ROUEN — PLAQUE COMMÉMORATIVE DU BUCHER
L'Assesseur. — Fr. Richard n'a-t-il pas tenu votre étendard dans l'église de Reims?
Jeanne. — Mon étendard a été dans l'église de Reims et il me semble qu'il était assez près de l'autel pendant le sacre du roi ; moi-même je l'y ai tenu un peu, mais je ne sais si Fr. Richard l'y a tenu.
L'Assesseur. — Quand vous alliez par le pays, receviez-vous souvent les sacrements de Pénitence et d'Fucharistie dans les bonnes villes""
Jeanne. — Oui, de temps à autre.
L'Assesseur. — Receviez-vous ces sacrements en habit d'homme?
Jeanne. — Oui, mais je ne me souviens pas de les avoir reçus en armes.
L'Assesseur. — Pourquoi avez-vous pris la haquenée de l'évèque de Senlis?
Jeanne. — Cette haquenée fut achetée deux cents saluts. Je ne sais si l'évèque les a reçus, oui ou non. Je lui écrivis qu'il pouvait reprendre sa haquenée s'il le voulait: quant à moi, je n'en voulais point, parce qu'elle n'était pas capable de supporter la fatigue.
L'Assesseur. — Quel âge avait l'enfant que vous êtes allée voir à Lâgny?
Jeanne. — L'enfant avait trois jours. Il fut apporté devant l'image de Notre-Dame de Lagnv. On me dit que les jeunes filles de la ville étaient devant cette image, et que j'y voulusse bien aller prier Dieu et Notre-Dame de rendre la vie à l'enfant. J'y allai et je priai avec les autres. A la fin, la vie reparut chez l'enfant, qui bâilla trois fois et fut baptisé ; aussitôt après il mourut et fut inhumé en terre sainte. Il y avait trois jours, disait-on, que la vie n'était apparue dans l'enfant: il était noir comme ma cotte. Mais quand il eut bâillé, la couleur commença à lui revenir. Pour moi, j'étais avec les autres jeunes filles à prier à genoux devant Notre-Dame.
L'Assesseur. — N'a-t-on pas dit par la ville que c'était vous qui aviez opéré cette résurrection, et que c'était par vos prières?
Jeanne. — Je ne m'en informai point.
L'Assesseur. — N'avez- vous point vu ou connu Catherine de la Rochelle?
h wnk. — Oui, à Jargeau et à Montfaucon-en-Berrv.
L'Assesseur. — Que vous a dit cette Catherine?
Jeanne. — Elle me raconta qu'une dame blanche, vêtue de drap d'or, lui apparaissait, lui disant d'aller par les bonnes villes, que le roi lui donnerait des hérauts et des trompettes pour faire crier que tous ceux qui avaient de l'or, de l'argent ou un trésor quelconque caché devaient l'apporter aussitôt : «. Je saurai bien connaître, ajoutait-elle, ceux qui auraient des trésors cachés et ne les apporteraient pas, et je saurai bien découvrir ces trésors. » Avec ces trésors, elle payerait, me disait-elle, mes hommes d'armes. Je répondis à Catherine : «Retournez vers votre mari faire votre ménage et nourrir vos enfants. •>> Et pour être ûxée sur son fait, j'en parlai à sainte Marguerite ou sainte Catherine, qui me dirent que dans le fait de cette Catherine tout n'était que folie et néant. J'écrivis au roi ce qu'il devait en faire; et quand je vins vers lui, je lui dis que tout était folie et néant dans le fait de cette Catherine. Cependant Fr. Richard voulait qu'on la mit en œuvre; aussi furent-ils tous deux mécontents de moi, Fr. Richard et elle.
L'Assesseur. — N'avez-vous point parlé avec cette Catherine du projet d'aller à la Charitésur-Loire?
Jeanne. — Elle ne me conseillait pas d'y aller, parce qu'il faisait trop froid : « Pour moi, ajoutait-elle, je n'irai point. »
L'Assesseur. — Ne voulait-elle pas aller vers le duc de Bourgogne?
Jeanne. — Oui, elle voulait aller vers lui pour faire la paix; mais je lui dis qu'il me semblait qu'on n'y trouverait la paix qu'avec le bout de la lance.
L'Assesseur. — Qu'avez-vous fait dans les fossés de La Charité?
Jeanne. — J'y ai fait faire un assaut.
L'Assesseur. — Pourquoi n'ètes-vous pas entrée dans la ville, puisque vous en aviez l'ordre de Dieu ?
Jeanne. - Qui vous a dit que j'avais l'ordre d'y entrer?
L'Assessei u. - N'en aviez-vous pas eu conseil de votre Voix?
Jeanne. — Je voulais venir en France; mais les hommes d'armes me dirent qu'il valait mieux d'abord aller devant La Charité.
L'Assessei h. — Êtes-vous restée longtemps dans la tour de Beaurevoir?
Jeanne. — Quatre mois ou environ. Quand je sus que les Anglais venaient pour m'avoir, je lus tics courroucée, cependant mes Voix me détendirent plusieurs fois de sauter. Mais enfin, par crainte des Anglais, je sautai en me recommandant à Dieu et à Notre-Dame; je fus blessée. Quand j'eus sauté, la voix de sainte Catherine me dit : « Fais bon visage, tu seras guérie et les habitants de Compiègne seront secourus. •» Je priais toujours avec mon Conseil pour ceux de Compiègne.
L'Assesseur. - N'étiez-vous point irritée en ce moment et n'avez-vous pas blasphémé le nom de Dieu ?
Jeanne. - Je n'ai jamais murmuré contre un saint ou une sainte et je n'ai pas l'habitude de jurer.
L'AssHssr.i u. — A propos de Soissons et du capitaine qui avait rendu la ville, n'avez-vous pas renié Dieu et dit que si vous teniez ce capitaine vous le feriez couper en quatre morceaux?
Jeanne. — Je n'ai jamais renié ni saint ni sainte; ceux qui l'ont dit ou rapporté ont mal entendu.
Pierre Cauchon. — Reconduisez Jeanne au lieu qui lui est assigné pour prison.
Après cette conclusion qui les maintenait en séance, les assesseurs pensaient sans nul doute être appelés à donner leur avis dans une délibération qui resterait cachée à l'accusée. Ils turent donc bien déçus lorsque Pierre Cauchon déclara qu'un résumé extrait des réponses de la Pucelle allait être rédigé par lui et quelques docteurs, puis qu'on soumettrait cet écrit aux autres membres du tribunal ; en attendant, interdiction leur était faite de s'absenter de Rouen.
Il est certain qu'après avoir entendu l'héroïne, tous ceux qui n'étaient pas vendus à l'Angleterre lui avaient accordé leur sympathie. Quelques assesseurs donnèrent leur opinion, mais bien bas; l'un d'eux cependant ne put retenir sur ses lèvres le cri de sa conscience. Cet homme de caractère, incapable d'une bassesse, était Nicolas de Houppeville. maître es arts et bachelier en théologie. Avant le 9 janvier, tandis que l'évèque de Beauvais préparait encore en secret son œuvre infâme, Ilouppeville avait été convoqué à quelques conciliabules dans lesquels Cauchon. sous apparence de prendre avis, cherchait à discerner les âmes assez viles pour lui servir de complices.
Le lovai docteur ne cacha pas sa manière de voir. - D'après le droit, dit-il. ni le gouvernement anglais ni vous, Monseigneur, ne pouvez assumer la responsabilité de juger l'accusée, puisque vous êtes ses ennemis déclarés; d'ailleurs, en tant qu'évèque de Beauvais, il vous est interdit d'examiner une cause déjà tranchée à Poitiers par l'archevêque de Reims, votre métropolitain!
Le prélat fut. on le comprend, fort courroucé; mais, espérant que Nicolas de Ilouppeville ne répandrait pas de tels propos, il se contenta de le surveiller de très près. Plus tard même, il crut habile, soit pour augmenter l'autorité de la procédure, soit pour éprouver la discrétion de son contradicteur, de le convier à une des séances publiques; ce jour-là Ilouppeville ne put se rendre au château de Rouen; mais, sur
ces entrefaites, ayant rencontre le greffier Boisguillaume, il lui lit part des empêchements qu'il voyait au pouvoir judiciaire de Cauchon. Instruit de cette conversation. l'évêque indigné bannit publiquement de la séance suivante son audacieux adversaire. Dans sa colère il lit plus encore et cita Ilouppevillc à la barre de son tribunal. Le courageux assesseur v apporta cette déclaration : « Je ne suis pas un prêtre du diocèse de Beauvais, mais de l'archidiocèse de Rouen, je suis donc sujet de Pofficialité de cette ville et requiers d'y être convoqué pour y présenter ma défense. » Malgré cette mise en demeure, Fofficial de Rouen ne lança point de mandat de comparution. Nicolas de Houppeville ne se tint pas pour battu et vint aux bureaux de L'officialité réclamer une citation. C'en était trop. Des hommes d'armes anglais s'emparèrent de cet ecclésiastique et le conduisirent en prison. Là, il exigea qu'on lui dévoilât en vertu de quel mandat il était arrêté : « Par ordre de l'évêque de Beauvais », lui fut-il répondu. Les Anglais proférèrent de violentes menaces à son endroit, et un billet de Jean de la Fontaine apprit au prisonnier que Cauchon était très irrité contre lui. Bientôt une réunion tenue chez ce prélat décida du sort de Houppeville, qui devait être exilé en Angleterre ou tout au moins chassé de Rouen. Mais de puissants amis, parmi lesquels l'abbé de Fécamp, s'interposèrent, et le prêtre rouennais fut relaxé, sur la promesse, sans doute, de se taire à l'avenir.
Des faits de ce genre montraient à l'évêque de Beauvais de quelle circonspection il devait s'entourer dans une pareille cause.
Après six jours de délibération sur les réponses de Jeanne, de nouveaux interrogatoires furent décidés et confiés à maître Jean de la Fontaine. Cauchon, quand il prit cette détermination, n'avait autour de lui, outre le greffier Guillaume Manchon, que ses fidèles universitaires : Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Pierre Maurice, Thomas de Courcelles, et son espion attitré, Nicolas Loyseleur. C'était le vendredi 9 mars; le lendemain, le juge de la Pucelle se rendait à la prison même de sa victime. Il était accompagné de son commissaire délégué, Jean de la Fontaine, des professeurs Nicolas Midi et Gérard Feuillet; l'avocat Jean Fécard et l'huissier Massieu suivaient à titre de témoins. Comme les malfaiteurs, ces hommes craignaient la lumière. Ils allaient dans les ténèbres d'un cachot procéder à l'examen de l'accusée. On n'ignore pas de quelle liberté précaire jouissaient les assesseurs dans la salle des
Parements de la forteresse de Rouen, à la portée des lances anglaises Cette liberté.
on la restreint encore afin de préparer plus sûrement le crime qui va s'accomplir.
Ft la série des interrogatoires secrets commença. Je citerai en partie les comptes rendus qu'il a plu à cet étrange tribunal de nous transmettre.
Pierre Cauchon. — Jeanne, nous vous requérons de faire et prêter serment de dire la vérité sur ee qui vous sera demandé.
Jeanne. — Je vous promets de dire la vérité sur ce qui touchera votre procès, mais plus vous me contraindrez de jurer et plus je tarderai à parler.
Pierre Cauchon. — Maître Jean de la Fontaine, que nous avons délégué spécialement pour cela, va vous interroger.
Jean de la Fontaine. — Sous la foi du serment que vous avez fait, d'où étiez-vous partie quand vous vîntes pour la dernière fois à Compiègne ?
Jeanne. - De Crépy-en-Valois.
ji \n i.i la Fontaine. — Après votre arrivée à Compiègne, ètes-vous restée plusieurs jours avant de faire une sortie?
Jeanne. J'arrivai de très grand matin et j'entrai dans la ville sans que mes ennemis le
sussent, je le pense du moins, et ce jour même, vers le soir, je lis la sortie dans laquelle je tus prise.
Jean de la Fontaine. — Avez-vous fait cette sortie par l'ordre de votre Voix? Jeanne. — L'année dernière, étant sur les fossés de Melun, durant la semaine de Pâques, il me fut dit par mes Voix, c'est-à-dire par sainte Catherine et sainte Marguerite : « Tu sera prise avant la Saint-Jean, il le faut ainsi; ne t'en tourmente point; prends tout en gré, Dieu t'aidera. •»
Jean i>e la Fontaine. — Depuis Melun, vos Voix ne vous ont-elles pas dit que vous seriez prise ?
Jeanne. — Oui, plusieurs t'ois et presque chaque jour, lu je demandai à mes Voix de mourir aussitôt que je serais prise, sans souffrir longtemps en prison, et elles me dirent : « Prends tout en gré, il faut qu'il en soit ainsi. •>> Mais elles ne me dirent pas l'heure, et si je l'eusse sue, je n'y serais pas allée. J'avais plusieurs fois demandé de savoir l'heure, mais elles ne me la dirent point.
Jean de ea Fontaine. — Si vos Voix vous avaient commandé de faire cette sortie et signifié que vous seriez prise, l'auriez-vous fait ?
Jeanne. — Si j'avais su l'heure et que je dusse être prise, je n'y serais pas allée volontiers; toutefois, j'aurais enfin obéi à mes Voix, quoi qu'il dût m'arriver. Jean de la Fontaine. — N'avez-vous point un écu et des armes?
Jeanne. — Je n'en eus jamais; mais mon roi a donné à mes frères des armes, à savoir: un écu d'azur, deux tleurs de lis d'or et une épée au milieu. Et ces armes, je les ai décrites en celte ville à un peintre, parce qu'il m'avait demandé quelles armes j'avais. Le roi les a données à mes frères, pour leur faire plaisir, sans requête de ma part et sans révélation.
Jean de la Fontaine. — Aviez-vous, lorsque vous fûtes prise, un cheval, coursier ou haquenée ?
Jeanne. — J'étais à cheval; et celui sur lequel j'étais au moment où je fus prise était un demi-coursier.
Jean de la Fontaine. — Qui vous avait donné ce cheval ?
Jeanne. — Mon roi ou ses gens qui l'ont acheté avec l'argent du roi; j'avais cinq coursiers achetés avec l'argent du roi, sans compter mes trolliers, dont j'avais plus de sept. Jean de la Fontaine. — Le roi vous donna-t-il d'autre richesse que ces chevaux ? Jeanne. — Je ne demandais rien à mon roi, sinon de bonnes armes, de bons chevaux et de l'argent pour payer les gens de ma maison.
Jean de la Fontaine. — N'aviez-vous point de trésor?
ji \\\k. — Dix à douze mille écus vaillants n'est pas un grand trésor pour mener la guerre, c'est même peu de chose; je pense que mes frères les ont en leur possession : d'ailleurs, ce que j'ai, c'est le propre argent de mon roi.
Jk.vn de ea Funiaim:. (Juel signe eut votre roi, quand vous êtes venue à lui? Jeanne. — Ce signe est beau, honorable, digne de loi, le meilleur et le plus riche qui soit au monde.
Jean de la Fontaine. — Pourquoi ne voulez-vous pas dire et montrer ce signe, comme VOUS avez voulu avoir celui de Catherine de la Rochelle?
Jeanne. — S: le signe de Catherine eût été aussi bien montré devant de notables gens d'Eglise et autres, archevêques et èvèqucs, comme le mien l'a ètè devant l'archevêque de Reims et d'autres èvèqucs dont je ne sais le nom ni y avait là encore (maries de Bourbon, le sire de la Trèmoille, le duc d'Alençon et plusieurs autres chevaliers qui la virent et l'enlen-
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dirent aussi bien que moi je vous vois, vous qui me parlez aujourd'hui), je n'eusse pas demandé de connaître le signe de ladite Catherine. Ht toutefois je savais auparavant par sainte Catherine et sainte Marguerite que dans le fait de Catherine de la Rochelle tout était néant.
Jean de la Fontaine. — Ce signe dure-t-il encore?
Jeanne. — Il est bon de le savoir; il durera mille ans et plus. Mon signe est dans le trésor du roi.
Jean de la Fontaine. — Est-ce de l'or, de l'argent, une pierre précieuse ou une couronne ?
Jeanne. — Je ne vous en dirai pas plus. Personne d'ailleurs ne saurait décrire une chose aussi riche que ce signe; mais le signe qu'il vous faut, c'est que Dieu me délivre de vos mains, c'est le plus certain qu'il vous puisse envoyer.
Jean de la Fontaine. — Quand le signe vint à votre roi, quelle révérence y fites-vous? Vint-il de Dieu ?
Jeanne. — Je remerciai Notre-Seigneur de m'avoir délivrée de la peine que me faisaient les clercs de mon parti qui arguaient contre moi, et je m'agenouillai plusieurs fois. Ce fut un ange venu de la part de Dieu et non de la part d'un autre qui remit le signe à mon roi; bien des fois j'en remerciai Notre-Seigneur. Les clercs de mon parti cessèrent de discuter ma mission quand ils eurent connu ce signe.
Jean de la Fontaine. — Les gens d'Kglise de votre parti virent donc le signe?
Jeanne. — Quand mon roi et ceux qui étaient avec lui eurent vu ce signe et même l'ange qui le remit, je demandai au roi s'il était content ; il me répondit : <.<. Oui. » Alors je partis, et m'en allai dans une petite chapelle assez proche. J'ai entendu dire alors qu'après mon départ
plus de trois cents personnes ont vu ce signe Par amour pour moi et pour que l'on cessât
de m'interroger là-dessus, Dieu a voulu permettre que les hommes de mon parti qui ont vu ce signe le vissent en effet.
Jean de la Fontaine. — Votre roi et vous, ne fites-vous pas une révérence à l'ange quand il apporta le signe?
Jeanne. — Oui, je fis une révérence, je me mis à genoux et j'ùtai mon chaperon.
En transcrivant ce premier interrogatoire secret, je dois par un mot aux lecteurs leur en expliquer une question : « Quel signe eut votre roi quand vous êtes venue à lui? » Le vrai « signe du roi ». ce fut, on se souvient, la révélation des secrets touchant la légitimité de Charles VII et l'état précaire de son rovaume. Mettre ces secrets aux mains des Anglais eût constitué une trahison dont la Pucelle était tout à fait incapable. Mais le « signe du roi ». dans le langage de l'époque, indiquait aussi les nombreux miracles que Dieu avait opérés en faveur du monarque à l'occasion de la vierge guerrière.
C'était tout d'abord la venue de cette petite paysanne que le ciel avait douée de qualités miraculeuses et rendue capable de sauver sa patrie; puis l'apparition de saint Michel escorté d'un grand nombre d'esprits célestes envoyés pour convoquer l'enfant à sa mission sublime de Libératrice; c'était aussi la manifestation de cet ange qui. au milieu de tous les courtisans, désigna Charles VII à la Pucelle. Enfin, par le « signe du roi ». Jeanne faisait encore allusion à plusieurs prodiges qui avaient été accomplis pour convaincre le souverain de son rôle providentiel; de ceux-ci, nous savons l'existence sans en connaître le détail.
De plus, quand on interroge la jeune fille sur la « couronne du roi », elle interprète presque toujours cette formule dans son sens figuré afin de mieux cacher son secret.
et lorsqu'il s'agit de désigner la puissance royale, c'est la couronne qu'elle prend pour svmbole. Ses juges ne l'entendent pas ainsi; ils s'imaginent qu'il est question d'un diadème ayant reposé sur le front de Charles VII.
De cette façon, confondant à dessein ces expressions et les faits eux-mêmes. Jeanne pouvait sans [compromettre son souverain parler de l'intervention divine en faveur de la France. Elle en parlera donc, mais elle se maintiendra constamment dans le vague, afin d'égarer la curiosité de ses ennemis Ceux-ci, toujours à l'affût, tireront parti de cette attitude pour falsifier (les dires de la noble enfant, et prétendront découvrir des mensonges et des contradictions dans ses réponses. Voilà comment il faut expliquer les incidents dont le « signe du roi » fut le point de départ, et qui étonnent, déconcertent parfois, un spectateur trop superficiel du drame de Rouen.