‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 108 sur 117 · ET BANNIÈRE DITE DE JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

ET BANNIÈRE DITE DE JEANNE D'ARC

A peine l'héroïne avait-elle paru sur la scène du monde et s'était-elle présentée en armes dans la cité d'Orléans que commençaient les manifestations ardentes et naïves de la foule voyant en elle un ange descendu des hauteurs célestes et l'exaltant à ce titre : ce culte est un remerciement adressé au Tout-Puissant pour le secours qu'il envoyait directement à la France.

J'ai dépeint en leur temps les démonstrations de cette foi populaire; j'ai signalé aussi la réponse touchante de Jeanne lorsqu'on lui reprochait la vénération universelle dont elle était l'objet.

« En vérité, je ne saurais me garder contre de telles effusions si Dieu même ne me gardait! »

L'inique réquisitoire de d'Kstivet constate ces faits : il ajoute que l'on plaçait dans les églises des images de la Pucelle et que l'on portait avec confiance des médailles à son effigie. Ces allégations sont vraies, mais, au lieu de les imputer à crime contre la vierge lorraine, on doit y reconnaître la voix du peuple acclamant en elle l'intervention divine.

En certains cas. qui demeurèrent l'exception, la sentence barbare de Rouen atteignit le but que les Anglais s'étaient proposé : montrer en leur ennemie l'action de Satan et non pas celle de Dieu; mais la masse demeura fidèle à son premier enthousiasme aussi longtemps que subsista en elle le souvenir des événements de 1429-1430.

On en voit le témoignage dans les écrits de personnages à l'esprit religieux et élevé, ainsi qu'en deux démonstrations extérieures d'un culte persévérant.

A Domremy. jusqu'à l'époque où l'armée suédoise vint dévaster la Lorraine, on vit une chapelle de Notre-Dame de la Pucelle située à la lisière du Bois-Chenu.

A Orléans, la procession annuelle n'était que la marque tangible d'une dévotion permanente, au nom de laquelle un auteur du xvue siècle inscrivit Jeanne au martyrologe de son diocèse sous le titre de bienheureuse. Le mot était prématuré et ne venait point de l'autorité ayant la suprême compétence en ces matières. Mais il n'en reste pas moins établi que les fêtes orléanaises offrirent à l'Eglise l'occasion de déclarer si la Pucelle méritait ou non les hommages des fidèles.

En 186g, M*r Dupanloup. évêque d'Orléans, prit pour la seconde fois la parole en cette grande manifestaton du 8 mai, où l'on s'est efforcé de faire entendre les voix les plus éloquentes du clergé français. L'orateur avait convoqué tous les évèques des diocèses que Jeanne honora de son passage : le thème de son discours était la sainteté de l'héroïne dévoilée par sa vie tout entière.

Les fêtes terminées, tous les prélats signèrent une adresse, demandant à Notre Saint-Père le Pape Pie IX d'accorder à « Jeanne d'Arc les honneurs que l'Eglise décerne aux bienheureux ».

Ce fut la première démarche officielle : il appartenait à M-1' Dupanloup d'ouvrir le procès dans son diocèse.

Il le lit en 1874, dit M.sr Touchet; il constitua un tribunal sous la présidence de M. l'abbé Branchereau. Les postulateurs furent M-r Desnoyers et M. l'ingénieur en retraite Collin. l£n 1876, il portait à Home le travail de ce tribunal. .M. Captier, alors procureur général de la

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Compagnie de Saint-Sulpice, tut chargé de veiller, en qualité de postulateur, sur les intérêts de la cause dans la Ville Eternelle. Nul qui ne se souvienne à Orléans que le grand évéque s'éteignit le 11 octobre 1878.

M. Captier convia M*r Coullié, successeur de .\le'' Dupanloup, à fournir un supplément d'enquête. Il s'agissait de savoir notamment si, non plus parmi les érudits — c'était t'ait et bien fait, — mais parmi le populaire, il était resté mémoire des vertus de Jeanne d'Arc.

Le tribunal de [874 reprit ses séances. L'heure venue, le résultat de ses recherches fut de nouveau remis à la Congrégation des Rites.

Les travaux préparatoires atteignirent leur but. et la sainte Eglise, par l'organe de Léon XIII. reconnut qu'il y avait lieu de commencer le procès de béatitication de la Pucelle.

Le 27 janvier [894, à l'heure même où s'éteignait pieusement le vieil avocat (1 1 qui avait consacré à la noble enfant de Domremy le reste de ses forces, le Pape signait l'introduction de la cause et disait : « Jeanne est nôtre. »

Aussitôt, la Congrégation des Rites rendait le décret suivant :

Cause orléanaise de béatitication et canonisation de la vénérable servante de Dieu Jeanne d'Arc, vierge, dite la Pucelle d'Orléans.

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