‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 56 sur 117 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

mu \th>\ réciproque des belligerants m'i'ks l echec de paris sentiments des patriotes a l'égard de la pucelle — égoïsme de la politique de Philippe le bon — la diplomatie française conduite par la trêmoille — compiègne cédé aux bourguignons — les compiégnois résistent m chancelier —le duc de bourgogne arrive a paris — les pourparlers de saint-denis et la « joi rnée d'auxerre » — publication de la trêve — les six mille larrons picards - les dl l s de bedford et de bourgogne quittent la capitale, après a voir resserré leur alliance — le plan d'hugues de lannoy — ce que devenait jeanne pour le

CONSEIL ROY \l.

Quelle était exactement la situation politique de la France à l'issue de la campagne du sacre?

Le parti national avait relevé la tête et repris confiance. La reddition des nombreuses places fortes, villes et châteaux au cours de la marche de l'armée royale, augmentait considérablement l'importance de l'apanage reconquis par Charles VII sur l'envahisseur.

L'ensemble de ces événements comblait d'une joie profonde les parties du royaume qui n'avaient point cessé d'être françaises, et si les patriotes s'étonnaient que Paris eût résisté à la Pucelle. ils n'en avaient pas moins au cœur une immense gratitude pour l'angélique jeune fille qui avait ramené la victoire sous le drapeau national et accru si rapidement le domaine du légitime souverain .

Les Anglais consternés n'avaient plus qu'une seule armée, bien insuffisante, et se contentaient de défendre mollement la Normandie. A cette heure suprême, le duc de Bourgogne est l'arbitre de leur destinée. Que ce dernier accorde à la France « bonne et loyale paix ». comme le lui a demandé Jeanne d'Arc, et la domination anglaise prendra fin en même temps que la funeste guerre qui dure depuis près de cent ans!

I lélas ! le fastueux duc de Bourgogne, héritier de la politique égoïste qui domine dans sa famille, n'a qu'un souci : transformer son duché en un vaste empire, et pour cela profiter des haines et des querelles semées autour de lui. Jusqu'à cette heure, la fortune lui a souri; la lutte entre Henri VI et Charles Yll est trop utile à sa cause pour qu'il consente volontiers à la voir se terminer par un loyal traité.

En réalité, Philippe ne désire pas la paix; s'il a provoqué des négociations, c'est -qu'un double motif l'y a déterminé : d'une part, il redoute que les succès procurés par

Jeanne à la France ne s'étendent et n'arrivent à menacer sa propre puissance; d'autre part, il a promis à Bedford de l'aider à gagner du temps et de le secourir, soit de vive force, soit d'autre manière. Le duc n'a pas oublié son engagement : c'est pourquoi il prolonge les pourparlers les plus complexes avec le roi de France.

En face d'une telle attitude, il n'y avait qu'un parti à prendre: continuer à vaincre, se faire craindre et imposer la réconciliation sincère comme une nécessité; or. n'était-ce point là tout le plan de la Pucelle ?

Georges de la Trémoille en avait conçu un autre qu'il lit adopter par le faible monarque: mettre fin à la lutte, ramener les troupes en arrière et dépêcher à Philippe le Bon des négociateurs : triste système vis-à-vis d'ennemis dénués de franchise. On prétend, il est vrai, que le ministre français connut et agréa, en faveur de cette méthode, des arguments sonnants et trébuchants. Que le tait soit réel ou non, son programme lui permettait de toucher le but qu'il poursuivait si ardemment depuis l'arrivée de la Pucelle à l'armée : rejeter loin des camps l'Envoyée de Dieu, et. après avoir sauvegardé sa situation personnelle de favori, manœuvrer de manière à s'y maintenir en dépit de tous les obstacles.

La première série de pourparlers avait abouti à la fallacieuse trêve du 28 août. Cet acte interdisait à Charles VII de s'emparer de Paris, même si cette ville se rendait volontairement à lui. tandis qu'il permettait au contraire à Philippe le Bon de la défendre contre toute attaque. Sans se préoccuper de cette convention arbitraire, l'héroïne tenta son coup d'audace, et il fallut la trahison de La Trémoille et de ses affidés pour l'empêcher de conquérir la capitale de vive force. Mais l'assaut donné par Jeanne était un accroc à la trêve de Compiègne; il ne pouvait que déplaire beaucoup aux Bourguignons. Ceux-ci faillirent y répondre par une nouvelle prise d'armes; en effet, dès que le Conseil ducal de Dijon et le maréchal de Bourgogne apprirent que Paris avait été attaqué, ils ordonnèrent à tous les baillis de se mettre sur le pied de guerre. Cette attitude franche et ouverte n'aurait eu que de bons résultats pour la cause nationale. Malheureusement, le parti de l'hvpocrisie triompha une fois de plus; on feignit d'oublier, puis on reprit le cours des négociations auxquelles, de leur côté, La Trémoille et Regnault de Chartres tenaient autant que les ennemis eux-mêmes.

La retraite de Charles VII vers la Loire va d'ailleurs, en cette affaire, laisser pleins pouvoirs au chancelier, Yalter ego du favori du roi.

Il y avait eu. durant les pourparlers terminés le 28 août, une clause qui ne fut point insérée dans le texte officiel de la trêve — sans doute par un reste de pudeur patriotique — mais dont l'exécution intéressait tout spécialement le duc de Bourgogne : Charles VII avait promis à Philippe, comme garantie, de lui livrer Compiègne. la bonne ville qui s'était montrée si loyale dans sa soumission au souverain légitime. Or, cette cité donnait la clé des communications entre Paris et la partie du duché où résidait Philippe; il est de toute évidence que celui-ci avait hâte d'entrer en possession de ce gage précieux. Regnault de Chartres quitta donc Saint-Denis et prit le chemin de Compiègne, peu de temps après le départ du roi. Il était porteur des ordres de ce dernier, signifiant au capitaine et aux bourgeois de remettre leur ville au représentant

du duc de Bourgogne. L'archevêque de Reims s'aboucha immédiatement avec Guillaume de Flavy, qui avait beaucoup de raisons pour se montrer docile; mais les habitants de Compiègne reçurent tout autrement la communication.

Ils étaient, disaient-ils, très humbles sujets du roi, désireux d'exécuter ses commandements et de le servir corps et biens, mais quant à redevenir les vassaux du duc de Bourgogne, jamais! Ce prince avait contre eux trop de haine depuis qu'ils s'étaient retirés de son obéissance pour qu'il leur fût permis d'accepter pareil contrat; aussi opposaient-ils aux volontés de Charles VII une très respectueuse mais très ferme remontrance. Regnault de Chartres eut beau envelopper son discours des termes les plus persuasifs, renouveler plusieurs fois la lecture des ordres dont il était chargé, il lui fut impossible de vaincre la résistance des Compiégnois, qui préféraient mourir, eux, leurs femmes et leurs enfants, plutôt que d'être remis à la discrétion de leur ancien suzerain.

On fut bien obligé de s'incliner devant l'opiniâtreté de ces braves gens qui donnaient ainsi une éloquente leçon aux perfides négociateurs. Le prélat diplomate ne put offrir au duc. à la place de Compiègne récalcitrant, que la ville de Pont-Sainte-Maxence, dont il lui fallut se contenter.

Pendant ce temps, et sans doute afin de procurer d'autres gages à Philippe le Bon, le Conseil établi pour gouverner l'Ile-de-France et le Beauvaisis se hâtait d'étendre la trêve du 28 août à la capitale, au château de Vincennes. aux ponts de Saint-Cloud et de Charenton ainsi qu'à Saint-Denis. Enfin, comme si tous ces avantages ne suffisaient pas. et sous le prétexte que Saint-Denis était trop difficile à défendre, la même autorité en retira les troupes françaises: concession honteuse que Jeanne paraît avoir prévue, quand elle prétendait demeurer avec la garnison de cette place.

Cependant la nouvelle ne tarda pas à se répandre parmi les Anglo-Bourguignons; ils entrèrent tumultueusement dans la ville abandonnée, la rançonnèrent et la ravagèrent sans pitié. Ayant trouvé dans la basilique l'armure laissée par la Pucelle. ils demandèrent à ce sujet les ordres de Louis de Luxembourg, évèque de Thérouanne et chancelier de France pour l'Angleterre. Celui-ci fit emporter ce trophée (hormis l'épée qui n'était pas celle de Jeanne), sans accorder au sanctuaire aucune compensation en échange de ce rapt; le chroniqueur français qualifie cette action de« pur sacrilège».

Bedford, jugeant que la retraite de notre armée était définitive, et se liant à la naïveté avec laquelle Charles VI I ajoutait foi aux promesses du duc de Bourgogne, revint en hâte à Paris, afin de préparer à son précieux allié une réception magnifique.

De son côté, Philippe le Bon, qui continuait à jouer le rôle de médiateur, demanda un sauf-conduit pour la capitale. Au dire de son envoyé, il s'y rendait avec l'intention de « parler à ceux qui tenaient son parti », promettant par leur moyen de remettre la ville au roi de France.

Le voyageur princier fit son entrée à Paris, le 3o septembre, avec un déploiement de pompes fastueuses. Entièrement livré au parti anglais, il se garda de travailler pour (maries VII et renoua ses alliances précédentes, sans pour cela renoncer à négocier avec la France ou, pour mieux dire, à la tromper.

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