiasimilibus ; telle devait êire en effet la fin de l'histoire. « C'était dans le canal de l'Ourcq que Pétronille avait d'abord demandé à être jetée ; mais il avait fallu renoncer à ce projet, à cause de la difficulté de le mettre à exécution, » et nous n'avons pas de peine à le croire.
Quoi qu'il en soit, on voit que Pétronille ne reculait pas devant les moyens acerbes; c'est en frappant ainsi de grands coups qu'elle paraît avoir surpris la bonne foi de Georget : il est bien fâcheux que ce médecin, déjà connu par de bons travaux, ait été enlevé par une mort prématurée; comme le temps a dévoilé depuis les ruses et les fourberies de cette femme , Georget aurait reconnu combien il faut se défier du témoignage de ces créatures.
Il y a en outre quelque chose de plus grave : Georget n'est plus là pour démentir les propos qu'on lui a prêtés depuis sur l'importance des faits de cette nature. Or, s'il fallait en croire un magnétiseur, M. Foissac, Georget, dans une dernière entrevue, lui aurait tenu ce discours : « Je crois qu'il ne peut exister de médecine parfaite que celle des somnambules en ce qui les concerne, et qu'il est possible d'utiliser pour les autres leur admirable instinct. Dans une fluxion de poitrine, tout médecin sait que la saignée est nécessaire ; mais il ignore le moment précis de l'opération, à quelle veine elle doit être faite, la quantité de sang qu'il faut tirer, rien n'est indifférent, etc. » Nous le disons ici avec un vif sentiment de peine et de regrets pour la mémoire de Georget, lui faire tenir un semblable discours , c'est faire payer bien durement un moment d'erreur. Comment, Georget aurait dit qu'on ne sait quelle veine il faut ouvrir dans la pneumonie ! quelle quantité de sang il faut tirer ! qu'on ne sait quand il faut saigner ! et il aurait ajouté que les médecins doivent apprendre cela des somnambules ! Non, non, cela n'est pas, nous ne pouvons croire qu'à ses derniers moments Georget ait fait un prospectus en faveur de ceux qui exercent la médecine au moyen des somnambules (1).
(1) M. Londe n'en est plus aujourd'hui à se demander s'il y a eu on non supercherie de la part de Pétronille et de Braguette ; des épreuves faites peu de
Mais quittons cet incident pénible, honteux pour la médecine, injurieux pour la mémoire d'un homme de bien, et disons qu'il est un autre médecin, un professeur distingué, qui, lui aussi, avait fait quelques expériences à la Salpêtrière et à la même époque ; mais, comme il est plus qu'un autre jaloux de la dignité de son art , il eut soin d'éviter tout contact avec les magnétiseurs , nous voulons parler du professeur Rostan, livré au haut enseignement, praticien consommé, habile surtout dans l'art du diagnostic; il ne peut avoir rien de commun avec la tourbe ignorante des magnétiseurs; aussi aucun d'eux ne vient s'appuyer sur des conversations, sur des aveux qu'il aurait faits relativement à la prééminence du talent des somnambules en fait de médecine pratique.
Maintenant , et avant de terminer ce qui est relatif aux expériences faites à la Salpêtrière, ajoutons un dernier mot sur Pétronille et sur sa compagne inséparable en somnambulisme, sur la fille Manoury; nous disons inséparables , humainement parlant, car depuis la mort les a séparées, on va voir comment.
Le temps finit par tout découvrir : M. Amédée Dechambre,, alors interne à la Salpêtrière, a consigné, le 12 septembre 4835, des faits extrêmement curieux sur ces deux créatures, dans le feuilleton de la Gazette médicale de Paris. M. Dechambre voulait se livrera quelques recherches pour constater la réalité du magnétisme. Dans mes recherches, dit-il, j'ai eu la main heureuse, car je suis tombé tout d'abord sur une ancienne connaissance du malheureux Georget (mais laissons parler M. Dechambre). « Si Georget vivait encore, il se rappellerait sans peine deux jeunes filles : l'une était la pauvre Pétronille, fille de beaucoup d'esprit, qui voyait admirablement l'heure par la nuque, et qui, après avoir illustré de son nom l'histoire du somnambulisme , est allée mourir inglorieusement dans je ne sais quel hôpital de Paris ; l'autre, son amie, s'appelait Manoury, dite Braguette ; depuis elle fut mariée à un homme qui n'avait pas peur des
temps après la scène du plongeon, lui avaient donné la certitude que ces créatures avaient complètement trompé Georget ; nous devons ajouter que Georget lui-même avait su aussi à quoi s'en tenir sur ces deux filles prétendues somnambules. Ces renseignements nous ont élé communiqués tout récemment par M. Londe lui-même.
sorcières, et s'appelle aujourd'hui veuve Brouillard : celle-là était entre les mains de George t et de plusieurs autres médecins ; elle avait alors quelque trente ans , une intelligence bornée, assez de fraîcheur, de l'enjouement; elle était atteinte d'un dévotement chronique et de fréquentes attaques d'épilepsie.
» Quant à l'identité de la personne, poursuit M. Dechambre, j'invoque les souvenirs de M. Esquirol, et surtout de M. Mitivié, qui l'a parfaitement reconnue cette année. »
C'est ainsi que M. Dechambre s'est trouvé inopinément en face d'une célébrité magnétique, d'une ancienne sommité, pour nous servir d'une expression du jour : alors l'envie vint à M. Dechambre et à ses collègues de renouveler quelques expériences sur ce sujet émérite; notez, comme le dit fort bien M. Dechambre, qu'il y avait toujours chez elle affaiblissement delà constitution et prédominance du système nerveux, c'est-à-dire les conditions requises pour faire une bonne somnambule; la veuve Brouillard avait conservé ses précieuses qualités, sauf de l'enjouement en moins et de l'âge en plus.
Disons encore que la veuve Brouillard, se rappelant ses anciennes prouesses, ne demandait pas mieux que de se faire magnétiser de nouveau; elle qui avait passé par les mains des grands magnétiseurs, ne se proposait rien moins que d'en remontrer à ces jeunes gens, assez osés pour jouter avec elle.
Donc la veuve Brouillard, enchantée de retrouver des souvenirs de jeunesse, se soumet aux passes de MM. Dechambre, Diday, Debrou, etc.; presque aussitôt ses yeux se ferment, elle clignote les paupières, avale coup sur coup sa salive, et, au bout de deux minutes, la voici endormie. Certes, dit M. Dechambre, voilà qui était tout à fait classique; jamais sommeil de somnambule ne fut plus régulier que celui-là. Cependant on veut faire la contre-épreuve ; on arrange une scène en conséquence, <i la conséquence en est que la bonne dame se donnait des airs somnambuliques chaque fois, dit M. Dechambre, qu'elle supposait, à tort ou à raison, que tel était le désir de son magnétiseur.
Mômes déceptions pour le prétendu rapport magnétique et pour les paralysies produites à volonté ; elle tombe dans tous l«'s pièges. Autre exemple : « Mine Brouillard, reprend M. De-
chambre, ne pouvait manquer d'avoir une transposition du sens de la vue, c'est bien le moins qu'on puisse exiger d'une somnambule tant soit peu habile : elle et Pélronille faisaient la paire; celle-ci voyait par la nuque, M.,ne Brouillard par le front.
» Un soir donc qu'elle était endormie magnétiquement, poursuit M. Dechambre, nous lui appliquâmes tout bonnement une montre sur le front ; or Mme Brouillard fit , à part soi , ce petit syllogisme : J'ai été endormie à six heures ; or il y a environ une demi-heure, donc il doit être environ six heures et demie ; telle fut en effet sa réponse; la montre marquait, six heures vingt-cinq minutes, heureusement elle allait bien.
» Nous recommençâmes l'expérience d'une autre manière : l'aiguille fut dérangée, et la montre appliquée comme précédemment. Il lui était bien naturel de s'attendre à quelque supercherie... nouveau petit raisonnement, dont voici probablement la substance : on craindrait de gâter sa montre en faisant rebrousser l'aiguille, il est probable qu'on l'a avancée. Eh! bien, quelle heure est-il ? — Sept heures. — Non. — Sept heures et demie. — Non. — Sept heures vingt-cinq minutes. — Non. — Cela me fatigue trop, je ne pourrai ce soir; et elleôtc la montre, il était cinq heures et demie.
» Dans tous les autres cas où nous n'avons pas cherché ainsi à la tromper, sauf celui où elle pouvait calculer l'heure, comme nous l'avons dit, l'aiguille n'étant pas dérangée, dans tous les autres cas elle n'a jamais deviné juste, môme approximativement. »
M. Dechambre, avant de quitter ce chapitre, ticnt,etavec raison, àsignaler une des ruses familièresaux somnambules. «Chaque fois que la montre était posée sur le front de Mmc Brouillard, elle n'oubliait jamais ces phrases banales notées avec tant de soin par lous les expérimentateurs , comme avant-coureurs de l'esprit sacré chez les sibylles, ces : je ne pourrai jamais... si... non... j'y suis... je n'y suis pas... et cent autres malices de ce genre. Mais pendant ce temps-là il fallait voir la montre s'élever, s'abaisser, se promener sur le front : et de là à la hauteur de l'œil il y a si près !
» Enfin, dit en terminant M. Dechambre, il était difficile qu'à une femme maniée par tant de médecins, et qui se frotte depuis si longtemps aux murs d'un hospice, il ne soil pas reslr
quelque vernis scientifique; vous ne serez donc pas étonnés si Mme Brouillard se traite elle-même et donne des consultations.
» Pour ce qui la regarde , elle voit quelque chose de rouge et de gros dans son bas-ventre; elle s'est ordonné, en quelques mois de l'année 1821 ou 22, plus de cinquante saignées, qui toutes ont été pratiquées , des sétons , et même un assez bon nombre de moxas. Toutes ces ordonnances sont autant de pièces de conviction dont on a fait grand bruit pour la justification du somnambulisme. Comment , a -t- on dit , une femme peut-elle endurer qu'on lui brûle la peau , etc. ? 11 en est plus d'une qui se feraient beaucoup de mal par caprice, pour faire dire : C'est dommage... J'en vis prendre tout juste assez de poison pour se rendre intéressantes , et en rire le lendemain. »
M. Dechambre ne va pas trop loin ; nous pourrions citer des exemples semblables. Dans une salle de l'Hôtel -Dieu qui n'existe plus aujourd'hui , l'ancienne salle du Rosaire , l'un de nous en a vu une qui avait pris dix-huit grains d'émélique, et qui le lendemain racontait la chose en riant. Mais la liste en serait trop longue; dans la suite de ce travail , nous verrons de pauvres somnambules qui ne se sont pas plus ménagées; pour le moment, nous avons voulu prouver qu'il suffit d'user de quelques précautions pour déjouer les ruses desïmeilleures somnambules. En voici une, la compagne , l'égale de Pétronille; elle avait fait la gloire de plusieurs magnétiseurs; sa réputation jusque-là n'avait pas souffert la plus petite atteinte; eh bien ! une fois tombée entre les mains de quelques jeunes gens malicieux, défiants, et pour le moins aussi rusés qu'elle, elle donne dans tous les pièges qu'on lui tend; elle qui avait déjà passé par les grandes épreuves, vétéran de somnambulisme, forte de son expérience, experte dans la tactique, la voilà qui vient se perdre à jamais !
Nous avons rapporté avec quelques détails ces observations pour montrer quelle avait été l'origine, le point de départ de la conviction et de M. Husson et de Georget; on jugera s'il y avait là des motifs suffisants pour amener une foi complète dans la prétendue doctrine du magnétisme animal. Bertrand avait éléplus difficile, plus défiant; il ne dit pas à la vé-
rite dans son livre, comme le fait M. Foissac, que M. Iïusson allait trop vite en fait de magnétisme, quil était dans Verrear, mais il avait fait des objections sérieuses à ce médecin sur l'incroyable laisser aller de ses expériences; il lui avait démontré qu'il ne prenait pas les précautions convenables, et l'avait ainsi obligé à modifier ces mêmes expériences ; il est vrai que celles-ci avaient encore réussi; mais nous avons vu, et Bertrand l'avait encore fait remarquer, que la prétendue somnambule n'avait pas été véritablement déroutée; objet d'une attention continuelle, d'expériencesnombreuses, quand elleavait vu M. Husson revenir contre sa coutume cà sept heures du soir, elle s'était bien doutée qu'on allait de nouveau s'occuper d'elle; c'est Bertrand qui fait ces objections, et on nesuspectcrapassa bonne foi.
Maintenant est-ce à dire que Bertrand ne croyait pas au magnétisme animal? Il y croyait, mais dans certaines limites, ou plutôt il avait une théorie par devers lui ; c'était un dissident; aussi se disait-il, dans une position assez singulière, et telle qu'aux yeux des magnétiseurs il devait passer pour une espèce d'hérétique , cent fois plus inexcusable que l'incrédule le plus déterminé (op. cit., préface i).
Mais puisque nous avons donné plus haut et l'observation de la demoiselle Samson qui a fait de M. Husson un véritable croyant, et celle de Pétronille qui avait séduit Georget, il convient ici de dire quelques mots de l'observation qui a fait de Bertrand un croyant modifié.
Bertrand affirme qu'il ne croyait d'abord à rien en fait de magnétisme, qu'il était aussi savant et aussi sûr de son fait que le peuvent être les incrédules (op., cit. n); mais d'abord les incrédules ne se disent pas plus savants que d'autres, ils peuvent même ne pas se croire savants du tout; par cela qu'on est incrédule, on ne se donne pas pour savant, seulement on croit que les savants sont plus aptes à juger des faits physiologiques que les gens du monde.
Quoi qu'il en soit, Bertrand était dans ces dispositions quand il fit la connaissance d'un magnétiseur exalté, grand convertisseur, comme ils le sont tous, et pour qui magnétiser était un vrai besoin (sic).
Une dame de beaucoup d'esprit, non moins zélée pour le magnétisme, invile Bertrand à voir une somnambule; l'incrédule
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 2ti'J
Bertrand accepte ; il trouva une petite femme d'une quarantaine d'années, assise dans un fauteuil, la tête appuyée sur son lit, les yeux fermés et ayant l'air de dormir. Au bout d'une demi-heure, la somnambule est réveillée, paraît surprise de voir Bertrand, et répond d'un air naturel aux questions qu'il lui fait.
Cette petite scène donne à penser (sic) à Bertrand, il est ébranlé, lui jusque-là si ferme dans son incrédulité ; ses motifs sont curieux. Est-ce que c'eût été pour le tromper que ces deux dames se seraient condamnées à une comédie insignifiante ? cela n'est nullement présumable; donc, dit Bertand, il fallut bon gré mal gré que je me décidasse à admettre que les procédés du magnétisme produisent un sommeil assez singulier.
Toutefois Bertrand, après une expérience aussi décisive, résolut d'aller plus loin, et une autre occasion ne tarda pas à se présenter.
Déjà il était converti, car il dit que cette seconde expérience fut faite par sa convertis seuse (loc. cit., v); en vérité, Bertrand s'était cru bien à tort incrédule et opiniâtre, puisqu'il avait fallu si peu de chose pour le convertir ! Mais poursuivons, sa convertisseuse donc administre ses passes à une jeune tille hystérique en sa présence; c'était un traitement ; au vingtunième jour, Bertrand prend la place de la convertisseuse, inquiet de ce qu'il allait produire ; il réussit au delà de ses espérances! la malade s'endort, Bertrand lui parle, elle répond ; et Bertrand s'écrie dans son livre entre deux alinéa : J'ai fait une somnambule! comme Archimède s'écriait dans les rues de Syracuse : Je l'ai trouvé! Que lui dit alors sa somnambule, sa créature, sa chose? car enfin elleétait sienne, il venait de la faire de toutes pièces; nouveau Pygmalion, il la contemplait avec une joie anxieuse, avec amour : elle lui dit prosaïquement </we les médecins l'avaient tuée à force de mauvais remèdes ; ce début n'était pas mal ; elle ajouta que si on l'avait magnétisée dès le commencement de sa maladie, il y aurait longtemps quelle serait guérie.
C'est aux incrédules que Bertrand raconte tout cela; tout à l'heure les croyants auront leur tour.
Bertrand en effet, faisant tout d'abord sa profession de foi, se croit en butte aux reproches des uns et des autres; donc il se
croit obligé de résister à cette double attaque; nous venons de voir comment il a cru s'en tirer avec les incrédules ; il leur dit : Et moi aussi j'ai été incrédule et aussi savant que vous ; mais deux faits m'ont converti, ou plutôt c'est une convertisseuse qui m'a ouvert les yeux avec deux faits; le premier fait est une petite dame de quarante ans, qui m'a paru s'être endormie sous les passes de ma convertisseuse ; or il m'a suffi de voir cela pour ajouter foi au somnambulisme magnétique. Le second fait était unejeune fille hystérique ; elle a paru s'endormir sous mes propres passes, elle a répondu à mes questions, elle m'a dit que les médecins ne lui avaient fait que du mal, et que mes passes lui feraient du bien: or ceci m'a suffi pour croire que, dans le sommeil magnétique et par le fait de ce sommeil, une jeune fille ignorante en sait tout à coup plus que les médecins quiontpassé toute leur vie à étudier les maladies. Voilà comment il se fait que, moi Bertrand, j'ai fini, à l'aide de ces deux faits, par reconnaître la complète inutilité de toutes les études médicales et par devenir magnétiseur. Tel est le genre d'argument que Bertrand a employé pour répondre aux incrédules; il y avait là en effet de quoi leur fermer la bouche : quand on a vu une femme de quarante ans qui paraît dormir, et une jeune fille qui en paraissant dormir se plaint des médecins, il n'y a pas moyen de résister; c'est l'évidence môme, c'est la lumière; donc voilà tous les incrédules battus.
Aussi Bertrand s'est-il dispensé d'en dire davantage à ces mômes incrédules. « Je ne pousserai pas plus loin, dit-il, le récit du traitement de ma jeune hystérique; ce que je viens de dire suffit pour montrer dans quelle disposition j'ai abordé l'examen des phénomènes du magnétisme animal (loc. cit.,vi.-xn).»
Mais ce n'est là que la première partie de son argumentation. « A votre tour maintenant, messieurs les magnétiseurs, ajoute Bertrand.»
Nous venons de voir que Bertrand croit avoir fermé la bouche aux incrédules avec deux faits ; pour ce qui est des croyants, il va tout simplement leur dire quels sontles points sur lesquels il est en dissidence avec eux, ou plutôt quelles sont les limites de sa croyance, car c'est un véritable protestant en fait de magnétisme. D'abord il ne croit pas que les somnambules puissent voir sous l'apparence d'une belle couleur bleue (loc. cil. x), le
iluitle magnétique sorti des doigts de leurs magnétiseurs. Si on croyait cela, dit Bertrand, il faudrait croire l'influence du diable sur les possédés, du Saint-Esprit sur les îrembleurs, etc. Une croit pas non plus que les somnambules puissent trouvera l'eau magnétisée un goût particulier ; si on croyait cela, dit-il, alors il faudrait admettre que les convulsionnaires de Sainl- Médard trouvaient un goût particulier à l'eau du puits creusé près du tombeau du diacre Paris.
Bertrand ne croit pas non plus aux talismans magnétiqnes, aux bagues, aux petits papiers, aux arbres magnétisés; il regarde comme une chimère (xxm) l'influence directe de la volonté du magnétiseur sur le magnétisé; il nie les effets de cette volonté même quand il y a contact des individus, et à plus forte raison à dislance; et ici il applaudit à cette pensée si spirituelle du critique Hoffmann, qui disait que ceux qui s'acharnent contre le magnétisme tel que l'entendait de Puységur ont bien tort, car s'il n'est pas vrai, il est au moins bien plaisant.
Nous venons de dire que Bertrand était en fait de magnétisme un véritable protestant; nous ajouterons que c'était presque un puritain ; pour lui , les vrais magnétiseurs, les purs magnétiseurs, sont des esprits superstitieux, il ne faut pas songera les réfuter sérieusement. «En vérité, dit-il après avoir parlé de toutes leurs croyances, j'ai presque honte des détails dans lesquels je suis obligé d'entrer pour réfuter de pareilles suppositions, et voilà pourtant ce que des hommes instruits ne craignaient pas d'admettre (xvui)! » Il crierait volontiers aux abominations de la prostituée de Babylone! Et ce même Bertrand, homme instruit, ne craint pas d'admettre (pour nous servir de ses expressions), comme chose très-commune , que des femmes somnambules peuvent prédire à heure fixe et l'apparition des règles (sic) (du Somnamb. artif. 420), et des paralysies partielles, etc. « Une somnambule, dit-il (421), m'a annoncé plus de quinze jours d'avance un délire de quarante-deux heures, qui eut lieu comme elle l'avait prédit!» Et ce même Bertrand, homme instruit, ne craint pas d'admettre la vision sans le secours des yeux; il prétend citer des preuves, et il ajoute : « Permis à qui le voudra de m'accuser de sotte crédulité, de faiblesse d'esprit et d'ineptie (456). »Nous ne vous accuserons pas, Bertrand, mais nous nous dirons : Vous
n'avez pas le droit de vous joindre à Hoffmann pour railler de Puységur; vous n'avez pas le droit, vous, d'accuser de sotte crédulité ceux qui croyaient à l'influence de la volonté, ceux qui croyaient à l'eau magnétisée, aux papiers, aux talismans, aux bagues et aux arbres magnétisés; vous aviez honte, disiez-vous, d'entrer dans ces détails pour les réfuter sérieusement; mais nous ne devrions-nous pas aussi avoir honte d'entrer dans tous vos détails de prévision et de vision sans le secours des yeux pour les réfuter sérieusement ?
Mais en voilà assez sur les croyances de Bertrand; ce que nous avons dit suffira pour en faire sentir l'inanité ; nous avons montré comment il s'était fait magnétiseur; nous avons dit jusqu'où allait sa conviction ; qu'importe qu'il ait donné d'autres noms à des faits semblables; c'était, si l'on veut, un dissident, un chef de secte en matière de magnétisme ; sa raison ne pouvait se résoudre à admettre certains dogmes du magnétisme, sous le prétexte qu'ils étaient absurdes, et en même temps sa raison ne craignait pas d'admettre d'autres dogmes pour lesquels il fallait une foi non moins robuste.
M. F01SSAG.