‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 97 sur 107 · NOUVELLE COMMISSION · texte numérisé non relu

NOUVELLE COMMISSION

Depuis longtemps l'académie n'avait entendu parler de magnétisme, si ce n'est par ceux qui, sans pitié pour M. Husson, s'avisaient de temps à autre de demander pourquoi son rapport n'était pas enfin soumis à la discussion et aux votes de l'assemblée.

Pour éviter des débats au fond peu scientifiques, et sans doute aussi pour ne point placer l'un de ses membres dans une position fâcheuse et pénible, l'académie ne donnait aucune suite à ces propositions; mais toujours est-il que, semblable à l'épée de Damoclès, ce malencontreux rapport restait ainsi suspendu sur la tête de son auteur; et quand celui-ci croyait qu'on l'avait enfin oublié, une nouvelle proposition venait tout à coup lui rappeler que si les paroles échappent et s'envolent , les écrits, les annotations restent à tout jamais.

Quoi qu'il en soit, tel était l'état des choses, quand une histoire magnético-sonmambulique rapportée dans les journaux politiques, vers la fin de 1836, histoire dans laquelle le nom d'un des membres de l'académie était mentionné, vint réveiller d'anciens souvenirs dans l'académie; il s'agissait d'une dent arrachée sans douleur, et cela bien entendu par l'intervention toute bienfaisante du magnétisme animal ; on la propageait sous la garantie en quelque sorte de M. Oudet. L'académie naturellement inquiète et avec raison quand h' nom de l'un de ses membres est mis en avant par des personnes étrangères à la science, l'académie prévoyait que ce fait Unirait par

exciter dans son sein quelques réclamations ; que tics interpellations peut-être seraient faites à M. Oudet, et c'est en effet ce qui arriva dans la séance du 24 janvier 1837.

Dans le but d'obtenir des éclaircissements, M. Capuron lit spontanément une interpellation directe à ce sujet; M. Oudet répondit avec réserve, et une discussion s'ensuivit sur la question du magnétisme animal.

Le magnétiseur qui avait opéré dans cette circonstance était un jeune médecin nommé M. Hamard, encore inconnu, comme on le voit, dans le monde magnétique-, la discussion avait été assez vive à l'académie ; des doutes s'étaient élevés de toutes parts sur les incidents de ce prétendu cas de somnambulisme ; toutefois cette discussion avait été close, lorsqu'un autre magnétiseur, également inconnu jusque-là, et qui avait nom M. Berna, ayant trouvé que l'académie avait fait preuve d'inexpérience dans les débats, prit sur lui d'écrire à M. le président, pour offrir charitablement à l'académie les moyens de l'éclairer, c'està-dire pour mettre de nouveau à sa disposition des somnambules. C'est ainsi que l'académie fut amenée à s'occuper encore une fois du magnétisme animal ; nous allons emprunter au bulletin de l'académie le récit de cette discussion et de la nomination des commissaires.

M. Capuron interpelle M. Oudet. J'ai quelques renseignements, dit-il, à demander à notre collègue sur un fait qui circule dans le public sous l'autorité de son nom; c'est un fait de magnétisme.

M. Oudet : Je sais ce que veut dire M. Capuron; ma première pensée a été de faire cette communication à l'académie; en y réfléchissant, j'ai changé de sentiment; j'ai craint d'engager la compagnie dans une discussion sans terme et sans résultat ; car les faits nese discutent pas, on les accepte ou on les rejette, il n'y a pas de troisième parti à prendre; mais enfin, puisque l'académie paraît désirer que je parle, je vais la satisfaire, en l'avertissant toutefois que je me place en dehors de toute discussion magnétique, et que j'entends me renfermer uniquement dans le rôle d'historien,

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 'lo0,

(Avant d'aller plus loin dans l'exposé de cette discussion qui est emprunté au bulletin de l'académie, nous avons ici une remarque à faire : on voit que M. Oudet entend se borner au rôle d'historien, qu'il va satisfaire l'académie; eh bien! ce n'est pas lui qui va parler dans le bulletin de l'académie, c'est un magnétiseur, c'est M. Hamard qui va parler pour lui ! Nous sommes encore à no,us demander pourquoi les propres paroles de notre collègue n'ont pas été rapportées dans la publication officielle de l'académie; et comment, après avoir fait dire que M. Oudet va satisfaire l'académie, on ajoute immédiatement : « Voici ce fait tel que l'a raconté le magnétiseur avec l'approbation de 31. Oudet.» Mais raconté à qui ? et que signifie cette approbation de M. Oudet? Notre confrère assumait-il la responsabilité de tout ce qu'allait dire le magnétiseur ? Cela n'est pas probable, puisqu'il venait de faire ses réserves. Quant à nous, nous aurions préféré trouver ici la communication de M. Oudet; d'abord elle aurait mérité toute notre confiance, et c'eût été plus rationnel, puisque nous allons avoir des répliques, après cette interpolation. Quoi qu'il en soit, et pour ne pas nous écarter de ce qu'il y a dans le bulletin, voyons comment le magnétiseur va parler en place de M. Oudet.)

Voici ce fait tel que l'a raconté le magnétiseur avec l'approbation de M. Oudet.

« Madame B... a vingt-cinq ans et un caractère très-impressionnable (4); elle appréhende vivement la moindre douleur et souffre de l'action de causes à peine appréciables pour d'autres; c'est ainsi qu'elle ne peut pas entendre craquer les doigts de quelqu'un sans éprouver des palpitations et une sorte de défaillance (2).

» Plusieurs fois j'avais produit en elle le somnambulisme et constaté son insensibilité dans cet état, quand le 17 dernier elle se plaignit à moi d'un mal de dents, qui, disait-elle, la torturait depuis quelques jours. L'extraction de la dent malade était l'unique remède à ses souffrances; mais l'idée d'une opération la tourmentait au point qu'elle en éprouvait presque des con-

(1) Singulière association : vingt-cinq ans et un caractère!

(2) Tout cela est dit pour faire apprécier tout le mérite de l'insensibilité dont on finira par la gralitier.

valsions. Je la conduisis à M. le docteur Oudet, qui, étant prévenu de L'état particulier de cette dame, la rassura sur la nécessité qu'elle redoutait, et je convins secrètement avec mon estimable confrère qu'il la trouverait chez moi en somnambulisme (1).

» Le 44 novembre, à l'heure indiquée, M. Oudet la vit paisiblement assise dans un fauteuil, et livrée depuis une heure au sommeil magnétique (2). Pour explorer la sensibilité, je la piquai fortement et à plusieurs reprises avec une épingle ; je lui plongeai un doigt pendant quelques secondes dans la flamme d'une chandelle, elle ne donna absolument aucun signe de douleur; durant ces épreuves Mme B... répondait à mes questions avec l'indolence ordinaire à son état. M. Oudet déploya sa trousse, le cliquetis de ses instruments ne parut causer aucune sensation ; ma somnambule se croyait seule avec moi (3). Je la priai de me laisser voir sa dent malade (c'était une grosse molaire), elle ouvrit la bouche sans défiance en disant : elle ne me fait plus de mal ; M. Oudet plaça son instrument; au moment de l'avulsion, la tête sembla fuir un peu la main de l'opérateur, et nous entendîmes un léger cri. Ces deux signes de douleur eurent la rapidité de l'éclair ; le pouls de la patiente était calme (4). Son visage n'indiquait pas la moindre émotion ; ses mains étaient demeurées immobiles sur ses genoux. Je me hâtai de lui adresser cette question : « Avez-vous souffert? » Elle me répondit tranquillement : Pourquoi souffrir? Elle ignorait ce qu'on venait de faire (5). Je lui offris un verre d'eau en l'engageant à se laver la bou-

(1) Ceci est dit en lieu et place de M. Oudet; mais si M. Oudet voulait se borner au rôle d'historien , d'où vient qu'ici on lui fait accepter qu'on peut mettre les gens en somnambulisme pour leur enlever les dents sans douleur?

(2) Ici encore nous regrettons qu'on n'ait pas laissé parler notre collègue; assurément il aurait dit qu'il avait trouvé la dame paisiblement assise dans un fauteuil, mais aurait-il ajouté qu'elle était livrée au sommeil magnétique ?

(3) M. Oudet aurait-il dit qu'elle se croyait seule avec M. Hamard? il n'y a que les magnétiseurs qui savent ces choses-là.

(4) Le poids était calme : voilà ce que M. Oudet n'a jamais pu constater; car, pendant qu'il arrachait la dent, il ne pouvait tàter le pouls de la dame, et on fait dire cela au magnétiseur avec l'approbation de M. Oudet!

(5) Ceci ne peut être qu'une réflexion du magnétiseur.

che;elle no comprit pas ma recommandation, ne but ni ne cracha.

» Pendant une demi-heure que je prolongeai encore son sommeil, jela lis beaucoup parler, mais je ne pus découvrir en elle aucune marque de douleur. Eveillée, elle ne se douta de rien (4) et ne se plaignit point d'abord; vingt minutes après elle porta sa main à sa bouche en disant : « Voilà ma dent qui va recommencer à me tourmenter. » Je lui appris enfin, à sa grande satisfaction, ce que j'avais fait pour lui épargner des terreurs et de la souffrance. »

(Maintenant que le magnétiseur a fini de parler, nous rentrons dans la discussion académique.)

M. Rochoux * Je vois que le magnétisme perd peu à peu son merveilleux; on ne nous parle plus de gens qui voient à travers les murailles ou qui lisent dans l'avenir, ces contes ne trouveraient plus aucun crédit; aussi les magnétiseurs tournent-ils leurs vues d'un autre côté, et remarquez, je vous prie, la finesse : ils vous racontent des choses fort extraordinaires, sans doute, mais des choses qui n'ont point de juges; car comment savoir si une personne sent ou ne sent pas, souffre ou ne souffre pas?

M. Bouillaud : M. Oudet vous a dit que les faits ne se discutent pas, qu'on les accepte ou qu'on les rejette. Je m'élève de toutes mes forces contre celte singulière philosophie; il faut discuter les faits, parce qu'ils ont plusieurs faces et que tous les observateurs ne voient pas delà même manière. Il y a plus, il ne faut admettre les faits qu'après discussion, et plus ils sont extraordinaires plus le précepte est rigoureux ; et, par exemple, le fait rapporté par M. Oudet peut-il être admis sans examen? non , assurément : notre collègue est sans doute très-digne de foi, mais qui m'assurera qu'il ne s'est pas laissé tromper? Ce fait n'est peut-être qu'une nouvelle édition de la dent d'or. Je prie du moins M. Oudet de nous dire s'il n'a observé aucune émotion sur le visage de la patiente pendant l'opération.

M. Oudet répond que l'opération va si vite qu'on n'a pas le

(1) Si on avait laissé parler M. Oudet, nous aurions pu savoir s'il était resté une demi-heure après son opération pour assister au prétendu réveil, et vingt minutes encore pour entendre le propos sur la dent.

temps de faire des observations; il doit dire cependant qu'elle a poussé un petit cri, au dire de son élève et de M. Hamard; pour lui, il n'entend rien en pareille occurrence (1).

M. Roux : Je partage complètement le sentiment de M. Bouillaud sur la nécessité de discuter les faits; et où en serait-on dans les sciences s'il fallait accepter tout ce qui se dit? A l'égard du fait cité, je demanderai d'abord s'il est bien vrai que la femme fût sensible au magnétisme, et dans cette supposition si elle était bien réellement endormie ou si elle feignait de l'être. Je comprends difficilement qu'une personne de celte sensibilité ail pu supporter sans souffrir l'arrachement d'une dent. Il y aurait peut-cire une manière simple d'expliquer les choses sans recourir au magnétisme; qui ne connaît la puissance d'une volonté bien arrêtée ? permettez -moi de vous en ciler quelques exemples. Il y a quelques années que je fus appelé pour voir une dame qui portait un certain nombre de végétations aux parties génitales. Voulant rester inconnue, celte dame me reçut un masque au visage et dans une maison qui n'était pas la sienne. L'opération dura bien un quart d'heure, et la malade ne poussa pas un cri, de peur de trahir son incognito.

Dans une autre circonstance j'extirpai un sein cancéreux à une demoiselle, et comme elle ne se plaignait pas, je l'engageai à ne pas se retenir, car je crois qu'il est bon que la douleur se plaigne; elle me répondit brusquement: Eh! monsieur, que sont les douleurs physiques !

Ne se pourrait-il pas que la malade de M. Oudeteùt une égale puissance de volonté? Quoi qu'il en soit, je crois que M. Oudet a été trompé, je crois que M. Jules Cloquel a été trompé, et ce qui me confirme dans celle opinion, c'est que M. Cloquet n'a pas répété l'expérience dont il entretint dans le temps la section dcchirurgïe. Ainsi, messieurs, point de ménagements; le charlatanisme trouvera assez de voix hors de celte enceinte qui le défendront; il n'en doit pas trouver parmi nous.

M. Samson : Je me permettrai uneseule question que j'adresse à M. Oudet. Il nous a dit que le doigt de son opérée fui exposé

(1) Ainsi voilà à quoi se réduit tout ce que peut assurer M. Oudcl dans ce fait donné comme si probant!

pendant quelques secondes à la flamme d'une bougie; or, si l'on peut dissimuler la douleur, cela n'empêche pas d'être brûlé. Je demande s'il y avait brûlure?

M. Oudet répond qu'il y avait brûlure.

M. Moreau : Je rends toute justice à la loyauté de M. Oudet; mais je pense, corameM. Roux, qu'il a été trompé ; je pense que M. Cloquetaété trompé aussi.

J'étais secrétaire de la section de chirurgie quand M. J. Cloquet lui annonça qu'il avait enlevé un sein à une femme qui dormait d'un sommeil magnétique, et que l'opération n'avait excité aucune douleur : la chose, comme on peut penser, parut fort extraordinaire; toutefois le caractère de M. Cloquet fit que la section s'empressa de nommer une commission d'enquête. Je faisais partie de cette commission. J'écrivis en son nom à M. Chapelain, médecin ordinaire de la malade, pour lui demander la faveur d'être admis auprès d'elle à la levée du premier appareil , laquelle devait se faire pendant le sommeil magnétique. Comme on faisait des difficultés pour recevoir la commission en masse , les membres offrirent de venir un à un , de n'approcher l'opérée que lorsqu'elle serait endormie; tout cela fut inutile! et M. Chapelain répondit que les parents se refusaient à nous recevoir (1). Seulement la malade étant morte quelques jours après, la commission eut la liberté d'assister à l'ouverture du corps , elle s'y rendit. Avant de commencer l'ouverture, je demandai quelles étaient les lésions que cette femme avait annoncé qu'on trouverait en elle ; car elle était aussi douée de prévision. Après quelque hésitation on répondit qu'elle avait annoncé une lésion du foie. On ouvre le ventre, on examine le foie, il était parfaitement sain (2). On ouvre la poitrine, et on trouve un épanchenienl purulent dans le côté correspondant à la glande extirpée.

M. Adelon donne quelques renseignements sur M. Hamard; c'est un jeune médecin reçu à la faculté de Paris depuis environ

(1) Et voilà un fait que M. Husson a appelé dans son rapport une propriété de l'académie, et il a reproché fort aigrement à l'un de nous de n'avoir pas cité ce fait dans son rapport!

(2) Voilà au fond ce que c'était que cette propriété de L'académie ; on conviendra que nous ne pouvions l'accepter que sous bénéfice d'inventaire.

quatre ans; il a fait sa thèse sur le magnétisme, et cette thèse contient des faits bien autrement extraordinaires que celui qui est en discussion. Du moins, ajoute-t-il, le fait de M. Oudet n'a rien qui choque les lois de la physiologie. Les faits d'insensibilité ne sont pas rares, et pour exemple il cite les cataleptiques.

La correspondance épuisée, M. J. Cloquel demande la parole pour exposer de nouveau tous les détails relatifs à l'opération qu'il a pratiquée sur la malade de M. Chapelain (voyez ces détails dans le rapport de M. Husson, p. 388 et 389).

M. Roux demande si le sommeil magnétique a été continuel?

M. J. Gloquet : Continuel, sauf le court moment où elle a été réveillée; elle est morte dans celte espèce de sommeil.

M. Moreau: J'ai fait dans la dernière séance allusion au fait que vous venez d'entendre; mais je n'ai rien dit dont la susceptibilité de M. Cloquel puisse s'offenser ; nous sommes d'accord sur tous les points, sauf un; je croyais que la malade était morte vers le septième ou huitième jour de l'opération.

— Erreur, répond M. Cloquet; elle est morte au dix-neuvième ou au vingtième jour.

M. Moreau répète en d'autres termes ce qu'il a dit à la fin de la dernière séance.

A l'égard du magnétisme, ajoute-t-il, je ne demande qu'à voir. J'ai voulu me soumettre à des expériences ; on a répondu que je n'étais pas un sujet propre; je n'avais rien à dire à cela, mais je suis resté dans le doute.

M. Cloquet : Je n'en sais pas plus que M. Moreau sur le magnétisme; j'ignore et je doute. Le fait que je viens de raconter ne m'a rien appris, car je ne m'en suis plus occupé. Appelé pour faire l'opération, je l'ai faite, et j'en suis resté là.

M. Capuron : Ce que vous venez d'entendre de la bouche de M. Cloquet est sans doute fort extraordinaire, mais j'ai à raconter quelque chose de bien plus étonnant : 11 y a quatre à cinq ans, une castration a été faite, j'y étais, elle a duré plus d'un quartd'heure; le malade n'a pas sourcillé, il a causé, il a ri , et cependant il n'était pas dans le sommeil magnétique. J'ai vu, il y a quarante ans, une Allemande à qui M. Dubois coupa le

sein; elle supporta l'opération sans proférer une seule plainte. Oui ne sait qu'il y a des femmes qui accouchent presque sans douleur ?

M. Rochoux : M. Cloquet ne dit pas tout; il ne dit pas que sa malade était lucide et se piquait de l'être; elle voyait entre autres choses une plaque rouge sur sa plèvre; cette plaque n'existait pas. Que les esprits faciles croient au magnétisme; pour moi, je n'y crois pas; je necrois pas qu'on puisse voir sans yeux, entendre sans oreilles.

M. Cloquet : Qu'est-ce que cela prouve contre ce que j'ai vu?

M.Velpeau combat la proposition avancée précédemment par M. Oudet , savoir qu'un fait étant donné il faut nécessairement le rejeter ou l'admettre; loin de là, pour l'un ou pour l'autre, il faut interpréter, il faut juger; le témoignage n'a qu'une valeur conditionnelle et bornée. Gela rappelle le mot d'un philosophe qui disait : Vous avez vu, et je crois; si j'avais vu je ne croirais pas. Pour moi, ajoute M. Yelpeau, j'ai vu à la Charité un jeune étudiant en droit à qui le magnétisme faisait faire des merveilles. Plongé dans le sommeil et les yeux bandés, il distinguait les objets; il prédisait que tel jour, à telle heure, il aurait une attaque d'épilepsie qui aurait telle ou telle durée; il trompait, je le reconnus. 11 avait été à l'hospice de perfectionnement, on l'y avait reçu pour le traiter d'une paralysie qu'il n'avait pas; on avait tenté sur lui beaucoup de remèdes, lorsqu'on parla d'appliquer le moxa; la crainte du moxa lit qu'il renonça à sa feinte. Il était mal avec sa famille, il était sans ressources, il n'avait d'asile que dans les hôpitaux. Malgré l'habileté des charlatans ne rejetez pas les faits, mais examinez-les avec le dernier scrupule. A l'égard du magnétisme , je fais plus que douter.

M. Roux : J'avais demandé la parole, maisj'y renonce après les réflexions de M.Velpeau; je dirai seulement qu'en admettant les faits qui vous sont racontés, on peut mettre en doute l'interprétation, l'explication qu'on en donne.

31. Cloquet : Je n'interprète rien, je n'explique rien. Je dirai maintenant à M. Velpeau que sa mémoire le trompe. Le jeune homme dont il veut parler était un étudiant en pharmacie. Je dois le savoir, car j'étais alors chargé du service de l'hospice, en remplacemeni de M. Rougon, alors en voyage; il s'appelait

Paul. C'est à l'époque où je faisais mes expériences sur l'acupuncture; ce jeune homme étant d'une sensibilité excessive, je le piquais, son pouls battait habituellement cent quarante et cent cinquante fois par minute; ce qui me faisait croire à une maladie du cœur. Quoi qu'il en soit, j'enfonçai une aiguille dans le grand pectoral, et le pouls tomba à soixante pulsations. On m'avouera que ce fait est passablement extraordinaire; j'avouerai de mon côté qu'il ne prouve rien en faveur du magnétisme.

M. Husson : Messieurs, il y aurait de la faiblesse, il y aurait même de la lâcheté si, quand des doutes viennent de s'élever ici sur la réalité de faits observés et rapportés par deux de nos honorables collègues, la commission que vous avez chargée, il y a onze ans, de faire des recherches sur le somnambulisme magnétique restait étrangère à cette discussion (4).

L'un des faits dont M. Gloquet a été le témoin et qu'il vient de vous rappeler avec tant de détails, avait été communiqué par lui à la section de chirurgie, et la commission dont j'ai été le rapporteur l'avait consigné dans son rapport, comme étant revêtu de tons les caractères d'authenticité que l'on pouvait attendre du praticien consciencieux et habile qui l'avait observé (2).

L'autre, celui que M. Oudet vous a fait connaître il y a quinze jours, a, comme le précédent, rencontré ici des contradicteurs qui, tout en vous déclarant n'avoir été témoins ni de l'un ni de l'autre (3), n'en ont pas moins soutenu l'opinion que, et la com-

(1) Mais de quel droit M. Husson fait-il ici parler une commission qui depuis longues années n'existait plus? Les membres de cette commission s'étaientils de nouveau réunis et avaient-ils chargé M. Husson de prendre la parole en leur nom et de les immiscer ainsi dans cette discussion ? Non , certainement; mais ici comme toujours M. Husson veut faire porter à d'autres la responsabilité de ses croyances somnambuliques; c'est pour cela qu'au lieu de dire moi, il dit la commission.

(2) Tous les caractères d' authenticité , dit M. Husson ; or l'académie nomme une commission pour les vérifier, et cette commission ne peut être admise près de la malade; les membres se bornent à demander de la voir l'un après l'antre, et on refuse; seulement on leur fait la grâce d'assister à l'autopsie pour constater qu'un organe qu'elle avait annoncé devoir être malade était parfaitement sain!

(5) Ancienne thèse de M. Husson, qu'on ne peut raisonner d'un fait, qu'on ne peut le discuter, si on n'en a été témoin.

mission (1), et M. Cloquet el M. Oadcl avaient été induits en erreur.

A tout ce qui vient d'être dit pour appuyer cette étrange assertion, nous répondrons que dégagés comme MM. Cloquet et Oudet de toute espèce de prévention en faveur du magnétisme, qu'étrangers (2) comme eux à toutes les merveilles qu'on en racontait, à toutes les pratiques dont on en enveloppait l'usage, nous l'avons étudié, observé pendantcinqans avec une direction d'esprit qui nous portait plutôt à ne pas croire qu'à croire ; nous l'avons étudié comme nous avions étudié la vaccine, trente ans auparavant, c'est-à-dire avec l'intention bien formelle et bien soutenue de ne nous laisser tromper par aucune illusion, el de détruire ces deux pratiques, si les expériences auxquelles nous devionsnous livrer nous laissaient le plus léger doute sur l'effet anti-variolique de l'une comme sur la réalité derautre(3).

Nous avons la conscience d'avoir rempli ce double devoir en gens d'bonneur (4); et vous me permettrez de vous dire que quand une commission composée de MM. Bourdois, Gueneau de Mussy, Fouquier, Guersant, Marc, Itard , Thillaye et Roux, viennent dérouler devant vous toutes les précautions qu'elle a prises pour ne pas être trompée (5), quand elle vient

(1) De quelle commission veut donc parler ici M. Husson? aucun n'a été témoin des faits dont il s'agit? Une commission avait bien été nommée, mais on lui a fermé la porte de l'opérée.

(2) Ici M. Husson, ayant la prétention de parler au nom de ses collègues, nous met dans l'embarras ; nous savons bien qu'eux étaient sans prévention; mais lui, qui se range ici dans la même catégorie, pouvait-il se dire étranger à toutes les merveilles, à toutes les pratiques du magnétisme? pouvait-il se dire plutôt disposé à ne pas croire qu'à croire , lui qui , en 1820 , avait étonné M. Foissac par sa croyance au magnétisme? Etranger à sa pratique! lui qui avait conru et dirigé seul l'expérience de la D11cSanson.

(3) Il y avait autant de différence ici entre les sujets d'études qu'entre les études elles-mêmes : autant la vaccine est un sujet sérieux et digne de préoccuper les hommes philanthropes, autant le magnétisme est un sujet ridicule et indigne des méditations des savants.

(4) Mais qui nie cela? personne, assurément; mais on soutient que , tout en restant gens dhouneur, on peut fort bien se laisser tromper.

v5) Oui, nous les connaissons ces précautions, elles ont élé déroulées devant

vous rapporter tous les faits qui se sont passés sous ses yeux, vous permettrez, dis-je, que l'on réclame pour leur témoignage plus de confiance que vous ne pouvez raisonnablement en accorder à ceux qui n'ont assisté à aucun de leurs travauxet qui pourtant ont la prétention de les juger (1).

D'ailleurs, s'il vous reste quelque souvenir du rapport qui vous a été fait au mois de juin 4831, vous pouvez vous rappeler que nous n'avons pas prétendu vous imposer notre croyance (2). Nous avons même ajouté que nous vous refuserions probablement la nôtre, si vous veniez nous rapporter tout ce que nous vous disions, à nous qui n'en aurions pas été les témoins.

Mais pour cela, nous n'avons renoncé ni à la réalité ni à l'exactitude de ce que nous relations dans notre rapport.

Nous ne pensons pas qu'on puisse discuter ces faits (3). Vous ne pouvez être admis à nous dire, vous qui, d'après vos aveux, n'avez été témoins de rien de ce que nous avons vu, que votre commission et que MM. Cloquet et Oudet ont été induits en erreur (4).

nous; nous savons qu'elles ont consisté à s'en rapporter à la bonne foi des magnétiseurs, car agir autrement, c'eût été leur faire injure.

(1) Mais certainement ils ont la prétention de les juger , et cette prétention est très-fondée ; ils croiront tout ce que la commission affirmera avoir vu et entendu, mais reste l'interprétation, et c'est ce qu'ils jugeront , parce que ceci est jugeable, jugeable sans nuire à l'honneur de la commission, à sa bonne foi; jugeable parce que cette interprétation est un travail de l'esprit, c'est œuvre de logique : voilà ce qu'on doit discuter, et pour cela il n'est pas besoin d'avoir été témoin des faits.

(2) C'était une croyance aveugle que M. Husson ne demandait pas ; donc il demandait une croyance éclairée (Voyez le rapport). Singulière position du reste que prenait la commission; elle dit : Ne croyez pas, si vous ne le jugez pas convenable; ne nous croyez pas , car si les rôles étaient changés, nous ne vous croirions pas!!

(3) Toujours la môme prétention : mais qui vous dit qu'on discutera vos faits ? Comme faits, on vous les accorde; oui, ils sont vrais, exacts, positifs; oui, MUe Céline a dit qu'elle voyait dans l'estomac de M. Marc; elle a dit cela : accordé, car gens d'honneur vous l'affirmez , cela ne se discute pas. Mais y voyaitelle réellement? voilà qui pourra se discuter sans doute , car ceci n'est pas un fait, mais une interprétation.

(4) Nous pouvons être admis, et vous fuites ici vous-même la distinction , car

Ce ne sont pas des opinions isolées ni des inductions qui pourront jamais prévaloir contre des faits recueillis religieusement et observés avec tout le soin que vous pouviez attendre de nous.

El si vous nous citez des faits contradictoires aux nôtres, plus généreux que vous(l), nous vous les accordons; mais en même temps nous répondons qu'ils ne les détruisent pas davantage que la présence d'une boule blanche placée dans un sac n'est détruite par la présence de cent boules rouges qu'on aura mises en même temps dans le même sac.

On vient de nous dire que nous avons été trompés en déclarant que nous avions vu un individu lire ayant les yeux fermés. Je répondrai par l'article du rapport de la commission, que c'est moi qui ai clos et tenu closes les paupières de cet individu pendant que l'un des assistants lui plaçait devant les yeux un livre qu'il ne connaissait pas et qu'il ouvrit au hasard. Voilà ce que j'ai vu et fait, et cette expérience a eu pour témoins MM. Marc, Cloquet, Ségalas, Foissacet M. de Rumigny, aide de camp du roi (2).

notre prétention n'est pas de nier ce que vous avez vu, puisque de votre aveu nous n'avons pas été les témoins ; mais nous serons admis à dire que vous avez été trompés ; car nous , nous pouvons examiner ce que vous déduisez des faits que vous avez vus.

(1) Voilà certes une générosité très-curieuse! Reprenons l'exemple cité, MUe Céline qui voyait dans l'estomac de M. Marc; M. Husson est très-généreux, il nous fera la grâce d'admettre ce que nous lui citerons contradictoirement, c'est à-dire que tels et tels n'ont jamais pu porter leurs regards dans l'estomac de leur voisin. M. Husson voudra bien nous croire; mais par contre il ne nous demande qu'une chose, c'est d'être aussi généreux que lui, et d'admettre que la demoiselle Céline a vu , ne serait-ce qu'une fois , une seule fois dans l'estomac de M. Marc ; nous ne sommes pas si généreux.

(2) Ne dirait-on pas vraiment, à entendre parler ici M. Husson , qu'après avoir abaissé et bien fermé les paupières de M. Petit, ce M. Petit se soit misa lire tout simplement dans un livre ouvert au hasard et qu'il ne connaissait pas? Mais qu'on se reporte à l'article du rapport (p. 592), et on verra de quelle façon M. Petit a lu ; on verra, en examinant les détails de l'observation, si la supercherie a été possible ou non possible; et quand on aura vu ces détails, on fera tel compte qu'on voudra du témoignage du magnétiseur ici cité, de M. Foissac, et on verra si ce fait peut être ou non discuté.

Ce fait ne peut èlre discuté; il en est de même des deux autres cas très-curieux qui vous ont été rapportés par nos deux honorables collègues, des lumières et de la bonne foi desquels personne ici ne conteste ni l'étendue et la droiture.

Ces messieurs ne cherchent pas à les expliquer. De même que nous l'avons fait dans notre rapport (1), ils se bornent à les faire enregistrer dans vos procès-verbaux, pour que plus tard ils puissent servir à l'histoire si précieuse et si peu connue encore du somnambulisme. C'est là en effet la seule manière de tirer parti de questions qui par leur nature échappent à toute espèce de discussion.

Cette opinion me parait acquérir un nouveau poids par l'autorité d'un homme que tous les médecins instruits, que tous les bons observateurs reconnaissent pour un de nos plus grands maîtres des temps modernes; je veux parler de Baglivi :

Voici les termes dans lesquels il s'exprime :

« Plura quœ capium nostrum super 'ant , contemnenda nonsunt; sed sapientiœ pars crit, dum variant illorum. naturam per ratiocinia attingere non possumus, effectus saltem exteriùs apparentes diligenter notare, et exindè prœcepta ad praxim determinarc.» (Lib. i, cap. 2, §41.)

M. Velpeau : Le sujet dont vient de parler M. Cloquet n'est pas le même ; ce sont deux sujets différents.

M. Rochoux : Puisqu'on nous reporte dans le passé, je saisis cette occasion pour faire à l'académie une proposition qui, j'en suis sûr, sera accueillie. Je propose de livrer à la discus-

(1) Nous allons dire, nous, ce que vous avez fail dans voire rapport, et toujours en prenant pour exemple le cas cité; M"c Céline, par devant témoins, affirme qu'elle voit dans l'estomac de M. Marc quelque chose qui gène le passage des aliments; nous admettons comme vous qu'elle a affirmé cela; maintenant nous savons bien que vous n'avez pas cherché à expliquer dans votre rapport , comment et par quels moyens elle voyait cela; mais vous avez cr>u qu'elle voyait cela; et voilà certes qui dépasse un simple enregistrement. Enregistrez tant que vous le voudrez , dans vos procès-verbaux , et pour servir à l'histoire de la science somnambulique, les affirmations de ces demoiselles; mais n'y mettez pas vos croyances, vous qui vous faites un mérite de ne pas y mettre vos explications ; ne les mettez pas, sous peine de les voir soumises à toute espèce de discussion.

sion le rapport fait, à votre prière, au mois île juin 1834 (1).

M. Bouillaud : M. Husson a répété qu'il n'y avait pas de discussion possible sur des faits qu'on n'a pas vus; ce serait, il faut en convenir, une manière bien commode d'imposer silence à la critique et de se tirer d'embarras ; en ce cas, à quoi bon les académies ? Ne pas discuter les faits ! mais c'est se condamner à recevoir tout ce qui passera par la tète d'un homme.

Ainsi un illuminé vous dira qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, et vous le croirez ! Un autre vous dira, que sais-je ? qu'un chameau a passé par le trou d'une aiguille, et vous le croirez sur parole, sans même oser prendre la liberté de vérifier le fait ! Quelque respectable que soit l'autorité d'un nom, la vérité l'est encore davantage. Il est des circonstances où le témoignage d'un nom ne suffit pas; il a beau dire qu'il a bien vu, qu'il ne s'est pas laissé imposer par les apparences ; tout le monde a la même prétention, personne ne veut être ni passer pour dupe. Je suis fâché que le nom de M. Rostan me vienne en pensée, mais vous savez ce qu'il a écrit sur le magnétisme. Un jour il me proposa de me guérir-de mon incrédulité et de me faire voir des choses extraordinaires; je le suivis; arrivé sur les lieux, on ne voulut rien faire devant moi ; j'attends toujours.

M. Ghervin parle dans le même sens.

M. Emery appuie la proposition de M. Rochoux, cl rappelle les usages de l'académie. Ces usages sont que toutes les fois qu'un rapport est fait devant l'académie, il soit discuté (2).

M. Bousquet : Messieurs, tout le monde a la prétention de bien voir, tout le monde croit avoir bien vu, et vous savez combien un homme est fort lorsqu'il peut dire : J'ai vu. C'est sans doute un grand avantage ; toutefois l'illusion est à cùlé de la

(1) Cette proposition, nous l'avons déjà dit, est le dclenda est Carthago de M. Rochoux; il ije passe guère d'années, depuis bientôt dixans, sans renouveler cette malencontreuse proposition ; M. Husson la supporte patiemment , il garde le silence et attend que par un autre sujet on fasse diversion à cette intempérance de M. Rochoux.

(1) M. Ilusson n'a rien répliqué encore à M. Emery; c'est qu'il n'y avait rien à répliquer. Tels étaient et tels sont encore les usages de l'académie; mais le rapport de JM. Husson ne serait pas de nature à obéir aux usages.

réalité. Georget croyait donc avgir bien vu ; il y parait assez, à la manière dont il parle du magnétisme dans son ouvrage sur le système nerveux. Cependant on sait aujourd'hui qu'il a été trompé par des misérables qui s'en vantent. Je tiens cela de M. Londe, le collaborateur de Georget, et le témoin de toutes ses expériences. Ainsi, messieurs, Georget est mort plein de foi dans le magnétisme ; son ouvrage reste, et l'auteur n'est pas là pour effacer les erreurs qu'il contient.

M. Ségalas dit qu'ayant lui-même tenu les mains sur les yeux du jeune homme dont a parlé M. Husson, et cela pour l'empêcher de voir, il ne répondrait pas qu'il lui a complètement fermé les yeux(l). Les yeux, ajoute-t-il, étaient agités de mouvements convulsifs ; il a pu agiter les paupières et saisir quelques caractères, d'autant plus qu'il lisait lentement, en face d'une grande croisée et qu'il a fait des fautes.

M. Amussat : Si les effets du magnétisme étaient réels, ils seraient d'un grand secours ; mais il faudrait qu'ils fussent constatés, et ils ne le sont pas. Une religieuse que je viens d'opérer a souffert l'opération sans se plaindre; le magnétisme n'auraitil d'action que sur les êtres naturellement courageux?

M. Moreau est si désireux de connaître la vérité, qu'il propose à tous les membres de l'académie de se soumettre au magnétisme ; que s'il en est un seul en qui le magnétisme produise des effets, il est prêt à se rendre; jusque-là il doutera. (Bulletin de l'acad., t. i).

L'académie reçoit de M. Berna une lettre conçue en ces termes :

Monsieur le Président,

Malgré le rapport de la commission de 1826, e*l ses conclusions unanimement favorables au magnétisme, l'académie se trouve encore divisée sur cette importante question,

(1) Et voilà de ces faits que M. Husson ne veut pas qu'on discute, parce qu'il donne les noms de témoins parmi lesquels M. Ségalas se trouve.

Une telle divergence d'opinions entre des hommes également éclairés se conçoit sans peine : les uns ont vu, ce sont ceux qui croient (4); les autres n'ont point vu, ce sont ceux qui nient ; pour ceux-ci l'autorité n'est rien en pareille matière, ils ne veulent s'en rapporter qu'au témoignage de leurs propres sens.

Cette expérience personnelle je viens la leur offrir, Monsieur le Président; je propose de faire voir, sur des personnes que j'ai actuellement à ma disposition, -des faits concluants en faveur du magnétisme. Ce moyen me semble plus rapide et plus sûr que celui qui consisterait à magnétiser successivement plusieurs membres de l'académie, comme on a proposé de le faire.

Ma croyance au magnétisme n'est point le fruit de l'enthousiasme ou d'un examen superficiel, mais de plusieurs années d'expériences et de méditation. Convaincu d'ailleurs que ces faits, quelque merveilleux qu'ils paraissent d'abord, n'ont rien, lorsqu'on y réfléchit, de contradictoire à la physiologie bien comprise, qu'ils viennent l'éclairer au contraire, et fournir à la thérapeutique de précieuses ressources, j'ai pensé qu'en appelant sur eux l'attention des médecins, dans un cours public, je servirais la science, la médecine. Je ne crois pas moins la servir encore aujourd'hui, en offrant à l'académie les moyens de s'éclairer de nouveau sur ce sujet, si elle le trouve convenable.

J'ai l'honneur, etc.

Signé Berna.

On voit que M. Berna avait les mêmes prétentions que ses prédécesseurs en fait de magnétisme; il offrait modestement à l'académie le moyen de Véclairer; ce qui donnait à entendre que lui, M. Berna, se chargerait bien volontiers de lui donner des leçons.

Mais il allait avoir affaire à une commission qui n'était nullement disposée à recevoir des leçons.

(1) Erreur! nous avions vu, et beaucoup de nos collègues avaient vu, et cependant nous n'étions pas des croyants ; il y a plus, c'est précisément parce que nous avions vu que nous ne croyions pas.

Celle commission fut en partie nommée immédiatement par le bureau; le président désigna MM. Bouillaud, Roux, Emery, H. Clorpiet, Oudet et Dubois (d'Amiens). Aucun de ces membres n'avait demandé à faire partie de cette commission; personne d'ailleurs n'en prévoyait la formation, puisqu'on ignorait que M. Berna eût écrit à l'académie.

Après le dépouillement de la correspondance, M. Cornac demande d'être adjoint à la commission nommée dans la dernière séance, pour étudier les phénomènes du magnétisme. Si cette commission est en nombre pair, comme il le croit, ayant vu de près les plus célèbres magnétiseurs, il serait bien aise de voir leurs successeurs.

M. Pelletier saisit cette occasion pour demander une modification à la composition de la commission; il propose d'y faire entrer des chimistes, des physiciens, des naturalistes. Peutêtre la qualité des juges fera-t-elle varier la manière de voir et de juger le magnétisme.

MM. Cornac, Pelletier et Caventou sont priés de vouloir s'adjoindre à la commission nommée. (Bulletin, loc.cit.)

Tel est l'historique de la nomination de cette nouvelle commission; de l'aveu d'un magnétiseur, et précisément de celui quia été jugé par elle, elle était l'expression même de la majorité de l'académie. Voici ses termes : « Ce ne fut pas d'après un vœu unanime, mais d'après le vœu de la majorité que se forma la commission. » (Berna, examen 14. ) 11 nous reste à faire connaître le rapport de cette commission.

RAPPORT

Au nom d'une commission composée de MM. Roux, Bouillaud, H. Cloquet, Emery, Pelletier , Caventou , Cornac , Oudet.

(Rapporteur, M. DUBOIS d'Amiens.)

Messieurs ,

Quelques discussions élevées dans le sein de l'académie royale de médecine au commencement de celte année avaient reporté do nouveau l'attention des médecins sur le magnétisme animal.

Notre confrère M. Oudet, bien que se plaçant en dehors de loulu question de doctrine, avait confirmé en pleine séance un fait inséré dans quelques feuilles publiques, et qui plus lard l'a élé dans le bulletin de l'académie, savoir : qu'un magnétiseur était venu le chercher le 14 novembre 1836, pour le conduire chez une jeune dame en état, disait-on, de somnambulisme ; qu'arrivé près d'elle, le magnétiseur l'avait piquée fortement et à plusieurs reprises, qu'il lui avait plongé un doigt pendant quelques secondes dans la flamme d'une bougie, le tout pour explorer sa sensibilité; puis que lui, M. Oudet, avait déplié sa trousse, arraché à la jeune dame une grosse dent molaire; qu'au moment de l'avulsion, la jeune dame avait retiré un peu la tête et poussé un léger cri. Ces deux signes de douleur avaient eu, ajoutait-on, la rapidité del'éclair (i). Toutelois, après une demi-heure de sommeil, le magnétiseur avait procédé au réveil delà somnambule et lui avait appris ou du

l) Ballet. , tome I, page 544.

moins lui avait dit ce qu'il venait de faire pour lui épargner des terreurs et de la souffrance.»

C'est le 24 janvier dernier que sur l'interpellation de M. Gapuron, ces explications ayant été ainsi données à l'académie, provoquèrent une discussion animée. Cette discussioneut quelque rententissement dans le public médical,principalemen t sans doute chez ceux qui s'occupent encore du magnétisme animal ; aussi, peu de jours après, c'est-à-dire le 12 février, un jeune médecin, docteur de la faculté de Paris, M. Berna, adressa à l'académie une lettre dans laquelle il se faisait fort de donner à ceux pour qui, disait-il, l'autorité n'est rien, de donner l'expérience personnelle comme moyen de conviction.

M. Berna, qui avait assisté à nos discussions, ou qui du moins avait eu connaissance de nos débats, prétendait que la question divisait l'académie. Or, dans sa lettre, il disait que si l'académie désirait s'éclairer de nouveaux faits, il s'offrait à en faire voir de concluants, sur clés somnambules alors à sa disposition. Telles étaient ses expressions ; sa lettre reste dans nos pièces justificatives.

Bien que reçu docteur depuis fort peu de temps, et d'ailleurs encore très-jeune, M. Berna accusait plus de cinq années d'expériences nombreuses et variées. Fort de ses connaissances antérieures, il ajoutait que pour peu qu'on veuille y réfléchir, les faits magnétiques, quelque merveilleux qu'ils paraissent d'abord, n'ont rien en eux-mêmes decontradictoire avec la physiologie bien comprise, qu'ils peuvent l'éclairer au contraire et fournir de précieuses ressources à la thérapeutique. Aussi, disait-il en terminant, était-ce pour servir la science qu'il offrait à l'académie le moyen de faire connaître et juger le magnétisme animal.

L'académie ainsi mise en demeure, prit en considération la demande toute spontanée de M. Berna; bien qu'il y eût un peu de présomption peut-être dans les formes de la missive de notre jeune confrère, et un peu d'irrévérence envers un corps savant, en nous disant que son moyen serait plus sûr, plus rapide que celui qui consisterait à magnétiser successivement tous les membres de l'académie. Je le répète, faisant taire toute susceptibilité, vous n'en avez pas moins cru devoir nommer une nouvelle commission. Nous dirons tout à l'heure quelques mois

sur l'esprit dont l'académie nous a paru animée lorsqu'elle prit cette résolution et sur le choix de ses commissaires.

La question du magnétisme animal n'était pas nouvelle dans le sein de l'académie; et d'ailleurs les plus illustres sociétés n'avaient pas dédaigné de s'en occuper; l'autorité elle-même en d'autres temps avait cru devoir prendre l'initiative à ce sujet, et consulter les corps savants, tant sur l'existence du magnétisme animal que sur l'utilité de son application ; il pouvait donc y avoir un puissant intérêt social et scientifique à reprendre l'examen de ces sortes de faits. L'académie ne pouvait laisser échapper, encore moins dédaigner l'occasion qu'on venait ainsi lui offrir; il y avait en outre ici des errements tout scientifiques, tout académiques, et notre compagnie ne pouvait se dispenser de les suivre.

En effet, messieurs, abstraction faite même de sa réalité ou de sa nullité comme doctrine et comme série de faits inexplicables par toute autre hypothèse ; abstraction faite de toutes ses prétentions, le magnétisme avait déjà par devers lui une histoire parlementaire, une histoire toute académique, et cette histoire que nous allons brièvement vous rappeler, attendait de nous sinon son complément, du moins de nouvelles pages.

L'histoire académique du magnétisme animal sera donc notre introduction obligée ; obligée, disons-nous, car elle nous montrera quel était l'état académique de la question lorsque celle-ci nous a été confiée , et en même temps elle nous apprendra par quelles phases elle a dû passer pour arriver jusqu'à nous. Mais d'abord nous devons déclarer que si pour nous, en fait de magnétisme animal, il n'y a d'histoire authentique que celle qui a été épurée dans le sein des académies, nous avons dû toujours faire deux parts dans cette même histoire, savoir celle des faits et celle de leur interprétation. Ainsi, non-seulement pour former nos convictions nous n'avons pas été compulser ce qu'on nomme les annales, les archives du magnétisme animal, c'est-à-dire les livres desadeptes; non-seulementnousnous sommes bornés à la méditation des rapports officiellement rédigés et académiquement discutés et adoptés, parce que dans celte sphère, du moins, il y a des lumières et du désintéressement, mais encore nous avons estimé que des faits légitimement acceptés par les sens de témoins pleins de science et de bonne

loi avaient pu recevoir parfois, même de la part de ceux-ci, de fausses et décevantes interprétations. C'est imbus de ces idées que nous avons repris l'histoire du magnétisme animal.

Trois compagnies savantes en France ont été successivement saisies de la question du magnétisme animal : 4° l'ancienne académie des sciences en mars 1784; 2° l'ancienne société royale de médecine, en août 4784 d'abord, puis dans la séance du 22 octobre de la même année, lorsque Thouret fut chargé de rendre compte des différentes lettres et mémoires que la société avait reçus de ses associés et correspondants à ce sujet; 3° l'académie royale de médecine en février 1826. ,

C'est l'autorité, avons-nous dit tout à l'heure, qui prit l'initiative en 4784 ; le roi n'avait d'abord nommé que des médecins delà faculté de Paris, savoir : Borie, Sali in, Darcet et Guillotin, pour lui rendre compte du magnétisme animal pratiqué par un M. Deslon; mais sur la demande de ces quatre médecins, le roi leur adjoignit cinq membres de l'académie royale des sciences : Franklin, Leroy, Bailly, de Bory et Lavoisier. Borie étant mort dès le commencement du travail des commissaires, Majault, docteur de la faculté, fut désigné pour le remplacer.

Le magnétiseur Deslon, disciple de Mesmer, s'était engagé avec les commissaires : 4° à constater l'existence du magnétisme animal; 2" à communiquer ses connaissances sur cette découverte; 3° à prouver l'utilité de cette découverte et du magnétisme animal dans la cure des maladies. Rien n'était plus facile que d'exposer aux commissaires une théorie dite du magnétisme animal et certaines manœuvres dites pratiques; c'est ce que Deslon ne manqua pas de faire; mais il fallait en apprécier les effets. Pour cela les commissaires de l'académie des sciences résolurent d'abord de se faire magnétiser euxmêmes, avec cette condition expresse de n'admettre aucun étranger dans le lieu des séances , de pouvoir discuter entre eux librement leurs observations, et, d'être dans tous les cas les seuls ou du moins les premiers juges de ce qu'ils auraient observé.

Ces expériences curent lieu avec ces conditions, et il resta bien constaté qu'aucun des commissaires n'avait rien senti, ou du moins n'avait rien éprouvé qui fût de nature à être attribué à l'action du magnétisme.

Sept malados furent ensuite réunis à Passy, chez Franklin, et magnétisés en présence de tous les commissaires; ces malades appartenaient aux dernières classes de 'a société. D'autres furent observés dans des conditions sociales plus élevées ; puis on fit magnétiser des enfants, afin de varier autant que possible les conditions individuelles. Or, de toutes ces expériences, les commissaires acquirent la conviction que V imagination faisait tout, que le magnétisme était nul.

Les attouchements, ajoute le rapporteur, l'imagination, l'imitation, telles sont les vraies causes des effets attribués à cet agent nouveau connu sous le nom de magnétisme animal, à ce fluide que l'on dit circuler dans le corps et se communiquer d'individu à individu.

Conclusion dernière : Le fluide magnétique n existe pas , le magnétisme animal est nul, et les moyens employés pour le mettre en action sont dangereux.

Signé Benj. Franklin, Bailly, Majault, Darcet, Leroy, Bory, Guillotin, Lavoisier.

Paris, ce 11 août 1784.

Nous ne vous parlons ici ni du rapport secret, ni du rapport de Jussieu; ce dernier était un rapport ou plutôt une opinion individuelle; nous n'avons à nous occuper que des rapports disentés cl adoptés par des majorités académiques.

Cependant la société royale de médecine ne pouvait rester étrangère aux débats que suscitait alors la question du magnétisme animal ; le gouvernement avait aussi choisi dans son sein des commissaires éclairés; et ceux-ci eurent en conséquence à rédiger un rapport sur le sujet à peu près à la même époque. Ces commissaires étaient : Poissonnier, Caille, Mauduyt et Andry.

La commission académique crut devoir procéder ainsi qu'il suit :

4° Deslon fit prononcer un discours par Laffisse, sur les principes de sa méthode.

2° Laffisse autorisé par Deslon donne par écrit aux commissaires l'énoncé des principes contenus dans son discours.

3° Deslon et Laffisse exécutent devant les commissaires les différentes manipulations usitées dans l'emploi du magnétisme

animal, et instruisent les commissaires à les mettre euxmêmes en pratique.

4° Les commissaires observent chez Deslon les effets du prétendu magnétisme animal sur des malades qu'il y avait soumis.

5° Les commissaires se réunissent plusieurs fois chez l'un d'eux pour magnétiser des malades et pour observer, en prenant toutes les précautions qu'ils jugent nécessaires, les effets que pourrait produire cette méthode.

Les nombreux malades soumis par les commissaires aux expériences dites magnétiques avaient été divisés, dit le rapporteur, en trois classes ou sections : 1° ceux dont les maux étaient évidents ; 2° ceux dont les maux légers consistaient en des affections vagues ; 3° les mélancoliques.

Pour ce qui est des premiers malades, c'est-à-dire des vrais malades, les commissaires de la société rapportent qu'ils n'ont vu aucun d'eux guéri ou même notablement soulagé, bien qu'ils les aient suivis pendant quatre mois , et que d'après ce qui leur avait été dit , quelques-uns fussent magnétisés depuis plus d'une année.

Quant aux malades de la seconde classe, quelques-uns n'accusaient plus d'appétit, ou auraient fait de mauvaises digestions. Pour ce qui est des mélancoliques ou hypocondriaques, les commissaires disent que tout médecin sait combien peu il faut compter sur leur témoignage.

Revenant ensuite sur les deux parties de leur travail, c'està-dire sur la question théorique et sur les questions de fait, les commissaires en déduisent les conclusions que la théorie du magnétisme animal est un système absolument dénué de preuves; que les moyens employés pour le mettre en action peuvent souvent devenir dangereux, et que les traitements faits par ces procédés peuvent déterminer des accidents spasmodiques et convulsifs très-graves.

Signé Poissonnier, Caille, MAummet Andry.

Paris, ce 1G août 1784.

Cependant la société royale de médecine avait voulu savoir quelle impression cette prétendue doctrineavail produite dans le reste de la France et en Europe ; elle avait reçu une foule de

lettres et de mémoires sur cette question de la part de ses associés et de ses correspondants -, Ghaussier, de Dijon, devenu célèbre plus tard à l'école de Paris, le Pecqde la Clôture, Pujol de Castres, Duvernois de Clermont, et collectivement les différentes compagnies du royaume s'étaient empressées d'adresser à la société des renseignements et des mémoires ; il en était venu de Malte et de Saint-Domingue, de Hollande, d'Angleterre, de Turin, etc.

Ces documents étant précieux, la société tenait à ne pas les laisser enfouis dans ses archives; en conséquence, dans la séance du 22 octobre 4784, elle chargea Thouret de lui rendre compte des différentes lettres et mémoires qu'elle avait reçus de ses correspondants relativement au magnétisme animal

Suivant le résumé fait par Thouret, deux grandes et principales raisons avaient porté presque tous les médecins en France et en pays étrangers à rejeter, à condamner la nouvelle pratique du magnétisme animal : d'une part, la non-existence du nouvel agent désigné sous le nom de magnétisme animal; d'autre part, le danger des pratiques, des manipulations, de tout l'appareil enfin destiné à produire les effets attribués à ce même fluide.

De là deux ordres de faits dans cette masse de lettres et de mémoires : 4° des discussions, des argumentations pour prouver que l'agent magnétique est nul; 2° des récits nombreux et tous très-circonstanciés d'accidents déterminés par les pratiques des magnétiseurs.

Thouret signale en outre une circonstance qu'il considère comme très-honorable pour les sciences et pour ceux qui les cultivent ; c'est que dans les villes, dans les Étals où il y avait des universités établies où l'on cultivait avec succès les sciences et les lettres, la contagion du magnétisme animai avait été arrêtée. Ainsi, dit-il, à Montpellier le magnétisme animal n'avait pu pénétrer, tandis qu'à Marseille il avait fait des prosélytes. Dans les petites villes de la Bretagne on avait pu magnétiser, mais à Rennes le baquet magnétique n'avait pu être dressé. A Loudun, chose mémorable et qui prouve, ajoute Thouret, que le souvenir des erreurs passées n'est pas toujours inutile, la méthode ne put prendre ; on s'y rappelait vivement que naguère , lors des fameuses processions des convulsionnaires,

des scènes à peu près semblables s'étaient terminées d'une manière tragique.

Ainsi les différentes compagnies du royaume, toujours en relations scientifiques avec la société royale de médecme, s'étaient empressées d'adopter unanimement le rapport de ses commissaires sur le magnétisme animal ; les membres des sociétés provinciales se félicitaient d'avoir pensé comme celles de Paris, sans avoir été aidés de leurs lumières.

La société royale de médecine pouvait donc et à bon droit s'enorgueillir de ces honorables adhésions; elle ne s'était point encore trouvée, dit en terminant Thouret, dans le cas de réunir sur le même objet les avis des différents corps de médecins du royaume; l'événement actuel lui en offrait l'occasion, et le gouvernement avait jugé qu'il était de sa sagesse d'éclairer la nation sur cette doctrine : elle ne pouvait trop s'empresser d'entrer dans ses vues, en lui présentant sur cet objet le résultat de sa correspondance. »

Le 15 décembre 1784, Vicq-d'Azyr fut chargé d'adresser cette pièce au ministre.

C'est là, messieurs, ce qu'on pourrait appeler la première période de l'histoire académique du magnétisme animal ; nous y avons vu la société tout entière émue par l'apparition toute prestigieuse de Mesmer et de ses disciples; on ne parlait alors dans la nation entière que des prétendus prodiges opérés par ses adeptes ; aussi l'initiative de l'examen scientifique est-elle prise par l'action même de la société, c'est-à-dire par le gouvernement, qui use noblement de sa prérogative en consultant les corps académiques et en leur confiant le soin d'éclairer la nation.

A partir de cette époque, Un long silence règne dans les académies et dans toutes les sociétés savantes sur le magnétisme animal ; de grands événements avaient d'ailleurs distrait les esprits de ces sortes de questions. Ce n'est donc que beaucoup pi lis tard, et pendant les loisirs de la restauration, après plus de quarante années, que la question du magnétisme animal fut agitée dans le sein de cette académie.

Cette fois, ce ne fut pas le gouvernement qui prit l'initiative; il ne s'agissait plus d'un mouvement comme celui qui s'était opéré en 1784; c'est un jeune médecin, M. Foissac, qui adressa

}>V MAGNÉTISME ANIMAL. ï77

lu 11 octobre 1825 une lettre à l'académie royale de médecine , lettre dans laquelle il demandait à ce corps savant s'il ne serait pas dans ses attributions de recommencer l'examen du magnétisme animal ? L'académie prit cette demande en considération, et sur le rapport d'une commission spéciale, des commissaires furent désignés pour se livrer de nouveau à l'examen du magnétisme animal.

Ici, messieurs, nous n'entamerons pas l'historique de toutes les expériences qui furent faites en présence de nos collègues. Nous respectons leurs convictions ; mais leur rapport ne peut pas être considéré comme l'expression générale de l'académie royale de médecine; c'est l'opinion d'une honorable commission formée dans son sein et rien de plus, académiquement parlant. Encore une fois, messieurs, nous ne voulons pas même discuter les principes que nos collègues ont cherché à établir, savoir que les faits observés par eux, reposant sur leur moralité et leur bonne foi, il n'y avait pas lieu à les soumettre à une discussion pas plus que les trente conclusions qui les suivent. C'est encore là une opinion que nous devons respecter, et qui n'a d'autre effet, suivant nous, que d'enlever à leurs travaux tout caractère académique, pour les réduire aux proportions d'une opinion particulière.

Arrivant à notre propre commission, nous devons d'abord vous rappeler que vous y avez fait entrer des représentants d'opinions contraires sur la question du magnétisme animal et des membres livrés à diverses spécialités scientifiques. Vous avez renvoyé les uns et les autres par devant les faits , parce que d'une part, quelles que fussent leurs convictions antérieures, vous aviez confiance dans leur bonne foi, et parce que d'autre part, en raison de la variété de leurs tendances scientifiques, vous avez pensé qu'ils examineraient les faits sous toutes leurs faces.

' Messieurs, nous pouvons le dire dès à présent, cette prévoyance a en quelque sorte porté ses fruits ; c'est qu'avec nos idées préconçues, les uns pour, les autres contre, aucune dissidence, comme vous le verrez, ne s'est élevée entre nous sur les faits dont nous avons été témoins*, c'est qu'avec notre propension diverse à considérer les faits sous des aspects particuliers, nous avons été unanimes dans chacune de nos conclusions.

Vous trouverez peut-être en cela , messieurs, une nouvelle garantie pour la vérité ; car il fallait que les faits soumis à noire examen eussent un haut degré d'évidence positive ou négative pour amener ainsi et chaque fois une constante unanimité entre des commissaires toujours en dissidence sur la valeur théorique du magnétisme animal.

Mais en voici assez, messieurs, sur ce que nous avons appelé les antécédents académiques du magnétisme animal et sur les dispositions morales de vos commissaires ; abordons actuellement la série d'expériences dont nous avons été lémoins.

C'est le 27 février 1837 que la commission s'est réunie pour la première fois; le rendez-vous avait été assigné dans le domicile môme de M. Berna , rue de l'Ancienne Comédie, n° 18. La commission, composée de MM. Bouillaud, H. Cloquet, Caventou, Cornac, Dubois d'Amiens, Emery, Oudet, Pelletier et Roux, a dû commencer par se constituer et soumettre à une discussion préalable l'ordre de ses travaux.

M. Roux à l'unanimité a été élu président, puis M. Dubois (d'Amiens) secrétaire rapporteur.

M. Berna, présent à la séance, a cru devoir d'abord nous lire une sorte de préambule sur la question du magnétisme animal, et un programme des expériences qu'il aurait à faire devant nous. En même temps il entrait dans le détail de toutes les précautions dont nous devrions plus tard user, disait-il, même contre lui pour donner toute validité, toute authenticité à ses expériences.

Vos commissaires ont écouté attentivement et dans un profond silence loules les observations de M. Berna ; mais ensuite, et après une discussion paisible, ils ont déclaré à ce magnétiseur que leur mission se bornait à observer consciencieusement les expériences dites magnétiques annoncées par lui, afin d'en rendre un compte fidèle à l'académie; que c'était à lui, M. Berna, de multiplier ses précautions s'il le jugeait convenable, afin de donner plus de valeur à ses expériences, mais (|iie ce n'était pas aux commissaires à s'entendre ainsi préalablement avec lui sur les manœuvres requises ou non; que la

commission devait garder toute son indépendance, rester maîtresse des précautions dont elle croirait devoir user de son côté ; mais que d'abord elle ne pourrait adhérer à un système de précautions telles, aux yeux de M. Berna, que toute expérience faite dans ces conditions serait avouée inattaquable.

Après plusieurs explications aimablement données de part et d'autre , il resta convenu entre les commissaires et M. Berna :

1° Que les expériences auraient lieu non chez M. Berna , mais chez M. Boux, président de la commission.

2° Que M. Berna ne pourrait amener avec lui d'autres personnes que les sujets destinés aux expériences.

3° Que de leur côté les commissaires ne pourraient introduire aucune personne étrangère dans le lieu des séances.

Dans l'intervalle de cette séance à la séance suivante, M. Berna, peu satisfait sans doute des mesures prises par la commission , écrivit à chacun des commissaires une lettre en date du 2 mars. Dans cette lettre, M. Berna s'exprimait ainsi : « Il est de la plus haute importance que la commission et moi nous rendions nos expériences telles que l'esprit le plus soupçonneux n'y puisse trouver d'accès à la fraude et à l'erreur.»

Vos commissaires, messieurs, ont été tout d'abord frappés de ces expressions ; il leur parut évident que M. Berna cherchait à changer entièrement sa position et à modifier la mission dont vous nous aviez chargés.

Eneffet, quel avait été le motifde notre institution ? M. Berna n'avait-il pas promis à l'académie de faire voir à ses délégués des faits concluants; et dès lors, n'était-ce pas pour voir ces laits que vous nous aviez envoyés par devant lui ? Or, ici il s'identifie avec nous-mêmes •, la commission et moi, dit-il, nos expériences, etc., etc. C'était vouloir nous mettre à l'étude du magnétisme, c'était chercher à nous faire dévier; caria mission des corps savants, vous le savez, messieurs, consiste à vérifier les faits et nullement à les inventer, aies rechercher.

Mais ce n'est pas tout ; dans cette même lettre du 2 mars, M. Berna nous assure (nous copions textuellement ses expressions ) : Qu'il s'est efforcé d'imaginer tous les genres de supercheries, afin de nous en signaler tous les préservatifs; il répète quil ne

se flaiteppint d'avoir pénétré toutes les ressources de l'imposture, mais que cependant les précautions qu'il veut nous exposer lui semblent incompatibles avec l'illusion.

Ainsi, d'après le système de M. Berna, ce n'est pas nous commissaires qui devions imaginer des précautions, qui devions les prendre à son insu à lui-même ; c'est lui magnétiseur qui devait nous apprendre comment et par quels moyens nous devions nous mettre en garde contre lui. Sentant toutefois lui-même ce qu'il y avait d'étrange dans cette prétention, il ajoutait d'une manière que nous aurions pu regarder comme ironique :« Sans doute, il conviendrait que je m'en rapportasse à la sagacité de MM. les commissaires; assurément ils ne le cèdent à personne en intelligence et en lumières, mais ils n'ont point une connaissance approfondie du magnétisme animal, etc., etc. »

Partant de là, M. Berna entendait régler à l'avance (ce sont ses termes) la manière dont vos commissaires observeraient les faits. En conséquence, dans cette même lettre M. Berna nous faisait tenir deux autres pièces :

1° Une énumération des épreuves à tenter dans les séances.

2° Les précautions générales à observer pendant le cours de ces épreuves.

Parlons d'abord de ces dernières.

M. Berna admettait en principe que les expériences ne devaient point avoir lieu cbez lui; mais comme cette précaution pouvait, suivant lui, en intimidant ses somnambules, nuire à leurs facultés, il se réservait le droit d'opérer parfois dans son domicile , par exemple pour la vision sans le secours des yeux.

En vertu de ce qu'il appelait sa cinquième précaution, vos commissaires devaient trouver sur une carte, que lui leur remettrait au moment d'opérer, l'indication de chaque expérience.

Sa huitième précaution recommandait à vos commissaires de s'abstenir, dans les questions adressées aux somnambules, de tout ce qui serait insidieux ou propre à agir sur l'imagination des jeunes somnambules.

Par sa onzième précaution il nous invitait à bien nous assurer qu'il ne ferait point usage de barreaux aimantés!! !

Telles étaient les principales précautions imaginées par M. Berna. Avant de vous donner connaissance de la pièce relative au programme des épreuves, il convient de vous dire comment vos commissaires ont accueilli les mesures préventives de ce magnétiseur.

Le 3 mars 1837, à sept heures du soir, la commission entière, moins M. Oudet (qu'une calamité domestique avait retenu chez lui), s'était réunie chez M. Roux; M. Berna est introduit parmi nous, mais il est seul ; car avant de commencer ses expériences il pense qu'une discussion doit s'engager sur ses précautions ; et tout d'abord, il avoue avec franchise qu'il a bien dans l'esprit, en faisant adhérer la commission à cet ensemble de conditions préalables, de rendre d'avance toute ses expériences inattaquables.

Les commissaires répètent à M. Berna ce qu'ils lui ont déjà dit, savoir, que leur mission consiste uniquement à assister à ses expériences, et qu'ils ne peuvent prendre aucun engagement de cette nature.

La conclusion de cette discussion, conclusion agréée du reste par M. Berna, fut que les deux pièces qu'il nous avait transmises, les précautions et le programme, resteraient annexées au procès-verbal de cette séance.

Ces conventions une fois arrêtées, M. Berna quitte vos commissaires pour aller enfin chercher une somnambule qui l'attendait dans les environs. Peu de minutes après, à huit heures moins un quart environ , il introduit en présence de vos commissaires une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans, d'une constitution en apparence nerveuse et délicate, mais d'un air assez dégagé et résolu.

Le programme des expériences pour ce soir, programme que nous avait envoyé M. Berna, portail huit expériences; en voici les litres textuellement copiés, car ce langage n'appartient pas à vos commissaires.

1° Somnambulisation.

2° Constatation de l'insensibilité aux piqûres et aux chatouillements.

3° Restitution, par la volonté mentale, de la sensibilité.

\° Obéissance à l'ordre mental de perdre le mouvement.

5" Obéissance à l'ordre mental de cesser an milieu d'une

conversa lion de répondre; ordre mental de répondre de nouveau.

6° Répétition de la même expérience, le magnétiseur étant séparé de la somnambule par une porte.

7° Réveil.

8° D'après l'ordre mental qui en aura été enjoint dans l'état somnambulique, persistance au réveil de l'insensibilité, et persistance aussi de la faculté de perdre et de recouvrer celte sensibilité à la volonté du magnétiseur.

Remarquons avant d'aller plus loin que, d'après ce dernier paragraphe, le sujet qu'on nous amenait n'aurait pas joui des mêmes prérogatives pendant la veille et pendant le sommeil; on y mettait comme condition qu'un ordre mental devait toujours être intimé pendant le sommeil.

Quoi qu'il en soit, la jeune iille, introduite au milieu des commissaires dans le salon de M. Roux, y est accueillie avec prévenance et affabilité; on s'entretient avec elle de choses indifférentes; puis, et dans le but de constater avant tout essai de magnétisation, jusqu'à quel point, dans l'état ordinaire, elle est sensible aux piqûres, on lui enfonce à la profondeur d'une demi-ligne environ des aiguilles de force moyenne que M. Renia avait apportées lui-même; on fait pénétrer leur pointe à la main et au cou de cette jeune personne. Interrogée par quelques-uns des commissaires et avec l'air du doute si elle sent ces piqûres, elle répond à M. Roux et à M. Caventou qu'elle ne sent rien; sa figure n'exprime du reste aucune douleur. Rappelons à l'académie qu'elle était encore bien et dûment éveillée, de l'aveu même de son magnétiseur, qui n'avait encore commencé aucune de ses manœuvres. Ceci ne concordait guère avec le programme; car l'insensibilité ne devait être accusée que dans l'état dit de somnambulisme, ou après, et par l'injonction menlale du magnétiseur; injonction qui elle-même ne pouvait être faite que dans cet état.

Vos commissaires étaient donc un peu surpris de ce singulier début. CommeiU vous ne sentez rien? lui dit-on; mais vous êtes donc absolument insensible? Alors elle Unit par avouer qu'elle sentait un petit peu de douleur.

Ces préliminaires terminés, M. Berna lit asseoir près de lui celle que nous nommerons désormais sa somnambule, pour

parler son langage. Penché côte à côte vers elle, il paraît d'abord la contempler en silence, sans pratiquer aucune de ces manœuvres qu'ona nommées passes. Après une ou deux minutes environ, il dit à vos commissaires que le sujet est en état de somnambulisme.

Les yeux de la jeune fille sont garnis de coton et couverts d'un bandeau.

M. Berna n'a d'autres preuves à donner aux commissaires de ce prétendu état de somnambulisme, que, du reste, il ne définit pas théoriquement, n'a d'autres preuves, disons-nous, que les expériences comprises dans son programme.

Ainsi, après avoir de nouveau contemplé sa somnambule et à une distance très-rapprochée , il annonce aux commissaires qu'elle est frappée d'une insensibilité générale.

Quel devait être ici, messieurs, le rôle de vos commissaires? médecins, chirurgiens, physiciens, tous savaient que les preuves de l'abolition de la sensibilité sont de deux ordres ; que les unes sont déduites des assertions des sujets et reposent sur leur moralité; que les autres sont déduites des indices de l'habitude extérieure, du langage d'action. Or, les premières doivent être considérées comme nulles lorsqu'il s'agit d'individus qui ont intérêt à tromper, à induire en erreur : restaient ces signes muets arrachés par la douleur; mais alors il faut prendre en considération, d'une part l'intensité de la douleur produite, d'autre part la fermeté des patients.

Dans le cas qui préoccupait vos commissaires, V intensité de la douleur ne devait pas dépasser certaines limites rigoureusement déterminées par M. Berna.

Ce magnétiseur, nous l'avons déjà dit, avait apporté luimême ses instruments, qui certes n'étaient pas des instruments de torture; il nous avait armés d'aiguilles de moyenne force ; et il était prescrit au programme que nous n'irions pas au delà d'une demi-ligne. Quant à la fermeté du sujet, nous en avions eu la preuve avant toute expérience dite magnétique, puisqu'elle n'avait pas voulu même alors accuser de souffrance, bien qu'elle eût été piquée à plusieurs reprises.

Ce n'est pas tout ; si en profondeur nous ne pouvions pas aller au delà d'une demi-ligne, en surface nous n'avions que les mains et le cou, attendu que, toujours par son programme,

M. Berna nous avait défendu de toucher à la face; attendu que là, disait-il, si on pique la somnambule, elle porte parfois la tête en arrière. Quant aux autres parties du corps naturellement couvertes, vos commissaires ne crurent pas devoir en parler au magnétiseur.

Ce n'est pas tout encore; comme sur le programme il y avait, en peu de mots, mais transitoirement, elle sent la différence des températures, il nous était interdit de chercher à provoquer de la douleur à l'aide de corps en ignition; ainsi il ne nous aurait pas été donné de plonger l'un des doigts du sujet dans la flamme d'une bougie, comme cela était arrivé impunément, disait-on, à la malade de M. Oudet.

De sorte que, tout bien considéré, M. Berna, pour prouver à vos commissaires que par la puissance tacite de sa volonté il pourrait priver à son gré sa somnambule de toute sensibilité, et la paralyser sous ce rapport, comme il le disait, ne nous laissait d'autre moyen de vérification qu'un simple tatouage à exercer sur les mains et sur le cou, rien de plus.

Quoiqu'il en soit, quelques-uns de vos commissaires armés d'aiguilles, entre autres MM. Bouillaud, Emery et Dubois d'Amiens, se mirent à piquer cette pauvre fille. Elle n'accusa verbalement aucune douleur; sa ligure, autant que nous avons pu en juger, n'exprimait aucun sentiment douloureux. Nous disons, autant que nous avons pu en juger, car ses yeux étaient couverts; la moitié transversale et moyenne de sa figure nous était cachée; il ne nous restait guère à observer que le front, la bouche et le menton.

M. Bouillaud n'allait pas dans ses tentatives au delà des limites convenues ; mais le rapporteur ayant enfoncé la pointe de son aiguille sous le menton avec plus de force, la somnambule exécuta, au moment même et avec vivacité, un mouvement de déglutition; M. Berna s'en aperçut, se récria et fit de nouvelles recommandations.

Touchée du bout du doigt par M. Cloquet à la surface de la main , la somnambule dit sentir celte impression ; de sorte qu'indépendamment de la perception des températures, elle aurait alors conservé celle des attouchements; ce qui, dans le système de M. Berna, aurait ajouté de nouvelles restrictions à celle prétendue perle de sensibilité générale.

DU MAGNÉTISME WTMAT.. 485

Néanmoins le magnétiseur, poursuivant le cours de ses expériences, prévint les commissaires qu'il allait, par la seule et tacite intervention du sa volonté, paralyser soit de la sensibilité, soit du mouvement, telle partie du corps de la demoiselle qu'on voudra bien lui désigner.

Les commissaires y mettent les conditions suivantes :

M. Berna gardera le silence le plus absolu ; il recevra des mains des commissaires des billets sur lesquels seront indiquées les parties à priver ou à douer soit de sensibilité, soit de mouvement. Il avertira en fermant un de ses yeux que le fait a lieu el qu'on peut le vérifier.

M. Berna dit qu'il ne peut accepter ces conditions; il donne pour raison que les parties désignées par les commissaires sont trop limitées, et que d'ailleurs tout cela sort de son programme, et qu'il n'entend pas ainsi les précautions qu'on doit prendre contre lui.

Vos commissaires avaient écrit : 1° priver de sensibilité le menton ; 2° le pouce droit ; 3° la région du deltoïde à gauche; 4° celle de la rotule à droite.

M. Berna avait écrit dans son programme que pour nous faire connaître que son action est suffisante, il élèverait la main vers nous ; et cela en cette circonstance comme en toute autre : c'était là une des précautions qu'il avait imaginées. Mais comme vos commissaires s'étaient bien gardés de s'engager sur tous ces points, ils avaient cru pouvoir exiger de M. Berna qu'au lieu d'élever la main vers nous pour signal, il se contenterait de fermer l'un de ses yeux.

Quant aux limites, M. Berna avait indiqué dans son programme pour la sensibilité :

1° La totalité du corps ;

2° Une partie du corps seulement.

Pour le mouvement il avait écrit :

A. Les deux bras;

B. Les deux jambes ;

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