‹ Histoire anatomique des inflammationsChapitre 9 sur 41 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU TISSU NERVEUX ENFLAMMÉ. SECTION I · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU TISSU NERVEUX ENFLAMMÉ. SECTION I

Du tissu nerveux dans l'état sain.

1017. Le tissu nerveux présente une organisation différente dans le cerveau et la moelle épinière, et dans les cordons et les ganglions nerveux ; ces différences ne dépendent cependant que de l'arrangement

des molécules et des fibres nerveuses; car la structure intime^ est identique dans toutes les parties du système nerveux. Néanmoins ? comme ces différences influent considérablement sur la forme des désordres inflammatoires, nous devons les signaler.

1018. On distingue dans le tissu nerveux deux substances : la substance grise ou corticale, la substance blanche ou médullaire.

1019. La substance grise présente une teinte cendrée, qui, dans quelques points , est un peu brunâtre. Cette teinte est évidemment plus foncée dans les nègres que dans les blancs. La substance grise est molle, facile à diviser, presque dénuée d'élasticité et assez visqueuse; elle a une consistance comparable à celle de la gélatine à demi dissoute. Cette substance paraît homogène sur les bords d'une incision qui la divise; on voit une multitude de stries et de points vasculaires disséminés au milieu d'elle. Elle doit particulièrement sa couleur au grand nombre de vaisseaux qui la traversent, surtout dans le cerveau et dans la moelle épinière. Dans les ganglions, elle est d'une teinte plus pâle et d'un tissu plus élastique, qui paraît moins homogène à cause d^un tissu cellulaire très mou, et presque gélatineux, qui est incorporé avec elle.

Soumise à l'action de l'huile bouillante , la substance corticale augmente de densité , devient plus élastique, et présente une cassure comme granulée; elle devient friable, quoique plus dense et plus consistante, par l'action d'une forte dissolution de sublimé corrosif. Elle se ramollit rapidement, et devant déliquescente par l'action de l'eau. La substance grise des ganglions résiste beaucoup plus à la^aeération que celle

Sy

du cerveau, et cette dernière beaucoup plus que celle de la moelle épinière.

1020. La substance blancbe est d'une teinte variable, depuis le blanc azuré jusqu'au blanc mat légèrement jaunâtre ou rougeâtre. Elle est plus dense que la substance grise et douée d'une certaine élasticité; elle présente, quand on la coupe, des points disséminés qui indiquent les vaisseaux qui la traversent : ces vaisseaux sont beaucoup moins nombreux que ceux de la substance corticale.

Trempée dans l'huile bouillante, la substance médullaire augmente de densité; mais à un plus haut degré que la, grise, elle se racornit en même temps, et perd de son volume. Son apparence fibreuse devient alors très évidente. L'action de l'eau bouillante fait presque complètement perdre au tissu médullaire l'apparence fibreuse ; elle le ramollit et augmente son volume. La dissolution concentrée de sublimé le condense, le dessèche, et le rend plus friable que la substance grise.

1021 . Les deux substances dont nous venons d'indiquer les caractères anatomiqnes se trouvent diversement entremêlées dans les différentes parties du système nerveux. Dans le cerveau et dans le cervelet, la substance grise forme une enveloppe et une écorce à la blanche, tandis que dans le prolongement rachidien, c'est celle-ci qui enveloppe deux cordons intérieurs de substance grise. Cette disposition se remarque aussi dans les pédoncules du cerveau et du cervelet , et dans la protubérance annulaire, où l'on voit des noyaux de substance grise enveloppés de substance blanche, et d'une couche formée par l'entrecroisement de fibres de ces deux substances. Les ganglions nerveux sont

DU TISSU NERVEUX ENFLAMMÉ. 1 o3

formés de fibres blanches médullaires et de fibres grises entrecroisées; quant aux cordons nerveux, ils présentent des fibres blanches très déliées , au centre desquelles nous nous croyons fondé à admettre une fibrille de substance grise.

1022. Dans les six premiers mois de la vie utérine, le cerveau du foetus ne présente encore aucune trace de matière grise et aucune circonvolution. C'est une masse molle, presque difïluente, blanche dans toutes ses parties. Cette niasse desséchée prend une couleur jaune grisâtre, et une apparence semblable à celle du mucus nasal desséché.

1023. Si sur un fœtus de six mois l'on opère une déchirure longitudinale dans les pédoncules du cerveau, en écartant avec précaution les fibres au moyen du manche d'u-n scalpel, On peut déjà reconnaître, à la loupe, la disposition fibreuse. Cette disposition se remarque dans tous les points du système nerveux chez l'adulte,* elle est cependant beaucoup plus évidente dans la substance blanche que dans la grise.

Les fibrilles nerveuses sont parallèles dans les cordons nerveux, dans le trajet de la moelle, sur le plancher des ventricules, et à la base du cerveau dans les prolongements olfactifs. Elles sont rayonnées autour des corps striés; entrecroisées dans les pédoncules cérébraux ; concentriques et entrecroisées en tous sens dans les ganglions nerveux. On peut, dans beaucoup de points, mettre en évidence la disposition fibreuse qui existe dans toutes les parties du système nerveux, sans recourir à aucune préparation chimique; mais pour bien voir, il faut faire macérer pendant vingt-quatre heures, dans une légère solution aicoholique de sublimé, la portion du tissu nerveux que l'on veut examiner, Par ce moyen , il est assez facile de mettre en évidence

la disposition fibreuse, même dans les points du tissa nerveux où il est le plus difficile de la distinguer.

102^. Une portion des pédoncules du cerveau du fœtus de six à huit mois, soumise au foyer d'un microscope grossissant de deux cent cinquante à trois cents diamètres, paraît composée de globules ellipsoïdes réunis en ligne droite par leur petit diamètre, au moyen d'une substance visqueuse interposée. Il y a au moins, entre chaque globule, l'intervalle de deux. Il ne faut pas craindre d'altérer la substance médullaire pour la porter sur l'objectif du miscroscope; on peut même apercevoir le rapport des globules sur la pulpe altérée au point d'être difïïuente; mais la disposition linéaire est moins rcconnaissable. Prochaska a constaté que la macération prolongée, même pendant trois mois, est insuffisante pour détruire le rapport des globules.

Examinées comparativement au microscope , les deux substances qui composent le cerveau de l'adulte présentent l'une et l'autre des globules ellipsoïdes, réunis par une substance visqueuse qui semble plus tenace et plus visqueuse dans le tissu médullaire que dans la substance grise. On ne remarque plus un intervalle aussi grand entre les molécules que dans le tissu du cerveau du fœtus; elles se touchent dans la substance médullaire , et il y a environ l'intervalle d'un demi à un globule dans la substance corticale.

1025. Afin de connaître la disposition des globules élémentaires du tissu cérébral relativement aux vaisseaux qui le traversent, nous avons injecté avec soin le cerveau avec la térébenthine colorée en noir. Après avoir laissé cet organe exposé pendant deux ou trois jours à la température humide d'une cave, pour en ramollir le tissu, nous avons saisi avec une pince iki des rameaux artériels qui, se distribuent à la couche

DU TISSU NERVEUX ENFLAMMÉ. 1 o5

des nerfs optiques; une portion de substance grise a suivi révulsion de ce rameau artériel que nous avons placé sur l'objectif du microscope. Nous avons alors distingué les globules rangés sur les côtés du vaisseau capillaire, et réunis à lui et aux autres globules par une substance glutineuse assez colorée en brun jaunâtre; il y avait presque l'intervalle d'un globule entre chaque. Le centre des globules nous a semblé coloré en noir-gris.

1026. Quand on examine la pulpe de la moelle épinière, on ne trouve plus les globules aussi exactement arrondis que dans le cerveau, ils varient en forme et en grandeur, et se louchent immédiatement dans la substance blanche. Dans la substance grise ils présentent toujours un certain intervalle entre eux.

1027. Nous allons revenir aux observations microscopiques, en décrivant le tissu propre des cordons nerveux. En attendant, disons qu'il ne faut pas attacher trop d'importance à ces observations ; Prochaska, J. et Ch. Wenzell, Dellatorre, Home , etc., ont étudié le tissu nerveux à l'aide du microscope ; nous n'avons pas vu comme eux ^ et aucun d'eux n'a vu comme les autres, mais tous sont d'accord sur la constance de la disposition linéaire et sur l'arrangement fibrilliforme des molécules constituantes des nerfs; il importe de signaler cette disposition, on verra qu'elle conduit à d'importantes remarques.

1028. Nous avons fait sécher comparativement la pulpe cérébrale prise à la partie antérieure des hémisphères et aux pédoncules cérébraux, chez le fœtus de six mois. La première partie a perdu 85 centièmes de son poids, et la seconde plus de 74 centièmes. Les deux substances prises sur des sujets de différents

JOÔ ANATOMIE PATHOLOGIQUE

âges et en différents points, et desséchées comparativement, ont perdu, terme moyen, la substance grise 80 à 83 pour cent, et la substance blanche 70 à 72 ; le tissu blanc et gris , réuni de la moelle épinière , environ 7 5 à 76 pour cent.

1029. Lorsque la mort survient rapidement par un obstacle à la circulation , les vaisseaux encéphaliques sont gorgés de sang et très apparents; de la sérosité en quantité peu considérable est toujours épanchée dans la cavité de l'arachnoïde. Lorsque la mort est au contraire survenue après une maladie longue dans laquelle l'hématose, ou le passage du sang dans le cœur ou dans les principaux troncs vasculaires ont été troublés, la pulpe cérébrale est presque toujours plus ou moins ramollie dans toute son étendue. Les vaisseaux sont, clans ces cas, très apparents, si le malade a péri subitement suffoqué; ils le sont, au contraire, beaucoup moins que dans l'état naturel , si la mort a été le résultat d'un affaiblissement ou d'une cachexie

séreuse graduelle. La densité du tissu cérébral est

assez grande chez les individus qui périssent rapidement de maladies convulsives , ou de phlegmasies très aiguës, ou d'hémorrhagic ; elle est toujours, au contraire, diminuée sur les individus qui ont succombé à des maladies chroniques.

La pulpe cérébrale n'a pas son maximum de densité au moment de la mort; elle ne l'acquiert complètement que lorsque le cadavre est tout-à-fait froid. On peut s'assurer, en ouvrant des animaux au moment même de la mort, ou pendant la vie, que le tissu cérébral est moins dense qu'il ne le sera sur le même animal , quand son cadavre sera refroidi. On remarque aussi, en faisant cette expérience, indépendamment de l'eau qui est épanchée dans la cavité

de l'arachnoïde (88), une teinte légèrement rosée du tissu cérébral, qui disparaît à la mort.

io3o. Les nerfs sont de forme cylindrique; ils sont composés de cordons d'un blanc jaunâtre , qui se divisent eux-mêmes en fibres très fines. Ces fibres, les cordons qu'elles forment, et les nerfs que ces derniers constituent, sont enveloppés dans des tuyaux cellulofîbreux que forme le névrilème. Le névrilème est d'un tissu dense, très résistant, fort élastique, disposé en petits tuyaux entrecroisés qui s'abouchent de distance en dislance. « Il n'est donc pas e^act de dire « que les nerfs sont composés de filets qui se disante guent dans toute leur longueur; les communica- « tions de ces filets entre eux font qu'ils ne sont plus « les mêmes. Les filets nerveux ne sont pas non plus » simplement accolés, mais ils s'envoient des fila- « ments réciproques. » (Béclard.)

io3j. Les fibres médullaires renfermées dans les petits tuyaux névrilématiques sont de même nature que les fibres du cerveau et de la moelle épinière. Bogros,. qui était parvenu à injecter les nerfs, pensait que ces filets médullaires étaient percés à leur centre, d'un canal dans lequel pénétrait le mercure. Il faisait même voir ce canal en montrant un point gris noirâtre au centre de chaque filet nerveux coupé en travers. Ce point, bien évident à la loupe , et même à l'œil nu dans quelques nerfs , n'est autre chose que l'indice d'une fibrille de substance grise existant au centre de chaque filet nerveux, comme elle existe au centre de la moelle ; le canal découvert par Bogros serait au centre de cette fibrille.

Les filets nerveux soumis au microscope semblent composés de globules arrondis qui paraissent réunis par paires dans un ordre linéaire, et agglutinés en-

Io8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

semble au moyen d'une substance visqueuse beaucoup pi as diaphane que celle qui se remarque dans le tissu cérébral.

îo3i. Chaque nerf est entouré de tissu cellulaire qui pénètre entre les cordons , et même dans l'intervalle des filets qui le composent; on trouve aussi des vésicules adipeuses entre ces filets. « Les vaisseaux ce sanguins des nerfs pénètrent entre les cordons qui « les composent , et se divisent pour la plupart en a deux rameaux , l'un direct, l'autre rétrograde. Leur « nombre est considérable : tout le névrilème en est ce couvert ; dans les injections heureuses , on les voit «■ à la loupe se répandre jusque sur le névrilème des « filets nerveux. Celui-ci est formé de tissu cellulaire ! « fibreux et de vaisseaux sanguins. » ( Béclard. )

io33. On détruit le névrilème en plongeant les nerfs dans l'acide nitrique très étendu; on voit alors la substance médullaire endurcie, disposée en fibres j qui s'entremêlent en différents sens. Si l'on a préalablement injecté avec soin les vaisseaux qui se ramifient sur le nerf, on distingue manifestement des capillaires très déliés qui se distribuent à la pulpe nerveuse. Si au lieu d'une dissolution acide on se sert, pour cette préparation, d'une solution alcaline de souscarbonate de soude , le névrilème s'endurcit , et la j pulpe est dissoute et réduite en déliquium; on obtient ainsi la gaine névrilématique isolée. Elle paraît recevoir un grand nombre de vaisseaux, mais on reconnaît à la loupe, sur les parois des petits canaux qu'elle i forme et qui étaient remplis de moelle nerveuse, une j multitude de petits filaments jaunâtres , dont quelques uns sont colorés par l'injection. Il est probable que ces filaments sont les capillaires qui se rendaient à la : pulpe nerveuse au travers du névrilème.

SECTION II

Inflammations aiguës du tissu nerveux.

io34« Nous étudierons successivement et séparément les caractères anatomiques des inflammations aiguës dans la pulpe du cerveau et de la moelle épimère, et ensuite dans les nerfs.

Inflammations aiguës du cerveau, du cervelet, et de la moelle épinière.

io35. La meilleure manière de procéder pour éviter toute erreur dans la détermination des caractères anatomiques de l'inflammation d'un tissu aussi mou que celui du cerveau, est d'analyser des faits sur la nature desquels on ne puisse élever aucun doute, et d'arriver ainsi à décrire, comme des conséquences générales de ces faits , les désordres qui appartiennent réellement aux inflammations du tissu cérébral.

io36. Dans les deux observations suivantes, l'inflammation du cerveau se montra à son premier degré, et, pour ainsi dire, dans sa plus grande simplicité.

Obs. CXXXI. Un homme de soixante ans reçut à

la région frontale , du côté gauche , un coup de pierre , qui détermina une plaie de laquelle il s'écoula beaucoup de sang. Le lendemain, céphalalgie, mémoire altérée, pouls faible, abattement, impossibilité de tirer la langue. (Emétique en lavage.) Le troisième jour la déglutition devint difficile, il se manifesta de la fièvre. Le quatrième, le malade était assoupi, mais ses facultés intellectuelles se conservaient. (Large vésicatoire à la nuque.) Le cinquième jour, assoupissement plus profond, perte de la parole; le malade entendait, mais ne répondait que par des sons inarticulés; déjec-

lions alvines et urines involontaires. Le huitième jour, délire, mouvements convulsifs du tronc et des membres , distorsion de la Louche et des yeux ; les accès se renouvelaient tous les quarts d'heure; dans leurs intervalles, respiration difficile, ronflement, œil fixe, bouche béante. Le neuvième jour, à minuit, les convulsions cessèrent , l'assoupissement diminua, et la connaissance revint, mais la mémoire et le jugement étaient altérés; léger délire, commencement de paralysie des membres gauches. Le dixième jour, paralysie complète de ces membres avec rigidité et légère douleur quand on essaie de les écarter du tronc, visage hébété, réponses peu justes, illusions d'optique; il survint une seconde convulsion pendant la nuit. Le onzième jour, perte de connaissance, aphonie, immobilité et insensibilité générales, coma, respiration difficile, mort.

A la dissection du cadavre , on reconnut un enfoncement du crâne à la région frontale, dans une étendue de deux pouces sur deux lignes de profondeur. A la partie interne et postérieure de l'hémisphère droit du cerveau se trouvait une inflammation d'un pouce et demi d'étendue de haut en bas, et d'un demi-pouce dans les autres sens, touchant d'un côté au corps calleux , et de l'antre à la fosse occipitale. Cette inflammation était caractérisée par une rougeur très vive et comme sablée de la substance cérébrale. Toute l'arachnoïde de la convexité du cerveau était opaque, blanche , très épaisse et enduite d'une légère couche de matière albumineuse. x

Obs. CXXXII. Un postillon âgé de trente-neuf ans, d'une constitution athlétique, ayant toujours joui

1 Ducrot, Essai sur la Céphalite. Dissert, inaug., 1812.

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. I \ i

d'une bonne santé, mais sujet à de fréquentes épisiaxis dont il n'avait pas été atteint depuis quelque temps, fut pris le 12 mars 181 7, de malaise et de lassitude. Le i3, il fut plus fatigué et fit cependant une course de cinq lieues; à son retour il se plaignait d'une violente céphalalgie; son visage et ses yeux étaient très injectés, sa peau était sèche et brûlante; il survint dans la nuit des selles abondantes de matières fétides. Le 14, évacuations alvines et vomissements copieux, déterminés par l'administration d'un scrupule d'ipécacuanha. À sept heures du soir bégaiement en parlant. A dix heures, il ne pouvait plus répondre que par signes aux questions qui lui étaient adressées. Le i5, délire; le malade veut quitter son lit. Le 16, on le conduit à l'Hôtel- Dieu dans l'état suivant : les yeux étaient fixes et brillants ; la face colorée; ïa parole impossible; la langue rouge, sèche et rugeuse; le malade ne la sortait de la bouche que lentement et difficilement ; il ne donnait aucun signe de douleur quand on lui pressait le ventre; il faisait de violents efforts pour rompre les liens qui le retenaient au lit; quinze sangsues derrière chaque oreille, sinapisme à une jambe, glace sur la tète; sur les dix heures du soir la pression sur l'abdomen faisait pousser au malade des cris perçants, trente sangsues y furent appliquées. A onze heures il put sortir facilement la langue, qui était pale et humide. Le 18, face colorée, état de somnolence profonde. Si l'on excite le malade, il sort de son assoupissement et répond raisonnablement par signes aux questions qu'on lui adresse. Langue brune grisâtre, humide; douleur vive par la pression dans la région iliaque; yeux brillants, hagards, face rouge sur les pommettes; pouls petit, fréquent, faible; chaleur peu intense. (Limonade, sinapismes aux pieds.

fomentations émollientes sur l'abdomen, bains lièdes avec affusions froides sur la tête. ) Au bout de quelques minutes dans le bain, retour de la parole, les affusions donnent lieu à des efforts pour s'évader : dans la nuit suivante, assoupissement profond, plusieurs selles liquides jaunes peu abondantes, involontaires; roideur du cou, tête portée en arrière. Le 19, même état, la parole est perdue de nouveau, soubresauts de tendons. (Douze sangsues à Fanas.) Le 20, le malade écarte lentement et difficilement les mâchoires pour montrer la langue , qui n'est pas déviée, et sort avec peine; assoupissement continuel. Toux grasse que le malade semble redouter et qu'il relient. Le soir, somnolence profonde, yeux hagards; coucher en supination, contraction forte et soutenue des muscles de la partie supérieure du tronc. Mort le lendemain matin. Ouverture du cadavre, vingt-cinq heures après la mort. — Les méninges, dans toute 'leur étendue, étaient rouges, injectées, faciles à déchirer; de la sérosité était infiltrée sous l'arachnoïde. Toute la substance corticale de la convexité des hémisphères était très consistante , fortement injectée et par semée de gouttelettes de sang très nombreuses quand on la coupait. Aucune altération n'existait dans le reste du cerveau et dans la moelle épinière. — Le poumon gauche était couvert d'une exsudation peudo- membraneuse très mince. La plèvre de ce côté était rougie postérieurement sans avoir augmenté d'épaisseur. Le poumon gauche dans les trois quarts de son volume, était dur, rénitent, carnifié, d'un rouge grisâtre, se laissant briser avec facilité. En le déchirant, on observait de petits points purulents répandus ça et là dans son parenchyme. Le poumon droit présentait les mêmes altérations, mais dans une moindre étendue. La mueueu.se bronchique

et trachéale était très rouge. — Une légère plaque brunâtre s'observait vers le pylore, sur la villeuse gastrique, qui était d'un rose pâle dans toute son étendue. Sur la fin de l'iléon, dans cinq à six pouces de longueur près la valvule coecale, l'intestin était à l'extérieur comme noir ardoisé; la villeuse présentait une couleur brune foncée. Des plaques saillantes de formes et de grandeurs variables étaient disséminées à sa surface. Les ganglions lymphatiques du mésentère étaient très gonflés et fort rouges.

Si nous comparons celte observation et la précédente, nous trouvons des altérations identiques dans le cerveau ; dans la dernière , l'inflammation s'est étendue à toute la substance corticale de la convexité des hémisphères; cette substance avait augmenté de densité, elle était fortement injectée et parsemée de gouttelettes de sang très nombreuses quand on la coupait. Dans l'autre observation, la substance cérébrale était également colorée en rouge très vif; elle présentait un aspect sablé, dû à sa congestion vasculaire, à la pénétration du sang rouge dans ses plus petits vaisseaux , et à l'infiltration de ce fluide dans son épaisseur. La phlegmasie était au même degré dans la séreuse et dans la substance corticale, c'était encore une inflammation aiguë non suppurée, et caractérisée par une vive injection, et un commencement d'infiltration du sang dans le tissu malade.

1037. Quoique l'on ne trouve pas souvent l'inflammation cérébrale aussi peu avancée que dans les observations précédentes, on peut, dans beaucoup de cas, reconnaître les caractères de la cérébrite au premier degré, soit dans les arachnoïdites qui se sont propagées à la surface du cerveau, soit aux limites des inflammations plus intenses. Le tissu du cerveau est alors 11. ■ 8

Il4 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

injecté au point que, quand on le coupe, le sang qui se trouve en plus grande quantité dans les vaisseaux en sort en gouttelettes multipliées. Le grand nombre de ces gouttelettes indique qu'un beaucoup plus grand nombre de capillaires que dans l'état sain ont donné accès au sang rouge. Indépendamment de cette congestion vasculaire, la pulpe est infiltrée de sang par points très petits, et ordinairement réunis par groupes. A la simple vue , on peut distinguer ces points de ceux que fait naître la section des vaisseaux sur la surface d'une coupe faite au travers du tissu malade. Ce n'est point une gouttelette de sang ou un point exactement arrondi comme dans ce dernier cas; c'est une petite tache ou une petite strie irrégulière et à bords frangés, d'une teinte plus foncée à son centre; ces petits points et ces petites taches sont particulièrement groupés sur le trajet des artérioles qui traversent le tissu cérébral. Ils sont quelquefois confluents, au point de former, sur la surface d'une coupe, des marbrures dont la teinte varie depuis le rouge-clair jusqu'au rouge-foncé; ces marbrures sont' quelquefois étendues et formées de points et de stries si multipliés, qu'elles paraissent, au premier coup d'œil, d'un rouge uniforme. On peut aisément, par la dissection, reconnaître, en grattant légèrement avec la pointe d'un scalpel, que ces stries s'étendent irrégulièrement en profondeur, tantôt en affaiblissant leur teinte, tantôt, au contraire, en devenant d'un rouge plus foncé, sans aucune régularité dans leur disposition. Le tissu cérébral, à ce degré d'inflammation, est d'une teinte légèrement rougeâtre pour la substance grise, et un peu rosée pour la blanche. Ce tissu est aussi plus dense que dans l'état sain, et paraît moins visqueux ; il est en quelque sorte plus

sec ; il a du reste conservé toute son organisation.

Aux limites de ces inflammations encore peu avancées . on ne remarque en général qu'une congestion vasculaire assez marquée, et un certain degré, à la vérité très faible, mais assez évident, de ramollissement de la pulpe. Ce ramollissement, qui est loin d'être porté au poirît d'être par lui-même une lésion grave, ne se reconnaît que par comparaison de la partie qu'il occupe avec le reste du cerveau sain auquel il est continu , et surtout avec la partie malade. Il nous a paru que ce ramollissement, qui se caractérise surtout par un plus haut degré d'humidité et de viscosité de la pulpe, dépendait d'une infiltration de sérosité aux limites de l'inflammation; ce qui nous porte à le croire, c'est que l'on remarque en même temps une infiltration séreuse très prononcée de la pie-mère, limitée à l'étendue du ramollissement adjacent.

io38. Il est rare, quand l'inflammation cérébrale a persisté pendant un certain temps , ou a acquis une certaine violence , que l'on n'observe pas des désordres plus profonds. Dans l'observation suivante, nous allons voir la maladie fort étendue, et commençant à passer à~un plus haut degré d'intensité. Cette observation complétera utilement la description des caractères de l'inflammation au premier degré, c'est particulièrement elle qui nous a servi de type.

Obs. CXXXIII. Etienne Labeisfue, ouvrier maçon, âgé de vingt-huit ans, eut au cabaret et étant ivre, une querelle avec un camarade. Il reçut plusieurs coups de poing dans la figure et sur la tête, et deux coups de pied dans le ventre qui lui firent perdre connaissance; revenu à lui, il but du vin chaud sucré et fut reconduit chez lui. Le lendemain, il se plaignait de l'estomac; il eut deux vomissements. Il n'en passa pas

Il6 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

moins toute la journée à travailler sur un échafaud élevé, à l'ardeur du soleil. Le soir même Labeigue fut pris de fièvre avec frisson et vomissements; le lendemain un érysipèle à la face se montra avec une fièvre violente; le malade était très abattu et assoupi, il eut, la nuit suivante, du délire dans lequel il accusa son camarade de l'avoir assassiné. Les accidents augmentèrent malgré l'administration de deux vomitifs , et quoique l'on eût pratiqué trois saignées. La somnolence devint continuelle; la fièvre persista, et le malade succomba le sixième jour. L'érysipèle avait cessé dans la nuit du quatrième au cinquième. Nous avons recueilli ces détails de l'officier de santé qui donna ses soins à Labeigue , avant de procéder à l'ouverture du cadavre, qui eut pour objet de constater s'il avait succombé par suite des coups qu'il avait reçus, comme l'établissait un certificat de cet officier de santé.

Le cadavre, examiné vingt-neuf beures après la mort, par un temps très cbaud , présentait des sugillations aux épaules et à la partie postérieure du cou. La desquamation de l'épiderme, et une couleur livide de la face, étaient les traces de l'érysipèle qui avait existé dans cette partie. — A l'incision du cuir cbevelu, il s'écoula beaucoup de sérosité rougeâtre; on ne remarqua aucune ecchymose dans aucune partie des téguments de la tête ; le crâne fut scié et enlevé avec précaution, il n'offrit ni fêlure ni enfoncement; la dure-mère était saine; l'arachnoïde, dans la cavité de laquelle étaient épanchées environ deux cuillerées de sérosité rougeâtre, était laiteuse, et tapissée d'une coucbe de matière visqueuse blanchâtre , peu épaisse sur toute la surface de l'hémisphère droit, et sur le lobe moyen de l'hémisphère gaucbe ; la pie-mère était fort injectée et très infiltrée de sérosité. En fai-

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. llj

san t. une incision transversale dans le lobe moyen de l'hémisphère gauche, pour pénétrer dans le ventricule sans déranger le cerveau , nous remarquâmes que le ventricule latéral gauche contenait environ une cuillerée de sérosité jaunâtre ; la pulpe cérébrale était généralement peu consistante , et ses vaisseaux très remplis de sang , mais elle n'était point sablée. Près de la surface externe du lobe moyen , dans une étendue d'un pouce environ , la substance corticale offrait des stries et des points rouges foncés , très multipliés , sur un fond légèrement rougeâtre ; elle avait une densité plus grande que dans l'état sain; c'était sur cet endroit que l'arachnoïde était enflammée. Du côté droit , le ventricule était distendu par de la sérosité un peu laiteuse, mais la pulpe cérébrale , dans tout le lobe antérieur et dans tout le lobe moyen, était complé" tement sablée de petites stries et de petites taches 3 dont la couleur variait du rose-clair au rouge-brun» On remarquait ca et là des marbrures de plusieurs lignes d'étendue en différents sens j le tissu cérébral ainsi affecté était généralement rosé et augmenté de densité ; il se dilacérait d'une manière plus nette que dans l'état sain , où sa déchirure est celle d'une pulpe molle et visqueuse. Ces altérations étaient plus prononcées dans la substance grise que dans la pulpe blanche. L'arachnoïde du ventricule était opale et un peu épaissie. Le tissu de la couche optique était, en presque totalité , converti en un noyau de substance assez dense y d'un rouge vif presque uniforme, au milieu duquel on voyait une pulpe molle demi-liquide > d'un rouge lie de vin y qui se séparait facilement de la substance rouge y dure et friable qui V environnait. La protubérance annulaire était saine , et d'une texture assez ferme ; l'arachnoïde de la base était saine ; le tissu du cer-

Il8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

velet était un peu mou ? ses vaisseaux un peu engorgés ; la moelle épinière était saine dans toute sa longueur. — L'estomac présentait une couleur rouge obscure, sur la membrane villeuse, au voisinage du pylore. Les intestins étaient dans l'état pbysiologique ; les viscères du thorax étaient également exempts d'altération ; les poumons étaient un peu engorgés de sang et de sérosité.

Remarquons dans celte observation que l'inflammation de l'arachnoïde correspondait partout à l'inflammation de la pulpe; le lobe moyen gauche présentait une inflammation limitée et caractérisée par une teinte rougeâtre uniforme, avec des stries très multipliées et d'un rouge foncé. L'inflammation avait donc acquis un plus haut degré que dans l'hémisphère droit, où elle occupait une plus grande étendue, et n'avait point encore déterminé la couleur rougeâtre uniforme, ni des stries et des marbrures aussi multipliées. C'est dans la couche optique que la phlegmasie avait le plus haut degré d'intensité; là, la couleur rouge est uniforme, le tissu est très augmenté de densité; et au milieu de ce noyau, se présente une pulpe ramollie rouge, diffluente, désorganisée. Ici la pulpe n'a pu résister à l'infiltration inflammatoire, elle a été comme dissoute et réduite en deliquium rougeâtre lie de vin , pendant que dans la partie voisine , le travail phlegmasique la rendait au contraire plus dense.

Il ne faut pas perdre non plus de vue, dans l'observation que l'on vient de lire, les désordres en quelque sorte secondaires et accessoires à la phlegmasie : dans la partie de l'hémisphère gauche , qui n'était point enflammée, le tissu cérébral était peu consistant, et ses vaisseaux étaient dans un état de congestion.

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. I ig

N'est-ce pas là la congestion qui se remarque autour des foyers inflammatoires? ne conçoit-on pas bien cette diminution de densité naturelle , quand on pense qu'elle coïncide avec l'infiltration séreuse de la pie-mère , et qu'elle s'explique si naturellement par une surabondance de sérosité dans le tissu si délicat du cerveau ; surabondance qui se remarque , ainsi que là congestion , et en même temps qu'elle , autour des foyers inflammatoires dans tous les autres tissus de l'économie ?

103g. Avant de décrire les désordres qui caractérisent un plus haut degré d'inflammation cérébrale , et dont l'état de la couche optique nous a offert un exemple dans le dernier fait que nous avons cité , analysons encore des observations.

Obs. CXXXIV. Un homme de soixante-huit ans , d'un tempérament sanguin , fut apporté à l'Hôtel- Dieu de Paris dans un état qui simulait une fièvre ataxique. Diminution notable des fonctions des sens • délire sourd ; sensibilité générale conservée j légère hémiplégie à gauche, avec rigidité manifeste dans les muscles; respiration et pouls dans l'état naturel. Le malade resta dans cette situation pendant six jours, puis les symptômes s'aggravèrent; il tomba dans un état comateux, la respiration devint sterloreuse, et la mort survint.

On trouva au milieu de l'hémisphère droit une portion de la substance médullaire réduite en putrilage» La circonférence de cette espèce de foyer était injectée d'un rouge amarante , endurcie , enflammée ; il y avait environ deux cuillerées de sérosité dans chacun des ventricules. ■

'DaD. Delavauterie , Dissert, sur l'Apoplexie. Paris , 1807.

L'en durcissement et la rougeur uniforme de la substance cérébrale autour de la pulpe désorganisée , et comme réduite en putrilage, est particulièrement ce sur quoi nous appelons l'attention. Cet endurcissement se remarque autour ou auprès des foyers remplis de matière cérébrale désorganisée , comme de ceux qui sont remplis de pus véritable. Il peut être porté au point de cbanger tout-à-fait l'aspect du tissu cérébral , qui devient comme carnifié , et il peut exister sans qu'il y ait encore ni désorganisation , ni suppuration dans la pulpe enflammée.

Sur le cadavre d'une fille morte à l'Hôtel-Dieu de Paris, en 1824, et à l'ouverture duquel nous avons assisté, la substance du cerveau, à la face interne du lobe postérieur, dans une épaisseur d'environ cinq à six lignes, sur plus d'un pouce de longueur, était tellement indurée et infiltrée, qu'elle se coupait par trancbes , et supportait, sans se rompre, un ceriain degré de traction. Cetle partie du cerveau , qui avait une couleur rouge vermeille uniforme, se continuait par une dégradation insensible avec la pulpe, qui présentait la rongeur striée et sablée , et l'augmentation de densité qui caractérisent le premier degré d'inflammation ; aucune portion ramollie ni suppurée ne se trouvait dans le cerveau ; il existait une arachnoïdite de la convexité et des ventricules. Nous verrons, dans les observations suivantes, d'autres exemples de cetle induration inflammatoire du tissu cérébral.

Obs. CXXXV. Nous fumes appelé, en 1822, pour donner des soins au fils d'un ancien pbarmacien militaire, âgé de neuf ans, et malade depuis huit jours. Cet enfant, d'une assez forte constitution, avait été pris de vomissements, qui avaient succédé à la dispa-

rition d'une éruption du cuir chevelu . Son père lui avait administré un vomitif et deux purgatifs, les accidents avaient été en augmentant; et quand nous vîmes le malade, il était dans l'état le plus fâcheux; assoupissement profond; contraction des deux bras; couroide; pouls irrégulier et intermittent; ventre très tendu; selles involontaires; dents serrées; absence complète de connaissance. La mort arriva la nuit suivante. D'après l'état où nous avions vu le malade, et l'incertitude où nous étions sur la nature d'une maladie si grave et si rapidement mortelle , et comme on n'avait appelé aucun médecin avant nous, nous exigeâmes l'ouverture du cadavre. Elle fut pratiquée vingt-six heures après la mort.

L'ouverture de la tête donna issue à environ un demi-verre de sérosité trouble. L'arachnoïde était couverte, sur toute l'étendue des lobes postérieurs, d'une couche puriforme : elle était opaque et épaissie, du pus était infiltré dans la pie-mère. Les ventricules examinés en place étaient distendus par une sérosité trouble, lactescente. Toute la substance corticale des lobes postérieurs des deux côtés, mais surtout du côté gauche, était dans un état d'induration rouge très remarquable. La pulpe, ainsi affectée, était généralement teinte d'une rougeur ponctuée et striée très pro* noncée; sa densité était fort augmentée, mais seulement par places étendues de six à huit lignes selon la direction des replis des circonvolutions. La rougeur était uniforme, et la densité du cerveau encore plus considérable Le tissu, ainsi affecté, se coupait assez facilement par tranches horizontales ; il était friable, mais n'avait plus sa viscosité, et surtout sa mollesse naturelle. Ces noyaux enflammés pénétraient, sans changer de nature, jusque dans la substance blanche.

122 ANATOM1E PATHOLOGIQUE

Du côté droit, il s'était formé, autour d'un sem-blable noyau, un épanchement sanguin qui formait un caillot plat et assez dense, qui isolait la partie ainsi indurée du tissu cérébral environnant également enflammé, mais à un moindre degré. Les parois de ce petit épanchement sanguin étaient dilacérées et rugueuses. L'inflammation occupait également l'arachnoïde de la base, dans toute son étendue. Sur la protubérance annulaire, cette membrane était très épaissie, fort rouge et infiltrée de sang très intimement combiné avec le tissu de la pie mère. La protubérance annulaire, dans toute son épaisseur, était convertie en un tissu rouge brunâtre très dense , friable , dans lequel étaient disséminés cinq à six petits épanchement s de sang, chacun du volume d'un gros grain de plomb. On ne reconnaissait, dans la protubérance ainsi affectée, qu'une portion du volume d'une noisette, qui conservât l'aspect naturel du tissu cérébral : elle occupait la moitié gauche de ce prolongement, et présentait une augmentation notable de densité avec des stries et des points rouges vermeils très multipliés sur un fond d'un jaune rougeâtre. La moelle et ses annexes étaient saines. Toutes les parties du cerveau rougies par l'inflammation, ne furent point décolorées, en faisant tomber sur elles un filet d'eau. — La villeuse du cœcum offrait deux larges plaques brunâtres, d'un rouge livide; une ulcération arrondie, à bords renversés, existait sur une de ces plaques; l'autre n'était surmontée que d'une petite ulcération infundibuliforme, à bords frangés, qui paraissait produite par l'issue d'un bourbillon formé dans une crypte mucipare. — Tous les antres viscères étaient sains.

L'infiltration du sang dans le tissu cérébral, par suite de l'inflammation , a été très évidente sur le sujet de

l'observation précédente : en même temps que, par la violence de l'inflammation , du sang s'infiltrait dans l'arachnoïde et dans la pie-mère sur la protubérance annulaire; ce fluide, déchirant le tissu cérébral, s'épanchait en petits foyers circonscrits dans l'épaisseur de la protubérance elle-même, et formait un foyer étendu dans la substance corticale de la convexité du lobe postérieur.

iq4o. Les observations que nous venons de rapporter, nous paraissent avoir bien fait connaître l'état de la pulpe cérébrale qui nous semble caractériser le plus haut degré d'inflammation aiguë compatible avec l'organisation du tissu encéphalique. Cette inflammation n'existe jamais dans une grande étendue; elle se présente sous la forme de portions irrégulières, de noyaux inflammatoires , autour desquels le tissu présente les caractères de l'inflammation plus modérée. Ces portions enflammées ne sont point exactement circonscrites; elles se continuent et se fondent naturellement, avec les parties environnantes moins enflammées, par une dégradation progressive de la phlegmasie. Le tissu cérébral > dans les noyaux inflammatoires dont nous parlons, est uniformément rouge, d'une teinte qui varie du rouge vermeil au rouge ponceau; il est très dense et dépourvu de viscosité; il se déchire également bien dans tous les sens : il a cependant acquis une certaine élasticité. Quand ces portions, fortement enflammées, sont à la surface du cerveau, on remarque qu'elles adhèrent plus fortement à l'arachnoïde enflammée que les parties saines environnantes; ce qui fait qu'en détachant la séreuse, on enlève quelquefois en même temps qu'elle, si l'inflammation s'est propagée au cerveau , des plaques de substance corticale ainsi altérée. Sur les portions de la pulpe for-

1^4 ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE

tement enflammées, qui ont ainsi suivi révulsion de la pie-mère, on remarque des filaments rouges, ramifiés, le long desquels adhèrent de petites portions de substance cérébrale plus ou moins rougie. Ces filaments sont des vaisseaux engorgés, qui se prolongeaient dans le tissu du cerveau moins enflammé, et qui ont suivi l'évulsion du noyau ou de la plaque inflammatoire.

Le tissu cérébral, dans l'état que nous décrivons, ne se décolore pas par les lotions répétées. -En le soumettant à la percussion continue d'un filet d'eau, on le déchire, et on voit, sur les bords de la rupture produite par la percussion de l'eau, ctes filaments d'un gris rougeâtre très déliés, et qui paraissent être des vaisseaux ramifiés dans le tissu malade.

jo4i. Reportons maintenant l'attention sur une altération inflammatoire qne nous avons remarquée dans la couche optique du sujet de l'obs. CXXXIII, et au milieu de l'hémisphère droit de celui de l'observation CXXXIV. Voici un autre exemple de cette lésion cérébrale.

Obs. CXXXVI. Un cocher étant ivre , tomba de son siège et reçut une violente contusion à la région pariétale gauche. On l'emporta sans connaissance. Des sangsues furent appliquées aux tempes; la connaissance revint; le malade resta cependant assoupi pendant deuxjours; le troisième, l'assoupissement avait cessé; il demandait à manger; la langue était embarrassée. Le soir, invasion de la fièvre avec délire et vomissements. Les accidents persistèrent , le malade fut transporté à l'Hôtel-Dieu le huitième jour après sa chute. Le côté gauche était entièrement paralysé, mais les membres étaient roides et fléchis; le coma était continuel; les pupilles étaient dilatées. On appliqua des sinapismes aux genoux , et l'on pratiqua une saignée

de quatre palettes; le coma diminua un peu dans la soirée; la nuit suivante, rêvasserie, parole difficile, bégaiement. Le neuvième jour, perte de la parole, coma profond, respiration difficile, mort dans lay journée.

Il n'existait aucune lésion au cuir chevelu , ni à la boîte osseuse. L'arachnoïde de la convexité, particulièrement sur l'hémisphère gauche, était granuleuse, rouge, épaissie, et couverte d'une couche puriforme. En la détachant de la surface de l'hémisphère gauche, on entraîna une portion du cerveau ramollie à la consistance de putrilage , et ayant la couleur lie de <vin. Un foyer, du volume d'un oeuf de pigeon, s'étendait dans la substance corticale, et dans la substance médullaire de l'hémisphère droit, à la partie supérieure du lobe moven. Ces deux substances j avaient la même couleur, rouge lie de vin. Examinée à la loupe y la pulpe cérébrale ainsi ramollie , parut entièrement désorganisée j on ri y observait plus de disposition fibreuse j le foyer était circonscrit par la substance cérébrale endurcie , rouge et conservant parfaitement sa disposition fibreuse. Le ventricule étaitplein de sérosité; l'arachnoïde qui le tapisse, était légèrement rugueuse; un épanchement sanguin du volume d'une noisette, existait dans le tissu du lobe postérieur. Le tissu cérébral , déchiré autour de cet épanchement, était rouge, mais cette rougeur, due à la partie colorante du. sang extravasé, disparut par le lavage. Du côté gauche la pulpe cérébrale était ramollie dans V épaisseur de la couche optique y ce ramollissement était d'une couleur blanche verdâtre, et avait l'étendue d'un gland, on reconnaissait facilement qu'il était le produit d'une infiltration de pus jaune verdâtre. A la partie inférieure de ce foyer se trouvaient deux gouttelettes de pus ,

grosses comme deux lentilles, et très facilement reconnaissables. Le tissa cérébral qui environnait cette désorganisation, n'était que légèrement rosé et évidemment un peu augmenté de densité. Cette augmentation de densité s'étendait à une parlie du corps calleux, et au pédoncule du cerveau, dont le tissu était sablé y et présentait une plus grande quantité de vaisseaux injectés que dans Vètat physiologique, surtout comparativement au côté opposé, L arachnoïde était enflammée dans une grande partie du cerveau de ce côté. — Le poumon droit était infiltré de sang. La villeuse était phlogosée à l'extrémité pylorique de l'estomac ; elle l'était aussi légèrement dans le duodénum, et à un plus haut degré dans l'iléon. La muqueuse vésicale était légèrement enflammée.

Cette observation présente en même temps deux altérations cérébrales distinctes, toutes deux également inflammatoires.

La première, dont nous nous occupons spécialement ici , est la désorganisation trouvée dans l'hémisphère droit; la rougeur vive, et l'endurcissement de la pulpe autour du foyer , sont les caractères de l'inflammation intense, quia déterminé dans la substance molle et délicate du cerveau, ce ramollissement rougeaire, couleur lie de vin, que nous attribuons à une infiltration de sang séreux , déterminée par l'inflammation. Le ramollissement rouge de la pulpe cérébrale survient au voisinage d'une portion de la pulpe enflammée, de la même manière qu'il s'opère au contact de l'arachnoïde enflammée à la surface du cerveau, comme cela est aussi arrivé à la surface de l'hémisphère gauche, dans le sujet de l'observation que l'on vient de lire.

L'autre altération inflammatoire, est celle de la

couche optique gauche ; là , la phlegmasie est arrivée jusau'à la suppuration, et a produit la désorganisation du cerveau par l'infiltration du pus dans son tissu.

1042. Dans les ramollissements rouges inflammatoires du cerveau, la pulpe ramollie est d'une couleur qui varie depuis le rouge briqueté jusqu'au ronge lie de vin foncé; la substance ramollie est difïluente et ne présente plus de trace d'organisation fibreuse ; c'est un deliquium assez homogène, au milieu duquel on reconnaît souvent des vaisseaux très engorgés ; ces vaisseaux s'enlèvent par une légère traction, du milieu de la pulpe; ils entraînent ordinairement de petits débris de substance cérébrale rouge et dense qui leur sont adhérents. La pulpe ramollie ne se présente point isolée au milieu de la pulpe saine, comme cela se voit dans certains ramollissements par infiltration non inflammatoires; on trouve toujours dans quelque partie du foyer, soit dans son milieu , soit, ce qui est le plus fréquent, à ses limites, une portion de pulpe présentant les caractères de l'inflammation aiguë que l'on connaît déjà (io38), ou ceux qui sont propres aux phlegmasies suppurées que nous ferons connaître bientôt. Cette circonstance prouve que le ramollissement rouge inflammatoire ne se forme pas par un autre mécanisme dans l'épaisseur de la pulpe enflammée qu'à la surface du cerveau, au contact de l'arachnoïde enflammée, où il est si facile de reconnaître l'infiltration de sang séreux, que le voisinage de l'arachnoïde enflammée a déterminée dans la pulpe cérébrale par la propagation de la congestion inflammatoire dans les vaisseaux qui se rendent de la séreuse enflammée au cerveau. Il y a une ligne de démarcation bien tranchée entre la pulpe indurée et rougie et la pulpe ramollie à leur point de contact; le

ramollissement commence subitement, et il est porté au plus haut degré au contact du tissu rougi et induré ; il devient moindre en s'en éloignant, à moins que le foyer ramolli ne soit complètement entouré par le , tissu enflammé et induré. Lorsque cela n'a pas lieu, on remarque que la pulpe rouge ramollie se confond peu à peu avec la pulpe saine, qui est à ses limites très infiltrée de sérosité , et d'une densité évidemment moindre que celle de l'état sain.

io43. La pulpe cérébrale ramollie dans les inflammations aiguës, présente différentes modifications relatives au degré de la phlegmasie, et à la structure du tissu qu'elle affecte. Quand la congestion inflammatoire est très forte, que la maladie a son siège dans une partie du cerveau très vasculaire, comme par exemple dans le corps calleux, on voit des filets et de petits caillots sanguins arrêtés, et comme incorporés dans la pulpe ronge ramollie ; ce qui donne à cette substance une couleur rouge striée. Quand la phlegmasie^a duré quelque temps à un degré modéré, le foyer ramolli se trouve toujours isolé par une couche de tissu très enflammé, présentant une vive injection vasculaire et une certaine densité. La pulpe ramollie est alors déjà plus ou moins décolorée; elle est plus déliquescente ou mêlée à de la sérosité incolore qui semble occuper de petites locules dans son épaisseur. C'est surtout aux limites xdu foyer que l'on observe ces modifications, qui sont les marques d'un commencement d'isolement et de résorption de la pulpe désorganisée. Lorsque par les progrès de l'inflammation la suppuration s'effectue déjà, la pulpe ramollie devient d'un rouge grisâtre, et se rapproche de plus en plus de l'aspect du pus qui s'isole quelquefois en gouttelettes dans son épaisseur.

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. 12g

io44- Il nous reste à parler des inflammations aiguës suppurées de la pulpe cérébrale ;. la dernière observation nous en a déjà offert un exemple. La suivante nous présente une des principales formes des phlegmasies aiguës cérébrales parvenues à ce degré.

Obs. CXXXVII. Madame M , âgée de vingtdeux ans, d'une assez forte constitution et d'une taille élevée, ayant beaucoup d'embonpoint, fut heureusement accouchée de son troisième enfant par le docteur Léveque-Lasource. Cette dame n'avait jamais été atteinte de maladie grave ; elle n'avait éprouvé aucun accident pendant sa grossesse, si ce n'est une légère céphalalgie dans le dernier mois. Cet accident, après avoir persisté quelques jours, avait cédé à des soins de régime. Elle était préoccupée pendant sa grossesse qu'elle périrait en couche. Elle voulut nourrir son enfant. La sécrétion du lait s'établit, mais M. Léveque- Lasource remarqua que le bouillon , quoique donné en petite quantité, provoquait un mouvement fébrile. Le septième jour après son accouchement, madame

M voyait depuis deux jours son enfant avec un

peu d'indifférence ; elle se faisait les mamelons avec des bouteilles, lorsqu'elle vit sortir d'un des mamelons environ une cuillerée à café de sang; à l'instant elle s'effraie, l'idée qu'elle périra dans cette couche se présente de nouveau à son esprit; elle pâlit et perd connaissance. Revenue à elle au bout de trois qua rts d'heure, elle commence à se plaindre d'une forte céphalalgie du-côté gauche. Les seins étaient devenus flasques, la sécrétion du lait avait cessé. Cette céphalalgie ne fut pas diminuée par deux applications de sangsues, faites le lendemain. Le neuvième jour, gêne de la respiration avec point de côté , qui disparurent à la suite d'une application de sangsues aux bras et à 11. 9

l3o ANATOMIE PATHOLOGIQUE

î'épigastre. Cependant la céphalalgie continuait, et les lochies , qui paraissaient en petite quantité avant la commotion morale du septième jour, avaient aussi cessé. Le dixième jour, nouvelle commotion morale, causée par le feu qui prit aux rideaux du lit. La céphalalgie persistait ; elle fut de nouveau inutilement combattue par dés sangsues à la tête et à la vulve. Le dix-septième jour, augmentation de la céphalalgie et douleurs dans l'oreille gauche. La veille il était survenu des symptômes comminatoires d'une double pneumonie, mais moins intenses que ceux du neuvième jour. Des sangsues avaient été de nouveau appliquées à I'epigastre et aux bras, auxquels on n'avait pu trouver de veine pour saigner. Vers le soir, après un sommeil de trois quarts d'heure, madame M.... s'aperçut à son réveil que son bras droit était engourdi et qu'elle ne pouvait plus le mouvoir ; la jambe du même côté était aussi engourdie. Le dix-huitième jour, la paralysie augmente , la langue s'embarrasse. Le dixneuvième , les accidents paralytiques font de nouveaux progrès; on pratique une forte saignée du bras, qui donne un sang un peu couenneux ; vingt sangsues sont appliquées aux tempes. Le dix-neuvième jour au soir ( Ier février 1826), nous vîmes la malade pour la première fois avec M. Landré-Beauvais , appelé, ainsi que nous, par M. Lévêque-Lasource; nous la trouvâmes dans l'état suivant : pupilles peu mobiles, regard un peu fixe; langue humide, ne pouvant être sortie de la bouche, mais non déviée; aucune rigidité au cou ; bras droit entièrement insensible et privé de mouvement, sans rigidité; jambe droite également sans rigidité, conservant un peu de sensibilité quand on la pince. La malade ne peut retenir ses urines, mais elle s'en aperçoit; elle ne peut arti-

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l3l

culer que oui et non , la vue et l'ouïe sont conservées des deux côtés ; l'odorat n'est point éteint , car l'odeur de camphre du baume opodeldoc, avec lequel on a fait dans la journée des frictions sur les membres paralysés, a déterminé un vomissement, circonstance qui avait eu lieu également par la même odeur avant la paralysie. Peau halitueuse ; pouls donnant de quatre-vingt-dix à quatre-vingt-quinze pulsations, large, un peu résistant (c'est la première fois qu'il y a de la fièvre depuis la céphalalgie). Le thorax exploré fait entendre un peu de râle crépitant à gauche et en avant; la respiration n'est pas gênée ; la malade indique par signes qu'elle souffre du côté gauche de la tête (vésicatoire à la nuque et à la cuisse droite, huit sangsues à la vulve). A partir de cette époque, nous avons continué à soigner la malade avec M. Lévêque - Lasource. Le i février , vingtième jour de l'accouchement, onzième de la céphalalgie et troisième de la paralysie, il survint pendant le jour une agitation extrême ; la malade perdit complète^ ment la faculté de prononcer les monosyllabes, et la sensibilité s'éteignit tout à -fait dans le côté droit; elle regardait d'une manière étonnée, et ne paraissait pas reconnaître. Le pouls devint si fréquent qu'il donna jusqu'à cent trente six pulsations par minute ; il y eut quelques soubresauts de tendons. (Prescr. : quinze sangsues derrière V oreille gauche , glace sur la tête pendant cinq heures , après les sangsues ; sinapismes volants sur les extrémités ; vingt-quatre grains de calomélas en six prises , tisane de chiendent. ) Le 3 février au matin , mieux marqué ; pouls à cent vingt-quatre pulsations et plus souple; paralysie un peu diminuée : les mêmes moyens que la veille amènent une nouvelle diminution des accidents. Le soir, le regard était na-

l32 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

turel, la connaissance était revenue, elle répondait oui quand on lui demandait si elle souffrait de la tête ; elle retirait , quand on les pinçait , les membres paralysés, mais e\\e ne pouvait leur donner d'aulre mouvement. Les urines sont très abondantes , mais rendues involontairement; le malade s'en aperçoit et appelle par signes la garde : elle se relève avec sa main gauche sur son lit. Pouls à cent huit pulsations ; langue humide , ne pouvant être sortie de la bpuche. Le calomélas n'a provoqué aucune selle ; le ventre est un peu tendu. ( Cataplasme émollient sur le ventre ; lavement avec huile de ricin \ b , tisane de chiendent. ) Le matin du 4 février, vingt-deuxième jour de l'accouchement , treizième de la céphalalgie , cinquième de la paralysie, pouls assez développé, à quatrevingt-seize pulsations ; il est survenu des évacuations alvines pendant la nuit ; ventre souple et indolent. Elle retire la jambe paralysée lorsque l'on chatouille la plante du pied; elle sent quand on pince le coude-pied , mais d'une manière obscure ; elle a aussi plus de sensibilité à la main paralysée ; elle répond oui à toutes les questions qu'on lui adresse. La langue ne peut toujours pas être sortie ; elle est un peu jaune et humide. (Prescr. : douze sangsues derrière V oreille gauche , glace sur la tête , sinapism.es aux pieds. ) M. Lévêque reconnut dans la journée de fréquents soubresauts de tendons. A six heures et demie du soir, elle était depuis une demi-heure dans un état convulsif caractérisé par les symptômes suivants : contractions saccadées et alternatives des extenseurs et des fléchisseurs des deux côtés; dents serrées, respiration bruyante et accélérée ; alternatives de rougeur et de pâleur à la face ; pouls excessivement fréquent; le bras paralysé et demi-fléchi est contracté et

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l33

serré sur le ventre; rigidité des extrémités abdominales. (Preser. : bain tiède , lavement émollient. ) Les accidents convulsifs ont diminué dans le bain, qui a été prolongé pendant trois heures, mais ils n'ont cessé qu'à trois heures du matin. Le 5 février au matin, même état que la veille à pareille heure ; pouls à cent dix pulsations. (Bain à vingt-six degrés; cataplasme émollient sur les extrémités ; frictions générales avec l'huile d'olive chaude; mêmes boissons, ) Le soir, peau fraîche ; pouls comme le matin ; cris perçants non motivés ; elle ne peut indiquer en aucune manière le siège des douleurs ; soubresauts de tendons assez rares; les cris ont redoublé dans la nuit. Le 6 février, les cris continuent; pouls à cent quatre pulsations; elle répond oui et non indistinctement. Cependant elle fixe son attention et fait des efforts pour articuler; alternatives de rougeur et de pâleur de la face. Il faut la pencher un peu à gauche pour qu'elle puisse avaler, et encore les boissons passent-elles difficilement; les lavemens ressortent comme d'un vase inerte; aucune évacuation. Le soir, les cris continuent ; iU augmentent, et se joignent à de l'agitation quand on touche le pied paralysé ; la déglutition est encore plus difficile que le matin ; le pouls est irrégulier pour la première fois; la nuit, deux selles liquides. Le 7 février, pouls intermittent à cent vingt pulsations ; soubresauts de tendons; agitation, alternatives de rougeur et de pâleur de la face. (Bain à vingt-six degrés , de quinze minutes de durée ; affusion à dix-huit degrés pendant trois minutes; dix sangsues derrière V oreille gauche avant le bain.) A huit heures du soir, chaleur de la peau audessous du degré naturel ; pouls toujours très fréquent; elle ne peut boire que très peu avec un biberon ; quatre selles, liquides, spontanées, sont survenues dans la jour-

née. Le 8 février, vingt-sixième jour de l'accouchement, dix-septième jour delà céphalalgie, neuvièmejourdela paralysie , M. Récamier nous fut adjoint comme consultant. Nous la trouvâmes dans l'état suivant : Elle ne peut plus articuler ni oui ni non; le regard est fixe et hébété; les dents sont serrées; le bras droit contracté et demi-fléchi sur le ventre; le bras gauche dans une agitation continuelle; le pouls très fréquent; strabisme léger et en haut de l'œil gauche; les règles ont paru. (Six grains de tartre stibié en six doses , chaque dose dans une cuillerée à café de sirop de diacode. ) A trois heures et demie, elle avait pris deux grains démétique; la face était colorée; le bras droit n'était plus contracté; le pouls plus grand, mais aussi frt^uent. La malade était en sueur. A sept heures, sueur visqueuse; respiration stertoreuse; yeux inclinés en haut; mucosités et salive épaisses invisquant les dents et les lèvres; flaccidité des membres paralysés. Mort à huit heures. ]yi. Lévêque et nous nous ouvrîmes le cadavre le 1 2 février, quatre-vingt-quatre heures après la mort, au cimetière de l'Est , après exhumation. Le corps répandait une odeur fétide assez prononcée. La cavité abdominale était très météorisée ; la peau du ventre et des membres violâtre, et infiltrée par un commencement de décomposition putride. — La voûte du crâne enlevée, une incision longitudinale de la dure-mère sur le côté droit de la faux, nous fit remarquer la veine cérébrale moyenne très gonflée et flexueuse, surtout en s'approchant de la faux, où elle vient s'ouvrir dans le sinus longitudinal supérieur; elle avait le volume d'une plume à écrire, et nous la trouvâmes remplie d'une substance puriforme, jaunâtre, qui en oblitérait la cavité. Sur le trajet de cette veine, l'arachnoïde était légèrement laiteuse. La veine correspondante, du côté gauche,

était dans le même état. En détachant ensuite la faux, nous remarquâmes , sur sa longueur, une tumeur aplatie transversalement , longue de deux à trois pouces, et épaisse d'environ dix à douze lignes dans son milieu. Cette tumeur, sur laquelle on distinguait le tissu de l'arachnoïde et de la dure-mère dans l'état sain, occupait le trajet et le siège du sinus longitudinal supérieur. A la dissection, elle parut formée d'un tissu cellulaire grisâtre, friable, présentant une injection sanguine assez marquée, et une infiltration de pus jaune, opaque, qui paraissait, par endroits, déposé dans des cellules irrégulières. Toute la cavité du sinus longitudinal supérieur était ainsi dégénérée; à la surface du lobe antérieur droit, l'arachnoïde était légèrement opaque, et la pie-mère correspondante légèrement infiltrée de sérosité sanguinolente. Du côté gauche, sur la face externe et un peu inférieure du lobe moyen, et de la partie contiguë du lobe antérieur et du lobe postérieur, se remarquait une couche très mince de sang rouge, assez adhérente à la surface de l'arachnoïde; une infiltration de sérosité sanguinolente existait aux mêmes lieux dans la pie-mère correspondante; l'arachnoïde était en ces points épaissie et laiteuse. Ces désordres se prolongeaient dans la scissure de Sylvius. Les ventricules latéraux , ouverts par une incision transversale des hémisphères sans déplacer le cerveau, étaient vides. Le cerveau enlevé , on reconnut que l'infiltration sanguine de la pie-mère se prolongeait sur la protubérance annulaire; la séreuse y était légèrement épaissie et opaque. En incisant longitudinalement l'hémisphère gauche, nous reconnûmes un foyer allongé, remplissant tout le lobe postérieur et une grande partie du lobe moyen en dehors du ventricule latéral. Ce foyer était formé par une infiltration du pus jaune brunâtre

dans la pulpe cérébrale , très sablée , augmentée de densité par places , et dans d'autres points très ramollie. Celte pulpe ne conservait plus l'aspect de son organisation : elle était changée en une bouillie purulente, jaune grisâtre et rougeâtre par endroits. Dans quelques portions de ce foyer , qui eût contenu un œuf , il j avait une infiltration sanguinolente. La paroi externe de ce foyer n'avait qu'une à deux lignes d'épaisseur, et correspondait à l'infiltration sanguine et à la pblogose de l'arachnoïde, sur la face externe du lobe moyen gauche, et aux premières ramifications de la veine cérébrale moyenne supérieure gauche. Dans le tissu cérébral environnant, on remarquait par endroits des points ronges, bruns, et des stries d'un rouge intense disséminés et très rapprochés. La pulpe cérébrale était très dense dans ces endroits ponctués. Sur la surface inférieure du cervelet, on voyait une opacité assez marquée de l'arachnoïde. Une demi-once environ de sérosité était épanchée sur la base du crâne , après l'enlèvement du cerveau, dont le tissu était généralement assez ferme. — Le foie était gras et d'un jaune pâle. Les intestins, distendus par des gaz, ne présentaient aucune altération ; seulement on remarquait dans l'iléon une légère injection capilliforme, rosée, d'un pouce de diamètre, sans aucune altération dans la structure de la membrane villeuse. L'utérus était dans son état naturel. Les organes thoraciques étaient sains.

Cette observation , que nous avons déjà citée en parlant des phlébites cérébrales (g5o), nous offre réunies toutes les altérations inflammatoires de la pulpe, depuis la plus légère, dans laquelle le cerveau n'est que légèrement sablé, jusqu'à la plus intense, où. il est uniformément rouge et endurci. Elle nous présente aussi, à côté du ramollissement rouge et

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l3y

d'une infiltration sanguinolente, une infiltration de pus jaune brunâtre au milieu du tissu cérébral, présentant les caractères de l'inflammation aiguë. Dans l'observation rapportée avant celle-ci , le pus était également infiltré dans la pulpe; mais cette dernière était blanche; c'était seulement autour du foyer qu'elle offrait les traces de l'inflammation aiguë peu intense. Dans le fait que nous venons de rapporter, l'infiltration purulente s'était opérée dans le tissu enflammé lui-même; dans l'autre, c'était dans la pulpe saine voisine de la pulpe enflammée que ce fluide s'était infiltré ; il était même déjà réuni en foyer, puisque l'on distinguait deux gouttelettes de pus isolées à la partie inférieure de la désorganisation inflammatoire.

io45s Nous venons de voir le pus sécrété par la pulpe enflammée, sinfiltrant dans la pulpe saine, la ramollissant, et se creusant enfin un foyer dans son sein : lorsque le ramollissement rouge a précédé la suppuration et en a été comme le premier degré, ce qui arrive dans l'inflammation très intense, c'est dans la pulpe ainsi ramollie que vient se réunir le produit de la suppuration. Cela était arrivé cbez un homme qui mourut en 18 i 7 à la salle Saint-Charles del'Hôtel- Dieu de Paris, et dont M. Housard pratiqua l'ouverture du cadavre en présence de M. Récamier. Dans l'épaisseur du corps calleux on trouva une inflammation aiguë caractérisée par la couleur ronge uniforme, occupant environ le tiers de cette partie du cerveau; en ce point, la pulpe avait acquis une telle densité, que l'on pût la couper par tranches qui supportaient aisément un certain degré de traction avant * de se rompre. Cette partie du cerveau était tellement endurcie et infiltrée de sang, qu'on ne l'eût jamais

reconnue pour avoir appartenu à cet organe , si on l'eût présentée isolée. Soumise à des lavages répétés, elle ne perdit pas son aspect ronge comme carnifié (io3q). Au-dessous de celte partie enflammée , existait dans la pulpe saine un foyer purulent circonscrit du volume d'une fève de haricot, adjacent à une autre partie de la pulpe d'un volume presque double, complètement ramollie, d'une couleur rouge briquetée dans la moitié opposée au contact du pus, et dune couleur jaune verdâtre au contact de ce fluide qui la pénétrait et l'infiltrait.

1046. Quand le pus s'est creusé des foyers^ la pulpe reste enflammée autour d'eux; et si l'inflammation persisîe, elle fait naître une pseudo-membrane qui isole la partie ramollie et désorganisée, ainsi que le produit de la suppuration : c'est de cette manière que se forment les kystes ou les cicatrices cérébrales, auxquelles nous reviendrons. Il nous reste à donner un exemple de la formation des foyers purulents circonscrits, au milieu du tissu cérébral enflammé.

Obs. CXXXVIII. Une femme de trente-neuf ans éprouva, au mois d'octobre 1820, un retard dans ses règles; bientôt céphalalgie et hémiplégie à gauche, qui arriva le 25 octobre; on lui donna un émétique , elle perdit peu de temps après la parole. Le 26, elle tomba sans connaissance; le 28, conjonctives injectées, pupilles immobiles, un peu contractées, bouche déviée à droite ; paralysie du côté gauche ; rigidité des extrémités des deux côtés , sensibilité conservée à droite et à gauche; pouls résistant, respiration bruyante; mort dans la nuit.

Toute la portion d'arachnoïde qui recouvre les faces supérieure et interne de l'hémisphère droit du cerveau, avait acquis au moins une ligne et demie d'épaisseur; elle figurait une calotte albumineuse, infil-

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. 1 3o

trée d'un pus verdâtre, et intimement unie à la piemère, au-dessous de laquelle se trouvait également du pus stagnant sur les circonvolutions cérébrales, vers le sinus longitudinal supérieur. L'épaississement de la séreuse allait en diminuant sur la partie externe de l'hémisphère, à mesure que l'on approchait davantage de la hase; de sorte que dans cet endroit, l'arachnoïde était seulement opaque, rouge et augmentée de densité ; les vaisseaux de la pie-mère y étaient fortement injectés. Sur l'hémisphère gauche, l'arachnoïde n'avait une grande épaisseur que dans l'étendue de deux pouces de largeur environ , vers le bord interne , tandis que en dehors l'épaississement allait en diminuant, et était remplacé par de la rougeur. Sur toute la face interne de cette hémisphère, la séreuse était aussi épaissie et infiltrée de pus, quoiqu'à un moindre degré que du côté droit. Il était peu de points de la base où l'arachnoïde fût saine, si ce n'est sur la protubérance annulaire et dans son voisinage. Vers les scissures de Sylvius, elle était infdtrée de sérosité épaissie. La portion qui recouvre le cervelet était blanchâtre, opaque et très dense, particulièrement vers les régions supérieure et postérieure, tandis qu'à la base, elle était rouge, et les vaisseaux de la pie-mère fortement injectés. Dans la substance même du cerveau , à cinq lignes environ de profondeur dans l'hémisphère droit et à environ un pouce de son bord interne , existaient deux foyers contenant un pus grisâtre , et se prolongeant l'un et l'autre dans la pulpe cérébrale, au milieu de laquelle ils étaient for mes. Le plus étendu de ces foyers avait environ un pouce de longueur, sur un demi-pouce de large; il répondait à l'angle antérieur et supérieur du pariétal droit; l'autre était situé un peu plus en arrière, et n'avait qu'un pouce de Ion-

l4o ANATOMIE PATHOLOGIQUE-

gueur. Ces deux foyers, après avoir été abstergés, présentèrent une grande quantité de petits points rouges qui apparurent alors, ce qui n'était pas ce que l'on appelle cerveau sablé de sang, mais bien une rougeur générale de toute la surface de la pulpe en suppuration. Ce phénomène n'avait lieu que dans les foyers, et non dans les autres régions du cerveau. La substance cérébrale était irrégulièrement détruite dans les foyers et les fusées , mais leurs parois présentaient de la densité, et étaient blanches en plusieurs endroits. A deux ou trois lignes d'épaisseur , le cerveau était sain. L'hémisphère droit était dans son état naturel, ainsi que le cervelet et la protubérance annulaire. — Le ventricule gauche du cœur était développé; les viscères thoraciques et abdominaux étaient sains. ■

On pourrait rapprocher de l'observation que nous venons de rapporter , un fait consigné dans le tome VI du Journal général de Médecine , par M. Chizeau , médecin à Nantes ; c'est celui d'un enfant de neuf ans qui périt après avoir éprouvé pendant six semaines divers accidents convulsifs. A l'ouverture de son cadavre , on trouva les méninges très enflammées sur l'hémisphère droit du cerveau, dont la substance corticale était plus ferme que dans Vétat naturel, et d' une rougeur ponctuée. Tout cet hémisphère n était quun foyer purulent sans odeur-, on ny reconnaissait plus aucune trace d'organisation.

\oL\"j. En résumant les conséquences que nous avons déduites des«fails, nous sommes conduits à assigner aux phlegmasies aiguës du cerveau ; les caractères anatomiques suivants :

i°. Rougeur ponctuée ou striée de la pulpe avec con-

I Parent et Martinet, Ep. cit. , p. 446, Obs. XGIV-

DU TISSU NERVEUX ENFLAMMÉ. l4*

gestion vascnlaire et légère augmentation de densité. ( i o36). — Inflammation modérée.

2°. Rougeur uniforme ou disposée par stries con-^ fluentes; densité très marquée du tissu cérébral; injection vasculaire très forte (io;j8). — Inflammation intense.

3°. Ramollissement rouge, d'une teinte qui varie de la couleur briquetée à la couleur lie de vin; autour ou au centre du tissu, présentant les caractères de l'inflammation intense (1042). — Inflammation violente avec infiltration et désorganisation du cerveau par du sang plus ou moins séreux.

4°. Pus infiltré dans la pulpe plus ou moins désorganisée, ou réuni en foyer et mêlé au détritus de la substance cérébrale; caractères de l'inflammation intense autour du foyer (1 o44) Inflammation aiguë suppurée.

1048. On possède très peu d'exemples d'inflammation de la moelle épinière, constatée par l'ouverture des cadavres. Les faits recueillis par les auteurs et présentés comme des inflammations de la pulpe racbidienne, se rapportent le plus souvent à des maladies de tissu dont la nature inflammatoire est contestable, ou à des pblegmasies cbroniques. Nous n'avons vu qu'une fois la moelle épinière enflammée , par suite d'un coup sur la colonne vertébrale. La pulpe médullaire présentait dans cette observation , que nous avons rapportée ailleurs ( 407 ), un ramollissement rouge lie de vin, semblable à celui qui caractérise l'inflammation aiguë violente de la substance cérébrale. On conçoit que ce ramollissement doit arriver plus aisément encore, par l'infiltration inflammatoire . des fluides dans la moelle épinière , que dans le cerveau , à cause de la texture plus délicate du prolongement racbidien. Quelques faits rapportés par les au-

teurs, et surtout une observation insérée par M. Gaultier de Claubry, dans le tome XXXII du Recueil périodique des travaux de la Société de Médecine de Paris , sont de nature à faire croire qu'il suffit d'une congestion sanguine avec ou sans hémorrhagie , pour déterminer cette désorganisation caractérisée par un ramollissement rouge du tissu de la moelle épinière. Si cet organe est si facilement converti en un déliquium rouge et inorganique par une simple congestion, cela doit, à plus forte raison, arriver si une inflammation fait naître du pus, soit dans le tissu même de la moelle, soit dans ses enveloppes.

Névrites aiguës.

1049- L'inflammation aiguë des nerfs, d'une intensité modérée, se reconnaît aux caractères analomiques suivants : Le nerf est d'un rouge vif; il est tuméfié; ses filets sont plus écartés les uns des autres que dans l'état sain. Le névrilème présente une injection vasculaire d'autant pins serrée, que l'on est plus près du centre de la phlegmasie. On distingue cependant toujours, même dans l'endroit où la rougeur est la plus grande , un réseau vasculaire serré, que l'on retrouve par la dissection jusque sur les filets qui forment le centre du cordon nerveux. En examinant, à la loupe, ce réseau vasculaire naturellement injecte, v on voit une multitude de filets capillaires qui unissent transversalement les capillaires principaux qui suivent la direction du nerf, soit en rétrogradant, soit en se dirigeant vers sa terminaison; aucune injection artificielle, ne peut, dans l'état sain, mettre en évidence ces capillaires transversaux. Le tissu cellulaire interstitiel des cordons nerveux est lui-même fort injecté et très infiltré de sérosité.

A ce degré de l'inflammation, la pulpe nerveuse ne présente encore aucune altération apercevable. Les filets médullaires ne semblent pas augmentés d'épaisseur, ils paraissent dans l'état physiologique; l'injection, l'infiltration et la tuméfaction, semblent circonscrites dans le névrilème et dans le tissu cellulaire, qui réunit les filets et les faisceaux nerveux.

Obs. CXXX1X. Joseph , chapelier, entra à l'Hôtel- Dieu de Paris pour une violente douleur lombaire et unegrande difficulté à mouvoir l'extrémité abdominale droite, qui était très engourdie, et le siège d'une douleur formicante. Le ventre était très douloureux à la pression, dans la région iliaque droite. Le malade avait du dévoiement et une fièvre assez intense. La langue était rouge, fendillée; de petits aphthes étaient disséminés sur son extrémité et sur la muqueuse buccale. Cet homme était arrivé, six jours avant, de Lyon à Paris, à pied; les deux derniers jours de marche avaient été pénibles à cause d'une douleur obtuse qu'il ressentait dans le trajet du nerf sciatique droit. Cette maladie fut caractérisée : fièvre entéro-mésentérique avec douleur rhumatismale. Les accidents augmentèrent malgré un traitement évacuant et anliphlogistique assez actif; le membre devint tout-à-fait immobile, et légèrement infiltré autour du coude-pied et du genou. Le malade périt au bout de quinze jours.

A l'ouverture du cadavre, on trouva la villeuse du cœcum et du colon parsemée de plaques brunâtres et d'ulcérations à bords relevés et frangés. La villeuse du duodénum était d'un rouge vif. Les glandes du mésentère étaient très rouges et comme carnifiées. — » Le nerf sciatique droit, depuis le plexus ischiatique jusqu'au jarret, était très infiltré de sérosité, et augmenté de volume. Le plexus était légèrement rouge >

ï 44 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

et les vaisseaux qu'il reçoit étaient injectés, mais médiocrement. Le nerf était, dans tout son trajet, d'un rose foncé, présentant ses vaisseaux propres dans un état d'injection assez prononcé. A urupouce au-dessous de l'échancrure ischia tique, sur deux à trois pouces de longueur, le cordon nerveux était d'un rouge intense, offrant un réseau vasculaire injecté, très serré; l'infiltration et la tuméfaction du nerf, en ce point, étaient telles que son volume était triplé. On parvenait à séparer plus difficilement que dans le reste de son étendue, les filets et les faisceaux qui le constituent, à cause de leur fragilité. Une incision transversale faisait distinguer l'extrémité blanche des filets médullaires sur un foud rouge très infiltré. Le poumon droit était en partie hépatisé.

iooo. Quand l'inflammation d'un nerf a acquis plus d'intensité, le cordon nerveux est d'un rouge uniforme brunâtre ou violet; du sang pur "est extravasé et infiltré dans le névrilème. Le cordon nerveux gonflé paraît homogène dans sa texture et dune moins grande densité que dans l'état sain; on ne distingue plus le réseau vasculaire injecté que sur les limites de la phlegmasie. Le nerf, en cet état, se déchire presque aussi facilement en travers qu'en long, c'est un tissu spongieux rouge qui ressemble à un cordon de tissu cellulaire enflammé. Par une section en travers, on ne distingue la pulpe qu'à une matière rouge demiliquide qui forme des points dans l'épaisseur du cordon nerveux. Aux limites de l'inflammation, on remarque facilement que la pulpe nerveuse est rougic et comme ramollie; il y a des fdels qui semblent remplis de sang. En s'éloignant de l'inflammation jusqu'aux points où l'injection vasculaire est très légère, ie nerf paraît comme disséqué, ses filets semblent

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. I Zf5

séparés les uns des autres par une sérosité assez abondante; on remarque aussi la disparition complète des vésicules adipeuses dans le tissu cellulaire qui environne le nerf, ou qui pénètre dans son épaisseur. Voici des exemples sur l'homme, de ces névrites aiguës intenses que nous avons également étudiées sur des animaux.

Obs. CXL Un homme de quarante-sept ans était entré à l'Hôtel-Dieu pour des congestions cérébrales, dont il était tourmenté depuis plusieurs mois. Il £ut saigné deux fois, et les accidents cérébraux se dissipèrent. Trois semaines après l'entrée du malade à l'hôpital , une douleur à laquelle il avait été autrefois sujet, se développa le long de la partie postérieure de la cuisse, avec une violence qui devint bientôt extrême; il crut devoir l'attribuer à un refroidissement qu'il avait éprouvé la veille. On appliqua, le surlendemain, un vésicatoire sans soulagement. Cette douleur empêchait presque complètement les mouvements du membre abdominal gauche; elle s'exaspérait à la moindre pression de la région ischia- v tique de la cuisse, dirigée selon le trajet du nerf sciatique; il n'en résultait cependant aucune irradiation, mais un sentiment de déchirure dans le point comprimé. La douleur était continue, et toujours à peu près de la même intensité; le soir ni la nuit il n'existait point de paroxysme marqué. Il se manifesta de la fièvre qui augmenta de jour en jour. Le sixième jour de l'invasion de la douleur sciatique, cet homme tomba dans un coma profond ; des sinapismes et des vésicatoires aux membres inférieurs furent appliqués sans succès. La mort survint le neuvième jour après l'invasion de la douleur.

A l'ouverture du cadavre , on trouva le nerf sciatique gauche un peu plus volumineux que celui du côté II. 10

l/fi ANATOMIE PATHOLOGIQUE

opposé; il était d'une couleur rosée, depuis sa sortie de réchancrure ischiatique jusqu'au jarret. Son tissu ne paraissait nullement altéré dans aucun point de son étendue; mais, vers la partie supérieure de la cuisse, il avait une épaisseur de plus de quatre lignes, stupres de deux pouces de largeur, et il était d'une couleur rouge violâtre : du sang fluide séparait les filets, et pouvait en être exprimé par la pression. Coupé en travers, le nerf était également rouge à son intérieur; il présentait beaucoup moins de densité dans cet endroit que dans les parties supérieure et inférieure ; il était même possible de le déchirer avec assez de facilité, — Un vaste épanchcment sanguin existait dans les ventricules cérébraux dont la cloison était déchirée. ■

Obs. CXLI. André Dnbourg, charretier, âgé de trente-huit ans, entra à la maison de santé des hôpitaux avec une fièvre assez violente, et les symptômes d'une pneumonie qui duraient depuis quatre jours; il se plaignait aussi d'une forte douleur dans le genou droit , avec engourdissement dans le pied, et élancements douloureux , suivant le trajet du nerf scïatique et du saphène externe ; ces douleurs avaient précédé de cinq à six jours l'invasion de la pneumonie; elles avaient changé deux ou trois fois de siège , et avaient affecté l'autre jambe pendant quelques heures seulement ; elles devinrent bientôt intolérables , et ne furent que médiocrement soulagées par deux applications de sangsues, et par l'établissement d'un vésicatoire sur la tête du péroné; la pneumonie ne diminuait pas non plus d'intensité, le pied et la jambe étaient gonflés, et ne conservaient pas l'impression du doigt ; le malade succomba le huitième jour après son entrée à l'hôpital.

'Martinet, Revue médicale. Juin 1824, p. 34^.

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l(±H

Le nerf sciatique droit , depuis Je quart inférieur de Ja cuisse , et le nerf tibial jusque sous les jumeaux ; le nerf saphène externe, dans presque toute sa longueur, étaient enflammés; la phlegmasie s'annonçait par une rougeur peu intense, une infiltration séreuse, et une légère tuméfaction de ces nerfs; elle était surtout violente à l'origine du nerf saphène, et sur une longueur de trois à quatre pouces de ce nerf. Le cordon nerveux était d'un volume au moins double de l'état naturel , d'un rouge ponceau uniforme, d'une texture dense, et comme carnifiée ; en voulant suivre, par la dissection, les fibres nerveuses au-dessus et au-dessous, pour arriver dans ce foyer, elles se rompaient et semblaient confondues dans un cordon spongieux très infiltré de sang , et assez dense au toucher. On ne distinguait dans ce cordon, en le coupant , que de petits caillots de sang disséminés dans son épaisseur. Un foyer purulent allongé , dans lequel le pus était plutôt infiltré dans un tissu cellulaire friable et condensé , que réuni en apostème , se trouvait au contact du nerf saphène enflammé, dans l'intervalle du corps des jumeaux ; le pus ne pénétrait pas dans l'épaisseur du nerf. Les filets du nerf sciatique et du nerf tibial étaient écartés les uns des autres, et comme disséqués par la sérosité infiltrée dans leurs interstices , à une assez grande distance au-dessus et audessous du siège de l'inflammation. — Le poumon droit, dans toute son étendue, était à l'état d'hépatisation grise ; le pus fluait parla pression sur les bords des incisions pratiquées dans son tissu ramolli.

to5i. L'observation précédente nous a présenté un exemple de suppuration dans le tissu cellulaire environnant le nerf enflammé , mais ne pénétrant pas dans l'épaisseur de cet organe. Nous avons recueilli

l4& ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE

en 1817, à l'Hôtel-Dieu, une observation sur un sujet qui périt d'arachnoïdite, et sur le cadavre duquel on trouva le petit bassin converti en un vaste foyer purulent qui occupait tout le tissu cellulaire, dont il est rempli. La prostate avait un volume triple de celui de l'état sain; la vessie était aussi très épaissie, et baignait dans le pus.. L'origine des nerfs sciatiques était saine ,• mais celui du côté gauche , à sa sortie du bassin , avait une couleur rouge , et du pus existait entre ses faisceaux et était infiltré dans le tissu cellulaire environnant \ Nous avons eu encore occasion de voir une autre fois une infiltration de pus dans le tissu cellulaire inter-fibrillaire du nerf enflammé; M. Martinet a aussi rapporté deux exemples de cette infiltration \ Ce degré de l'inflammation ne nous paraît pas succéder à l'inflammation violente du nerf, car le tissu de cet organe est, dans ce cas, si fortement infiltré , qu'il est comme homogène , et qu'il serait difficile qu'une infiltration purulente qui surviendrait alors, laissât les filets nerveux dans l'état d'intégrité; nous pensons donc que la suppuration qui s'effectue entre les faisceaux et entre les filets des nerfs enflammés, arrive quand la phlegmasie, encore modérée, n'a pas pénétré au-delà du névrilême et du tissu cellulaire inter-fibrillaire; ce qui nous confirme dans notre opinion, c'est que, dans les cas de suppuration, la rougeur et l'infiltration sanguine ont toujours été trouvées moins intenses que dans les inflammations aiguës violentes qui envahissent toutes les parties intégrantes

1 Cette observation, que nous avons recueillie en mai 18 17, sous la direction de M. Recamier, a été communiquée par ce professeur à MM. Parent et Martinet , qui l'ont insérée p. 576 , Obs. LXXVIII, de leurs Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde.

'Revue médic. Juin 1824. Obs. VII et VIII, p. 345.

d'un cordon nerveux ; il y a, comme on voit, encore ici des recherches à faire. Les expériences sur les animaux, dont nous allons parler, n'ont pu remplir 3a lacune que nous signalons.

io52. Nous avons déterminé, par l'exposition à l'air, l'inflammation de différents nerfs sur plusieurs animaux. Lorsque l'inflammation a été évidente, mais encore modérée ; l'injection artificielle des vaisseaux n'a plus pénétré dans le réseau vasculaire pathologiquement injecté. La pulpe nerveuse , soumise au microscope , a paru composée de globules moins rapprochés que dans l'état sain ; la substance qui les réunit a semblé moins diaphane. L'acide nitrique étendu dissout le névrilème enflammé avec une beaucoup plus grande facilité que dans l'état sain; la macération dans une solution alcaline permet , en détruisant la pulpe nerveuse , de reconnaître que les pelils tubes névrilémaliques sont injectés à leur surface interne, comme à l'extérieur; on parvient aisément alors à distinguer , avec une loupe un peu forte , une grande quantité de capillaires naturellement injectés, qui pénètrent perpendiculairement les parois de chaque tube névrilématique. Il faut se servir, pour cette préparation, d'une solution de potasse fort étendue; car on remarque que la liqueur alcaline ramollit notablement le névrilème, et tend à lui enlever une consistance qu'elle augmente évidemment dans l'état sain du nerf.

io53. Lorsque, par l'effet de la dénudation plus prolongée du nerf, l'inflammation a fait de plus grands progrès, le cordon nerveux est converti en un cordon cellulaire rouge foncé, comme spongieux, dans lequel on ne reconnaît plus la double substance cellulo-fibreuse et médullaire qui constitue les nerfs. Pour obtenir une aussi complète inflammation sur

l5o ANATOMIE PATHOLOGIQUE

un animal, il faut détacher le nerf de toutes les parties environnantes , et séparer même ses faisceaux ; car, sans cette précaution , la phlegmasie s'établit autour du nerf dans le tissu cellulaire environnant; des adhérences étroites et une surface suppurante se forment , et lorsque l'on vient à disséquer la partie, on voit que la phlegmasie n'a point pénétré dans l'épaisseur du nerf, ou au moins qu'elle n'a déterminé qu'une phlogose assez légère du névrilème et du tissu cellulaire interstitiel.

Lorsque l'on a produit l'inflammation d'un cordon nerveux , en prenant les précautions que nous venons d'indiquer, on remarque que le cordon rouge, spongieux, en lequel le nerf est transformé, ne résiste que très peu à la macération , qui le ramollit en deux ou trois jours; la pression en fait alors sortir un liquide trouble, d'un jaune rougeâtre, le parenchyme restant semble multi-loculaire plutôt que tubulé , comme l'est celui des nerfs dont on a exprimé la pulpe. L'acide nitrique étendu ramollit complètement le tissu nerveux ainsi altéré, et en forme une matière jaune grisâtre, élastique, peu consistante, assez semblable à de la colle de poisson demi-dissoute. Les alcalis ramollissent ce même tissu au point de le convertir en une pulpe rougeâtre friable , très peu consistante, et douée d'élasticité.

io54- L'inflammation des nerfs, dans les expériences sur les animaux , ne produit point de suppuration , le tissu cellulaire environnant le nerf suppure bien, mais le cordon enflammé n'y participe pas. Si l'on cherche à obtenir un plus haut degré d'inflammation que celui que nous venons de décrire, par la présence d'un corps étranger , ou par l'introduction d'irritants dans la plaie, le cordon nerveux se détruit

rapidement par ulcération ; en sorte que nous n'avons pu obtenir artificiellement cette infiltration purulente inter-fibrillaire des nerfs , dont l'ouverture des cadavres présente des exemples.

L'inflammation artificielle d'un nerf fait disparaître dans toute sa longueur, pour peu qu'elle existe deux à trois jours , toutes les vésicules adipeuses interstitielles qu'il contenait et qui se trouvent dans le tissu du nerf de l'autre côté, resté sain.

i o55. La phlegmasie de certains nerfs détermine celle des organes auxquels ils se rendent; ainsi l'inflammation artificielle du nerf de la cinquième paire, même dans ses rameaux de la face, produit celle du globe de l'œil,* la pblegmasiedu nerf pneumogastrique entraîne celle de l'estomac , elle ne produit pas celle des poumons; celle du nerf spermatique produit celle des testicules, tandis que celle des nerfs des membres ne détermine point celle des extrémités* seulement, elle produit une infiltration séreuse peu considérable dans les parties où ils se rendent, et encore cet accident ne paraît- il avoir lieu que lorsque la phlegmasie affecte une grande étendue du nerf.

SECTION III

Inflammations chroniques du tissu nerveux.

io56. Nous allons parler successivement des caractères anatomiques des inflammations chroniques du cerveau et de la moelle épinière, et de ceux des névrites chroniques.

Inflammations chroniques du cerveau, du cervelet et de la moelle

épinière.

io5y. Nous devons d'abord indiquer les caractères anatomiques des phlégmasies chroniques du cerveau

î52 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

qui se rapprochent le plus des inflammations aiguës.

Obs. CXLII. Un homme de cinquante ans, d'un tempérament bilieux nerveux, fut frappé d'une apoplexie qui se termina par une hémiplégie du côlé gauche; il entra à l'Hôtel-Dieu de Paris, et pendant dixhuit mois qu'il y languit avec cette dernière affection, des attaques incomplètes d'apoplexie se renouvelèrent de temps en temps; il mourut enfin subitement.

À l'ouverture du cadavre, on trouva environ une once de sang coagulé, noirâtre, épanché dans la partie moyenne de l'hémisphère droit du cerveau. La portion de la substance médullaire où se rencontrait cet épanchemenlj présentait une couleur jaunâtre , des vaisseaux injectés ; une densité remarquable y et toute V apparence d'une phlegmasie chronique. Le ventricule latéral gauche conteuait un petit kyste dans lequel il y avait à peu près un gros de sérosité. ■

Les caractères de l'inflammation chronique dans le sujet de cette observation , ont été une injection vasculaire, et une densité remarquable de la pulpe cérébrale avec coloration en jaune. Les deux premiers caractères se montrent aussi dans les inflammations aiguës , mais dans ce jjcas, la phlegmasie doit avoir été intense, pour qu'il y ait une augmentation de densité aussi considérable, et alors ce n'est pas en jaune que la pulpe enflammée est colorée, mais bien en rouge strié d'une teinte foncée. Ici la partie colorante jaune du sang s'est seule infiltrée dans le tissu injecté; si le tissu avait été rouge au début de la phlegmasie, ce qui serait arrivé si l'inflammation eût débuté par l'état aigu, la partie colorante rouge du sang aurait été résorbée. Le sang épanché dans le milieu du tissu

1 Dan. Delavauterie , Op. cit. Obs. IV*.

enflammé était noirâtre ,w coagulé, il n'était certainement pas épanché depuis dix-huit mois dans ce lieu ; il s'y était renouvelé à plusieurs fois, et ces renouvellements ont probablement constitué les attaques d'apoplexie qui sont survenues à différentes époques. Ces successions d'épanchements de sang, dans un même foyer, sont bien connues de ceux qui ont fait une étude spéciale des hémorrhagies cérébrales. Le kyste du ventricule latéral gauche a été le point de départ des accidents. Vestige d'un épanchement résorbé, sa formation , effet d'une phlegmasie consécutive à l'attaque et depuis long-temps terminée, a allumé la phlegmasie chronique, qui a ramené à différentes fois des épanchements de sang. Ce serait mal connaître les effets et les caractères anatomiques des épanchements sanguins dans le cerveau, que de croire que ce petit kyste du ventricule a seul entretenu l'hémiplégie.

Obs. CXLIII. Morel, âgé de trente et un ans, se plaignait d'une céphalalgie , qui affectait particulièrement la moitié droite de la tête. Cette douleur durait depuis environ deux mois , quand cet homme commença à n'avoir plus une démarche assurée. Bientôt il ressenlit un fourmillement dans le bras gauche, qui s'affaiblit et perdit la fixité de ses mouvements. L'extrémité abdominale du même côté s'affaiblit bientôt aussi, et le malade tomba enfin dans une hémiplégie presque complète, qui se manifesta successivement à la fin de juillet. La céphalalgie du côté droit devint plus violente; la sensibilité de tout le côté gauche, déjà fort diminuée, devint très obtuse; une fièvre très intense se développa. Le 9 août, cet homme fut apporté à l' Hôtel-Dieu de Paris dans l'état suivant : Réponses lentes et difficiles, air stupide, teint jaune, céphalalgie violente du côté droit; le bras et la jambe

gauches ne conservent que des mouvements de totalité, et sont dans un état habituel de demi-flexion, sans rigidité ; ils ont une température un peu moindre que les membres du côté opposé. Pouls à cent pulsations , peu développé, langue blanchâtre saburrhale; un scrupule d'ipécacuanha avec un grain d'émétique fut administré et réitéré le lendemain ; il ne survint pas de vomissements muqueux , cependant les accidents allèrent progressivement en augmentant; le mouvement et la sensibilité cessèrent absolument dans le bras , qui offrit un peu de contracture ; quant à la jambe, elle conserva un reste de mouvement, et un peu de sensibilité; elle devint œdémateuse, et resta flasque. Le malade périt le 19 août

Ouverture du cadavre, vingt-neuf heures après la mort; l'arachnoïde de la convexité du cerveau était légèrement laiteuse par places, sur l'hémisphère gauche, et sur le lobe antérieur droit. Sur les lobes moyen et postérieur droits, principalement à leur surface externe, elle était fort épaissie, et la pie-mère était très injectée, et présentait une infiltration purulente; l'inflammation se continuait à la partie inférieure de l'hémisphère droit , sur la base du cerveau et sur le mésocéphale, où elle était tapissée d'une couche albumineuse épaisse , qui présentait une assez grande consistance sans trace d'organisation. A la surface du lobe moyen droit on remarqua que l'arachnoïde enflammée était fort adhérente , dans l'étendue d'environ deux pouoes, sur une partie des circonvolutions de couleur rougeâtre briquetée. Cette teinte ne pénétrait que de deux à trois lignes dans la substance corticale augmentée de densité ,- elle se continuait en une teinte jaunâtre mate , qui colorait également toute l'épaisseur du tissu cérébral dans ce point,

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l55

jusqu'au centre ovale de Vieussens, une fusée jaune , augmentée de densité , se prolongeait ensuite à l'extérieur du ventricule, jusque dans la protubérance annulaire dont la surface , du côté droit , était jaunegrisâtre y ramollie et infiltrée de pus épanché sous V arachnoïde y dans la pie -mère. Les vaisseaux qui se ramifiaient dans le tissu cérébral, jaune et augmenté de densité, étaient très gorgés de sang, et beaucoup plus apparents que dans le tissu sain environnant. Le lobe postérieur gauche était ramolli et très infiltré de sérosité; ce ramollissement, quoique considérable, était uniforme et sans désorganisation de la pulpe, ni injection vasculaire, superficielle ou profonde ; tout le reste de l'hémisphère gauche avait perdu de sa densité; la pie-mère, à sa surface, était infiltrée de sérosité; tous les autres viscères étaient sains. ■

Cette observation nous fournit en même temps un exemple remarquable d'arachnoïdite et d'inflammation chroniques de la pulpe cérébrale, La partie enflammée était continuel et adhérente à un point enflammé de l'arachnoïde ; elle se distinguait des parties saines, par sa couleur jaune , son augmentation de densité , et l'injection de ses vaisseaux. Quant à l'état de ramollissement de la protubérance annulaire, il indiquait une inflammation suppurée, qui ne conservait de commun avec l'inflammation chronique des parties voisines, que la teinte jaune , que le mélange avec le pus avait rendue comme grisâtre. Le ramollissement du lobe postérieur gauche n'indiquait point une inflammation dans son tissu, car il était au même degré dans toutes les parties qu'il occupait, et il existait

1 MM. Parent et Martinet ont aussi recueilli cette observation, (Recherches sur l'infl. de l'arachnoïde , p. 433. )

sans injection vasculaire , et surtout sans désorganisation de la pulpe. Nous savons déjà que les ramollissements par inflammation aiguë se présentent précisément avec les caractères dont nous signalons ici l'absence; nous verrons qu'il en est de même pour ceux qui sont le résultat de l'inflammation chronique.

io58. Les inflammations chroniques du cerveau se caractérisent donc quelquefois par une augmentation notable de densité de la pulpe cérébrale, et par une teinte rouge jaunâtre, ou jaune, suivant que la partie affectée est plus ou moins vasculaire, et que les vaisseaux sont dans un état de congestion plus ou moins prononcé. Ces inflammations sont ordinairement assez étendues dans le cerveau, et nous semblent moins intenses que celles dont nous allons indiquer les caractères ,• elles se remarquent souvent dans la pulpe cérébrale déchirée, et irritée par des épanchemenls de sang déjà anciens. Quand la phlegmasie lente qui prépare la formation d'un kyste est modérée , l'augmentation de densité de ce tissu , et sa teinte jaune, ou jaune rouseâtre , qui s'affaiblit en s'éloignant du foyer, sont alors très prononcées.

1059. L'augmentation de densité du tissu cérébral enflammé va quelquefois jusqu'à déterminer une induration considérable de ce tissu , qui persiste alors malgré la suppuration qui s'effectue dans la partie enflammée.

Obs. CXLIV. Un homme de quarante ans, mélancolique , tourmenté par de violents chagrins , devint épileptique ; les accès devinrent très fréquents ; le malade se plaignait habituellement d'une douleur profonde, obtuse et gravative du côté droit de la tête ; au bout de quatre ans, il survint un état soporeux mortel.

La substance cérébrale de l hémisphère droit du cer-

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. iB*]

veau était indurée , comme squirreuse , et renfermait un abcès du volume d'un œuf de poule. T

jo6o. L'induration du tissu cérébral affecté d'inflammation chronique est rarement portée à un si haut degré; elle n'en forme pas moins, avec la coloration plus ou moins rouge jaunâtre , le caractère anatomique Je plus tranché de celte maladie.

Obs. CXLV. Une femme de cinquante-cinq ans, d'un tempérament bilieux , éprouva, sans cause connue, au commencement de janvier 1808, un délire bruyant; le 25 , à son entrée à l'hôpital de Charenton, même délire, loquacité, agitation, vociférations par intervalles, surtout pendant la nuit; insomnie, appétit dévorant, pouls serré , concentré; céphalalgie peu violente, mais continue; on a inutilement recours aux antispasmodiques, aux bains et aux douches; les mêmes accidents persistent jusqu'au commencement d'août ; alors fièvre tierce qui dure environ quinze jours, la manie semble diminuer sons l'influence de cette fièvre , qui cesse spontanément. Les accidents reparaissent peu de temps après ; le 17 octobre , mort inopinée, dix mois après l'apparition des premiers symptômes.

L'arachnoïde qui répond à la cavité moyenne de la base du crâne, avait augmenté de densité. Le ventricule droit contenait une once d'eau blanchâtre, qui communiquait en dehors avec un foyer de suppuration, qui avait détruit une grande partie du lobe moyen du cerveau de ce même côté. Le reste de la substance de cet organe était compacte et très coloré.*

1061. Si l'inflammation cérébrale chronique est plus violente, elle détermine, au lieu de l'augmen-

1 Braader, Obs. méd. incis. cadav. Fribourg , 1762. Obs. X. 2Bleynie, Dissert, sur Pinfl. du cerveau, 1809.

l58 ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE

tation de densité , le ramollissement et la désorganisation de la pulpe. On trouve un exemple de cette altération dans l'Observation XXIII, que nous avons rapportée en parlant de l'arachnoïdite chronique (253). Cette observation a été recueillie sur une femme qui périt après plus de quatre mois de maladie. On trouva l'arachnoïde qui tapisse la protubérance annulaire, dans un état d'inflammation chronique bien caractérisêe.Le tissu de la protubérance était lui-même injecté, de couleur jaune rougeâtre y très ramolli et presque diffluent. Les mêmes désordres qui caractérisent l'inflammation chronique intense de la pulpe, ont été très évidents dans l'Observation CXLIII et dans la suivante.

Obs. CXLVI. Marie Lucas, bijoutière, âgée de quarante ans, fit, en i8i4> une chute sur la tête. On pratiqua plusieurs saignées pour guérir les accidents graves qui en furent la suite immédiate. Cette femme resta sujette à des accès d'épilepsie qui revenaient à la moindre contrariété. A la fin de janvier i8i5, son intelligence s'affaiblit; elle eut souvent des absences. Ces symptômes augmentèrent subitement. Le Ier février, elle fut portée à THôtel-Dieu ; elle avait conservé les apparences d'une santé florissante; mais au moment de son entrée, elle était dans un état de stupeur, sans connaissance : la face, un peu injectée, était agitée de mouvements convulsifs, ainsi que les yeux et le bras droit. Les convulsions augmentaient lorsque l'on touchait la région épigastrique. La respiration était laborieuse et bruyante, les mâchoires serrées au point qu'on ne put lui fûre avaler l'eau émétisée qu'on était dans l'intention de lui donner. (Sinapismes aux jambes, vésicatoires à la nuque et à l'épigastre, lavement purgatif. ) Pendant les deuxième et troisième jours, même état de stupeur, continuation des mouvements

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l5o

convulsifs da bras droit devenus plus fréquents et plus forts. Engourdissement, commencement de paralysie du membre. La mort survint dans la nuit du troisième au quatrième jour, plusieurs mois après la chute.

Ouverture du cadavre. Une cicatrice longitudinale , d'environ un pouce et demi d'étendue, existait à la peau du crâne qui recouvre la bosse frontale gauche. Vis-à-vis de cette cicatrice, l'os était parfaitement sain à l'extérieur et à l'intérieur. Au niveau du lobe antérieur gauche du cerveau, la dure-mère était épaissie, et adhérente par l'intermédiaire de V arachnoïde à la substance grise, qui, dans cet endroit 9 était extrêmement molle , pulpeuse y et d'une couleur jaunâtre-, une grande partie du lobe antérieur avait subi la même altération : le reste de l'hémisphère gauche était sain, et contrastait singulièrement par sa consistance et par sa couleur avec l'altération du lobe antérieur; l'hémisphère droit était au*ssi parfaitement sain. '

1062. La couleur jaune rougeâtrede la pulpe cérébrale, ramollie par l'inflammation chronique violente, existe, à différents degrés, depuis le rouge pâle ou amarante, qui caractérise les ramollissements inflammatoires encore peu anciens, mais cependant déjà chroniques, jusqu'au jaune pâle grisâtre, qui distingue la phlegmasie chronique intense avec infiltration purulente commençante.

1063. Le ramollissement jaune est si bien caractéristique d'une violente inflammation chronique, qu'il se remarque aux limites des infiltrations purulentes et des foyers, même lorsque le pus est déjà isolé dans un kyste; en voici un exemple.

Obs. CXLVII. S«... était sujet à la migraine depuis

1 Lallemand , Deuxième Lettre anat. path. sur l'Enc. , p. 146, Obs. VIII.

l6o ANATOMIE PATHOLOGIQUE

son enfance; il apprenait difficilement, mais retenait très bien, et paraissait doué d'un jugement sain. Sa santé générale et ses facultés intellectuelles n'offraient d'ailleurs rien de particulier; à l'âge de deux ans, il devint sourd de l'oreille gauche, qui commença a suppurer, et l'écoulement n'eut presque point d'interruption. Au mois de mars 1809, il n'était point diminué, quoique l'enfant eût quatorze ans, l'on aperçut une petite excroissance fongueuse à l'intérieur du conduit auditif externe. On appliqua d'abord sur le fongus, de la pommade citrine, mêlée à partie égale d'axonge; et, comme ce moyen ne produisit aucun effet, on eut recours à l'application journalière de Fonguent citrih pur. En deux ou trois semaines, la suppuration cessa complètement; mais elle fut remplacée par une vive douleur de lèle et d'oreille du côté malade : on renonça à la pommade; l'écoulement reparut, et les douleurs se dissipèrent quelque temps après. On eut encore recours au même remède. Le 20 du mois de mai, il avait de nouveau suspendu l'écoulement, qui ne reparut depuis que par intervalles et en petite quantité. Huit jours après, céphalalgie si violente que le malade jetait les hauts cris, en disant qu'il devenait fou. Cette douleur revint chaque jour avec plus ou moins de violence, sans toutefois empêcher le jeune écolier de se réunir à ses camarades; ses éludes furent interrompues. Le 17 juin, le mal fut insupportable, l'enfant demeura quelque temps sans connaissance; le lendemain, il élait dans l'assoupissement, avait les pupilles dilatées , et pas plus de trente à quarante pulsations par minute. Le ig, un vésicatoire fut appliqué sur la tête; et on chercha à faire cesser, par quelques purgatifs, une constipation opiniâtre; le soir, un peu de mieux. Le 20, le pouls se releva, et battit

DU TISSU NERVEUX ENFLAMME. l6l

soixante fois par minute; malgré sa propension an sommeil, le malade avait sa connaissance, et ses pupilles se contractaient à la lumière. Le 21 juin, les accidents augmentèrent, le coma survint le jour suivant, et l'enfant périt.

Les vaisseaux de la dure-mère étaient gorgés de sang; ceux de la pie-mère ne l'étaient pas moins. La surface de l'arachnoïde paraissait aussi sèche que si e]\e eût été essuyée avec un linge; il y avait environ deux onces de sérosité dans les ventricules cérébraux. L'hémisphère gauche du cerveau renfermait un kyste d'environ trois pouces de diamètre, de consistance pulpeuse épaisse et de structure vasculaire, dans lequel on trouva une matière purulente également épaisse et de couleur foncée. L'extrémité inférieure de ce kyste reposait sur la partie pierreuse de l'os temporal. Une très petite ouverture traversant le kyste, la dure-mère et l'os, établissait une communication entre la cavité de ce foyer et le conduit auditif externe. La substance cérébrale qui enveloppait immédiatement le kyste, était jaune et beaucoup plus molle que dans l'état ordinaire* %

1064. Lorsque l'inflammation chronique du tissu du cerveau détermine la suppuration , Je pus n'est pas toujours réuni dans un foyer; il s'infiltre quelquefois dans la pulpe cérébrale, la désorganise et lui donne une couleur grise verdâlre, teinte composée de la couleur jaune primitive de la pulpe affectée d'inflammation chronique, et de la couleur verdâlre du pus. Il est important de bien constater l'état du cerveau ainsi altéré, car ce sont ces résultats de l'inflammation chronique qui ont été spécialement con-

1 Observation lue par B. C. Brodie à la Société Médic.-Chir. de Londres, le 4 juillet 1809.

Page 1