ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU TISSU MUSCULAIRE ENFLAMMÉ
SECTION I
Du tissu musculaire dans Vètat sain,
io83. Tous les organes formés de fibres contractiles sont des muscles. Les fibres musculaires sont réunies en fascicules prismatiques comme elles; l'assemblage des fascicules constitue les faisceaux musculaires. Les muscles sont enveloppés d'une gaine cellulaire plus ou moins dense , qui pénètre entre les faisceaux, dans les intervalles des fascicules et dans les interstices des fibres; en sorte que chaque fibrille contractile est enveloppée de tissu cellulaire très fin. Sur les membranes musculaires des viscères creux , la capsule cellulaire des muscles est remplacée par une couche très mince de tissu cellulaire, qui envoie des prolongements dans les interstices des fibres.
1084. Le tissu cellulaire interstitiel et capsulaire des muscles, contient des vésicules adipeuses qui ne se trouvent cependant qu'en très petit nombre entre les fascicules.
io85. La fibre musculaire a environ un trois-centième de ligne de diamètre; elle est formée de molécules semblables, et probablement identiques à celles du sang, agglutinées par un fluide visqueux et diaphane. Ces molécules sont plus ou moins pénétrées
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de la couleur du cruor, qui est d'une teinte vermeille chez les jeunes sujets, et rougeâtre, plus ou moins livide, sur les vieillards.
1086. Les muscles de la locomotion sont ceux qui présentent, au plus haut degré, les caractères que nous venons d'indiquer. Ceux des viscères offrent de notables différences entre eux , et se distinguent aussi de ceux de la locomotion. Les fibres du cœur sont plus serrées et plus colorées que toutes les autres parties musculaires profondes, et leur teinte est d'un rouge plus brun que celle des muscles extérieurs. Les fibres musculaires utérines sont d'une couleur jaune rougeâtre , et celles qui forment le plan musculaire des organes digestifs et de la vessie, sont d'un blanc grisâtre, qui se rapproche de la teinte pâle de la fibrine lavée. Les fibres des muscles extérieurs sont toujours parallèles; celles des viscères ont, même dans les couches séparées qu'elles forment, une disposition entrecroisée et quelquefois plexiforme.
1087. Les vaisseaux sanguins pénètrent dans les intervalles des faisceaux et des fascicules musculaires, en se ramifiant dans le tissu cellulaire, parallèlement à la direction des fibres, sur lesquelles ils donnent naissance à un grand nombre de capillaires transversaux anastomotiques.
1088. Les nerfs, qui se rendent aux muscles en très grand nombre , suivent la direction des artères , auxquelles un tissu cellulaire lâche les unit. Arrivés aux fascicules , les filets nerveux se divisent à angles droits, et pénètrent ainsi entre les fibres musculaires» MM. Prévost et Dumas , qui ont fait les premiers cette importante remarque , ont aussi reconnu que les petits angles flexueux que forment les fibres d'un muscle contracté, correspondent exactement par leur sommet
à la fibrille transversale excessivement déliée du nerf.
1089. Le tissn musculaire est mou, peu élastique, et assez facile à déchirer sur les cadavres. Il ne se brise pas d'une manière nette , comme un tissu très friable; il présente une rupture déchirée, hérissée. Pendant la vie, la fibre musculaire est élastique, d'une densité peu grande dans l'état de relâchement, mais très notable dans celui de contraction. Dans ce dernier état, les fibres résistant très fortement avant de se rompre.
1090. Desséché à l'air libre, le tissu musculaire est d'une couleur brunâtre pour les muscles naturellement très colorés, et d'une couleur jaunâtre pour ceux qui sont pales. La macération donne en quelques heures, à la fibre musculaire, un degré remarquable d'élasticité qui ne persiste pas long-temps ; car bientôt le muscle se gonfle, se ramollit, se décolore et prend en peu de jours une teinte blanche grisâtre. Celte teinte devient ensuite jaune-paille, si l'on expose à la dessiccation le tissu que l'on a ainsi fait macérer. Soumise à la décoction, la chair musculaire devient d'abord d'un rouge brunâtre, et ensuite d'un gris rougeâtre ; elle finit par se décolorer et par rester d'un gris pâle. Elle acquiert rapidement, par l'ébullition, une densité et une ténacité assez considérables, qu'elle perd aussi très vite en continuant la décoction. « L'alcohol, « les acides étendus, la solution de sublimé corrosif, « celle d'à Km , de sel commun , de nitrate de potasse, u augmentent la consistance du muscle, le contrac- (( lent légèrement, favorisent sa séparation en fibres, « et allèrent sa couleur de diverses manières. L'al- « cohol le pâlit; l'alun le brunit et le durcit beaucoup; « le nitrate de potasse et le sel commun le rougissent k un peu, et après Lavoir durci d'abord l'amollissent
« ensuite, surtout le premier, tout en retardant ce - « pendant sa décomposition. » ( Béclard. )
1091. Les infiltrations de sang dans les muscles, survenues après la mort dans les parties déclives des cadavres ; celles qui sont l'effet d'une congestion par obstacle au cours du sang, comme il arrive dans les muscles du coudes pendus ; enfin celles qui sont l'effet d'une congestion morbide bémorrhagique , comme on en remarque assez fréquemment aussi dans les muscles du cou des apoplectiques, changent la couleur naturelle de la fibre musculaire, qui devient d'un rouge ponceau ; cette teinte accidentelle disparaît par de simples lotions.
109^. Dans l'embryon, les muscles ne sont point encore distincts du tissu cellulaire. Au troisième mois de la conception, le cœur se contracte déjà ; cet organe est alors entouré d'un tissu cellulaire mou, gélatineux , presque sans consistance, qui enveloppe postérieurement une vésicule membraneuse d'une excessive ténuité, qui paraît être le premier rudiment du péricarde. Le tissu contractile du cœur, placé sous cette couche diaphane du tissu cellulaire muqueux, est d'un jaune un peu rougeâlre ; deux ou trois filets vasculaires rouges le traversent; il a une assez grande densité, mais on ne peut reconnaître en lui de fibre musculaire. Après le quatrième mois, le cœur est entièrement achevé, mais son tissu propre ne présente point encore, dans toutes ses parties, une structure musculaire parfaite; il est formé par un tissu homogène, d'un blanc un peu rougeâtre, d'une densité assez grande, traversé irrégulièrement par des fibres musculaires. Des vaisseaux assez nombreux traversent ce tissu, surtout dans les parties déjà converties en fibres musculaires.
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En disséquant les muscles du fœtus, du quatrième au cinquième mois , on remarque , comme dans le cœur, les fibres musculaires déjà formées , et d'un blanc rosé, traversant un tissu cellulaire condensé, homogène , élastique, n'offrant aucune disposition fibreuse.
1093. L'utérus n'acquiert la texture musculaire que dans l'état de gestation ; il paraît être formé dans l'état de vacuité d'un tissu fort analogue à celui qui précède immédiatement dans le fœtus le développement des fibres musculaires , il n'en diffère que par un plus haut degré de densité; du reste, il est aussi homogène, d'une couleur blanche grisâtre, d'une texture élastique , sans aucune disposition fibreuse. Le corps de l'utérus reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins qui deviennent cependant moins nombreux au col, où le tissu utérin est plus blanc et d'une dureté plus considérable.
SECTION IL Inflammations aiguës du tissu musculaire.
1094- Les caractères anatomiques des inflammations aiguës du tissu musculaire ne peuvent être déterminés d'une manière complète par les observalions sur l'homme. Les cas dans lesquels on a occasion de disséquer ces tissus enflammés sont rares; et l'on trouve si peu d'analogie entre les altérations reconnues par différents auteurs, qu'il serait impossible d'arriver à des conséquences générales si l'on n'avait recours aux expériences sur les animaux.
1090. Lorsque l'inflammation d'un muscle se développe, le tissu cellulaire qui se prolonge entre ses faisceaux et >*es fascicules, rougit;- ses vaisseaux s'in-
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jectent. La fibre musculaire ne paraît pas participer à cette teinte morbide, mais elle augmente évidemment de densité , et passe à un état de demi-contraction qui persiste tant que l'inflammation n'a pas produit d'autre altération que la rougeur plus ou moins vive du tissu cellulaire du muscle. L'irritation du nerf, qui se rend au muscle, n'augmente point cette contraction permanente incomplète, qui ne cesse point aussi par la section du nerf. Cette suspension de la contractilité volontaire , dans les muscles qui s'enflamment , est telle , que lorsque l'on a déterminé, soit par l'établissement d'un séton , soit par une irritation physique quelconque, l'inflammation du milieu d'un muscle long , les extrémités se contractent seules , tandis que la-partie enflammée reste immobile sous l'influence de l'irritation du nerf, même par le galvanisme.
ioq6. A mesure que la pblegmasie aiguë s'établit, le tissu cellulaire intersticiel injecté, s'infiltre de sérosité , s'épaissit , et augmente de densité , au point que chaque fascicule semble enveloppé par une couche d'un rouge obscur , uniforme , sur laquelle on remarque des stries et des points d'ttn rouge vermeiL Cette rougeur s'affaiblit à mesure que l'inflammation fait des progrès , et que le tissu intersticiel acquiert une plus grande épaisseur. Les fibres musculaires finissent par être comme emprisonnées et enveloppées dans cette couche. Ace degré, on ne peut plus apprécier la ténacité et la consistance des fibres musculaires, elles se sont décolorées, et elles se trouvent confondues dans le tissu cellulaire injecté et infiltré, qui les fait étroitement adhérer entre elles, et à la gaîne cellulaire du muscle aussi enflammée, au tissu cellulaire, et aux autres organes environnants qui particin. i3
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pent plus ou moins à la phlegmasie. On peut alors déchirer avec facilité le muscle enflammé dans tous les sens ; il présente au toucher une assez grande résistance, et il est notablement tuméfié.
1097. Si l'inflammation aiguë se développe avec une grande violence , les fibres musculaires et le tissu cellulaire qui les enveloppe, sont d'un rouge violet, ou uniforme , ou disposé par taches irrégulières. Le tissu musculaire est alors ramolli , flasque ; du sang est infiltré dans l'épaisseur du muscle , et en sort comme d'une éponge.
1098. La macération ne décolore pas le tissu musculaire enflammé; sa couleur rouge, plus ou moins intense, devient seulement d'un gris brunâtre, mais elle persiste jusqu'à la putréfaction de la fibre musculaire. Une pulpe d'un rouge briqueté, visqueuse, est alors infiltrée, et comme incorporée dans un parenchyme filandreux, grisâtre, peu consistant. L'action de l'eau chaude , sur le tissu des muscles enflammés, les ramollit , même avant l'ébullition , et leur donne une couleur rouge-brique. L'action d'une lessive de potasse légère ramollit en quelques heures les fibres musculaires enflammées même à un faible degré, au point de les rendre presque friables entre les doigts ; elle les rend déliquescentes, lorsqu'elles sont ramollies et comme malaxées avec un sang violâtre par une inflammation très intense.
1099. La suppuration s'effectue dans les muscles enflammés, de deux manières, selon que l'inflammation s'est développée avec une rapidité modérée , ou qu'elle sévit avec une grande violence.
Dans le premier cas, le tissu cellulaire, enflammé autour et dans l'épaisseur du muscle (1095) , perd sa densité dans quelques points , où il paraît comme mé-
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langé d'une matière gélatiniforme et séreuse, trouble, peu homogène. La fibre musculaire, déjà décolorée, devient d'un jaune pâle et se ramollit, au point que la pointe du scalpel la déchire avec une grande facilité ; elle finit par n'être plus apparente ; le muscle est alors converti en une masse de tissu d'un jaune rougeâtre, induré, assez homogène , élastique, se déchirant également en tous sens , et sans aucune disposition fibreuse; ce tissu devient d'un blanc gris, avec des stries rouges vermeilles. Des cellules irrégulières se creusent dans son sein ; il se ramollit autour de ces cellules, et y prend une couleur rouge grisâtre. Une sérosité trouble, purulence, et bientôt du véritable pus, se trouve épanché dans les foyers, qui se creusent ainsi au sein de l'organe , et infiltré autour de ces foyers dans le tissu ramolli. A cet état, le muscle ressemble à une masse de tissu cellulaire enflammée et suppurée ; la texture musculaire a disparu ; elle ne commence à être visible qu'aux limites de l'inflammation , où. les fascicules de fibres sont petits, décolorés, ramollis, et assez semblables pour l'aspect aux muscles du fœtus à terme.
Lorsque l'inflammation est très violente, et passe rapidement à la suppuration , comme il arrive quand on injecte un acide étendu dans l'épaisseur des muscles sur les animaux, le tissu cellulaire rouge et très pénétré de sang, s'infiltre de sérosité trouble sanguinolente, qui écarte les fibres musculaires, lesquelles sont alors d'un rouge grisâtre et très ramollies. Un fluide gélatiniforme, d'un jaune rougeâtre, se forme ensuite dans les intervalles des fascicules et dans les interstices des fibres. Ce fluide semble se fondre et se ramollir par points où il prend une couleur jaune verdâtre,* il se convertit bientôt en pus , qui se trouve alors
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infiltré et disposé par lignes dans l'épaisseur du muscle dont les fibres sont écartées, et en quelque sorte disséquées par la suppuration. Le tissu musculaire est très mou, friable, sans élasticité; il est, dans plusieurs points, rompu et comme macéré dans des abcès plus ou moins étendus, qui se sont creusés dans son sein.
i ioo. Les états très distincts que nous venons de signaler, dépendent uniquement du degré d'intensité de la pblegmasie , et surtout de sa persistance. Le premier, qui consiste évidemment dans une disparition de la fibre musculaire qui se trouve convertie en un tissu cellulaire dense, homogène, induré, se remarque particulièrement à l'extrémité des fragments des muscles rompus, et autour des fractures où l'inflammation envahit toutes les parties adjacentes. Quand la suppuration survient dans ce tissu ainsi modifié, le pus est d'abord distribué dans des cellules, qui finissent par se réunir et former des foyers; tandis que, dans l'inflammation violente qui détermine la formation du pus avant que le tissu musculaire soit modifié, c'est dans les interstices des fibres que le pus se trouve infiltré. Là les fibres n'ayant pas cessé d'exister, participent à la maladie; elles se ramollissent et se désorganisent.
1 1 o i . Le tissu des muscles altéré par l'inflammation modérée , surtout quand elle persiste un peu de temps sans déterminer la formation du pus, comme cela arrive autour des ruptures et des fractures, peut être comparé au tissu musculaire encore imparfait du fœtus et de l'organe utérin. C'est un tissu cellulaire injecté et très condensé, dans lequel la suppuration s'opère par cellules , de la même manière que dans le tissu enflammé de l'utérus à l'état de vacuité (i.n3).
Lorsque la résolution de la phlegmasie s'opère, la fibre musculaire se reproduit avec ses caractères; les fibres supérieures et inférieures s'allongent d'abord dans le tissu induré : elles y sont décolorées, et elles se montrent, par endroits, dans les points où ce tissu, déjà moins dense , se rapproche du tissu cellulaire sain. Plus lard les fascicules et les faisceaux fibreux sont déjà formés, que la fibre est encore d'un blanc rosé, et le tissu cellulaire , capsulaire et interstitiel , notablement augmenté d'épaisseur et de densité, et adhèrent étroitement aux fibres. Aucune contraction ne peut encore s'opérer, les fibres musculaires ne sont pas mobiles, et l'action nerveuse est encore nulle sur elles. Lors de la résolution de l'inflammation musculaire, les fibres ne se reproduisent jamais dans les points ou elles ont été désorganisées et rompues, soit par la cause vulnérante, soit par la formation des foyers; il se forme dans ces points un véritable cal cellulofibreux.
1102. Après que les inflammations aiguës des muscles sont terminées , on est ordinairement frappé de l'amaigrissement, non seulement du muscle, mais aussi de tout le membre. Cet amaigrissement, que la tuméfaction inflammatoire ne permet pas de voir avant la fin de l'inflammation, existe cependant dès son origine. Il dépend de la disparition complète et rapide de la graisse du tissu cellulaire qui enveloppe le muscle, et qui pénètre dans son épaisseur, et du tissu cellulaire des parties voisines jusqu'à une assez grande distance de l'inflammation.
no3. Les observations suivantes feront connaître les désordres que produit l'inflammation dans les muscles de la locomotion.
Obs. CLVI. Elisabeth, âgée de quarante-huit ans,
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blanchisseuse, fut apportée à l'Hôtel-Dieu de Paris; service du D. Petit, dans l'état suivant, où elle était depuis douze jours. Rhumatisme articulaire général occupant, avec plus de violence, l'articulation du poignet et celle du genou droits; les articulations enflammées étaient tuméfiées, et on sentait une fluctuation évidente dans les genoux; la fièvre était intense, la langue rouge, la face enluminée et les yeux fort injectés. La malade fut saignée, à son arrivée, par le chirurgien de garde; dans la nuit, elle eut du délire. Le lendemain, elle se plaignait d'une forte céphalalgie. Le regard était fixe et comme hébété, la saignée fut réitérée, et des sangsues furent appliquées sur les genoux. Les accidents allèrent en diminuant, au point que le vingtième jour la malade avait recouvré l'intégrité de .ses mouvements : elle n'avait plus de fièvre, et ne se plaignait que de faiblesse. Le vingt-quatrième jour, elle commença à tousser, et elle ressentit quelques douleurs lombaires. Le vingt-cinquième, la toux était plus fréquente, et la douleur lombaire était très vive; quinze sangsues furent appliquées sur les lombes, et la malade prit douze grains de poudre de Dover. Le vingt-septième, les crachats étaient rouilles, la toux était fréquente et pénible; le genou droit était devenu de nouveau douloureux. Un vésicatoire fut appliqué entre les épaules. Le vingtneuvième jour, douleur vive dans tou te la cuisse d roite, fièvre intense, symptômes péripneumoniques un peu diminués. Le trente-deuxième jour, toute la cuisse droite était tuméfiée et immobile , le ventre était tendu et douloureux à la pression. La malade éprouvait , au moindre mouvement dans son lit et par les secousses de toux, une douleur intolérable dans le bassin, dans les lombes et dans le membre droit. Le genou était
très gonflé : on y sentait de la fluctuation. La toux était fréquente et très pénible, la respiration gênée, le pouls inégal, intermittent, donnant cent quinze à cent vingt pulsations par minute. Des sangsues furent appliquées sur la cuisse et autour du genou droit; on réitéra l'application des vésicatoires sur le thorax. Les accidents ne diminuèrent pas d'intensité, et la malade succomba le trente-cinquième jour.
Ouverture du cadavre* Le muscle psoas droit était d'une couleur rouge lie de vin , infiltré de sang noir , mou , facile à déchirer , et présentant entre ses fibres , des fusées de pus qui se jaunissaient en un foyer assez considérable dans le tissu cellulaire adjacent. L'articulation coxo-fémorale était remplie de pus. La synoviale devenue rugueuse, était rosée et tapissée d'une couche pseudo-membraneuse. Le ligament rond , et la capsule fibreuse étaient exempts d'altération. Vers la partie moyenne de la cuisse , le muscle droit antérieur était très ramolli, de couleur lie de vin. Il recelait dans son milieu un foyer qui contenait environ une cuillerée de pus sanguinolent. Une couche de pus gélatiniforme épaisse, était étendue sur toute la face postérieure de ce muscle. La face antérieure du triceps dans toute son étendue et dans ses trois faisceaux était très rouge , ramollie , et offrait une infiltration de pus entre ses fibres. Cette infiltration ne s'étendait pas profondément; dans les couches voisines du fémur, le triceps était sain. Les aponévroses d'insertion du muscle droit antérieur étaient saines, mais il Jetait formé au-dessous d'elles à la naissance des fibres , de petits foyers de pus disséminé par gouttelettes, dans un tissu d'un jaune rougeâtre induré , et comme spongieux , sans disposition fibreuse. C'est surtout inférieurement que ces altérations étaient évidentes, Une infiltration séreuse très
considérable occupait tout le tissu cellulaire de l'articulation du genou : la synoviale était saine; cependant il se trouvait dans l'articulation une plus grande quantité que d'ordinaire de synovie un peu trouble. — Le poumon droit, dans presque toute son étendue, était à l'état d'infiltration purulente.
Nous avons recueilli cette observation avec le docteur Jacquet, qui nous a communiqué les détails de la maladie.
On voit par la marche des accidents que l'inflammation des muscles cruraux n'a commencé que six à sept jours avant la mort, à peu près en même temps que celle du muscle psoas. Les désordres inflammatoires étaient ceux des phlegmasies aiguës violentes; ils se sont trouvés réunis à des altérations également inflammatoires, mais qui nous paraissent avoir été un peu moins récentes, et le résultat d'une phlegmasie plus modérée : nous voulons parler de l'infiltration purulente, qui se trouvait sous les aponévroses d'insertion , à la naissance des fibres musculaires. On a donc trouvé réunis dans le sujet de cette observation les différents désordres, que nous avons signalés comme caractéristiques des phlegmasies aiguës des muscles.
i lo/j- Le pus disséminé entre les fibres musculaires dans l'inflammation aiguë violente, ne se réunit pas aussi facilement en foyer, que celui qui se forme sous la capsule cellulaire du muscle et dans les intervalles des faisceaux, aussi se trouve-t-il disséminé par fusées entre les fibres musculaires qui communiquent souvent avec des foyers plus ou moins étendus. M. Chomel a rencontré sur le cadavre d'un homme mort de maladie aiguë, beaucoup de pus dans le corps même des muscles radiaux, et du muscle demi- tendineux de la cuisse. Le même praticien a
aussi trouvé sur un sujet mort d'hydrothorax, et qui avait présenté des symptômes de rhumatisme, des foyers purulents entre plusieurs muscles, depuis l'aîne jusqu'au genou ; l'intérieur de J'articulation contenait aussi beaucoup de pus moins épais; il y avait communication entre la cavité articulaire et les abcès de la cuisse. x
i io5. On connaît maintenant tin assez grand nombre d'exemples de glossiles aiguës. Cependant on n'a point encore eu occasion de disséquer l'organe enflammé. Le caractère anatomique, le plus tranché de cette phlegmasie, et celui sur lequel tous les auteurs ont Je plus insisté, c'est le gonflement extrême de la langue, qui ne peut plus être contenue dans la bouche, et pend entre les mâchoires : Ex sanguinis plenitudine , interdum ex phlegmonis abundantia : ita excrescit lingua } ut prodigii more ingens ex ore excidat a. Cette tuméfaction extrême est particulièrement l'effet de la congestion vasculaire que l'inflammation détermine. C'est ainsi que dans les congestions sanguines qui se font avec violence vers la tête, chez les apoplectiques, on voit quelquefois la langue se gonfler et se tuméfier au point de remplir la cavité buccale.
Les expériences sur les animaux , nous ont fait reconnaître que l'inflammation déterminait dans le tissu musculaire de la langue, toutes les altérations inflammatoires que nous avons attribuées aux phlegmasies violentes. Sur cinq cas de glossite recueillis par P. Franck, il en est un dans lequel ce praticien a vu se former un abcès dans l'épaisseur de l'organe enflammé; le malade était sur le point de suffoquer, et on allait pratiquer la laryngotomie, quand l'abcès
• Diction, des Sciences méd. , t. XXIV, p. 571.
2 Alexander Benedictus , de curand. Morb. , Lib. V, cap. 2.
situé à la base de la langue, s'ouvrit spontanément1. On lit dans le journal de G. M. Burrows, et A. T. Thomson 3 , l'histoire d'un jeune homme qui éprouva de la douleur et du gonflement dans le côté droit de la langue ; on y reconnut une fluctuation évidente qui détermina à y plonger une lancette ; du pus bien formé s'écoula par la plaie. Cet abcès ne s'étendait pas au-delà de la ligne médiane de la langue. Peu après-sa guérison complète, il s'en forma dans le côté gauche de cet organe un second , qui fut également ouvert , et qui guérit aussi facilement.
1 106. L'inflammation du tissu du cœur a été observée plusieurs fois, en même temps que celle du péricarde. Cette coïncidence a fait croire à Laennec que les auteurs avaient confondu , comme l'a réellement fait Corvisart, les péricardites dans lesquelles le tissu du cœur est infiltré et décoloré, avec de véritalable cardites; aussi ce savant exigeait-il y pour admettre la réalité d'une cardite que l'on eût trouvé les produits de l'inflammation entre les fibres du cœur, et dans l'épaisseur de son tissu.
1107. L'inflammation du cœur sans coïncidence de péricardite a été vue parBaillie. 3
1108. On trouve dans les auteurs un assez grand nombre d'exemples d'abcès dans l'épaisseur du cœur; Benivenius, Forestus, Fontanus, Bonet , ont rapporté des observations de ce genre. Barrerus, cité par Corvisart, trouva sur le cadavre d'un jeune homme de dix-neuf ans, un abcès de plus d'un pouce de longueur vers la pointe du ventricule droit du cœur. Laennec a aussi rencontré un abcès dans les parois
1 Interpretation.es clinicœ , p . 1 3 1 .
7 The London médical Repository. February i8t6, t. V Atiat. patholog. , traduct. , p- 19.
DU TISSU MUSCULAIRE ENFLAMME. 3o3
du ventricule gauche du cœur d'un enfant d'environ douze ans qui était aussi affecté de péricardite. l
1109. Les cardiles terminées par suppuration, dont nous venons de parler, paraissent n'avoir affecté que partiellement l'organe central de la circulation; mais Meckei a consigné, dans lès Mémoires de l'Académie de Berlin , un exemple d'inflammation aiguë de tout le tissu du cœur, sur la nature duquel, de l'aveu de Laennec, on ne peut élever de doute. Il s'agit d'un homme de cinquante ans, dans le péricarde duquel Meckei trouva une grande quantité de pus , et un enduit purulent qui recouvrait le cœur. Sous cette couche purulente , on apercevait en quelques endroits les fascicules musculeux qui se présentaient à nu, car la suppuration avait détruit la tunique séreuse péricardiaque. La substance du cœur était raboteuse et inégale ; le pus adhérait extérieurement aux fibres musculaires , et était infiltré dans le tissu cellulaire enflammé, jusque dans les interstices des fibres musculaires. Ces interstices étaient blanches et très apparentes , par suite de la présence du pus \ les oreillettes étaient enduites d'une couche très épaisse de pus ; leur tissu , dont les vaisseaux étaient enflammés, était d'un rouge très vif , surtout pour l'oreillette droite, qui était considérahlement dilatée ; la gauche était plus pâle et flasque.
On voit que cette observation se rapproche rigoureusement de celles que nous avons rapportées sur l'inflammation des muscles extérieurs, pour les caractères anatomiques de la phlegmasie : infiltration purulente in tersticielle ; fibres musculaires comme disséquées; tissu rouge, rugueux et inégal, etc.
' De l'Auscultation médiate, t. II, p. 5oa.
204 ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE
1 1 10. L'inflammation de la tunique musculaire du tube digestif n'est pas très commune. Le plus ordinairement, dans les gastro-entérites, la phlegmasie ne dépasse pas l'épaisseur de la tunique villeuse intestinale; quelquefois cependant elle se propage à la tunique musculeuse, qui rougit, s'épaissit, se contracte, et produit un resserrement considérable du tube digestif. La musculeuse intestinale enflammée est fort épaissie et très pénétrée de sang; sa couleur, qui varie du rouge vermeil au violet foncé , se remarque au travers du péritoine et de la villeuse digestive.
La couche musculeuse des intestins est quelquefois enflammée sur les cadavres de sujets qui ont succombé à la colique métallique , quand la maladie s'est prolongée pendant quelques semaines. Nous avons assisté à l'ouverture du cadavre d'un ouvrier broyeur de couleurs , qui avait succombé à cette maladie et aux évacuations sanguines pratiquées pour la guérir; à l'ouverture de l'abdomen, tout le colon, extrêmement rétracté, parut d'un rouge violâtre uniforme, et parsemé de taches noires et de marbrures grisâtres irrégulières. Le colon incisé , on fut frappé de la pâleur de la villeuse, qui ne présentait que quelques lâches légèrement rosées, et des rides longitudinales nombreuses. La musculeuse était seule enflammée, d'un rouge violâtre et fort épaissie; les taches noires étaient produites par des ecchymoses , et de petits épanchements de sang, dans l'épaisseur de la musculeuse et sous le péritoine. Les marbrures grisâtres correspondaient à l'infiltration d'un fluide puriforme et coagulable , qui pénétrait toute l'épaisseur des fibres musculaires. Ces fibres étaient dans ces points, singulièrement ramollies, d'une couleur grisâtre, et faciles à
DU TISSU MUSCULAIRE ENFLAMME. 2o5
rompre et à convertir, par la pression entre les doigts , en une sorte de pulpe friable, d'un jaune grisâtre.
1 1 1 j . L'inflammation aiguë de la tunique musculeuse de la vessie se caractérise par une contraction de ce viscère, par un épaississement considérable de ses parois, et par une infiltration purulente, ou même des abcès dans la tunique musculaire, devenue d'un rouge foncé et fort injectée. Sur un malade qui portait un calcul, et qui s'était refusé à l'opération, nous avons vu la tunique interne ulcérée, et d'un rouge brun; lamusculeuse avait plus d'un demi-pouce d'épaisseur, et contenait deux abcès du volume d'une petite noix chacun ; son tissu était très fragile et très pénétré de sang par endroits. Sur le cadavre d'un homme , mort le sixième jour d'une diarrhée, avec fièvre, douleur liypogastrique, etc. , M. Velpeau a trouvé la vessie réduite au volume du poing , et cachée derrière le pubis; elle était dure et élastique ; ses parois avaient plus d'un pouce d'épaisseur; la surface de la coupe transversale, que l'on y pratiqua, était d'un rouge très vif, et laissait voir du pus épanché entre les fibres charnues. La muqueuse était saine; mais le péritoine et le tissu cellulaire extérieur à la vessie, étaient pleins de pus infiltré. "
ii 12. Nous ignorons quels désordres produit l'inflammation sur le tissu utérin pendant la grossesse. La structure , alors complètement musculeuse de la matrice, doit influer sur les caractères anatomiques de ses phlegmasies aiguës.
ni3. La texture celluleuse dense de la matrice, dans l'état de vacuité , rapproche , comme on l'a vu (1093), le tissu de cet organe de celui des muscles
'Archives génér. de Médec. Août 1826.
20Ô ANATOM1E PATHOLOGIQUE
encore imparfaits du fœtus, et de la structure des muscles altérés par certaines inflammations aiguës. On va voir par le fait suivant que l'inflammation de la matrice détermine les mêmes désordres que nous avons reconnus dans les muscles altérés par une inflammation aiguë modérée.
Obs. CLVII. Une jeune femme fut amenée dans les salles de clinique du professeur Recamier , avec lès symptômes d'une métrite et d'une pneumonie. Elle périt le dix-neuvième jour après l'accouchement ; nous assistâmes à l'ouverture de son cadavre le 8 mai
Le corps était d'un embonpoint assez considérable ; les seins étaient très volumineux. L'utérus était gonflé, et s'élevait presque jusqu'à l'ombilic. Le péritoine, qui tapisse ce viscère, était légèrement enflammé ; incisée longitudinalement , la matrice présentait dans ses parois une épaisseur de douze à quinze lignes. La surface interne de sa cavité était très rugueuse , et comme mamelonnée, d'une couleur rouge violâtre. Le tissu utérin était injecté, et d'un blanc rosé, présentant des marbrures rouges foncées. Au tond de la matrice , près l'insertion des trompes , il devenait d'un rouge plus foncé y et il contenait, dans son épaisseur, des loges nombreuses remplies d'un pus jaune verdâtre qui sortait par gouttelettes sur les bords de l'incision transversale , en sorte que le tissu utérin enflammé et suppuré, était multiloculaire ; il s'écoulait peu de sang quand on l'incisait. Une des trompes avait acquis le volume d'une plume de cigne, et présentait extérieurement une teinte rouge un peu livide. Incisée longitudinalement, elle parut métamorphosée en un tissu spongieux y dense, rouge vermeil, d'une texture comme charnue. Une ligne de pus indiquait le canal
central de la trompe; les ovaires étaient sains.- — Les poumons étaient enflammés.
La disposition multiloculaire du tissu utérin suppuré, est constante dans toutes les inflammations de la matrice. M. Recamier l'avait d'avance indiquée aux élèves de la clinique; elle résulte de la texture véritablement cellulaire de l'utérus. L'ovaire , qui est aussi un organe cellulaire, offre, quand il est enflamme, les mêmes altérations; on en a vu un exemple dans l'observation CI. ( 863. )
ii izj- L'inflammation du tissu utérin occupe rarement toute l'étendue de la matrice. C'est plus particulièrement le fond et la partie postérieure de l'organe qui en sont affectés. Cette phlegmasie coïncide presque toujours aussi avec celle du péritoine qui revêt l'utérus, et elle survient le plus ordinairement peu de temps après l'accouchement; cependant il est impossible, dans ces cas, de reconnaître aucune trace de disposition fibreuse. Nous avons plusieurs fois cherché en vain des restes des fibres musculaires , si évidentes pendant la gestation.
Il n'y a presque aucun changement sous le rapport de la densité, entre le tissu utérin sain et le même tissu affecté de phlegmasie modérée. La partie de la matrice infiltrée de pus chez le sujet de la dernière observation , se déchirait un peu plus aisément que celle qui était restée saine; cependant elle avait à peu près la même densité.
11 15. La disposition multiloculaire du tissu de la matrice suppuré a été reconnue par Clarke ', quil'avait attribuée à une suppuration des veines utérines. Nous avons manifestement vu que ces veines rampaient au
1 Essais de Médec. , p. 70.
2o8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE
travers du tissu enflammé , et qu'elles étaient gor gées de sang; les loges, remplies de pus, n'étaient point dans les cavités de ces vaisseaux, mais bien dans le tissu propre de l'organe.
1 1 16. Le dégagement fréquent de gaz par la vulve, dans les métrites intenses, démontre que le tissu utérin enflammé sécrète des gaz. Il se fait souvent aussi un écoulement de mucosités diaphanes assez liquides, qui deviennent jaunâtres, et même un peu verdâtres au déclin de la maladie. On trouve de ces liquides épanchés dans l'utérus enflammé , à l'ouverture des cadavres.
SECTION III
Inflammations chroniques du tissu musculaire.
il 17. La tunique musculaire digestive autour des inflammations chroniques phagédéniques , qui la pénètrent, et sous les plaques indurées de l'entérite chronique, est d'un gris-brun ou ardoisé, et adhérente à la tunique villeuse au point d'en être inséparable. Son tissu est homogène, induré, friable; il ne présente plus aucune disposition fibreuse. Quand on le soumet à la macération, ce tissu musculaire se gonfle, se ramollit, et se putréfie aussi promptement que la tunique villeuse. Il se convertit en un deliquium d'un blanc grisâtre et très visqueux.
1 1 18. Nous n'avons jamais disséqué de muscle affecté de phlegmasie chronique, et nous ne connaissons pas d'exemple de cette maladie dans les muscles profonds et dans les viscères musculeux , la matrice exceptée.
11 19. On a lu dans le (J. 863, une observation dans laquelle l'utérus, dans une partie de son éten-
due, a été trouvé affecte d'inflammation chronique. « Son tissu était rouge grisâtre, homogène, très dense « et très serré. » La phlegmasie n'occupait, comme cela est le plus ordinaire, qu'une partie de l'organe utérin; mais c'est le fond qui était enflammé, tandis que c'est plus fréquemment le col qui est le siège des phlegmasies chroniques. On trouve assez souvent des exemples de ces maladies sur les vieilles femmes qui ont été obligées de soutenir l'utérus avec des pessaires.
1120. On voit cependant des inflammations chroniques qui affectent toute la matrice; nous rapporterons, en parlant des gangrènes du cœur (n33), l'histoire d'une femme qui portait, depuis trois ans, une métrite chronique. L'utérus était doublé de volume, son tissu était d'un rouge livide, induré dans le corps de l'organe, et tout-à-fait dur à son col. Les parois de la cavité utérine étaient d'un rouge foncé, et molles au toucher. L'inflammation chronique occupait aussi les trompes qui étaient d'une couleur foncée, et dont le tissu se brisait facilement.
il 21. Les caractères anatomiques de la métrite chronique, sont donc une tuméfaction et une augmentation de densité du tissu utérin , qui a perdu son élasticité et sa ténacité. Le parenchyme de la matrice est moins serré que dans l'état sain , quoiqu'il soit plus dense au toucher. Une sérosité jaunâtre ou rougeâtre visqueuse est souvent infiltrée , et comme incorporée dans son épaisseur. Il est d'une teinte rougeâtre obscure, ou violâtre et livide, ou d'un rouge grisâtre ardoisé ; ses vaisseaux sont augmentés de volume et engorgés. En brisant le tissu utérin, ainsi altéré, on voit une cassure comme granuleuse, et l'on remarque quelquefois des cellules multiloculaires remplies d'une n, 14
sérosité trouble , plus ou moins puriforme. Une pareille sérosité, qui devient quelquefois rougeâtre et même sanguinolente, et qui parfois se mélange avec du sang pur, s'écoule habituellement par la vulve; c'est ordinairement à une métrite chronique qu'il faut attribuer ces métrorrhagies si fréquentes et souvent continuelles de quelques femmes.
il 22. Nous avons remarqué chez des femmes affectées de métrites chroniques, qu'il se faisait des exhalations de gaz par la vulve, quand les douleurs devenaient subitement violentes, et lorsqu'il se déclarait des symptômes aigus intenses ; aussi attribuons-nous, dans ces cas, l'exhalation des gaz à l'invasion d'un état aigu enté sur l'état chronique.
SECTION IV
Inflammations phagédéniques du tissu musculaire .
il 23. Les ulcérations des membres, quand elles deviennent profondes, s'étendent jusque dans l'épaisseur des muscles, qui sont alors affectés d'une véritable inflammation phagédénique. On trouve, dans ce cas, par la dissection des bords des ulcères, un tissu dense, induré, facile à déchirer, d'un rouge jaunâtre, surmonté de fongosités mol les suppurantes dans les points où se trouve beaucoup de tissu cellulaire. La peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les aponévroses et le tissu musculaire lui-même sont complètement confondus sur les limites de ces ulcérations. Les muscles sont atrophiés, ils adhèrent étroitement jusqu'à une assez grande distance des bords de l'ulcère , les uns aux autres par l'intermédiaire d'un tissu cellulaire condensé , très infiltré de sérosité; en sorte que, près des bords et sous le fond de l'ulcère, on trouve le tissu
induré que nous venons de décrire. Ce tissu se déchire facilement dans tous les sens, il ne commence à présenter de fibres décolorées qu'à une certaine distance des bords de l'ulcère, et encore ces fibres sontelles enveloppées et comme emprisonnées dans un tissu d'un blanc jaunâtre, présentant des vaisseaux injectés, et d'une derisité assez notable.
1124. L'indication des altérations du tissu muscu îaire autour des ulcérations chroniques , complète l'histoire' anatomique des inflammations chroniques des muscles. Le caractère le plus tranché de ces dernières est la disparition des fibres, et la conversion du tissu musculaire en une substance cellulaire homogène, indurée et assez dense, comme dans les phlegmasies aiguës. La couleur du tissu malade est seulement différente; mais elle varie selon des circonstances très diverses, telles que la présence des varices, des sinuosités fistuleuses dans l'épaisseur du muscle, des végétations plus ou moins saignantes et infiltrées de sang et de sérosité puriforme. Dans ces cas, le tissu des muscles, affecté d'infla mmation chronique, est rouge plus foncé, plus ou moins violâtre et livide.
1 125. Il y a des ulcérations aiguës des muscles qui modifient très peu leur structure, probablement parce qu'elles s'effectuent avec rapidité. Nous avons observé un ulcère vénérien du cuir chevelu, qui mit à découvert et affecta les fibres du muscle occipital ; on les distinguait facilement; elles étaient d'un rongvgrisâtre, séparées par des lignes de tissu cellulaire d'un rouge vermeil, saignant. L'ulcère perfora bientôt le muscle lui-même.
1 1 26. Les auteurs ont rapporté un assez grand nombre d'exemples d'ulcérations de la langue, qui ont même été quelquefois assez étendues pour détruire la
presque totalité de cette organe l , il se forme aussi rapidement des ulcères sur la langue dans la glossile, par l'irritation continuelle qu'exercent des dents isolées ou saillantes sur cet organe extrêmement gonflé ; mais tous ceux qui ont observé des cas de ce genre ont négligé de décrire avec soin ces ulcérations , et ne paraissent pas avoir eu l'occasion de disséquer l'organe ainsi ulcéré.
1127. On a parlé d'ulcérations et de perforations du diaphragme, mais on n'a point décrit l'état anatomique du tissu musculaire de cet organe; c'est ainsi que Lieutaud, dans une observation de ce genre, se contente de dire « septum transwersum erat ulcère quasi « totum corrosum.* »
1128. Nous avons déjà traité des ulcérations du cœur, en parlant des péricardites phagédéniques ( 366 ), et des inflammations ulcératives de la membrane interne des cavités cardiaques ( 978 ). On a vu, parles observations que nous avons rapportées, que les ulcères formés sur les surfaces internes ou externes du cœur , se propageaient au tissu charnu, et finissaient quelquefois par perforer l'organe central de la circulation. Nous ne répéterons pas ici la description des ulcères du cœur que nous avons déjà donnée (979) , nous insistons seulement sur la friabilité du tissu musculaire enflammé autour de ces ulcères , friabilité qui est telle que l'organe se rompt fréquemment, dans la partie ulcérée, avant que la solution de continuité en ait pénétré toute l'épaisseur.
1 C'est ainsi que Riolan a vu un enfant de cinq ans qui perdit la langue par une ulcération survenue après une petite vérole. ( Anthropog. , Lib. V, p. 288.) Portai a vu aussi une femme dont la langue fut détruite en grande partie par une phlegmasie phagédénique de même nature. (Anat. méd. , t. IV, p- 528.)
• Hist. anat , Obs. DGCLXXVI
ii 29. On a quelquefois confondu avec des ulcères carcinomateux de l'utérus des phlegmasies phagédéniques, plus ou moins chroniques du col de cet organe. Nous n'avons jamais disséqué de matrice affectée de cette dernière maladie, mais nous avons reconnu et constaté son existence dans trois cas, au moyen du spéculum uterirelles malades ont parfaitement guéri. Ces ulcérations purement inflammatoires, présentent les caractères suivants : Les bords sont peu saillants et irréguliers; ils sont denses, mais lisses et élastiques, non renversés, ni couverts de végétations; ilssonHassez facilement saignants. Le tissu environnant est rosé, gonflé, élastique et moins dense que dans l'état sain. Le fond des ulcères est égal, sans dureté, d'un rougegrisâtre, peu foncé; il présente des bourgeons mous, quelquefois fongueux , si l'ulcération est ancienne , mais tellement souples que l'on ne peut les reconnaître facilement au toucher. Ces ulcères fournissent un pus un peu séreux, mais d'un blanc de lait non fétide.
it3o. Chambon a rapporté un exemple d'ulcération des parois de l'utérus chez une petite fille de trois ans, qui avait succombé à une gangrène des fesses, du rectum et du vagin. Ce fait curieux confirme ce que nous avons dit sur l'inflammation chronique du tissu utérin, dont Chambon décrit les altérations en ces termes « Utérus multo amplior solito ap- « paruit j interior cavea extremum pollicem continere « potuisset ; variis ulceribus corrosœ parietes, proinde- (( que multo densiores^ ob inflammationem fortasse in~ « veteratam \ » Ce fait est peut-être le seul exemple publié, d'ulcération de l'utérus sur un enfant aussi jeune ; il est aussi très remarquable par le siège des ulcérations au corps , et non au col de la matrice.
1 Observ. clinicœ, Obs. CLXXX1V, p. 355.
2 l4 ANATOMIE PATHOLOGIQUE
SECTION V
Inflammations gangreneuses du lissu musculaire.
ii3i. Nous avons rapporté deux observations sur les inflammations gangreneuses du tissu cellulaire dans lesquelles on trouva les muscles gangrenés. Dans la première ( 70 ) , les muscles mortifiés étaient confondus dans l'escbare humide, molle et fétide que la pustule maligne avait produite. Dans la seconde ( 72 ), le muscle fessier était réduit en un putrilage fétide, boueux, d'un brun foncé, semblable à la matière gangreneuse qui se trouva dans les veines. Nous avons disséqué une esebare étendue qui se sépara de la partie supérieure du bras et qui contenait la peau, le tissu cellulaire et une partie du muscle deltoïde. Cette eschare était revenue sur elle-même, et ridée; elle s'était détachée à la suite d'une inflammation entretenue ei provoquée par l'application du styrax. Il ne nous a pas été possible de disséquer les tissus mortifiés dont elle était formée. Nous ne pouvons donc décrire les altérations anatomiques du tissu des muscles extérieurs gangrenés. Nous dirons seulement qu'il se confond avec le lissu cellulaire environnant dans les esebares grises noirâtres fétides, plus ou moins molles qui l'envahissent.
1 i32. Le lissu du cœur gangrené est d'une couleur noirâtre ou verdâtre , « plus ou moins ramolli, « très relâché, exhalant une odeur plus ou moins fé~ (( tide, et imbibé souvent d'une sérosité ieboreuse, « dans une plus ou moins grande étendue. \ »
11 33. L'inflammation gangreneuse peut affecter le cœur dans toutes ses parties.
'Portai (Anat. médéc- , tome III, p 77). On trouve dans les
Des. CLVIII. Une dame, dans la fleur de l'âge, d'une forie constitution , mariée depuis plusieurs années, et n'ayant point eu d'enfants, était atteinte , depuis trois ans, dune affection de l'utérus qui produisait de la strangurie , un écoulement fétide par le vagin, et des sueurs si abondantes, que la malade était fort affaiblie. Cette sueur était fétide, et donnait au linge, surtout dans les régions dorsale et lombaire , une couleur de sang pâle; cette exhalation était toujours suivie de syncopes et de mouvements nerveux irréguliers. La malade commençait à aller mieux , par l'usage d'un régime doux et analeptique, suivi depuis cinq mois, lorsqu'elle s'exposa au froid humide. Deux jours après elle éprouva dans tout le corps de vives douleurs lancinantes, qui furent suivies d'un violent frisson et d'une agitation considé-r rable. Le troisième, jour de l'invasion , on pratiqua une saignée de vingt onces, qui fournit un sang couenneux , et on administra quelques purgatifs doux qui diminuèrent les accidents ; ii se manifesta une violente douleur dans la région hépatique , sur laquelle on appliqua vers le soir un large vésica^oire, qui ne rougit pas même la peau. Le cinquième jour, on
annales de l'art , un assez grand nombre de faits présentés comme des exemples de gangrènes de cœur (a). Ces faits manquent presque tous dç détails suffisants pour caractériser la maladie, et dans plusieurs on ne peut douter que l'on n'ait confondu le ramollissement du tissu musculaire avec sa mortification. Nous a vous dû les négliger pour ne présenter que des exemples incontestables de phlegmasies gangreneuses.
(a) Voyez trois observations dans Bonet , Sepul. anat. , t. n , p, %%f>. — Deux observ. dans Morgagni, Epist. xi, art. i3; et xxv, art. 10 — Huit observ. daus Lientâud , Hist. anat. , lit», n, p. 42, 43, 44, 5i7, 5 18, 54i, obs. dxxxix. Traité de Médec. prat. , t. i , p. 243. — Deux obs. de Deidier, De Peste Massiliensi , obs. 11 et ni. — G. Baubin . Theat. anat. -- Senar , Maladies du cœur. — Corvisart, Traité des Mai. du coeur, p. 261.
2l6 ANATOMIE PATHOLOGIQUE
ouvrit la veine médiane, mais on ne put obtenir que peu de sang ; Jes extrémités étaient très œdématiées , et présentaient des taches livides et de grosses pustules gangreneuses. Le sixième jour la malade mourut.
Ouverture du cadavre , pratiquée huit heures après la mort. L'épiploon présentait plusieurs taches rouges; les veines mésentériques étaient gorgées de sang et d'une grosseur extraordinaire. Les intestins grêles offraient, dans beaucoup d'endroits, des arborisations vasculaires ; dans quelques points , leurs parois étaient ramollies, et d'une couleur foncée; dans d'autres, elles étaient livides , gangrenées et sans consistance. On remarquait, autour de l'orifice de l'utérus, qui n'était pas complètement fermé, et dont les bords étaient épaissis, plusieurs taches noires de forme ovale, disposées circulairement. L'utérus présentait un volume double de l'état sain ; son tissu était d'une couleur rouge livide , et avait acquis Une consistance extraordinaire qui approchait de l'induration. Le col était tout-à-fait dur ; les parois utérines étaient d'un rouge foncé , molles au loucher. Les ovaires formaient des kystes qui contenaient environ chacun une once d'un liquide qui avait l'apparence de petit lait. Les trompes avaient la dureté dune corde; leur couleur était très foncée, et leur tissu se brisait facilement. Le foie était un peu brunâtre, très injecté; ses vaisseaux étaient fort engorgés, mais sa structure n'était pas autrement altérée. Environ vingt onces d'un liquide séreux trouble , de couleur orangée sale , et d'une odeur fétide , étaient épanchées dans la poitrine. Le péricarde contenait quatre onces d'un liquide semblable; la surface interne de cette membrane présentait une injection vasculaire serrée , d'un rouge livide. Toutes les parties du cœur, tant à V extérieur qu'à l'in~
térieur, présentaient les caractères de l'inflammation gangreneuse ; elles étaient excessivement molles , et d'une couleur plus foncée que celle du sang veineux coagulé ; on les traversait avec les doigts, dans tous les sens, avec une grande facilité. Lorsqu'on le déchirait ainsi, le tissu du^ cœur laissait exhaler une odeur putride-, il ne s'écoulait pas de sang de ses vaisseaux rompus. Le ventricule gauche présentait ces altérations à un plus haut degré ; son tissu n'offrait guère plus de consistance que la substance cérébrale. L'odeur qu'il répandait , quand on le déchirait , se rapprochait par sa fétidité de celle des matières animales en putréfaction ; les cavités du cœur étaient vides , mais les grosses veines , surtout dans l'abdomen , étaient gorgées d'un sang grumeleux. Sur la face pleurale du diaphragme, et sur la plèvre gauche, on remarquait de petites taches éparses, formées par des réseaux vasculaires, ainsi que de petites rugosités noirâtres; les poumons étaient engoués, mais sains. Des taches, de grandeur variable , et de couleur plus ou moins foncée , s'étaient formées sur différentes parties du corps ; les unes étaient gangrenées complètement, les autres imparfaitement. Les extrémités , tant supérieure qu'inférieure gauches , étaient tuméfiées et dures à force d'être distendues; elles avaient pris une teinte livide à la surface des articulations et dans les parties qui correspondent à la portion centrale des muscles. x
1 Cette observation a été recueillie par le D. Jacques Kennedy de Glasgow ( The London Med. Reposilory. Avril , 1824 , n° 124. ) Les détails dans lesquels il est entré sur les symptômes sont d'un assez grand intérêt pour que nos lecteurs nous sachent gré de les rapporter ici. Pendant cette maladie l'œil était brillant et très mobile ; la face avait une expression d'anxiété difficile à décrire ; les dents et les gencives étaient fuligineuses ; la langue, la bouche et l'arrière-bouche étaient desséchées, raboteuses et noires. Vers la
•2lS ANATGM1E PATHOLOGIQUE
La multiplicité des affections gangreneuses , sur le sujet de cette observation , ne peut laisser de doute sur la nature spécifiquement gangreneuse de la phlegniasie, qui a mortifié si rapidement le tissu du cœur, comme sur celle qui a gangrené les intestins , et la muqueuse du vagin à son insertion sur le museau de tanche.
Ce fait peut être rapproché de celui que Portai a observé sur un homme que l'on croyait mort dune pneumonie, et dont le cœur était gangrené en totalité, ainsi que le péricarde. Le tissu des ventricules,
fin, les lèvres étaient tout -à -fait livides ; la voix était cassée et plaintive j les déjections alvines étaient foncées, grumeleuses et d'une odeur insupportable; l'urine était rare, de la consistance de sirop, et colorée comme de la bière rouge. Le pouls, qui avait été dans le commencement petit, dur , .irrégulier , était devenu iaible et intermittent ; long-temps avant la mort il n'était plus sensible au poignet. Il se manifestait s'ouvent une disposition à la syncope, sans qu'il y eût pour cela de véritables pertes de connaissance. Une sensation de chaleur brûlante parcourait toutes les régions de la poitrine; à gauche, elle était intolérable. Pendant les quatre derniers jours de la vie, la malade ressentit des douleurs aiguës ; d'abord aux extrémités , ensuite aux épaules et le long de la colonne vertébrale, puis dans le côté gauche du thorax; après la dernière saignée , elles restèrent fixées dans l'hypochondre droit. Il survint des resserrements de la poitrine , la malade ne pouvait respirer que sur son séant ; les palpitations étaient survenues de bonne heure et avaient augmenté par degrés, tant en fréquence qu'en force. Cependant, à mesure que le mal fit des progrès, les mouvements du cœur s'affaiblirent, devinrent très intermittents et plus irréguliers. Les extrémités supérieures et inférieures s'œdématièrent ; celles du coté gauche étaient gonflées au point que la peau menaçait de se rompre; la malade ne pouvait les fléchir sans une douleur extrêmement vive. On remarquait , en certains endroits de leur surface, des taches livides et de grosses pustules gangreneuses ; la malade était eu même temps si faible , qu'il lui était impossible de changer en aucune manière de position sans être aidée. Il survint, plusieurs heures avant ja mort, un état corna Jeux qui ne cessa qu'avec la vie.
et surtout du gauche , était entièrement relâché et abreuvé d'une eau rougeâtre et verdâtre très fétide; les colonnes charnues de ce ventricule se déchiraient au plus léger contact.
u34- L'inflammation gangreneuse peut n'occuper qu'une partie du tissu du cœur, comme cela paraît avoir existé dans le fait suivant, où la phlegmasie avait probablement commencé dans le péricarde, et avait ensuite déterminé des eschares superficielles du tissu propre du cœur.
Obs. CLIX. Une femme de cinquante ans entra a l'hôpital dans le mois d'avril; t^Ue portait à la région iliaque droite une tumeur très proéminente, qui s'était manifestée à la suite de vomissements fréquents. Elle était extrêmement maigre; sa peau était d'une couleur pâle et d'une sécheresse très remarquables; la respiration était facile tant que la malade restait couchée sur Je dos; la petite quantité de nourriture qu'elle prenait ne pouvait être digérée , à moins qu'elle ne fût prise chaude. Le 1 6 juin, cette femme expira après trois jours d'une agonie pendant laquelle la respiration était tellement gênée, que la malade était obligée de rester continuellement la bouche ouverte; le pouls était petit, très inégal et intermittent ; le cœur présentait par intervalles des battements très forts, quelquefois ils étaient presque insensibles. Le foie, la rate et le pancréas étaient squirreux et plus volumineux que dans l'état naturel. — Une petite quantité de sérosité était épanchée dans le péricarde; le cœur était de volume ordinaire, et adhérait au péricarde âims plusieurs points de sa surface, par plusieurs brides cellulaires que l'on parvint à rompre, mais: non sans endommager la membrane externe du cœur; deux lignes noirâtres se remarquaient à la partie
antérieure de ce viscère , et s'étendaient de sa pointe a sa base; elles s'enfonçaient dans la substance même du cœur à plus d'une ligne de profondeur; le cœur était d'une flaccidité telle que l'on ne pouvait douter qu'il fût sphacelé; en effet, il s3 en exhalait une odeur infecte analogue à celle de la gangrène; on pouvait l'écraser aussi facilement que si l'on eût pris un muscle en putréfaction complète, f
n 35. Il faut plus particulièrement insister pour reconnaître la gangrène du tissu du cœur sur l'odeur fétide et sur la couleur noirâtre ou verdâtre du tissu. Les auteurs n'ont pas toujours bien précisé la teinte des fibres musculaires ; ils se sont quelquefois contentés de dire une teinte livide ou violette. Ce caractère, s'il n'est réuni qu'au ramollissement sans odeur fétide, est loin d'indiquer la gangrène, tandis qu'il suffit de l'odeurfétideetdu ramollissement extrême, avec couleur brune ou livide, pour que l'on ne puisse douter qu'elle n'ait eu lieu. Cette distinction est d'autant plus nécessaire, que bien que, dans le plus grand nombre des cas , le tissu musculaire sphacelé soit pénétré de sérosité , en même temps qu'il est ramolli , et qu'il diffère en cela des ramollissements idiopathiques qui ne sont point ainsi humides, il y a cependant quelques observations, dans lesquelles on a reconnu une eschare sèche et friable ; et si on n'eût signalé l'odeur fétide, on eût pu croire que les auteurs auraient pris des ramollissements avec lividité de la fibre musculaire pour des sphacèles. On doit à Portai un exemple de ces gangrènes sèches du cœur. « La substance de ce t« viscère se déchirait facilement , elle exhalait une « odeur fétide , sa couleur était livide. Il n'y avait au-
1 Journal de Médec. Clnr. Pharm. Janvier, 1807, P- IO Observation de M. Gaulay.
« cune sérosité épanchée entre les fibres, et le péri- « carde ne contenait que très peu d'une eau limpide, « comme dans l'état naturel. » 1
ii 36. L'inflammation gangreneuse du tissu utérin pendant la grossesse, a été évidente dans l'observation suivante.
Obs. CLX. Une lavandière, âgée de quarante-deux ans, enceinte de son sixième enfant, et, au neuvième mois de sa grossesse, tomba sur le dos dans un escalier de bois. Elle ne sentit plus les mouvements de son enfant; mais elle éprouva des douleurs qui s'accroissaient lorsqu'elle se couchait sur le côté droit. Huit jours après la chute , les douleurs de l'enfantement s'annoncèrent : les deux premiers jours elles furent modérées; le troisième elles devinrent plus pressantes. L'orifice utérin était dilaté. Le quatrième jour les eaux s'écoulent ; elles étaient d'une fétidité extrême, et mêlées d'une viscosité semblable au méconium : les douleurs continuaient, sans aucun progrès dans le travail. Le cinquième jour, après des efforts violents et un bruit de déchirement qui fut entendu des assistants, le fœtus présenta la main droite, noire et couverte de phlictènes, remplies d'une sérosité putride. Un chirurgien , alors appelé , reconnut que le fœtus était mort, et qu'il se présentait mal. L'utérus était agité de mouvements convulsifs, et laissait couler une humeur muqueuse d'un rouge obscur et d'une odeur insupportable, avec des dégagements de gaz putride. Le ventre était météorisé, et les dou- Jeurs du côté droit presque continuelles; il en survenait d'autres dans le pied gauche toutes les fois que celles du travail recommençaient. Le chirurgien tenta vainement la rétroversion du fœtus, et reconnut la
"Portai, Anal, méd., loco cit.
222 ANATOM1E PATHOLOGIQUE
rupture de fe matrice. La mort arriva le matin du sixième jour, par \u\e attaque de convulsions.
A V ouverture du cadavre, on trouva l'abdomen rempli d'une humeur sanieuse, mêlée de sang, et d'une odeur infecte ; la face interne de V utérus était mouchetée d'ecchymoses gangreneuses. Sur le côté droit, près du ligament large , se trouvait une rupture de trois pouces de long, par laquelle la tète et la main gauche du fœtus avaient passé ; elles étaient enveloppées dans les membranes. Le parenchyme de l'utérus était spongieux et déjà dans un ét;»t de sphacèle. '
Cette observation est la seule que nous connaissions d'une gangrène de la matrice; elle est très incomplète sous le rapport des caractères anatomiques du sphacèle de ce viscère qui paraît avoir été le résultat d'une inflammation trèsintense, mais elle peut jeter quelque lumière sur la cause prochaine de la rupture de 1 utérus dans le travail de l'accouchement ; .car on ne peut douter que l'inflammation de cet organe n'ait, dans ce cas, préexisté au travail, et la friabilité du tissu musculaire rend parfaitement compte de sa déchirure. Si l'on examine avec soin les observations sur les ruptures utérines qui se trouvent consignées dans les auteurs, on trouvera des raisons suffisantes, dans presque tous les cas, pour croire qu'il a existé une inflammation préalable du tissu utérin; mais en restera dans les limites de grandes probabilités sous ce rapport, par le peu de soin avec lequel on a toujours examiné le tissu de la matrice rompue.
1 Observ. de Ozanam. (Journ. gén. de Méd. , t. LXI, p. 89.)
DES GLANDES ENFLAMMEES. 1>3