‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 28 sur 117 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES ORLÉANAIS ATTAQUENT LA BASTILLE DE SAINT-LOUP — ARRIVÉE DE LA PUCELLE SUR II CHAMP DE BATAILLE — RENCONTRE DES BLESSÉS FRANÇAIS — TALBOT ESSAYE EN VAIN DE SECOURIR LA BASTILLE ASSIÉGÉE — PRISE DE SAINT-LOUP — JEANNE FAIT PUBLIER UNE ORDONNANCE VI \ TROUPES — CONSEIL DE GUERRE EN L'ABSENCE DE LA PUCELLE — DERNIER MESSAGE DE JEANNE VI \ ANGLAIS — SAINT-JEAN-LE-BLANC ÉVACUÉ — PRISE DES AUGUSTINS, LE G MAI I 429 — JEANNE RENTRE EN VILLE TANDIS QUE l' ARMÉE FRANÇAISE COUCHE SUR SES POSITIONS

Vers la fin de cette matinée du 4 mai. des troupes escortées de leurs capitaines, se rendirent à l'hôtel de ville d'Orléans, réquisitionnèrent le matériel de guerre qui se trouvait en magasin, couleuvrines, échelles d'escalade, arbalètes et instruments du même genre, puis sortirent vers midi, en très grand nombre, par la porte de Bourgogne : elles allaient livrer l'assaut à Saint-Loup.

Pendant ce temps, la Pucelle dormait paisiblement. L'opération devenait tragique pour nos soldats; ils étaient repoussés par les Anglais qui en blessèrent plusieurs grièvement et les tirent tous reculer. Alors, au plus fort de cette retraite précipitée, la Libératrice, miraculeusement éveillée, arriva à bride abattue à la porte de Bourgogne. Son écuver d'Aulon et son page Louis de Coûtes galopaient assez loin derrière elle, et. malgré leurs efforts, ils ne purent la rejoindre qu'à l'entrée de la ville, où le flot des assiégés revenant sur leurs pas l'avait arrêtée. Là, Jeanne rencontre des blessés : celui qu'elle aperçoit d'abord, ensanglanté et défiguré, est un Orléanais.

— Qui est cet homme? demande-t-elle.

— Un Français, lui répond-on.

A ce cruel spectacle, l'âme patriotique et compatissante de la jeune tille est remplie de douleur :

— - Jamais, dit-elle, je n'ai vu couler le sang français sans sentir mes cheveux se dresser sur ma tète.

Ce sang noblement versé, il faut le venger: la guerrière, fendant la foule des fuvards et suivie seulement de quelques chevaliers, pousse son cheval droit aux remparts. Les siens l'accueillent par un cri de joie. Elle, sure de la victoire, fait proclamer d'ores et déjà, par un héraut, défense de piller l'église Saint-Loup, située au milieu du retranchement ennemi: puis elle donne le signal de l'assaut.

En vain Talbot s'efforce-t-il de venir au secours de la bastille menacée. Sur son ordre, on fait précipitamment sortir des autres forteresses tous les hommes disponibles, et leur ligne de bataille se développe jusqu'au pavé de Fleury. Cependant. du haut du beffroi d'Orléans, on a vu le mouvement se dessiner: deux fois la cloche d'alarme a retenti. Toutes les réserves orléanaises s'assemblent, et la vaillante Lorraine envoie dire à ce corps de s'établir entre sa petite armée et les adversaires qui s'avancent.

Six cents chevaliers et hommes d'armes, sortis de la ville sous le commandement du maréchal de Boussac et du baron de Coulonces, arrêtent la manoeuvre de Talbot et tiennent ses troupes en respect. Pendant ce temps, l'intrépide guerrière s'empare de la bastille. Après trois heures de lutte, les Anglais de Saint-Loup sont vaincus: cent quatorze des leurs ont trouvé la mort dans ce combat; les autres sont blessés ou faits prisonniers. .Mais à peine le regard protecteur de la Pucelle abandonne-t-il ces derniers, que les Orléanais, exaspérés par les rigueurs du sici;e. les massacrent tous sans pitié. Continuant leur marche en avant, les Français emportent d'assaut l'église Saint-Loup, dont quelques ennemis défendaient encore la tour.

Bientôt, nos soldats pénétrèrent dans le sanctuaire, le respectant pieusement, suivant l'ordre de Jeanne; et voici qu'ils y trouvent, mêlés au clergé desservant cette église, des Anglais qui. pour échapper à la vengeance de leurs vainqueurs, avaient revêtu les habits sacerdotaux. A ce spectacle inattendu, les Français s'arrêtent, hésitants. Les vêtements d'emprunt qui couvrent ces hommes leur donnent-ils droit à la vénération dont on entoure le saint lieu et les choses sacrées? Les opinions sont partagées et le débat s'anime, quand survient l'héroïne.

- Respectez ces hommes, à cause de leurs habits, dit-elle; je les fait mes prisonniers; gardez-les près de moi. et tout à l'heure, en ma compagnie, vous les reconduirez dans mon propre logis.

Car Jeanne a appris avec une immense douleur le sort subi par les autres captifs anglais.

Pendant ces scènes atroces de massacre, les chefs se sont empressés de faire emporter dans Orléans, par les soldats obéissant encore à eur voix, l'artillerie de la bastille et une partie des vivres qu'elle contenait.

Victorieuse, la Pucelle contempla alors pour la première fois l'horreur d'un champ de bataille.. En face de ces monceaux de cadavres, elle fut bouleversée en songeant au sort éternel de tous ces morts et se prit à pleurer amèrement sur tant d'âmes qui venaient de paraître devant Dieu; puis elle ordonna à tous les guerriers qui l'entouraient de se confesser pour demander pardon au Seigneur des fautes que. dans l'enivrement du triomphe, ils avaient pu commettre en se livrant au carnage ou à la rapine. Prêchant d'exemple, elle se confessa elle-même immédiatement. Se relevant ensuite :

- Et maintenant, s'écria-t-elle, en route pour Orléans, mes amis; allons d'abord aux églises rendre gloire à Dieu de l'avantage qu'il nous a donné. Oui. remercions-le. car. si nous étions ingrats, il ne serait plus avec nous et ne nous donnerait plus la victoire.

Toutefois, en se retirant, elle tït mettre le feu à la bastille pour enlever aux Anglais l'espoir d'y revenir.

Lorsque Jeanne rentra dans la cité, toutes les cloches sonnèrent le Te Deum, mettant l'allégresse et la confiance au cœur des assiégés, tandis qu'elles retentissaient aux oreilles des ennemis comme un glas funèbre et un présage d'irrémédiable défaite.

La Pucelle chargea aussitôt Fr. Pàquerel d'avertir publiquement les hommes d'armes de la décision qu'elle venait de prendre à leur égard, 'fous ceux qui voulaient encore combattre à ses côtés devaient confesser leurs péchés et rendre grâce à Dieu de la victoire accordée à leurs armes. S'ils ne réalisaient pas ces conditions, elle refusait de se mettre à leur tête et menaçait même de quitter leur compagnie.

Puis, comme les capitaines français l'interrogeaient sur ses intentions futures, sachant que l'effet moral d'un succès doit être utilisé dans le plus bref délai possible. elle leur proposa de continuer la lutte dès le lendemain. Les officiers lui firent remarquer qu'on était à la veille de l'Ascension; alors, de l'avis de tous, on décida que les soldats chômeraient. Rentrée à son hôtel, la jeune fille y soupa très sobrement et eut ensuite un entretien avec son aumônier.

Le lendemain, la Pucelle se confessa, comme elle l'avait décidé, puis entendit dévotement la Sainte Messe et communia.

Ensuite elle profita de la solennité du jour, comme de la liberté d'aller et venir laissée aux hommes de la garnison, pour la proclamation d'une ordonnance qu'elle avait déjà fait connaître plusieurs fois à ses troupes et à l'exécution de laquelle elle tenait par-dessus tout. La voici en substance : défense formelle à tout soldat de combattre le lendemain sans être confessé.

Bientôt un Conseil de guerre se réunit dans la maison de Guillaume Cousinot. conseiller du duc d'Orléans; les chefs s'y rendirent en grand nombre. La Pucelle ne fut pas convoquée, mais elle se rendit quand même à la demeure du chancelier sous le prétexte d'y faire visite à sa femme.

On discuta donc sans elle, et l'on décida la construction immédiate de quelques nouvelles machines de guerre, telles que ponts volants et autres, à l'aide desquelles on prétendait assaillir la principale bastille anglaise du côté de la Beauce. .Mais cetteattaque n'était qu'une feinte : on avait pour but d'attirer sur la rive droite la plupart des combattants postés dans les forts de la rive gauche, et, aussitôt ces dernières bastilles dégarnies d'un bon nombre de leurs défenseurs, les gens d'Orléans, qui avec leur batellerie traversaient très facilementfl le euve, devaient se précipiter pour leur livrer un irrésistible assaut. On voulait toutefois garder secrète aussi longtemps que possible l'attaque projetée contre les forts de la Sologne. Quand la délibération fut achevée, on songea à l'héroïne et on résolut de la mander pour lui faire connaître ce qui avait été arrêté. Mais, à cet instant, quelques chefs furent d'avis que la seconde partie du plan ne devait être dévoilée à personne et qu'il ne fallait sous aucun prétexte l'exposer à la jeune fille, de crainte d'une indiscrétion de sa part. Ambroise de Loré sortit pour quérir Jeanne. Elle se présenta bientôt; tous la regardèrent entrer grave,

pensive, presque triste. Elle refusa de s'asseoir et écouta debout la communication que lui lit le chancelier.

- Nous avons décidé, lui expliqua Cousinot. de donner assaut à Saint-Laurent, cette grande bastille où sont réunis en ce moment le comte de Sufïolk. Talbot. Scales et Jean Falstoff.

Puis il se tut. Cependant, la guerrière le fixa, paraissant attendre la suite. Comme le silence se prolongeait, elle interpella ses auditeurs d'un ton courroucé :

- Dites donc ce que vous avez conclu, s'éeria-t-elle. sans cela, je vous cacherai, moi. un bien plus grand secret que celui-là!

Après avoir ainsi parlé, la Pucelle se promena silencieuse dans la salle. Tous les chefs la considéraient, stupéfaits. C'est alors que le Bâtard d'Orléans lui dit :

- Ne nous fâchez pas parce que nous n'avons pas tout exposé d'une seule fois, lu il révéla à Jeanne le plan tout entier; elle s'en montra satisfaite.

- Pourvu toutefois, ajouta-t-elle, qu'on l'exécute tel que vous venez de l'expliquer, Et de nouveau elle avait raison, car ce plan habilement combiné ne fut jamais

mis en œuvre.

Durant les journées qui suivirent, la jeune fille dut intervenir à maintes reprises pour modifier la décision des capitaines. Chaque fois son avis prévalut, et chaque fois l'événement lui donna raison. Ce fut véritablement elle qui lit triompher les Français autour d'Orléans. A partir du vendredi matin, elle prit de fait le commandement de la ville assiégée.

Dans la journée du jeudi, en prévision de la bataille du lendemain, et nonobstant les deux sommations verbales qu'elle avait ajoutées à ses deux lettres précédentes, Jeanne, pour calmer sa conscience douloureusement émue à la pensée de tant de sang qui allait couler, voulut envoyer un dernier message aux Anglais.

Par le succès qu'elle avait remporté la veille, elle leur offrait, jugeait-elle, une preuve suffisante de sa mission; ils devaient reconnaître maintenant qu'elle venait de Dieu. En conséquence, elle résolut de tenter auprès d'eux un suprême effort, espérant qu'ils se décideraient à éviter par une sage retraite un inutile carnage.

La Pucelle dicta donc ces lignes à Fr. Pàquerel :

Vous, hommes d'Angleterre, qui n'avez aucun droit sur le royaume de France, le Roi du ciel \ous ordonne et mande par moi que laissiez vos bastilles et vous en alliez dans votre pays, ou sinon je vous infligerai une telle défaite qu'il en sera perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière lois et je ne vous écrirai pas davantage. >%< Jhésus Maria.

Puis, s'avançant jusqu'aux avant-postes avec son billet, l'héroïne l'attacha ellemême à une flèche et ordonna à un arbalétrier de la lancer aux ennemis pendant qu'elle leur criait :

— Lisez, voici des nouvelles.

Les Anglais ramassèrent la flèche, et. ayant parcouru le message, répondirent à Jeanne :

— Oui, ce sont des nouvelles de la prostituée des Armagnacs.

En entendant cette injure, la jeune vierge soupira et pleura amèrement. Puis, se tournant vers Dieu, elle le prit à témoin de son innocence et l'appela à son aide. Tout aussitôt, ses Voix lui parlèrent; elle se sentit toute consolée et dit à ceux qui l'entouraient :

— J'ai eu des nouvelles de mon souverain Seigneur.

Le vendredi 6 mai. la Pucelle et ses gens entendirent de grand matin la messe de l-'r. Pàquerel dans une église d'Orléans. Puis, vers 9 heures, elle sortit de la ville, accompagnée des plus braves chevaliers et suivie de quatre mille hommes environ.

Le poste extrême des Anglais du coté de la Sologne était le guet de Saint-Jeanle-Blanc. L'endroit se prêtait merveilleusement à une attaque ; aussi nos soldats, amenés sur de nombreuses embarcations, vinrent-ils se placer en bataille sur un îlot de la Loire, proche de ce guet. Avec deux bateaux, ils tirent ensuite un pont qui leur permit de rejoindre la rive gauche.

En ce moment, on vit flamber Saint-Jean-le-Blanc. Les ennemis ne s'y jugeant plus en sûreté abandonnaient ce poste en le brûlant. Ils se réfugiaient dans la formidable bastille des Augustins, construite un peu en avant du fort des Tourelles et défendant comme lui l'entrée du pont.

En voyant leurs adversaires se replier, les Français hésitent à continuer l'action commencée; mais Jeanne, entraînant avec elle une partie de l'infanterie, prend les devants et va établir ses positions dans le faubourg du Portereau. qui s'étend autour des deux forts anglais. S'avançant de là jusque sous le feu et les traits des ennemis, elle plante son étendard sur le rebord du rempart qui entoure la bastille des Augustins.

Mais voici qu'un frémissement de terreur parcourt les rangs des soldats qui l'ont suivie: les ennemis, répète-t-on. arrivent en nombre supérieur. La panique ne tarde pas à se répandre et à s'accentuer; quelques braves seulement entourent encore la Pucelle et l'entraînent. Les Anglais, témoins du mouvement des Français, sortent en foule de leurs bastilles et menacent d'un grand carnage les derrières des fuyards. Pour permettre à la retraite de s'exécuter sans désastre, Jeanne est là. soutenant les siens, et tenant tète aux ennemis; mais aussi elle entend les injures dont ils l'accablent et les huées qu'ils poussent contre les Français. Enfin, tous les nôtres sont de nouveau en sûreté dans l'île aux Toiles. L'héroïne n'a plus à les préserver.

C'en est trop pour son noble cœur de battre en retraite si longtemps : ses Voix célestes ne lui ont-elles pas prédit la victoire? En avant donc, sus aux Anglais! là Jeanne, accompagnée de La Mire et de quelques braves capitaines, fond, la lance au poing, sur les envahisseurs et les charge avec une incroyable vigueur. L'ennemi ne comprend rien à cette subite volte-face; il est disséminé par la poursuite sur un chemin découvert, loin de ses retranchements : à son tour, il luit, et lestement, car l'armée française ralliée a recouvré son sang-froid. En tête s'élancent ses chefs. des chevaliers honteux de leur échec et brûlant de le réparer. Les sires de Gaucourt. de Villars et l'écuyer d'Aulon, à qui la garde du pont de bateaux avait été confiée, se trouvèrent par le fait même au premier rang pour retourner à l'attaque. Parmi ceux

qui, sous les ordres de 1 ecuyer de Jeanne, devaient remplir cette mission, on remarquait Alphonse de Partada, valeureux guerrier, originaire d'Espagne. Au début du combat, un soldat de la compagnie de Jean d'Aulon vint à passer: c'était un bel homme de haute stature et brillamment armé. Son capitaine lui ayant reproché de ne point s'arrêter et s'unir aux autres pour tenir tête à l'ennemi dans le cas où besoin serait, l'interpellé répliqua qu'il ne lui plaisait pas d'obéir. Alphonse de Partada intervint alors, lui montra ses camarades rangés près du pont et l'excita à imiter l'exemple de ces braves. Mais le Français refusant toujours son concours, il s'ensuivit entre eux une querelle qui s'envenima. L'un et l'autre finirent par se provoquer et, pour trancher le débat, convinrent de courir ensemble à l'ennemi et de donner ainsi la mesure de leur vaillance et de leur courage. Se prenant par la main, ils s'élancèrent vers la bastille attaquée et arrivèrent en un instant au bas de la première palissade qui la défendait. D'Aulon ne put résister à l'envie de rejoindre ces intrépides; de l'autre côté de la barrière, un colosse anglais empêchait par ses coups terribles les Français d'approcher. L'écuver de Jeanne eut bientôt fait de désigner cet homme au célèbre canonnier, Jean le Lorrain, qui l'abattit d'un seul coup de sa couleuvrine. Alors les deux guerriers pénètrent dans la bastille et furent suivis d'une multitude de combattants ; ce fort redoutable se trouve ainsi emporté de vise force.

C'est le moment précis où l'héroïne vient pour la seconde fois de planter son étendard sur le rempart. Pendant ce combat, la Pucelle s'est distinguée par une incrovable bravoure autant que par son habileté militaire. Blessée au pied par une chausse-trape, elle n'en a pas moins continué à diriger l'armée jusqu'à la tin de l'action.

On découvrit aux Augustins un grand nombre de prisonniers de guerre français et tout un précieux butin; Jeanne rendit la liberté aux captifs et. craignant que ses hommes, en s'amusant au pillage, ne se laissassent surprendre par un retour offensif de l'ennemi, elle fit tout brûler. Quant aux Anglais qui défendaient la forteresse, la plupart furent tués; quelques autres, et avec eux Glasdall. n'eurent que le temps de se jeter dans la bastille des Tourelles qui était toute proche.

La Libératrice la lit investir immédiatement, désirant l'assaillir le lendemain ; des bataillons furent établis en face de ses murailles. Quoique blessée et succombant sous la fatigue, la jeune fille eût bien voulu rester aux avant-postes. Faut-il donc abandonner mes gens? disait-elle aux chefs.

Mais ceux-ci la supplièrent de rentrer dans Orléans. Elle y consentit; sa présence était nécessaire afin de pourvoir à la subsistance des troupes laissées devant les Tourelles et pour tout disposer en vue de l'assaut qu'elle préméditait.

Une ordonnance fut publiée aussitôt dans la ville de faire parvenir des vivres aux soldats restés devant la bastille ennemie et de s'occuper des pages et des chevaux appartenant aux hommes d'armes retenus sur la rive gauche de la Loire.

Ainsi fut fait, et, tout en mettant grande diligence à porter pain, vin et munitions diverses aux gens de guerre assiégeant à leur tour les Anglais, bourgeois et bourgeoises d'Orléans se racontaient les prouesses de la Pucelle et les merveilles qu'elle venait d'accomplir au nom de Dieu.

On espérait plus encore. En effet, au moment OÙ les capitaines pressaient Jeanne de se retirer, elle leur avait répondu.

- Par mon martin. je prendrai demain les tours de la bastille du pont et ne rentrerai dans Orléans qu'elles ne soient aux mains du bon roi Charles!

lui l'entendant parler de la sorte, tous la regardaient avec stupéfaction, car. à considérer un fort comme les Tourelles, avec sa grosse garnison de six cents hommes, sa provision de vivres et tous les engins de défense qu'il possédait, nul chef n'aurait pensé le réduire à moins de pouvoir lui opposer une armée deux lois plus considérable que celle dont on disposait, et d'entreprendre un siège en règle. Mais l'héroïne répéta à ceux qui l'entouraient :

— Oui. certainement, je prendrai demain les Tourelles et rentrerai à Orléans par le pont.

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