JEAN, DUC DE BEDFORD, RÉGENT DE FRANCE
officiers civils de Paris furent subitement révoqués et remplacés par d'autres. On nomma Guillaume Sanguin prévôt des marchands, et on donna le titre d'échevins à Imhert des Champs, mercier et tapissier; à Collin de Neufville, poissonnier; à Jean Dampierre. mercier; à Remond Marc, drapier.
Le duc de Bourgogne, on s'en souvient, avait répondu à l'ambassade du régent que dans peu de jours il serait à Paris. En vue de son voyage, il leva en Artois un Corps de quatre à cinq cents combattants, dont il se composa une escorte; ainsi accompagné, il entra dans la capitale le dimanche 10 juillet, vers (3 heures du soir, à la grande joie de Bedford et des partisans de l'Angleterre qui lui tirent un magnifique accueil. Afin de donner plus d'éclat à leur décision et d'impressionner davantage les Parisiens, surtout ceux qui envisageaient avec appréhension la perspective d'une résistance aux armées de Charles VII, les princes voulurent renouveler solennellement le traité d'alliance qui les unissait.
On essaya tous les moyens pour frapper l'imagination du public : la pompe des cérémonies religieuses s'allia à celle des assemblées civiles. Une procession générale eut lieu d'abord; on entendit ensuite un fort beau sermon à Notre-Dame de Paris.
Au Palais, une très impressionnante mise en scène fut organisée : les ecclésiastiques, les seigneurs, les magistrats furent convoqués. A cette imposante réunion, on donna lecture de la charte où étaient inscrits les termes de la paix conclue jadis. devant le légat du Pape, par les Bourguignons et les Armagnacs. Il fut raconté comment Jean sans Peur avait été traîtreusement assassiné au pont de Montereau.
Puis, à la demande qui en fut faite, tous les assistants prêtèrent le serment de demeurer bons et loyaux sujets du régent et du prince son allié. Enfin, les seigneurs s'engagèrent à garder Paris contre toute attaque.
Le voyage du duc de Bourgogne avait atteint son but; mais les nouvelles de la marche rapide de Charles VI I vers Reims parvenaient dans la capitale et pouvaient y rendre dangereux un trop long séjour. Aussi, dès le samedi 16 juillet, Philippe le Bon quittait-il cette ville, accompagné de sa sœur, la duchesse de Bedford, que sans doute le régent, son époux, ne croyait pas en sûreté sur les rives de la Seine.
Le duc de Bourgogne partait, décidé à tout mettre en œuvre pour arrêter les succès grandissants de l'armée royale. Il allait lever des troupes et faire jouer sa diplomatie. De plus, entre lui et Bedford, un plan secret dont nous trouverons les traces dans les chapitres suivants avait été dressé.
Toutes les forces humaines se liguent donc à l'encontre de la mission de la Pucelle; mais elles ne peuvent rien contre Dieu : elles demeureront impuisssantes aussi longtemps que le roi de France sera docile aux conseils divins.