‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 5 sur 117 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

VISITE DE SAINTE CATHERINE ET DE SAINTE MARGUERITE — COMMENT LES DEUX GL0RIE1 SES MARTYRES

ONT SOUFFERT POIR JEST S-CHRIST LES PAROLES DE JEANNETTE SONT VRAIES ET SINCÈRES : I \

FOI QU'ELLES MÉRITENT — GRANDEUR INCOMPARABLE DE LA LIBÉRATRICE NATIONALE

Peu de temps après le jour où saint Michel avait révélé à l'enfant de Domremy les desseins de la Providence, alors que de nouveau la pauvre fille en pleurant protestait à la fois et de sa docilité et de son impuissance pour obéir. l'Archange lui dit :

- Dieu a pourvu à ce qui te manque. Je conduirai vers toi deux Saintes. Ce sont les vierges martyres Catherine et Marguerite : Notre-Seigneur les a chargées de te guider, tu n'auras qu'à suivre leurs conseils.

Jeannette remercia, et, pleine de confiance, attendit. Bientôt, aux cotés de saint Michel, elle vit dans une céleste clarté deux ravissantes figures, portant au front de riches couronnes d'or posées sur leurs beaux cheveux ondulés. Regardant la fillette avec une bonté ineffable, elles la firent approcher, se tirent connaître, l'embrassèrent tendrement, tandis que l'enfant, ravie de leur suave contact, leur pressait les mains, et leur rendait, respectueuse et tremblante, leur doux baiser. C'étaient sainte Catherine et sainte Marguerite : Dieu les envoyait vers son humble servante pour l'instruire et •la consoler pendant son existence entière.

Les maîtresses étaient bien choisies pour former celle qui devait soutenir tant de luttes, car elles-mêmes avaient, pour la gloire du Christ, affronté de rudes combats et remporté d'incomparables triomphes.

En outre, il est aisé de trouver dans chacune de leurs vies des traits frappants de ressemblance avec ce que sera la courte et éclatante carrière de Jeanne. Non seulement, ainsi que notre héroïne, elles ont toutes deux, à la fleur de l'âge, accepté les supplices et la mort pour rester fidèles à leurs serments, mais plus d'un détail de leur histoire paraîtra suggestif, à mesure que l'on parcourra les pages de ce récit.

Sainte Catherine, au dire de Baronius, est précisément cette amazone chrétienne que l'historien Eusèbe de Césarée désigne sous le nom d'.Kchaté. Encore païenne, elle aperçoit en songe la Vierge Marie lui présentant son Fils Jésus. Ravie de l'adorable beauté du Sauveur, elle veut lui consacrer sa virginité; baptisée peu après.

elle franchit rapidement les degrés les plus élevés de la perfection chrétienne et'reçoit au doigt l'anneau miraculeux d'épouse du Christ.

Pour reprocher à l'empereur Maximin II d'entraîner les peuples dans l'idolâtrie, Catherine ne craint pas d'aborder le souverain dans le temple de Sérapis : son argumentation est si savante, si serrée, que celui-ci est impuissant à lui répondre.

Un tribunal de cinquante philosophes, les plus érudits de l'Egypte, est rassemblé à Alexandrie; il accueille par des sarcasmes la vierge chrétienne traduite à sa barre, mais Catherine réfute victorieusement toutes les objections de ces sophistes et parvient à les convertir au christianisme.

Maximin fait construire pour la torturer une terrible machine en forme de roue; par un simple signe de croix, la jeune fille brise ce cruel engin.

Condamnée à être décapitée, elle demande à Jésus-Christ comme faveurs dernières que son corps virginal ne soit pas touché par les bourreaux et que la persécution se termine. Catherine est exaucée : elle subit le martyre le 25 novembre 307, et les anges l'ensevelissent eux-mêmes au sommet du mont Sinaï; bientôt la persécution cesse, et. peu d'années plus tard, en 3 12, Constantin lève le Labarum et remporte au pont Milvius l'éclatant triomphe qui marque la fin du paganisme officiel à Rome.

Sainte Marguerite était, elle aussi, une vierge chrétienne. Chassée de la maison paternelle par son père, prêtre des idoles, féroce et fanatique, elle se réfugie auprès de sa nourrice, à la campagne, lui obéit humblement, l'aide dans les travaux des champs et garde les troupeaux.

Arrêtée comme chrétienne par un proconsul inhumain, elle est d'abord saisie d'effroi à la pensée des tortures qui l'attendent. Elle supplie alors Jésus de lui envoyer son ange pour la protéger. Le divin Maître exauce sa prière en lui donnant un courage indomptable.

Croyant la troubler et l'ébranler plus facilement, le gouverneur ordonne de dresser le tribunal sur une place publique et fait comparaître la jeune vierge devant une foule de plusieurs milliers de personnes; il essave là. mais toujours en vain, de la séduire par les promesses et de l'effrayer par les menaces.

Fouettée et mise en sang, elle entend les assistants émus de pitié lui crier : - Épargne ta vie; aie pitié de toi-même! Soumets-toi un instant et les supplices cesseront.

.Mais Marguerite reste ferme jusqu'au bout. On la jette dans une prison ténébreuse; en ce sombre réduit, le démon, sous la forme d'un homme, vient à son tour essayer de la vaincre. Klle triomphe aussi des suggestions du malin; sa prison s'illumine: dans la clarté lui apparaît une croix et. au-dessus, une blanche colombe, les ailes étendues, tandis qu'une voix du ciel félicite la martyre de sa victoire.

Un la ramène le lendemain en présence du proconsul et d'un peuple immense; et. sur tout son corps, on applique des torches ardentes. L'assistance divine la préservant de la morsure des flammes, on la précipite pieds et poings liés dans une chaudière d'eau bouillante. Elle sort indemne de cette nouvelle torture, après avoir

converti par le spectacle de sa force et de sa constance un grand nombre de païens. Sa tète tombe enfin sous le glaive du bourreau, le [6 août 2y5.

Telles sont les célestes maîtresses que Dieu accordait à son envoyée. Désormais, elles lui apparaîtront plusieurs fois par semaine, multipliant leurs entretiens lorsqu'elles le jugeront nécessaire. Elles l'instruiront sur tout ce qui regarde sa mission, lui prodiguant, selon les circonstances, des conseils, des avis ou des ordres, mais plus souvent des conseils, de sorte que Jeannette dira volontiers en parlant d'elles « mon Conseil ». comme elle les nommera aussi « mes Voix ». indiquant par là que non seulement saint Michel et ses Saintes se rendent visibles, mais qu'elle entend réellement leur parole résonner à son oreille.

Ce phénomène de la perception du son de leurs voix par l'ouïe est si véritable, qu'un grand fracas l'empêchera parfois de distinguer ce qu'elles lui disent.

La vie de Jeannette à Domremy aura donc deux buts ; l'un extérieur, auquel d'ailleurs ses Saintes l'engagent à demeurer fidèle, c'est l'exécution parfaite de ses devoirs d'état; et l'autre intérieur, échappant aux regards des hommes, ce sera la formation que lui donneront les divines messagères pour la préparer à sauver la France. Il y aura là déjà pour la jeune tille l'occasion permanente du plus dur sacrifice. Si, vers cette même époque, l'auteur de Y Imitation pouvait écrire, dans sa cellule, cette phrase mvstérieuse : « Combien la terre me parait sordide, quand je regarde le ciel! » quelle pensée plus forte encore n'eût pas énoncée Jeannette, pour exprimer son désir de converser sans cesse avec ses chères Saintes! Leur sourire céleste lui apportait une parcelle du paradis.

Avant de reprendre notre récit, il importe de nous poser dans la loyauté de notre conscience une question capitale.

Pouvons-nous accepter la parole de la vierge lorraine comme l'expression même de l'exacte vérité? Est-il téméraire d'ajouter foi à toutes les merveilles que nous avons rapportées : apparition d'anges et de saintes, colloques fréquents avec eux et lumières extraordinaires la guidant en maintes choses?

En un mot. Jeannette ne s'est-elle pas trompée et nous a-t-elle raconté les faits dans toute leur intégrité?

Notre réponse sera nettement affirmative. Nous ne devons pas hésiter à admettre le témoignage de la Libératrice sur ses révélations et à croire aux miracles que ses lèvres nous retracent. Chacune des pages de ce livre fournira la preuve de sa sagesse et de sa véracité, et de plus protestera contre les explications qui ont été inventées par divers auteurs pour échapper à cette conclusion.

Nous entendrons la future guerrière promettre des preuves déterminées de sa mission et émettre de véritables prophéties; nous constaterons que les preuves promises viennent en leur temps et que les prophéties s'accomplissent.

Enfin, lorsqu'il s'agira de l'existence du miracle de ses Voix, nous nous trouverons devant une affirmation absolue de Jeannette. Sans hésiter ni varier, la loyale enfant persévérera dans ses dires, malgré les contradictions et les persécutions ; bien plus, elle les maintiendra en face du supplice et dans la mort la plus cruelle. Nous conclu-

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rons avec Pascal : « Je crois volontiers des témoins qui se laissent égorger. » Oui, nous croyons à la parole de notre noble Française, et lorsque nous voyons Dieu se servir pour la former d'un moyen aussi extraordinaire que celui de l'apparition réitérée de saint .Michel, de sainte Catherine et de sainte Marguerite, nous devons nous dire qu'il a plu à sa divine Majesté d'employer ce moyen frappant et tangible, afin d'exclure chez Jeannette toute ombre de doute et toute hésitation dans l'accomplissement d'une mission si difficile à mener à bonne fin.

De plus. Dieu a voulu que, dans les siècles à venir, aucun Français ne pût raisonnablement nier sa toute-puissante intervention. Le seul et véritable Sauveur de notre patrie, c'est lui-même. Impossible de douter, car l'interprétation uniquement admissible des faits que nous relatons est celle qui nous met en face du miracle.

Dieu seul pouvait transformer une enfant du peuple, une petite ignorante, en Libératrice nationale.

Cette jeune vierge, issue du sang français, vivant aux contins des Marches de Lorraine, impatiente de sauver la patrie au prix de tous les sacrifices, cette humble villageoise du gracieux vallon de la Meuse, c'est le mystère de l'amour du Christ

pour les v rancs

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