‹ Histoire anatomique des inflammationsChapitre 10 sur 41 · II. I I · texte numérisé non relu

II. I I

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fondus avec les ramollissements proprement dits. Voici une observation dans laquelle on a parfaitement décrit les désordres inflammatoires chroniques que nous signalons.

Obs. CXLVIII. Une femme de soixante et un ans était sujette depuis cinq à six mois, à des étourdissements qui la forçaient quelquefois de s'arrêter dans les rues; elle n'avait cependant jamais perdu connaissance. Le 25 novembre , un élourdissenient la priva de connaissance pendant un certain temps; revenue à elle, elle se trouva privée de la vue de l'œil droit, et conserva dans la parole un embarras qui se dissipa graduellement. Vers la fin de décembre, elle resta paralysée du côté gauche après une nouvelle perte de connaissance. Dès-lors cette femme garda le lit, mangeant et buvant comme à son ordinaire, mais habituellement plongéedans l'assoupissement, etnemontrant pas beaucoup de suite dans ses idées; elle s'affaiblissait de jour en jour. Le 1 1 janvier 1 8 1 3 , elle entra à la maison de santé des hôpitaux dans l'état suivant : pouls peu fréquent, nulle douleur, appétit, ventre assez libre, tendance à l'assoupissement, hémiplégie du côté gauche, réponses lentes et peu suivies. ( Jul. eth. vésicat. nuq. ) Le i3, la malade était fort altérée ; constipation, pouls à cent pulsations ( tartre stibié, gr. iv ); plusieurs selles dans la journée. Les forces continuèrent à s'affaiblir,etle iyellepéritaprèsuneagoniecourtëet paisible. Le corps strié droit présentait , dans ses deux tiers antérieurs , une espèce d'érosion d'un pouce environ de surface, d'une demi -ligne d'épaisseur, qui depuis sa partie interne s'étendait jusqu'au lieu de sa réunion avec le corps calleux. Toute sa masse, excepté dans une ligne ou deux d'épaisseur, du côté du ventricule, était molle , grisâtre , avait entièrement perdu sa dispo-

sition en stries , et s'enlevait en ratissant avec le manche du scalpel, comme une espèce de pulpe. Tout autour de cette desorganisation, dans une étendue de cinq ou six lignes, la portion de l'hémisphère continue était légè* rement jaune, au moins aussi molle , et ne ressemblait plus à la substance médullaire dans son état d'intégrité. Le reste de la masse encéphalique était parfaitement sain, et d'une assez grande fermeté. On ne put trouver ni dans les nerfs optiques , ni dans leurs couches , rien qui expliquât la cécité de l'œil droit. Les ventricules latéraux contenaient un peu de sérosité. s

La désorganisation de la pulpe ramollie et infiltrée, la disparition de la disposition striée ou fibreuse, caractérisent les ramollissements inflammatoires chroniques, comme ceux qui doivent leur existence à l'inflammation aiguë. Il ne faut pas perdre de vue, dans l'observation que nous venons de rapporter, la teinte jaune de la partie cérébrale ramollie autour du foyer désorganisé par l'infiltration purulente; quant à l'érosion du corps strié, était-elle le résultat d'une désorganisation par ramollissement de la pulpe, ou d'une véritable ulcération? Les détails de l'ouverture du cadavre ne nous permettent pas de répondre à cette question.

io65. Les caractères anatomiques des phlegmasies chroniques du cerveau ne sont pas toujours aussi tranchés que dans les faits que nous avons rapportés; la couleur du tissu malade est souvent altérée par des épanchements et des infiltrations de sang qui surviennent dans ses mailles vers la fin de la vie. La sécrétion du pus est aussi, dans quelques cas, si considérable , que ce fluide se mêle à la pulpe cérébrale, au point que cette pulpe ne forme plus qu'un 1 Rochoux, Recherches sur l'Apoplexie , p. 175.

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liquide difïluent, grisâtre, qui ressemble à du^ pus épaissi. On ne peut réellement alors juger que la phlegmasie a été chronique, à la teinte jaune du tissu enflammé, que dans les parties qui environnent le foyer, lesquelles sont indurées ou ramollies. L'observation suivante donne une idée des variations que présentent, dans quelques cas, les désordres inflammatoires.

Obs. CXLIX. Madame ...., âgée de trente-six ans, avait toujours joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Elle se maria alors avec un doreur sur métaux, et vint habiter un petit appartement qui communiquait par deux portes avec l'atelier du doreur; sa santé s'altéra immédiatement; elle devint hystérique, cessa d'être bien réglée, et accoucha au bout de quinze mois d'un enfant mort. Peu après cette grossesse elle contracta la syphilis; le traitement ne fit qu'aggraver sa mauvaise santé; elle eut une céphalalgie habituelle pendant un an, et des vomissements fréquents. Quatre grossesses successives, ne produisirent que des enfants morts. C'est dix-sept mois après la dernière grossesse que nous la vîmes dans l'état suivant , où elle était arrivée après cinq mois de maladie progressivement croissante. Céphalalgie sus-orbitaire , yeux saillants, pupilles dilatées, mobiles, teint jaune, bouche amère, langue jaune à son milieu, un peu rouge à ses bords, faiblesse générale, aversion pour le mouvement. Il survenait presque tous les jours des accès qui commençaient par un frisson léger avec décomposition subite des traits du visage,, ris immodérés suivis de pleurs. Elle éprouvait aussi des étourdissements très fréquents, pendant lesquels la parole devenait gênée et quelquefois absolument impossible; l'articulation des mots res-

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tait toujours extrêmement gênée; l'amnésie était complète et le moral était très affecté; elle riait à chaque instant sans motif; le thorax percuté donnait un son mat à droite et en arrière; il y avait de la toux. La sensibilité était également conservée dans toutes les parties du corps; la langue, qui sortait facilement de la bouche, n'était point déviée ; le pouls était dur et accéléré , l'appétit était peu considérable depuis un mois, mais les digestions étaient faciles; le ventre était libre. (Inf. théiforme de mélisse, vésicatoire sur le côté gauche du thorax.) Les accès continuèrent à se renouveler tous les jours. Le 3o janvier, huit jours après notre première visite, l'accès se caractérisa par une mutilé complète, par des ris immodérés et par la roideurdu bras et de la jambe gauches; la, langue devint légèrement inclinée à doite. Les membres restèrent très faibles après l'accès; mais la langue reprit peu a peu sa rectitude. La vue s'était considérablement affaiblie depuis quelques jours. La poitrine était devenue complètement sonore ( un moxa fut appliqué à la nuque ) ; les accès manquèrent pendant seize jours; la parole fut moins gênée. Le 6 février, retour de l'accès, mais il était très faible etnes'accompagnait que d'une légère difficulté d'articuler. (Moxa derrière l'apophyse mastoïde droite.) Le bras et la jambe gauches récupérèrent leur force. Le 28 février, retour de l'accès qui laissa un affaiblissement extrême du bras et de \a jambe gau • ehes, que la malade traînait en marchant. La langue resta déviée à droite , la vue s'affaiblit considérablement. (Sangsues aux tempes et à la vulve; sinapismes aux mollets à l'heure des accès.) Les accidents ont été tantôt plus faibles, tantôt plus forts, mais ont persisté, sans amélioration soutenue, jusqu'au 1 5 mars, époque à laquelle les règles parurent abondamment,

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après deux applications de sangsues à la vulve. La langue s'était un peu redressée, mais les membres restaient affaiblis. Dans les premiers jours d'avril, elle donna des signes de démence pendant une grande partie de Ja journée, le reste du temps elle était assoupie. Le matin ses idées étaient fort nettes; elle se plaignait de céphalalgie et de pesanteur de tête; le pouls devint plus fréquent, et conserva de la dureté. Un traitement sudorifique fut tenté sans succès. Dans le courant de mai, la faiblesse augmenta, les membres gauches se paralysèrent complètement. Dans lesaccès, qui revenaient fréquemment, les membres droits se roidissaientspasinodiquement; la vue s'éteignit; le pouls était fréquent le soir; l'amaigrissement était considérable; la malade était dans un élat de démence habituelle; elle péril le il juin après un coma qui dura cinq à six jours.

L'ouverture du cadavre fut faite soixante-^ deux heures après la mort, au cimetière, après exhumation. L'arachnoïde de la base du cerveau était très épaissie , granuleuse , et couverte d'une couche puriforme; du pus était infiltré et disséminé par gouttelettes dans le tissu de la pie-mère. La protubérance annulaire était convertie en une bouillie blanche grisâtre, dans laquelle il n existait plus de traces d'organisation ; des gouttelettes de pus séreux étaient disséminées dans son tissu } et formaient de petits foyers', î hémisphère droit présentait , dans Vépaissçur de son lobe antérieur et de son lobe moyen, un vaste foyer ramolli d'un blanc jaunâtre, et rouge lie de vin dans quelques parties oit du sang était extravasé. A V extrémité postérieure de ce foyer, existait une collection d'environ une Guillerée à café d'un liquide séreux puriforme; les parois de ce foyer étaient ramollies et d'une couleur

jaunâtre; dans le corps strié, du côté gauche, se trouvait un léger ramollissement, couleur lie de vin , du volume d'une noisette, correspondant à une couche immédiatement superposée , et de l'épaisseur de trois lignes, rouge, très injectée, et augmentée de densité.— La pulpe cérébrale ramollie ne présentait aucune trace de disposition fibreuse ; celte disposition cessait subitement autour des foyers aux limites des ramollissements inflammatoires blancs, jaunes ou rouges. Cette même pulpe ramollie, examinée au microscope quelques heures après l'ouverture du cadavre , nous parut formée de globules de forme variée , généralement arrondis , réunis par une matière liquide d'une couleur jaunâtre; ces globules étaient confusément agglomérés; on ne reconnaissait aucune disposition fibreuse ou linéaire. Les plèvres présentaient, dans le côté gauche du thorax, des adhérences anciennes; la membrane villeuse du grand cul-de-sac de l'estomac était un peu rouge.

Nous avons trouvé dans ce fait les différents désordres qui caractérisent l'inflammation chronique de la pulpe cérébrale à divers degrés, réunis à ceux de l'inflammation aiguë intense; car les altérations du corps strié gauche provenaient d'une vive inflammation récente (1042), dont les symptômes avaient vraisemblablement été voilés par ceux de la maladie chronique si étendue.

3066. L'inflammation chronique de la moelle épinière se caractérise par les mêmes altérations que celle du cerveau. Lorsque la phlegmasie n'est pas d'une grande violence, le tissu médullaire s'injecte , augmente de densité , acquiert une couleur uniforme d'abord rougeâtre, qui devient rouge amarante et ensuite jaune. L'augmentation de densité se convertit

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en une véritable induration; le tissu de la moelle est alors friable , sans viscosité. Il paraît , d'après quelques faits , que l'augmentation de densité du tissu de la moelle épinière induré par l'inflammation chronique, est beaucoup plus grande que celle de la pulpe cérébrale dans les mêmes circonstances. v

Obs. CL. Pierre Lebrun , âgé de cinquante-neuf ans, était pris tous les jours, à des heures irrégulières, d'accès qui s'annonçaient par une douleur, avec bourdonnement dans l'oreilledroite. Après quelques minutes de durée de ce bruit, la bouche se portait à droite; il perdait la parole ; les bras et jambes se roidissaient fortement; tout attouchement sur quelque partie que ce fût du corps était alors douloureux. Pendant cet accès, cet homme conservait sa connaissance et entendait tout ce qui se disait autour de lui. A près environ deux heures de durée de ces accidents , il reprenait la parole et l'usage de ses membres, mais le bras et la jambe droite restaient presque complètement paralysés pendant une heure; ces membres étaient très affaiblis et fort amaigris depuis trois mois. Ces accidents, survenus progressivement , s'étaient de plus en plus rapprochés depuis deux ans. Le cornmémonuif ne révéla aucune circonstance digne de remarque, si ce n'est que le malade avait un frère aliéné, et avait été affecté de rhumatismes vagues et peu intenses. Depuis sa jeunesse , des antispasmodiques de toutes les sortes, des bains froids, des révulsifs ^sur le trajet de Tépine, des saignées avaient été opposés inutilement à celte maladie , tant en ville qu'à l'Hôtel-Dieu. Les accès furent quelquefois retardés , mais on ne put obtenir aucun soulagement soutenu ; le malade sortit de l'Hôtel-Dieu après trois mois de séjour. Il y revint deux mois après, avec une

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paralysie complète des membres droits, qui étaient presque atrophiés ; il se plaignait d'une roideur habituelle dans l'épine dorsale, et éprouvait, après le repas, de vives douleurs à l'épigastre ; il ne survenait plus d'accès. Il avait essayé en ville l'usage de la noix vomique, qui, disait-il, avait aggravé son état, et déterminé la douleur dorsale qu'il ressentait. La mort arriva subitement dix jours après , à la suite d'étourdissements et de vertiges qui se renouvelaient fréquemment depuis deux jours.

Ouverture du cadavre. Il s'écoula , à l'incision de la dure-mère, environ deux onces de sérosité jaunâtre qui était épanchée dans la cavité de l'arachnoïde. Les vaisseaux encéphaliques étaient généralement engorgés et pleins de sang; le^issu cérébral était assez dense, mais dans l'état physiologique. L'arachnoïde spinale était saine, excepté depuis la quatrième vertèbre cervicale, jusqu'à la deuxième dorsale, où eUe était laiteuse, un peu épaissie, et parsemée de granulations très fines et d'un blanc mat. La moelle épinière , dans toute l'étendue qui correspondait à l'affection de l'arachnoïde, était jaune, rougedtre aux limites de l'altération , et indurée au point que son tissu avait perdu sa viscosité, et était devenu friable sous les doigts-, cette altération ne pénétrait pas au-delà de la moitié longitudinale postérieure du cordon; mais dans la moitié antérieure, sur une moindre longueur, la moelle était ramollie , comme diffluente , présentant une pulpe jaune qui devenait rougeâtre en s' approchant des parties saines. Elle était grisâtre vis-à-vis le corps de la première vertèbre dorsale, où existait dans la pulpe ramollie, un foyer rempli d'un pus séreux , renfermé antérieurement dans une pseudo-membrane molle, peu consistante, présentant des filets capillaires assez rares,

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et postérieurement dans un tissu plus dense , plus induré que la partie postérieure de la moelle ; ce tissu était d'un jaune foncé, et présentait quelques stries irrégulières d'un rouge obscur. Une once de sérosité environ était épanchée dans la partie inférieure du canal vertébral , dont les vaisseaux étaient générale-

ment engorges.

Nous trouvons réunis dans le sujet de cette observation, tous les caractères anatomiques des inflammations chroniques de la moelle de l'épine : l'induration jaune devenant rougeâtre aux limites du siège de la maladie, le ramollissement jaune, l'infiltration purulente, la présence d'une collection de pus avec formation incomplète d'un kyste. Il faut remarquer aussi la coïncidence d'une arachnoïdite spinale chronique et d'une congestion vasculaire très prononcée; congestion qui su (lit pour rendre raison de la sécrétion séreuse qui s'était effectuée, ou plutôt qui avait persisté après la mort dans le canal vertébral. Le malade est mort comme apoplectique. Sa mort est expliquée par la congestion cérébrale que l'ouverture du cadavre a fait reconnaître.

1067. L'endurcissement peut être porté beaucoup plus loin dans le tissu de la moelle de l'épine. Bergamaschi, cité par M. Ollivier ', a trouvé cet organe d'une dureté extraordinaire, avec les artères spinales rougeâtrcs et très gorgées de sang. M. Portai a consigné, dans son Anatomie médicale % l'histoire de la maladie du marquis de Causans, à l'ouverture du cadavre duquel il trouva « la moelle épinière cervicale « très endurcie j ayant une consistance cartilagineuse; « les membranes qui la revêtenten cet endroit, étaient

* De la Moelle épinière et de ses mal. , p. 5^4 • 1 Tome IV, p. « 17.

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t< très rouges et très enflammées ». L'injection vasculaire de la moelle endurcie, dans l'observation de Bergamaschi , est une raison puissante pour faire considérer l'endurcissement comme le produit d'une phlegmasie. L'état de phlcgmasie des membranes sur le sujet ouvert par M. Portai, est un motif en faveur de la nature inflammatoire de la maladie de la moelle. Nous ne voudrions cependant pas affirmer que , dans ce dernier cas surtout, il y a eu réellement inflammation; car il n'est pas démontré que les membranes ne se sont pas enflammées consécutivement, elil n'est pas impossible que deux états morbides différents, tels que l'inflammation et l'induration idiopathique, existent dans des tissus conligus. Nous le croirions d'autant plus volontiers, que l'on possède des exemples d'endurcissement considérable de la moelle sans aucune injection vasculaire, soit de la substance médullaire, soit de ses enveloppes. M. OUivier, qui a fait aussi cette remarque , rapporte l'ouverture du cadavre d'une fille épileplique, dont la moelle épinière était si consistante, qu'il fut difficile de l'écraser entre les doigts en la pressant fortement. Il n'y avait aucune injection, soit de la moelle ainsi altérée, soit de ses membranes. On ne peut donc, dans l'état actuel de la science, mettre au rang des caractères de l'inflammation chronique de la moelle épinière, l'endurcissement porté au point u que. le tissu nerveux soit analogue pour sa « consistance j sa densité et son aspect, au blanc d'oeuf «durci par l'ébullilion (OUivier) », sans injection, vasculaire.

1068. Nous avons déjà vu, par notre dernière observation, que l'inflammation chronique de la moelle détermina, comme celle du cerveau, le ramollisse-

ment jaune et l'infiltration purulente. Voici un fait qui confirme encore cette remarque.

Obs. CLI. Marguerite, âgée de soixante-dix-neuf ans, entra à l'infirmerie avec les symptômes d'un catarrhe pulmonaire. Quelques jours après, elle commença à se plaindre dune céphalalgie violente occupant toute la tête , mais plus intense dans la région frontale. Toutes les fonctions volontaires ne présentaient aucun trouble; des boissons laxatives, quelques purgatifs n'apportèrent aucune modification dans l'ëtat de la malade, la céphalalgie persista avec des fourmillements dans le bras et la jambe gauches, dont les mouvements devinrent difficiles. La malade ne pouvait porter son bras à sa tête. Les mouvements du membre thoracîque droit ne tardèrent pas à s'engourdir aussi. La malade y ressentait aussi des fourmillements; la céphalalgie persistait. L'intelligence était assez obtuse, mais ne présentait aucun trouble récent, et son affaiblissement paraissait être l'effet graduel des progrès de 1 âge. Les phénomènes généraux n'augmentaient pas d'intensité, néanmoins la langue était couverte d'un enduit assez épais, brunâtre; l'abdomen un peu douloureux à la pression, la peau sèche; le pouls tumultueux, irrégulicr, sans beaucoup de dureté. Bientôt les phénomènes locaux firent de sensibles progrès; la paralysie la plus complète des membres des deux côtés se manifesta , et la malade mourut.

A l'ouverture du crâne, on vit une infiltration assez considérable de la méningine. Le cerveau ne présentait aucun ramollissement; sa consistance était médiocre; quelques rougeurs s'observaient dans différentes parties, particulièrement dans les corps striés. La moelle épinière, dans la partie supérieure de la ré-

gion cervicale , présentait un ramollissement qui s'étendait à presque toute son épaisseur , occupant une longueur d'un pouce et demi environ; la couleur de cette partie ramollie était jaunâtre; sa consistance était celle de la bouillie y aucune trace de V organisation primitive ne subsistait. '

Voilà bien la desorganisation jaune que nous avons reconnue dans le cerveau, comme caractérisant l'inflammation chronique de la pulpe.

106g. On a vu, par l'avant-dernière observation, que le ramollissement du tissu de la moelle épinière enflammée d'une manière chronique, n'est pas toujours jaune. Il est parfois grisâtre comme pultacé, et plus ou moins ramolli par une infiltration purulente. M. Janson a rapporté, en 1822, à la Société de médecine de Lyon, un exemple de celte altération observée sur une fille de treize ans, qui périt à la suite d'une gibbosité de la région dorsale inférieure. Deux vertèbres étaient cariées, la moelle était fort aplatie dans l'étendue de cinq pouces; ses membranes étaient phlogosées. Au bas de la région dorsale, la pulpe nerveuse était réduite en putrilage , et convertie en une matière pultacée. Il y avait une interruption complète de la moelle dans une étendue de quatre à cinq lignes.

1070. On trouve quelquefois le tissu du cerveau, ou de la moelle épinière, après une maladie ancienne, rouge, et même d'un rouge aussi foncé que dans l'inflammation aiguë. Si l'on examine comment a marché la maladie dans ces cas, on remarque que les symptômes ont pris, vers la fin de la vie, une intensité et un caractère d'acuité qui ne se voit pas dans l'état chronique. Nous considérons les cas de

1 Observ. de M. Foville , insérée dans l'ouvrage sur la Moelle épinière du doct. Ollivier, p. 329.

l'espèce desquels est le fait suivant , rapporté par M. Ollivier, comme des exemples d'inflammation aiguë entée sur une phlegmasie chronique de la pulpe nerveuse.

Obs. CLII. Prévost, âgé de soixante-quinze ans, tomba, en juillet 1821 , sur la partie gauche latérale et un peu postérieure du thorax. Depuis cette chute, il ressentait continuellement une douleur très vive qui augmentait dans les mouvements de la respiration, et qui l'empêchait de tousser et de se moucher. Dix mois après cet accident il survint, dans tout le membre inférieur du côté gauche, des démangeaisons excessives ; la douleur de côlé n'en persistait pas moins. Peu à peu ces démangeaisons devinrent moins vives et ne se firent sentir que par intervalles; elles disparurent complètement au bout d'un mois. A mesure qu'elles diminuaient le malade avait remarqué plus de difficulté dans les mouvements du membre. La paralysie remplaça le prurit. Le membre entier, du côlé droit, fut presque en même temps le siège de semblables accidents; l'abolition du mouvement succéda graduellement aussi à un prurit douloureux. Le 12 août 1822, le malade présentait les symptômes suivants : légère saillie vers le bas de la région dorsale ; abolition complète du mouvement dans les membres inférieurs, la sensibilité de la peau était très diminuée, surtout aux jambes; les gros intestins ne faisaient plus leurs fonctions depuis dix jours ; le besoin de la défécation se faisait sentir , mais les efforts répétés du malade pour le satisfaire étaient sans résultat. Depuis que la paralysie était complète , les membres étaient souvent agités par de légers mouvements convulsifs, qui affectaient plus particulièrement la jambe droite; il se plaignait aussi de violents maux

de tête. Un séton à la nuque fit disparaître la céphalalgie. L'extrait de noix vomique parut augmenter les mouvements convulsifs. La paralysie persista jusqu'à la mort, qui eut lieu le 3i août.

Ouverture du cadavre. La matière grise qui forme le noyau central des pédoncules du cervelet était jaunâtre et endurcie. Un liquide purulent était épanché entre les lames des vertèbres et la gaine méningienne de la moelle vis-à-vis la gibbosilé, et formait là une fausse membrane dans l'étendue d'un pouce. La moelle j au point correspondant y était entièrement désorganisée, on n'y retrouvait plus de matière grise centrale ,* elle était molle 7 diffluente y semblable à de la crème, de sorte que celte grande liquidité lui avait fait perdre la forme arrondie qu'elle présente ordinairement; elle était affaissée sur elle-même et comme aplatie. Immédiatement au-dessus et au-dessous de ce ramollissement , la substance médullaire offrait sa consistance naturelle ; mais elle était rouge et traversée par un grand nombre de vaisseaux capillaires injectés de sang : Cette injection et cette couleur rouge de la moelle étaient surtout très intenses au-dessous de la désorganisation. Ses enveloppes membraneuses étaient pâles; il n'y avait pas de sérosité dans leur cavité. — * Le cœur était hypertrophié, — L'iléon offrait un rétrécissement marqué près de son insertion aucoecumj le colon en présentait un également dans la région iliaque.

Indépendamment de la teinte rouge uniforme de la moelle enflammée , ce fait nous présente aussi un exemple de ramollissement par infiltration purulente, et d'induration jaune par inflammation chronique du cervelet.

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Névrites chroniques.

107 i. Les névrites chroniques n'ont point encore été bien observées. A peine si les auteurs ont rapporté quelques faits qui puissent faire entrevoir les altérations de tissu qui les caractérisent; il faut, ce nous semble , rapporter à une affection de cette espèce l'infiltration que Coulugno a trouvée dans le tissu du nerf ischiatique , après des douleurs anciennes dans le trajet de cet organe \ On doit aussi regarder comme appartenant à une inflammation chronique, le gonflement et Tinduration du nerf radial d'un jeune homme auquel on coupa le bras pour des douleurs violentes qu'il ressentait dans le trajet du nerf, et jusque dans les doigts, et qui étaient produites par le séjour entre les filaments de ce nerf, de débris d'une balle qu'il avait reçue au siège de Badajoz. Cette balle, qui avait pénétré dans le triceps brachial, avait rasé la partie interne de l'humérus, et passé obliquement le long du brachial antérieur pour aller se faire jour près du pli du bras. a

1072. Nous avons disséqué avec soin, pour étudier l'état anatomique des ulcères variqueux , la jambe d'un vieillard , mort d'apoplexie , qui portait une ulcération longitudinale occupant la moitié de la longueur du membre. Celte ulcération présentait sur ses bords, et dans son fond, de nombreuses veines variqueuses, lesquelles se distribuaient dans un tissu lardacé, dense, d'un gris rougeâtre, dans lequel étaient confondus , sans qu'on pût reconnaître leurs limites et leurs caractères distinctifs, les veines, le

1 De Ischiade nervosa. Viennœ, 1770, in-12.

2 On trouve cette observation dans un Mémoire de Denmark et Wardrop, traduit dans le tome I des Mélanges de Chirurgie étrangère. Genève, 1824.

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tissu fibreux et le tissu cellulaire inter-aréoiaire du derme , le tissu cellulaire sous-cutané, les fibres aponévroliques , et enfin le tissu fibreux du périoste gonflé et épaissi, adhérent au fond de l'ulcère. En disséquant la veine saphène, qui traversait les bords de l'ulcère, et qui était très variqueuse et fort épaissie, nous trouvâmes le nerf saphène au moins triplé de volume, présentant un tissu friable , dense, très injecté, et entrelacé d'une multitude de vaisseaux variqueux ; il semblait que le nombre des filets cutanés que fournit ce nerf fût fort augmenté, car il en envoyait un très grand nombre dans les bords et aux fongosités de l'ulcération ; ces filets, très épaissis, fort injectés, se confondaient avec les parois des veinules variqueuses, et avec le tissu induré des bords et du fond de l'ulcère, au point que celui-ci se rompait avec eux et ne pouvait en être isolé. En disséquant le tronc du nerf saphène , et quelques uns de ses filets , dans les points où ils étaient libres , on ne distinguait que difficilement les filets nerveux , à cause du grand nombre de petits vaisseaux sanguins entrelacés avec eux, et à cause de la facilité avec laquelle ces filets se rompaient quand on voulait les séparer longitudinalement. L'augmentation de densité et de volume, ainsi que l'injection des vaisseaux du nerf, allaient en diminuant en remontant vers son origine; ces altérations ne cessaient que sur le genou. La jambe où existait cet ulcère était très amaigrie.

Ce fait, rapproché du suivant, fera concevoir la nécessité d'examiner avec soin les nerfs dans les ulcères chroniques.

Obs. CLIII. Une femme âgée de quarante -trois ans , ayant des cicatrices scrophuleuses sur différentes parties du corps , entra à l'hôpital avec un large ul- II. 12

ih8 anatomie pathologique

cère fongueux à la partie inférieure et externe de la jambe. Cet ulcère avait été précédé par un écoulement de matières ichoreuses, et par des croûtes après la chute desquelles il commença aussitôt à s'agrandir; il existait depuis deux ou trois ans, et avait toujours occasionné des douleurs violentes. Il commença à présenter , quelques mois avant l'entrée de la malade à l'hôpital, un aspect fongueux; la matière qui s'en écoulait exhalait une odeur très fétide ; depuis celte époque , il occasionnait des souffrances cruelles ; la douleur se propageait jusqu'aux malléoles et au dos du pied, et augmentait de violence pendant la nuit. L'exacerbalion commençait lorsque la malade allait s'endormir, et elle ne pouvait le faire que pendant deux ou trois heures, vers le matin, quoiqu'elle prît tous les soirs une forte dose de laudanum. On avait essayé l'application des cscaroliques ; la seule chose qui ait produit un peu de soulagement avait été l'application de dix sangsues près de l'ulcère. L'appétit était mauvais, le pouls accéléré, l'amaigrissement excessif. On fit l'amputation au-dessus du genou ; quelques jours après la santé commença à s'améliorer, et la malade ne tarda pas à se rétablir.

A la dissection du membre amputé , on trouva le nerf poplité externe beaucoup plus volumineux à la partie inférieure qu'à la partie supérieure : on pouvait facilement le suivre jusqu'au voisinage du fongns. La branche cutanée qui s'unit à un rameau du tibial postérieur, et se distribue à la partie externe du pied, se confondait entièrement dans ce point, avec la partie postérieure de la masse morbide; elle était si volumineuse et si confuse qu'elle ne présentait plus l'aspect d'un nerf; au-delà du fongus, elle reprenait son aspect naturel. — Le nerf tibia! antérieur, parvenu

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près du siège du fongus, et pendant son trajet à iravers celte partie , était recouvert par une membrane résistante et très vasculaire ; plus bas il n'offrait rien de particulier. — Le nerf péronier présentait, près du fongus , à peu près la même disposition que le précédent; à la partie supérieure de cet encîrcil il donnait naissance à plusieurs branches, qui, par l'effet de l'irritation, avaient beaucoup augmenté de volume. Les autres rameaux de ce nerf qui se distribuaient aux parties voisines, ne présentaient pas ces altérations. — La peau de la plus grande partie de la jambe était très épaissie, surtout aux environs de l'ulcère : les os avaient augmenté de volume , mais ne paraissaient pas autrement affectés. — Les muscles étaient atrophiés et désorganisés , au point d'être à peine reconnaissables.

Le fongus offrait deux parties distinctes, la base et la portion spongieuse. La base paraissait formée par un plexus très serré de vaisseaux sanguins; elle recevait plusieurs brandies nerveuses, et adhérait aux nerfs adjacents; la partie spongieuse qui s'éîe-, vait sur cette base, était formée de filaments creux qui communiquaient fréquemment entre eux; souvent un grand nombre de ces prolongements paraissaient naître d'un seul point; leur structure était telle qu'en les insufflant avec un chalumeau, ils présentaient une apparence spongieuse. Les vaisseaux sanguins se portaient de la base Vers cette partie, et se distribuaient en grand nombre dans l'intérieur de ses cellules, qui paraissaient sécréter la matière de l'écoulement à la manière des follicules des membranes muqueuses. *

1 Archives génér. de Médec. , t. IV, p. 468 ; extrait de Observ. on some points relating to the anat. , physiol. , and pathol. , of the nervous System by M. G . Swan, London , 1822.

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Le fait que nous venons de rapporter est du plus grand intérêt; non seulement à cause des altérations des nerfs, mais aussi parce qu'il fait bien connaître la structure des fongosités que l'inflammation phagédénique fait, naître sur les ulcères. Nous ne devons point chercher ici à fixer la connexion des différentes altérations des nerfs, des vaisseaux et des tissus ulcérés.

1073. Le siège des altérations des nerfs dans l'épaisseur des bords, et dans les fongosités des ulcères chroniques ne laisse pas de doute sur la nature inflammatoire de ces altérations; elles ne diffèrent pas d'ailleurs de celles des tissus environnants, évidemment affectés d'une inflammation phagédénique chronique. On peut donc assigner pour caractères anatomiques aux névrites chroniques, i°. l'augmentation de densité des nerfs; 2". l'injection vascnlaire et l'épaississement de la gaîne névrilématique ; 3°. l'induration et la friabilité du cordon nerveux ; 4°- la dilatation de ses vaisseaux propres, avec l'infiltration et l'induration considérables du tissu cellulaire interposé entreses filets.

SECTION IV

Inflammations phagédéniques du tissu nerveux.

io^/J- Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs ( 35o, et sqq. ) sur la réalité des ulcérations cérébrales, présentées comme telles par les auteurs. On ne trouve dans les annales de l'art qu'un très petit nombre de faits qui réunissent tous les caractères de vraies solutions de continuité phagédéniques de la pulpe nerveuse. Les deux observations que nous avons déjà citées (36i), sont de cette espèce ; dans l'une , l'ulcération paraît avoir été limitée à l'arachnoïde, mais dans la seconde, elle a évidemment occupé le tissu cérébral, comme les dé-

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tails suivants, que nous croyons devoir copier encore ici, le démontrent : « A la partie là plus re~ u culée du lobe postérieur du cerveau , se trouvaient « deux petites ulcérations qui n'intéressaient que la « substance grise. L'ulcération inférieure avait la forme « d'un ovale allongé, d'une longueur de six lignes, \( ayant sa surface recouverte d'une soi~te de substance a pulpeuse, d'un gris foncé. L'ulcération supérieure, (c moins étendue, était de forme linéaire, d'une ligne « de largeur. La section des tissus faisait reconnaître « une injection sanguine d'autant plus prononcée que « Von approchait davantage de l'ulcération. Ce qui don- «■ nait à la substance grise une couleur lie de vin > »

Ulcères ovalaires, allongés, à fond grisâtre 5 recouverts d'une substance pulpeuse, intéressant la substance grise injectée, rougie et d'une couleur lie de vin comme dans les inflammations aiguës intenses (1042), tels ont été les caractères anatomiques de l'inflammation ulcérative qui, dans ce ca,s , a suivi une marche aiguë , car le malade est mort le quatrième jour de l'invasion des accidents cérébraux.

ioy5. La solution de continuité du corps strié, sur un sujet qui présentait une inflammation chronique de la pulpe, et dont nous avons rapporté l'histoire (1064), serait un exemple d'inflammation pbagédénique chronique, si l'on pouvait admettre qu'il y a eu réellement ulcération : dans trois observations rapportées par Morgagni (Epis. Anat. Méd., JI, art. o, , et XI, art. 2 et 4) sous le titre d'Ulcères du cerveau , il y a autant de raisons pour regarder les solutions de continuité comme des ramollissements inflammatoires superficiels du tissu cérébral, que comme de vrais ulcères.

Il ne nous paraît pas douteux, qu'il n'y ait eu réel-

l8l ANATOMIE PATHOLOGIQUE

lement phlegmasie phagédénique dans le sujet d'une observation rapportée par Stoll % à l'ouverture du cadavre duquel on trouva (( un petit ulcère du cervelet (( avec érosion de la pie mère, des deux côtés, à î'ori- « gine de la portion dure du nerf auditif. » Mais Stoll n'est entré dans aucun déiail sur les altérations de la pulpe cérébelleuse, autour et au-dessous de l'ulcère; il présente Li maladie comme chronique, parce que la malade souffrait de la tête depuis un an et demi. La mort arriva cependant après douze jours d'accidents cérébraux extrêmement intenses. Les méninges à l.i base du crâne, sur la tente du cervelet et sur l'origine du prolongement rachidicn présentaient les désordres des arachnoïditcs aiguës et suppurées.

1076. Nous avons signalé ce que laissent à désirer les faits recueillis par les écrivains les plus dignes de foi , afin de montrer combien celte partie de l'anatomie pathologique du cerveau est encore incomplète.

Nous ne connaissons aucun exemple d'ulcération de]n moelle épinière ni des nerfs.

, SECTION V

Inflammations gangreneuses du tissu nerveux.

1 077. Les premiers auteurs qui ont écrit sur l'anatomie pathologique, ont donné. le nom de sphacèles du cerveau, à des maladies qui n'étaient rien moins que des inflammations gangreneuses. Il paraît, par quelques passages de Bonet et de Morgagni, que l'on désignait parle mot spbacèle, toutes les désorganisations étendues des tissus, gangreneuses ou non, et que l'on appliquait ce nom aux ramollissements inflammatoires de la pulpe encéphalique; on a été d'autant plus

'Médec. Pn*t , t. III, p. 200.

porté à rapprocher ces dernières maladies des gangrènes, que lorsqu'elles sont étendues, et que l'on ouvre le cadavre, un peu de temps après la mort, la pulpe ramollie ou abcédée répand déjà une odeur putride ; cette odeur est même très prononcée dès avant la mort dans les phlegmasies cérébrales suppurées , consécutives à des fractures du crâne qui ont nécessité la pénétration de l'air dans le foyer, soit par l'enlèvement des esquilles, soit par l'application du trépan.

1078. Baiilie a distingué la gangrène du cerveau des ramollissements, il l'a vue une fois avec les caractères suivants : « La portion enflammée de la substance te cérébrale était devenue d'une couleur brune noirâtre « et n avait pas plus de consistance et de fermeté que la « poire la plus pourrie % » Il paraît y avoir aussi eu évidemment gangrène du cerveau, dans le cas suivant recueilli par Sauré. 2

Obs. CL1V. Une fille de vingt-deux ans se frappa contre un mur à la partie moyenne et supérieure de l'occipital ; elle n'éprouva pas d'accidents considérables et fut saignée par précaution. Pendant deux mois et demi, elle ne sentit d'autre incommodité qu'un peu de douleur au derrière de la tète. La fièvre survint avec une céphalalgie générale et des douleurs de basventre que des fomentations et une saignée firent disparaître en dix à douze jours; mais elles recommencèrent bientôt, et continuèrent jusqu'à la mort, qui arriva quatre mois après le coup.

A l'ouverture du cadavre on trouva les membranes du cerveau de couleur livide, dans une étendue de trois travers de doigt, sous laquelle « la substance du

1 Traité d'Anat. pathol. , p. 4^i , sect. XV. 3 Mém. de l'Acad. de Chir. , t. I, p. 325.

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u cerveau était fort noire, et gangrenée jusqu'à la pro- « fondeur de trois travers de doigt. »

107g. La couleur grisâtre ou noirâtre qui caractérise Ja gangrène du tissu du cerveau, est 1res évidente dans les portions de cet organe qui font saillie par des solutions de continuité du crâne, et qui se gangrènent par une sorte d'étranglement. Elle a été observée dans les cas de celle espèce par différents auteurs, el en particulier par Lambert de Marseille, qui a rapporté l'histoire d'un laquais dont il enleva à plusieurs fois, et qui s'arracha enfin lui-même avec l'appareil., une partie du cerveau gangrenée qui sortait par une perte de substance du crâne. En trépanant des animaux et en laissant sortir et s'étrangler par In plaie des portions du cerveau, on remarque tous les progrès de la gangrène. Le tissu nerveux devient d'abord d'un rouge brun; il présente bientôt une multitude de points grisâtres sur un fond rouge violâtre. Ces poinis se remarquent surtout sur la surface d'une coupe transversale. La parlie étranglée se convertit ensuite en une bouillie grise noirâtre extrêmement fétide, limitée dans le crâne par une zone rouge, jtrès augmentée de densité, fort injectée , et présentant des gouttelettes de sang épanchées dans son épaisseur.

1080. Les caractères anatomiques de ia gangrène du tissu cérébral , sont donc une teinte rouge-violelle , parsemée de points grisâtres pour le premier degré, et une teinte uniformément grise-noirâtre avec ramollissement considérable de la pulpe, qui exhale l'odeur ammoniacale des tissus gangrenés pour la gangrène confirmée. Aux limites du sphacèle, le tissu du cerveau présenté les caractères de l'inflammation aiguë violente.

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. î8$

ïo8i. L'inflammation gangreneuse des nerfs se présente encore plus rarement que celle du cerveau. L'observation suivante offre le seul exemple que nous connaissions de cette affection.

Obs. CLV. Un homme de cinquante-six ans était à l'Hôtel-Dieu depuis plusieurs mois, pour une carie de l'articulation coxo-fémorale gauche. Le 20 avril. 1817, ^ éprouva dans la cuisse une douleur tellement vive qu'elle lui arrachait des cris. Celte douleur avait son siège vers l'échancrure ischiatique; elle s'étendait à la partie postérieure de la cuisse, et se prolongeait le long du bord péronier de la jambe, jusqu'à la malléole externe; la moindre pression sur la région ischiatique , ou le plus léger mouvement de la cuisse exaspérait considérablement cette douleur, que le malade comparait à celle que produirait l'arrachement du membre; un moxa fut appliqué sans aucun soulagement sur le point le plus douloureux. Les douleurs qui existaient antérieurement autour du genou et dans l'articulation coxo-fémorale , n'éprouvèrent pas une augmentation marquée. La sciatique paraissait occuper seule toute la sensibilité du malade, les accidents augmentèrent successivement , et le malade succomba le 16 mai suivant. t

L'ouverture du cadavre fut faite trente-six heures après la mort. — Tous les muscles qui entouraient l'articulation coxo-fémorale étaient d'un brun ardoisé; cette couleur était d'autant plus foncée, que l'on se rapprochait davantage de l'articulation. Les muscles répandaient une odeur infecte , et étaient en partie putréfiés. Le ligament cotyloïdien , désorganisé dans plusieurs points, était également brunâtre et couvert de sanie purulente. La capsule articulaire présentait le même aspect dans une étendue de plus d'un pouce.

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La membrane synoviale et les cartilages qui revêtent la cavité cotyloïde et la tête du fémur, étaient détruits presque complètement; les surfaces osseuses étaient cariées et baignées parle pus sanieux et infect, qui infiltrait tout le pourtour de l'articulation et une portion des muscles voisins. — Le nerf sciatique, à sa sortie de l'écbancrure ischialique, était d'une couleur brunâtre, semblable à celle des muscles quientouraient l'articulation; à mesure que Ion s'éloignait de cette région, cette couleur était moins prononcée, et la teinte rouge devenait plus sensible; incisé dans toute l'étendue de cette altération, qui était de deux pouces et demi à trois pouces, le nerf parut rongea son intérieur : Sa densité était considérablement diminuée $ il exhalait une odeur semblable à celle des muscles et de V articulation. Le volume du nerf n'était point augmenté; cet organe ne présentait aucun changement de couleur et de densité dans sa portion inférieure. ■

L'inflammation gangreneuse du nerf a été caractérisée dans le fait que nous venons de rapporter, par la couleur brunâtre de cet organe, par la perte de sa densité et par l'odeur fétide qu'il exbalait. La rougeur du cordon nerveux aux limites de la gangrène, était la trace de la pblegmasie aiguë intense dont le malade souffrait depuis le 20 avril, et qui était devenue gangreneuse , soit par excès de violence, soit par une cause spécifique que nous ne pouvons déterminer.

1082. Nous avons plusieurs fuis produit le développement de pblegmons gangreneux violents suides animaux, par l'introduction au sein de leurs tissus de matières animales putréfiées; nous avons aussi produit trois fois des anthrax gangreneux, en introdui-

1 Martinet, Op. cit. Ob. X.

sant, soit sous la peau, soil dans les veines, du sang extrait à l'instant même d'animaux affectés de maladies gangreneuses. Dans aucun cas , la dissection des tissus gangrenés ne nous a fait reconnaître de gangrène des nerfs qui les traversent; ils restent ordinairement sains, et comme isolés par leur névrilème au milieu des parties environnantes désorganisées par l'inflammation gangreneuse (52), aussi long-temps qu'il ne s'est point encore formé d'eschare limitée. Quand les désordres sont arrivés à ce point, les nerfs compris dans l'eschare ne sont plus reconnaissables, mais ils sont à ses limites très gonflés, et fort infiltrés de sérosité et d'un rouge brunâtre. Tel était l'étal du nerf crural sur le cadavre d'une femme morte d'une hernie étranglée , qui avait déterminé le sphacèle d'une partie de la peau et des muscles de la partie antérieure et supérieure de la cuisse, et inférieure de l'abdomen et de la grande lèvre gauebe. L'artère cruraie et l'artère obturatrice, comprises dans l'eschare gangreneuse, étaient, au-dessus et au-dessous de l'eschare, oblitérées par une matière rongeâtre comme desséchée, friable, adhérente à leur tunique interne qui était dans l'état sain. Au milieu du tissu mortifié, elles se confondaient avec le tissu cellulaire, les muscles, la peau et le tissu aponévrotique, sans pouvoir en être distinguées. L'artère crurale et le nerf crural étaient divisés au-dessus de l'eschare par l'inflammation éliminatoire qui avait commencé à déterminer une suppuration de bonne nature; il n'était pas survenu d'hémorrbagie. L'épiploon et une petite anse de l'iléon avaient été compris dans cette hernie, qu'un pharmacien et un officier de santé avaient traitée par des cataplasmes maturatifs, la prenant pour un abcès. Les deux extrémités de l'iléon et l'épiploon n'étaient

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ni enflammées ni gangrenées , et adhéraient solidement au fond de la plaie gangrenée infundibuliforme qu'avait produite l'ouverture spontanée de l'abcès stercoral.

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