‹ Histoire anatomique des inflammationsChapitre 15 sur 41 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMÉS · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMÉS

SECTION I

Des tissus complexes dans l'état sain.

1226. Les tissus complexes sont formés de l'assemblage de plusieurs tissus , de manière à ne pouvoir être considérés comme plus particulièrement formés par un de ceux qui entrent dans leur structure. Presque tous les tissus seraient complexes , si l'on donnait cette qualification à tous ceux qui sont plus ou moins unis et incorporés avec d autres; ainsi l'on considérerait comme complexes les muscles, les nerfs, les glandes, etc., parce qu'ils reçoivent des vaisseaux, et qu'ils contiennent du tissu cellulaire. Il suffit que ces organes soient formés principalement d'un tissu propre , pour que nous ayons dû traiter spécialement de leurs inflammations , en étudiant les caractères anatomiques des phlegmasies de ce tissu; mais dans les tissus que nous appelons complexes, on distingue également, et en quantité aussi considérable, et entrant dans la texture comme éléments d'une égale importance, plusieurs des autres tissus. Il résulte de cette disposition, des caractères particuliers aux pblegmasies des organes d'une texture ainsi compliquée; nous signalerons ces caractères en traitant successivement et séparément de l'inflammation de cbacun des organes à structure complexe.

1227. *1 esl °*es tissus complexes dans lesquels on trouve réunis le tissu glanduleux non coloré et un

lacis vasculaire et celluleux serré ; tel est le tissu du thymus; d'autres dans lesquels on trouve des ramifications vasculaires très nombreuses, un tissu cellulaire abondant, des grains glanduleux, des cryptes mucipares et des lacunes muqueuses. Le corps thyroïde présente un tissu aussi compliqué ; la rate et les capsules surrénales sont formées de vaisseaux veineux de lacunes, dans lesquelles le sang semble pénétrer, et de granulations glanduleuses colorées; enfin , les poumons les plus compliqués des organes à tissu complexe, ne sont qu'un entrelacement de vaisseaux veineux, artériels, lymphatiques et de conduits aérifères, revêtus intérieurement d'une membrane muqueuse , et se terminant à des cellules arrondies et très petites ; toutes ces parties sont réunies par un tissu cellulaire fort serré. Ce sont les seuls des organes dont les inflammations vont nous occuper, desquels on connaisse les fonctions.

1228. De tous les organes, ceux que nous venons d'indiquer dans le dernier paragraphe ont le plus occupé les anatomistes; l'ignorance où l'on est de leurs fonctions ont appelé l'attention des hommes les plus habiles sur leur structure. Nous n'ajouterons rien à ce que les auteurs ont dit sur cet objet. La description des altérations que l'inflammation fait naître en eux suffira pour rappeler à nos lecteurs les caractères les plus tranchés de leur état physiologique.

SECTION IL

Inflammations aiguës des tissus complexes.

1220,. Nous ne possédons aucune observation sur les inflammations aiguës du corps thyroïde, du thymus et des capsules surrénales. Nous ne traiterons donc ici que des pneumonies et des splénites aiguës.

Des pneumonies aiguës.

i25o. Le tissu du poumon, au premier degré d'inflammation, est d'une couleur rouge violâtre livide, qui devient vermeille aux limites de l'inflammation, et se fond dans la teinte rose grisâtre du tissu sain environnant. Le parenchyme pulmonaire ainsi affecté est plus pesant que dans l'état sain ; il gagne lentement le fond de l'eau dans laquelle on le plonge; il est plus dense au toucher, et surtout plus élastique que dans l'état physiologique; il est cependant déjà plus facile à déchirer. Ce tissu est encore perméable à l'air; la pression le fait crépiter légèrement, et en fait sortir un fluide séreux, rougeâtre, écumeux, qui s'écoule en nappe sous le scalpel.

iaSifc Le tissu pulmonaire, que l'inflammation naissante a ainsi altéré, ne reprend pas son aspect naturel par les lavages répétés, ni même par la macération; il conserve sa couleur rouge violâtre. En pratiquant plusieurs injections successives d'eau par l'artère pulmonaire , on décolore les parties des poumons, qui sont d'une couleur rouge vermeille aux limites de l'inflammation; cette maladie semble alors plus exactement bornée. Le tissu affecté conserve sa teinte, et les injections poussées dans l'artère n'arrivent plus dans les cellules aérifères , ni dans les veines pulmonaires. Cependant les voies aériennes sont encore perméables, car l'on peut les injecter directement; quand cette injection est effectuée, le mercure ou la térébenthine colorée qui remplissent les cellules ne se voient au travers des cloisons rougies que d'une manière beaucoup plus confuse que dans les parties saines. Ces cellules ont donc déjà perdu de leur diaphanéité.

1232. On peut distinguer aux caractères que nous venons de signaler, la péripneumonie au premier degré, de la congestion pulmonaire, maladie improprement nommée apoplexie pulmonaire. Dans cette dernière affection, le tissu pulmonaire est d'une couleur beaucoup plus foncée; il est aussi plus dense et imperméable. Dans les parties où le sang a franchi les capillaires exhalants pour remplir les cellules, il ne s'écoule pas, comme dans l'inflammation commençante, une grande quantité de sérosité écumeuse; c'est au contraire un peu de sang noir que la compression fait sortir. Dans cette maladie, et à plus forte raison encore dans les engorgements qui s'opèrent dans les poumons au moment de la mort, les in jections d'eau par l'artère pulmonaire décolorent rapidement les poumons, et à la troisième ou quatrième pénétration du fluide , le passage s'effectue dans les cellules aérifères , qui sont ainsi bientôt lavées et décolorées. x

1233. L'inflammation pulmonaire au premier degré existe assez souvent dans les bronchites des cellules aérifères, cependant elle n'y est pas constante (722). Des observateurs habiles ont cru que l'inflammation

1 L'injection des voies aériennes est fort difficile, même sur un poumon sain. Le meilleur procédé pour y parvenir consiste à injecter par Tartère pulmonaire, en adaptant à la bronche une pompe aspirante pour favoriser l'issue de l'air à mesure que la matière injectée arrive dans les cellules par les capillaires exhalants. Quand on veut opérer directement par les bronches, l'air emprisonné dans les cellules empêche l'injection d'y arriver 5 il faut, pour réussir, aspirer plusieurs fois cet air et laver plusieurs fois les voies aériennes , en y introduisant de l'eau que l'on retire ensuite ; on soumet après cela le poumon à une forte compression et l'on "injecte, C'est ainsi que nous avons constaté que les voies aériennes sont encore perméables aux injections directes , lors même que les ar tèrcs ne le sont plus dès le premier degré de l'inflammation.

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des poumons avait toujours , au moins primitivement, son siège dans ces cellules. Les choses n'arrivent pas ainsi dans le plus grand nombre des cas; mais quand cette circonstance se présente, il en résulte une forme particulière des désordres inflammatoires que nous ferons bientôt connaître; il importe donc que nous examinions quel est le siège immédiat de la pneumonie dès son début.

1234- Lorsque les cellules aérifères ne sont point enflammées au premier degré de l'inflammation du poumon , on ne remarque aucune rougeur de la muqueuse bronchique, examinée jusqu'aux plus petites ramifications. Ces petites ramifications se voient même fort distinctement sur la surface d'une section du tissu pulmonaire bien lavé; elles y apparaissent sous la forme de stries ou de points blancs, selon la direction dans laquelle elles ont été divisées. Le tissu pulmonaire enflammé, examiné, soit à sa surface pleurale , soit sur celle des sections opérées dans son sein, soit sur la surface des déchirures, n'offre point cette disposition ponctuée qui caractérise la phlegmasie des cellules. Si l'on remplit ces dernières d'un fluide dont la couleur tranche avec celle du poumon enflammé, comme du mercure, ou de l'injection fine à la cire et à la térébenthine blanchie par le blanc de céruse, on distingue très bien, quoique le tissu soit moins diaphane que dans l'état sain, que les interstices des cellules sont d'un rouge foncé. Le tissu pulmonaire paraît alors parsemé d'une multitude de points miliaires blancs , qui tranchent sur le fond rouge livide du tissu enflammé; tandis que dans l'injection des cellules phlogosées au premier degré d'inflammation, le tissu pulmonaire semble pâlir et prendre une couleur grise rougeâtre, ponctuée de

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points miliaires plus pâles. La rougeur n'existant encore qu'à l'intérieur des cellules, est voilée par l'injection blanche. Il y a enfin un moyen sûr de constater que les cellules pulmonaires sont exemptes d'inflammation au premier degré de la péripneumonie; c'est que dans la bronchite celluleuse confirmée, les vaisseaux pulmonaires sanguins restent complètement perméables aux injections fines , sans pénétration à la vérité dans les cellules, mais avec une coloration manifeste de leurs cloisons et de leurs interstices, tandis que lorsque le parenchyme pulmonaire est enflammé , non seulement les injections n'arrivent plus par les vaisseaux sanguins dans les cellules, mais elles ne pénètrent plus dans les capillaires interstitiels , tandis qu'elles arrivent dans les cellules quand on les pousse par les voies respiratoires, ce qui n'a lieu que dans la bronchite celluleuse commençante, mais ce qui cesse d'arriver aussitôt qu'elle a dépassé ce premier degré.

1235. Lorsque l'inflammation des cellules a été le point de départ de la phlegmasie, ce qui, nous le répétons, arrive quelquefois, les injections cessent de pénétrer en même temps , et dans les vaisseaux sanguins, et dans les bronches capillaires de la partie enflammée, mais elles ont déjà cessé de pouvoir s'opérer dans les voies aériennes, qu'elles sont encore possibles dans les vaisseaux.

1236. Les diverses altérations dont nous venons de parler se produisent à volonté sur les animaux. Ces expériences déterminent même des formes d'inflammation qu'il est bien important d'étudier à leurs commencements, parce que nous les trouverons à l'état de développement achevé et même à l'état

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chronique, et qu'elles ont été confondues avec des affections pulmonaires d'une tout autre nature.

1237. Si l'on fait pénétrer dans les bronches d'un seul poumon d'un animal, du chlore gazeux affaibli par son mélange à l'air atmosphérique, et si l'on réitère cette introduction plusieurs fois en quelques jours, la muqueuse s'enflamme jusque dans les cellules; elle y sécrète un fluide coagulable qui les remplit; le poumon, dans cet état, paraît farci de tubercules miliaires séparés par un tissu rosé, ou rouge et infiltré de sérosité, si la phlegmasie est un peu intense. Ces concrétions moulées dans les cellules où elles se sont formées, sont de petites masses de matière blanchâtre, mucoso-albumineuse, niante. A un degré moins avancé, le poumon paraît ponctué, et présente les caractères d'une simple phlogose des cellules aérifères; celles-ci ne sont encore remplies que d'un fluide non coagulé, qui devient blanc, plus dense et plus apparent par l'immersion du parenchyme dans le vinaigre ; mais à ce degré de maladie naissante, on ne peut plus injecter les voies aériennes, et l'on peut encore injecter les vaisseaux pulmonaires.

Les inspirations de chlore ne sont pas les seules causes qui fassent naître des phlegmasies des cellules aérifères de la forme que nous venons d'indiquer. On y parvient aussi en faisant respirer aux animaux, et en poussant dans un soufflet, dans les bronches, du plâtre ou du talc en poudre impalpable; on réussit très bien aussi en injectant les voies aériennes par l'introduction du mercure coulant dans les bronches, suivant la méthode d'un physiologiste de Genève. Dans ces procédés, qui produisent une irritation moins vive,

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la maladie semble plus lente , et l'on trouve des globules métalliques très fins, enveloppés dans la substance plastique qui oblitère les cellules \

ia38. A un degré plus avancé, que l'on peut regarder comme intermédiaire entre l'inflammation commençante et la phlegmasie confirmée violente , le tissu pulmonaire enflammé n'est plus crépitant ; il est moins humide, et laisse suinter quand on le comprime, un fluide rougeâtre, non écumeux, plus sanguinolent que dans le premier degré. La rougeur, dans ce cas, est plus vive, et le parenchyme malade est sec et dense au toucher, se brisant aisément, mais ne paraissant que peu granuleux. Les injections parviennent encore dans les cellules aérifères , mais leur couleur ne s'aperçoit plus au travers de leurs parois ; elles ne sont plus diaphanes. Les artères et les veines pulmonaires sont tout-à-fait imperméables aux injections. Si la phlegmasie du parenchyme n'a pas été, dès son début, la suite d'une bronchite celluleuse, ou si elle n'a pas coïncidé avec celte bronchite , on remarque sur les bords des sections transversales de ce tissu, des stries et des taches blanches qui tranchent sur le

'On a publié dans les journaux, en 1824, qu'un élève avait trouvé le moyen de faire naître à volonté des tubercules sur les animaux 5 on en concluait bien vite que les tubercules étaient des résultats d'inflammations. Nous savions déjà que l'on confondait certaines inflammations bronchiques dans lesquelles il se formait des concrétions dans les cellules pulmonaires avec des phthisies ; nous avons cherché alors le moyen de produire ces inflammations , dont nous donnerons bientôt des observations sur l'homme. Ces recherches nous ont conduit aux expériences dont nous venons d'indiquer les résultats. Nous sommes heureux de nous rencontrer dans cette voie avec le professeur Cruveilhier , qui a aussi produit ces phlegmasies des cellules bronchiques , avec concrétions miliaires , par l'introduction dans les bronches du mercure à l'état métallique, (a)

(a) Nouvelle Biblioth. méd. Septembre, 1826, p, 386.

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fond rouge uniforme du parenchyme pulmonaire , et qui sont des rameaux bronchiques, pâles et non enflammés, ouverts par le scalpel dans divers sens.

1239. L'inflammation confirmée du poumon a été décrite par les auteurs sous le nom d'hépatisation rouge de cet organe; elle se caractérise ordinairement par une rougeur foncée un peu jaunâtre, et par une texture granuleuse très évidente sur la surface des ruptures; cette texture a fait comparer cet état du poumon à l'aspect du foie. Cette surface d'un rouge mat, présente en outre des taches noires et rougeâtres, denses, unies et d'apparence homogène. Ces taches sont formées, soit par la matière noire pulmonaire, infiltrée par endroits, et colorant les glandes bronchiques (aussi sont-elles plus fréquentes au sommet des poumons); soit par des infiltrations sanguines plus ou moins étendues. Le poumon, à l'état d'hépatisation , est assez dense au toucher , mais il est très friable et il a perdu son élasticité; en grattant avec le scalpel la surface d'une section transversale, on recueille une petite quantité de sérosité jaunâtre visqueuse.

1240. Les bronches et les cellules bronchiques sont constamment enflammées dans l'hépatisation pulmonaire; aussi les voies aériennes sont-elles oblitérées dans les dernières ramifications bronchiques; et la muqueuse, aussi loin que l'on peut la suivre, est-elle d'un rouge vermeil. C'est à cette circonstance que sont dues les stries vermeilles que l'on voit sur les surfaces des incisions du tissu hépatisé , trancher sur la couleur rouge moins vive de ce tissu.

1241. Quand l'inflammation aiguë a été très violente , on rencontre , dans une étendue quelquefois assez grande , le parenchyme ramolli et combiné avec

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un sang violâtre, au point qu'il paraît comme malaxé, et qu'il ressemble au tissu de la rate.

1242* Si la totalité d'un poumon est hépatisée, l'augmentation de volume de ce viscère est assez grande pour qu'il remplisse toute la capacité de la poitrine , sans que l'on puisse dire qu'il soit dilaté par de l'air , puisqu'il n'est plus crépitant , et que ses cellules ne sont plus perméables. Cet organe a acquis un poids qui n'est pas moindre qu'une livre et demie à deux livres, pour le poumon droit , au lieu de neuf à dix onces , son poids ordinaire. Il est rare , dans cet état de tuméfaction extrême, que le poumon enflammé présente l'empreinte des côtes ; cependant cela s'observe quelquefois, si le sujet a la poitrine étroite et une conformation racbitique.

1243. La pesanteur spécifique du poumon hépatisé est, à celle du poumon sain, comme 1, i5 ou 1 , 19 est à 1 ; on ne peut donc nier que dans cet état il n'y ait tuméfaction et infiltration interstitielle du parenchyme pulmonaire.

1244* Si l'on fait macérer le parenchyme pulmonaire hépatisé, il rougit beaucoup moins l'eau que lorsque l'inflammation est encore à son premier degré ; il se résout très promptement, en trois semaines ou un mois, en une pulpe rouge grisâtre, molle, sans consistance. Lorsqu'on l'expose à l'action de l'eau bouillante il perd d'abord son aspect granuleux, se durcit, et devient comme spongieux et un peu élastique , mais bientôt il se ramollit et constitue un tissu homogène, pâteux , dans lequel une matière rougeâtre , comme pulvérulente , semble incorporée , et qui se trouve aussi très pénétré d'un fluide jaunâtre visqueux.

Le parenchyme pulmonaire sain , exposé à l'air sec, se dessèche et devient vésiculeux; il crépite comme la n- .. 20

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vessiedes séchée, quand on le comprime; hépatisé? il se pourrit assez promptement.

\il\S- L'inflammation pulmonaire peut commencer par les cellules bronchiques , déterminer une sécrétion couenneuse dans leurs cavités, et se propager au parenchyme ; la pneumonie s'annonce alors par une hépatisation rouge , et par des granulations très nombreuses qui existent dans les cellules aurifères. Ces pneumonies sont d'ordinaire d'une intensité très modérée ; elles ne dépassent guère le degré d'hépatisation rouge , et passent même de ce degré à l'état chronique. Autant il serait superflu de donner des observations sur les pneumonies simples, autant il est utile de faire connaître celles-ci, qui ont été décrites pour des phthisies tuberculeuses aiguës.

Obs. CLXXIV. Virginie Decker, âgée de vingt ans, d'une constitution molle , s'exposa par un temps très froid à la pluie ; elle contracta une toux avec une oppression très fatigante; il survint de la fièvre le quatrième jour, sans expectoration. On pratiqua plusieurs saignées , la malade fut purgée deux fois sans succès ; l'anxiété , l'oppression et les quintes de toux ne se calmèrent pas. La mort survint au bout de vingt-sept jours de maladie; l'ouverture du cadavre fut faite par Je docteur Vilson.

Le poumon droit , dans toute V étendue de son grand lobe, était d'un rouge foncé , sur lequel on remarquait à la surface d'une coupe transversale une multitude de petits grains miliaires blancs , du volume d'une petite tête d'épingle à celui de petits pois ; ces grains étaient d'un blanc un peu jaune, et d'une substance comme adypocireuse. Dans le reste du poumon l'on trouvait de pareils grains, mais disséminés par groupes. Ée poumon allait au fond de l'eau; son tissu était très

friable, et pénétré -de sang séreux; tous les rameaux bronchiques étaient rouges à l'intérieur, et un grand nombre étaient oblitérés par une substance visqueuse blanchâtre, qui se remarquait aussi, mais disposée en membrane, sur la muqueuse des principales bronches. La plèvre était enflammée, et le poumon adhérait par des brides molles. De la sérosité trouble était épanchée en petite quantité dans le thorax; le poumon gauche ne présentait^d'autre lésion qu'une rougeur assez vive de la muqueuse bronchique. '

Qbs. CLXXV. Le fils de M. D.... , marchand, âgé de douze ans-, fut atteint de la rougeole; l'éruption commençait à s'effectuer, le malade était continuellement assoupi, et avait une fièvre intense; on voulut combattre ces accidents par l'application de quinze sangsues derrière les oreilles. La fièvre diminua , ainsi que l'assoupissement, mais l'éruption disparut. Le malade alla mieux pendant quelques jours , cependant la fièvre revenait vers le soir , et il y avait toujours une toux sèche, sans expectoration, et l'enfant maigrissait rapidement; ces accidents augmentèrent d'une manière subite après avoir duré pendant dix jours. -Il y eut des accès de suffocation violente, des quintes de toux très fortes pendant la nuit, avec une fièvre intense. Appelé auprès du malade, avec l'officier de santé qui lui donnait des soins , nous reconnûmes que la poitrine était mate dans tout le côté gauche, et qu'on n'y entendait plus la respiration. Il y avait du râle crépitant à droite, à la racine du poumon; mais le thorax était sonore. Un vésicatoire fut appliqué sur le côté gauche, et entretenu pendant trois jours; le malade fut beaucoup soulagé; la fièvre diminua , mais ne cessa point. Il survint encore des

1 On Phjsic, inquirï, t. IV, p. 248,

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quintes de toux et de suffocation très pénibles , mais elles étaient moins prolongées qu'avant l'application du vésicatoire. Laennec fut alors appelé en consultation, il caractérisa la maladie de péripneumonie , et conseilla l'emploi de l'oxide d'antimoine à haute dose. Ce traitement fut continué pendant quatre jours, sans succès et sans accident. La maladie n'interrompit point ses progrès; le malade succomba trente-neuf jours après l'invasion de la rougeole.

Le médecin ordinaire du malade pratiqua l'ouverture du cadavre en présence de Laennec et de nous. Le poumon gauche était d'un rouge livide , dans toute son étendue ; il remplissait toute la cavité thoracique gauche, et adhérait à la plèvre costale par des brides pseudo-membraneuses assez denses, encore amorphes. Cet organe n'était point crépitant ; il présentait au toucher une densité notable , sans rénitence ; il se déchirait facilement , et son tissu était d'un rouge foncé y et offrait, quand on le coupait, ou à la surface des déchirures que l'on faisait dans son sein , une multitude de petits corps arrondis , d'un blanc rosé et d'un blanc rougeâtre par endroits. Ces petits corps étaient assez mous, comme pulpeux , ressemblant assez bien à la matière sébacée des cryptes de la peau. Un assez grand nombre de ces petits corps avaient le volume d'un gros grain de plomb. Le tissu pulmonaire rouge était refoulé et un peu serré autour de ces plus gros grains , et il fut aisé de voir que plusieurs se continuaient avec un tuyau bronchique , dilaté et rempli également de la même substance. Dans deux points, et dans l'étendue de sept à huit lignes , le tissu pulmonaire avait dépassé l'hépatisation rouge ; il était d'un gris jaune , très mou et fort infiltré de pus ; la matière des granulations, en ces points, était d'un jaune

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gris, très molle et visqueuse. Plusieurs taches rougeâtres irrégulières , formées par du sang infiltré , étaient disséminées dans le tissu du poumon , surtout au voisinage des foyers d'hépatisation grise; nous remarquâmes que les granulations, dans ces points, étaient tout-à-fait rougies et comme fibrineuses. Les bronches , disséquées aussi loin qu'on put les suivre , étaient d'un rouge intense à leur intérieur; on remarquait qu'elles étaient toutes remplies d'une mucosité jaunâtre, très "visqueuse, qui adhérait beaucoup par endroits à la membrane muqueuse, et constituait réellement une pseudo-membrane peu dense. Le poumon droit , à son sommet , était encore crépitant , mais d'un rouge livide et très pénétré de sérosité. Comme la nature de la substance déposée évidemment dans les cellules pulmonaires , fut l'objet d'une discussion , on constata avec soin qu'il n'existait aucune infiltration de matière dure , nacrée, tendant plus ou moins à se ramollir. Le parenchyme , évidemment plus friable que dans l'état sain , n'était induré dans aucun point , et la matière des granulations était très molle et très friable. On ne trouva aucune concrétion tuberculeuse dans aucun organe; la villeuse du colon transverse était très rouge, épaissie, et se détachant facilement.

Il est évident que les concrétions qui remplissaient les cellules pulmonaires, étaient un produit de l'inflammation de ces cellules; elles étaient certainement de même nature que la matière couenneuse des tuyaux bronchiques principaux. Si l'on n'eût trouvé, comme cela se voit souvent dans les bronchites, que cette matière , invisquant la muqueuse enflammée des principales ramifications bronchiques, on n'eût pas balancé à la considérer comme le produit de la phleg-

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masie; pourquoi n'en serait-il pas de même quand cette matière s'étend aux cellules bronchiques? D'un autre côté, la substance tuberculeuse est d'un gris nacré, elle n'est pas aussi friable; elle ne se présente pas en points aussi disséminés et aussi nombreux, sans que quelque partie du parenchyme soit indurée et infiltrée de cette matière, Rien de tout cela n'existait; on ne reconnaissait que les caractères de l'inflammation aiguë dans le tissu pulmonaire. Si d'ailleurs on tenait compte de la durée assez courte de la maladie, de la cause qui l'avait produite qui agit ordinairement d'une manière, en quelque sorte élective, sur la muqueuse bronchique, il était difficile de ne pas s'arrêter à l'idée que le malade avait succombé à une pneumonie avec bronchite vésicuîaire, et par suite sécrétion d'une matière coagulable dans les vésicules. Laennec ne fut pas de cet avis ; il admit bien l'existence de la pneumonie et du catarrhe; mais il pensait que la sécrétion bronchique n'avait pris la forme que nous observions que par suite d'une cause générale sui genevis, la même sous l'influence de laquelle se forment les tubercules. Il regardait l'action de cette cause, jusque-là latente, comme ayant été occasionnée par la phlegmasie, sans laquelle elle eût pu incuber encore long-temps sans aucun accident. Au surplus, le savant anatomiste nous dit qu'il avait vu plusieurs fois ces granulations dans les cellules des poumons enflammés; il caractérisait ces affections de phthisies miliaires aiguës.

Nous n'insistons pas davantage sur les pneumonies avec granulations miliaires; nous avons encore deux faits de ce genre, mais ils ne sont ni aussi tranchés ni aussi détaillés, C'est à cette maladie qu'il faut rapporter ces affections pulmonaires épizootiques si com-

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munes parmi les bœufs, qui présentent ces concrétions tuberculiformes miliaires qui se développent si rapidement dans le parenchyme pulmonaire enflammé.

1246. Un portion du poumon du sujet de l'observation que nous venons de rapporter a été traitée par la macération; elle s'est ramollie en huit jours. Les granulations, devenues demi-fluides, sortaient alors par la pression comme ferait un pus pulvérulent, concret, avec le fluide dont le tissu pulmonaire s'était imprégné. Un autre morceau a été soumis à l'action de l'eau bouillante, il s'est d'abord beaucoup endurci et s'est ensuite converti en un tissu, gris rougeâtre assez serré, dans lequel les granulations ne s'apercevaient plus.

1247. La phlegmasie aiguë dépasse plus ou moins rapidement le degré d'hépalisation rouge que nous venons de décrire; nous avons trouvé cette hépatisation après plusieurs semaines de durée des pneumonies, tandis que d'autres foisl'hépatisation grise existait après cinq à six jours de maladie. Quoi qu'il en soit, quand l'inflammation aiguë dépasse le deuxième degré, le tissu rouge devient d'un rouge jaune et d'une apparence plus homogène. « Il se forme dans son « épaisseur des taches jaunâtres , informes, non cir- « consentes, qui se confondent par une dégradation « de ton insensible , avec la couleur rouge du tissu « pulmonaire enflammé au second degré. C'est sur- « tout dans cet état que le poumon, à raison du mé- « lange de ces deux couleurs et des stries noires ou {< grises formées par la matière noire pulmonaire , offre « tout à-fait l'aspect d'un granit qui serait composé de « feld-spath rouge et jaunâtre,, de quartz gris et de « mica noir. » '

' Laennec , Auscul. méd. , t. I, p. 167,

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1248* Au troisième degré de l'inflammation aiguë que les auteurs ont nommé hépatisation grise , le parenchyme pulmonaire est d'une couleur grise -jaune pâle ; il paraît encore granuleux quand on le rompt^ mais ces granulations sont beaucoup moins prononcées que dans l'hépatisation rouge ; elles ne se remarquent même plus sur la surface des incisions pratiquées au travers du tissu malade. La mollesse de ce tissu est telle alors qu'il se réduit entre les doigts en une pulpe grisâtre visqueuse , et l'impression des doigts sur la surface de l'organe ou sur celle des sections pratiquées dans son épaisseur y produit une cavité comme sur une pâte molle. Ainsi Laennec a trouvé sur le poumon à cet état une dépression produite par une pseudo-membrane pleurétique. Cette dépression était circonscrite, avait plus d'une ligne de profondeur, et était semblable à celle que produirait un coup de marteau sur une masse de plomb. Lorsque la totalité d'un poumon est ainsi hépatisée, il remplit tout le thorax , et l'on voit souvent sur sa surface l'empreinte des côtes qui, dans l'état de repos où se trouvent dans ces cas les parois du thorax, sont toujours un peu plus saillantes que les muscles intercostaux (124.2 )•

1249- Le pus, dans le tissu pulmonaire à l'état d'hépatisation grise qui caractérise la pneumonie aiguë suppurée, se trouve disposé de trois manières. Il est ou infiltré dans le parenchyme , ou disposé dans les cellules et dans les bronches, ou enfin réuni en foyers plus ou moins étendus. Ces trois circonstances sont souvent réunies.

i25o. Si le pus est infiltré dans le parenchyme, le tissu du poumon ne paraît plus granuleux, c'est une substance très friable , pesante, compacte, d'un gris jaune , dense, sans rénitence et sans élasticité sur

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la surface d'une coupe de laquelle on distingue une multitude de petites stries irrégulières qui sont des molécules de pus. On dirait, à la manière dont ce fluide est infiltré dans le tissu pulmonaire, qu'ils ont été battus l'un avec l'autre et incorporés par une malaxation très prolongée. Les bronches, jusque dans leurs plus petites divisions, contiennent une mucosité rougeâtre très filante ; la couleur de cette mucosité et celle de la muqueuse bronchique enflammée paraissent en stries irrégulières sur la surface jaune grisâtre d'une coupe du tissu enflammé.

I25i. Le parenchyme pulmonaire n'est pas toujours à l'état complet d'hépatisation grise, lorsque le pus est déposé dans les cellules et dans les bronches. Dans ce dernier cas, on remarque des points granuleux d'un blanc grisâtre, mous, très rapprochés, et présentant presque une teinte grise uniforme. Cependant il est facile de constater que ces points sont formés dans une masse encore rougeâtre , beaucoup moins molle que dans le cas précédent. Les bronches sont alors remplies de pus visqueux jaune, verdâtre, qui sort par la pression, soit des bronches elles-mêmes, soit des cellules qui se rompent ; aussi fait-on facilement dans ces cas disparaître par la compression , l'aspect comme granuleux du tissu enflammé. Aux limites de l'inflammation intense du parenchyme, ce n'est pas du pus qui sort des bronches, c'est une mucosité sanguinolente, puriforme; on y reconnaît aussi les concrétions granuleuses tuberculiformes des cellules qui ne sont pas encore fondues comme dans la partie où la suppuration est achevée. On remarque cependant encore, même dans cette dernière, quelques restes de ces concrétions; cet état est donc le degré le plus avancé de l'inflammation vésiculaire que nous avons

3l4 ANAT0M1E PATHOLOGIQUE

décrite (i^45). Il est important de corroborer ce que nous avons apporté en preuve de la nature simplement inflammatoire de cette pneumonie, en faisant observer que loin de se durcir et de s'infiltrer de matière tuberculeuse coagulable, comme il arrive quand il y a de véritables tubercules qui se ramollissent, le tissu pulmonaire dans ces cas devient mou , friable , grisâtre, et s'infiltre de pus comme dans les pneumonies au troisième degré qui n'ont point commencé parla muqueuse des petites ramifications et des cellules bronchiques. 1 252. On trouve quelquefois du pus déposé dans des bronches dilatées, soit par l'effet d'un catarrhe antérieur, soit d'une manière aiguë. De petits foyers purulents de ce genre , ont été décrits comme des abcès formés dans le parenchyme même du poumon ; nous avons vu présenter un poumon avec des collections purulentes de cette espèce , comme contenant de vraies vomiques: une bronche était dilatée et renflée en trois points qui formaient autant de petits foyers à parois lisses, chacun du volume d'une petite amande. Nous avons remarqué encore un état semblable, mais plus avancé et plus difficile à reconnaître. C'était sur le poumon d'un jeune homme mort le douzième jour d'une violente pneumonie; on trouva un foyer allongé du volume du petit doigt dans le tissu gris et ramolli par l'inflammation,* ce foyer, dont les parois étaient rugueuses, comme déchirées, communiquait avec un rameau bronchique du volume d'une plume de corbeau, déchiré daais toute sa longueur, et formant ainsi par sa face interne une des parois du foyer. On ne put élever de doute que le pus n'eût primitivement résidé dans la bronche dont il avait déterminé la rupture. Ce tuyau bronchique n'était cependant point oblitéré; il était rempli d'un pus liquide comme

DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMÉS. 3l5

toutes les autres ramifications des canaux aérifères; on expliqua cette rupture par la friabilité extrême du tissu pulmonaire et des rameaux bronchiques enflammés dans toute leur épaisseur.

1253. Laennec dit dans son Traité de l'Auscultation y i( que sur plusieurs centaines d'ouvertures de « péripneumoniques, il ne lui est pas arrivé plus de « cinq à six fois de rencontrer des collections de pus «dans un poumon enflammé; elles étaient fort peu « considérables , peu nombreuses, et dispersées çà et « là dans les poumons, qui présentaient le troisième « degré d'inflammation; leurs parois étaient formées « par la matière pulmonaire infiltrée de pus, et dans fc un état de ramollissement puîrilagineux qui allait « en diminuant à mesure que l'on s'éloignait du m centre du foyer. Une seule fois, Laennec rencontra « un foyer un peu considérable. Le sujet avait suc- « combé le vingtième jour de la maladie. Ce foyer, « situé à la partie antérieure et moyenne du poumon, « était de forme aplatie et allongée. On aurait pu y « placer trois doigts; ses parois ne présentaient pas, « à proprement parler, de surface. A mesure qu'on « s'éloignait du centre, le pus se changeait en détri- « tus purulent; puis l'on trouvait un tissu plus ferme, « mais très fortement infiltré de pus; et enfin, à un ft demi-pouce du foyer, l'infiltration purulente n'était « plus que ce qu'elle est dans un poumon enflammé « au troisième degré. » Le docteur Andral a aussi vu un foyer de cette espèce dans la partie moyenne du lobe inférieur du poumon droit d'un homme qui mourut le dix-neuvième jour d'une pneumonie au troisième degré. Le pus inodore était au centre d'une sorte de bouillie d'un gris sale. Le tissu pulmonaire environnant, d'abord très mou et comme en détritus,

3i6 ANATOMIE pathologique

reprenait peu à peu une consistance plus grande. Ces faits expliquent suffisamment la formation des abcès dans le parenchyme pulmonaire; on voit que ces collections purulentes sont le résultat du ramollissement extrême que produit la suppuration dans ce tissu.

On a souvent décrit pour des abcès pulmonaires des collections de pus formées entre les feuillets et les adhérences des plèvres enflammées, et dans les scissures interlobaires. Cependant les petits foyers dans le tissu pulmonaire ne sont pas tout-à-fait aussi rares qu'on le croit généralement ( i3i. Obs. IX). Il nous est arrivé plusieurs fois , en suivant avec précaution dans le tissu pulmonaire à l'état d'hépatisation grise, les ramifications bronchiques, de trouver de petits abcès allongés et formés entre le tissu propre du poumon et les rameaux bronchiques dans le tissu cellulaire extérieur à ces rameaux. Nous avons vu ces petits foyers communiquer avec les ramifications bronchiques voisines, par de petites ouvertures infundibuliformes et multiples que l'on reconnaissait facilement avoir commencé à l'extérieur du tuyau aérifère.

\ihl\. Plusieurs des faits que nous avons déjà rapportés dans cet ouvrage , ont présenté des phlegmasies aiguës du poumon à différents degrés. Les auteurs en contiennent d'ailleurs un grand nombre. Nous nous contenterons donc ici de donner des exemples des altérations les moins connues du tissu pulmonaire enflammé.

Obs. CLXXVI. Jean Mastrel, âgé de soixante-six ans, porteur d'eau, d'un tempérament bilieux, fut pris, sans cause connue, dans la nuit du 2 au 3 mars, d'une fièvre intense qui débuta par un frisson violent, et qui s'accompagna d'une toux fréquente avec

expectoration sanguine; la bouche était amère; le malade éprouvait des nausées. Cet homme entre à l'Hôtel-Dieu le quatrième jour de sa maladie1. Le 7 mars, cinquième jour, céphalalgie sus-orbitaire intense , langue sèche et blanche à son milieu , rouge à ses bords ; nausées , toux fréquente avec expectoration facile et abondante de mucosités sanguinolentes; douleur pongitive du côté droit par les mouvements de la respiration et par les secousses de toux. Le thorax était mat du côté droit et en avant; la percussion développait, en cet endroit, une douleur assez vive ; les inspirations étaient superficielles et entrecoupées ; l'épigastre et les hypochondres étaient un peu gonflés, et très douloureux à la pression; pouls non accéléré, peu résistant; peau sèche et d'une chaleur modérée. (Presc. Eau d'orge avec oximel ; 9 j d'ipéca, en trois doses ; saig. de trois palettes.) — Le sixième jour, fièvre modérée; langue sèche, très rouge sur ses bords, jaune à son milieu; douleur épigastrique intense; les accidents thoraciques persistent. (Eau de gomme; loock blanc; huit sangsues avec ventouses sur le côté droit, six à l'épigastre). — Le septième jour, même état; expectoration jaunâtre rouillée. — Le huitième, céphalalgie très violente; bouche amère; nausées; crachats abondants, d'un jaune verdâtre ; chaleur acre à la peau ; pouls mol et fréquent. (Presc. Eau d'orge avec oximel; julep béchique avec huile de ricin §j.) — Le dixième, les accidents ont augmenté d'intensité. (Eau d'orge; julep avec infusion de polygala §j & ; huile de ricin § j, et gomme adragant.) — La maladie continue à faire des progrès; la mort arrive le r4 mars, douzième jour de la pneumonie.

1 Salle Saint-Antoine, n° 1 , service de M. Recamier.

3l8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Ouverture du cadavre, pratiquée quarante-huit heures après la mort. Le poumon droit adhérait si intimement à la plèvre costale, que l'on eut beaucoup de peine à le détacher; il avait beaucoup augmenté de volume; son tissu était dans ses deux tiers inférieurs , d'un gris cendré , tellement ramolli, quil se déchirait à la plus légère pression ; en le serrant entre les doigts, il se réduisait en putrilage ; du pus s'échappait en nappe de toute cette partie du parenchyme. Ce pus était sans odeur; à mesure que l'on se rapprochait des attaches du poumon, l'extrême ramollissement diminuait, et la couleur du tissu devenait jaune pâle et ensuite rougeatre; en le déchirant on reconnaissait la texture granuleuse du poumon, mais seulement par endroits; on distinguait dans ces points de petites granulations groupées et formées par des goutteleites de pus très fines. Aux limites de la partie si complètement ramollie du poumon , ces granulations s'étaient réunies dans le milieu de deux ou trois des groupes qu'elles formaient, au point qu'il en était résulté de petits foyers. Au sommet du poumon, le parenchyme était d'un rouge violâtre lie de vin, non crépitant; on reconnut deux ou trois points plus ramollis et d'un gris cendré; autour de ces points, on distinguait une assez grande quantité de petites granulations molles pulpeuses, évidemment formées d'une matière purulente, car elles ne différaient en rien de celles qui s'étaient réunies en petits foyers dans une partie pins inférieure du poumon, dans la substance infiltrée de pus. Dans la partie rouge et jaune grisâtre du tissu, on remarquait une multitude de taches et de stries noires et rouges. La muqueuse bronchique était très rouge, et les tuyaux aérifères étaient remplis d'un pus rougeatre, et jaunâtre dans la partie inférieure du pou-

mon. Le poumon gauche était sain, mais engorgé de sérosité violâtre , écnmeuse à sa partie postérieure et supérieure. — Le péricarde était adhérent au cœur dans une partie de son étendue. — La villeuse gastrointestinale était d'un rouge foncé au voisinage du pylore dans l'estomac : dans le cœcum et l'iléon, elle était d'un rouge vif avec des marbrures brunâtres , évidemment épaissie. Cette membrane se détachait par lambeaux en la grattant légèrement avec le scalpel.

Cette observation n'est pas seulement nn exemple d'hépatisation grise du poumon ; elle fait connaître comment, par Suite de l'inflammation et de la suppuration de quelques cellules bronchiques, dans lesquelles la phlegmasie existe à un degré plus avancé, il peut se former de petits foyers résultant primitivement de la rupture et de la réunion de plusieurs cellules. Nous avons déjà rapporté ailleurs (io36) une observation dans laquelle cette altération a été aussi reconnue.

On a pu aussi distinguer , réunis dans le sujet dont on vient de lire l'histoire, les différents degrés de phlegmasies de l'organe de la respiration. Non seulement l'inflammation existait à des degrés divers dans des régions distinctes du poumon, mais aussi l'on a trouvé des points où elle était très avancée au centre de parties qui ne l'offraient en général qu'à un degré beaucoup moindre. Ces petites portions de tissu hépatisé gris, disséminées dans le parenchyme au premier ou au deuxième degré de l'inflammation, caractérisent les phlegmasies éparses des poumons que Ton a appelées pneumonies tabulaires. Il faut remarquer enfin dans l'observation que l'on vient de lire ces petites granulations tubêrculiformes miliaires qui se sont présentées à des degrés

différents dans différents points du poumon enflammé ; produits immédiats de l'inflammation des cellules, elles ont été en rapport par leur aspect et par leur consistance avec le degré d'intensité de cette inflammation.

Obs. CLXXVII. Un homme de trente-sept ans, d'une forte constitution, jouissant ordinairement d'une bonne santé , fut pris , le 23 mai , d'un frisson entre les épaules et à la poitrine , avec céphalalgie violente , bouche amère; il dormit peu et sua. Le il\, point douloureux à la partie latérale droite et supérieure du thorax assez violent pour rendre la toux et la respiration très pénibles; crachats sanguinolents. Cet état continua sans faire de progrès; il survenait, pendant la nuit, des sueurs abondantes. Le 29 mai, le malade entra à l'Hôtel-Dieu dans l'état suivant : Pommettes rouges et plaquées sur une teinte généralement jaune de la face, langue légèrement blanchâtre , bouche amère, soif vive , respiration gênée ; coucher pénible sur le côté droit. Toux fréquente, expectoration muqueuse, jaunâtre, légèrement striée. Son mat antérieurement et postérieurement du coté droit du thorax. Pouls large, souple et fréquent ; oppression extrême. (Presc. Douze sangsues sur le côté droit du thorax, vésicatoire après leur chute.) Le soir, délire qui dure toute la nuit et qui persistait le lendemain. La face était alors décomposée, le teint livide, la langue sèche, la soif vive, la respiration très gênée et râlante; sueur visqueuse, pouls fréquent, petit, inégal. Mort dans la journée.

Ouverture du cadavre quarante-cinq heures après la mort. Le poumon droit était, dans sa moitié inférieure, ai un gris rougeâtre , très ramolli, et fournissant par la compression un pus jaunâtre , liquide, sans odeur. Dans sa moitié supérieure , la couleur de cet organe était grise, brunâtre, et devenait d'un brun noirâtre dans le lobe

supérieur. Sa consistance était aussi peu considérable que dans le lobe inférieur. Le liquide qui suintait parla compression était d'un brun violâtre. Le parenchyme était lui-même violâtre, assez semblable au tissu de la rate. Aucune odeur ne s'exhalait de ce parenchyme, dans le milieu duquel on trouva deux foyers du diamètre d'une petite noix chacun , et qui étaient remplis de sang noirâtre grumeleux. En lavant cette partie du poumon avec précaution, on lui rendait la couleur grise cendrée, et l'on reconnaissait que la teinte violâtre n'était due qu'à une infiltration sanguine, qui était surtout très marquée aux environs des foyers que le sang s'était creusés dans le parenchyme ramolli. Le poumon gauche , dans tout son lobe supérieur, était d'un rouge foncé, non crépitant , et infiltré d'une sérosité jaunâtre peu abondante. Cette hépatisation rouge se fondait peu à peu dans la couleur violâtre du reste du poumon, encore crépitant, mais très pénétré de sérosité sanguinolente. La plèvre des deux côtés du thorax était tapissée d'une couche blanche, molle, filante, et présentait quelques plaques rouges ponctuées sur les poumons. Les caractères de l'inflammation étaient plus marqués du côté gauche que du côté droit. — Le grand lobe du foie était d'un rouge lie de vin, très engorgé de sang et un peu tuméfié ; il ne paraissait point altéré dans sa densité. La villeuse coecale était d'un rouge vif uniforme. Tout le système de la veineporte était rempli de sang. — L'arachnoïde de la convexité du cerveau était laiteuse et infiltrée de sérosité dans quelques points.

Nous venons de voir les caractères de l'hépatisa-

tion grise, très évidents dans le lobe inférieur du

poumon droit, modifiés dans le lobe supérieur. La

couleur que présentait en ce point le parenchyme du

il 21

poumon , comme le fluide infiltré dans son épaisseur, était d'un rouge violâtre, et allait même jusqu'au brun noirâtre. On n'eût pas manqué, il n'y a qu'un demi-siècle, de voir là un sphacèle du poumon. Cependant l'épanchement sanguin au centre de cette masse enflammée, et la facilité de décolorer par le lavage ce tissu bruni ? de manière à lui rendre la teinte grise de l'inflammation au troisième degré, suffisent pour rendre compte de ces modifications. Il s'était opéré dans cette partie du poumon une congestion et une infiltration sanguines, par suite du ramollissement du tissu enflammé. Le sang, en s'épancliant, avait déchiré l'organe, comme il le fait dans les hémorrhagies du cerveau, et s'était creusé deux foyers dans le poumon ramolli; nous avons vu que c'est aussi de cette manière que se forment les vraies vomiques pulmonaires. L'inflammation était moins avancée dans le poumon gauche.

La mort rapide du malade s'explique facilement par la lésion de l'hématose, quand les deux poumons sont en même temps frappés d'inflammation ; elle a encore été nécessairement accélérée par l'hépatite légère et l'arachnoïdite dont le cadavre a présenté des traces.

1255. L'inflammation pulmonaire ne frappe pas toujours des portions étendues du parenchyme des poumons; elle est quelquefois disséminée dans leur épaisseur, de manière à affecter seulement des places plus ou moins circonscrites de ces organes; on a souvent pris pour des phthisies les pneumonies lobnlaires, qui sont le plus souvent annoncées par des symptômes peu tranchés. Leurs caractères anatomiques ne présentent aucune différence d'avec ceux que nous avons indiqués; seulement on ne les trouve que dans les parties enflammées, qui se présentent comme

des taches éparses sur 3a surface d'une incision transversale des poumons. Le parenchyme autour de ces taches, qui ne sont pas toujours exactement limitées, est jusqu'à une certaine distance plus ou moins infiltré de sérosité écumeuse. Nous avons rapporté ailleurs un exemple de ces pneumonies (946 , Obs. CXVI), dans lequel les. petits foyers inflammatoires, épars dans l'un et l'autre poumon, variaient en étendue, depuis le volume d'une noisette jusqu'à celui d'une grosse noix, et présentaient le tissu pulmonaire plus dense et gorgé, d'une sérosité, dont l'aspect dans quelques uns était entièrement puriforme. Nous avons vu , par l'avanl-dernière observation , que l'inflammation diffuse pouvait exister au moins quant axi degré, même dans le tissu pulmonaire enflammé dans toutes les parties, et qu'elle pouvait présenter aussi toutes les formes que prend la phlegmasie, selon que la muqueuse des vésicules pulmonaires est ou non primitivement enflammée, ou que l'inflammation existe en elle , à un degré plus avancé que dans le parenchyme proprement dit.

1256. L'inflammation aiguë du tissu des poumons, dans les portions de parenchyme refoulées par des épanchements pleurétiques (171), ou affaissées par suite de l'oblitération accidentelle d'un tuyau bronchique (839), se caractérise par une couleur d'un rouge vif, qui se trouve d'abord disposée par stries ou en marbrures sur la surfaee des incisions que l'on pratique dans ce tissu, généralement peu consistant et d'un jaune rougeatre. L'insufflation du parenchyme ainsi affaissé le dilate dans les parties qui n'ont encore qu'une teinte rougeatre, mais dans celles qui sont d'un rouge vif , le parenchyme affaissé est plus compacte, plus dense, et déjà imperméable à l'air. Lorsque

l'inflammation est tout-à-fait développée, le parenchyme pulmonaire affaissé est d'un rouge foncé, et d'une densité, et d'une compacité qui ne laissent pas de traces de sa texture spongieuse; il se déchire avec facilité, moins aisément cependant que le tissu hépalisé. C'est cet état du poumon enflammé qui a été désigné sous le nom de carnification. Au plus haut degré de l'inflammation , il devient d'un gris brunâtre et acquiert une très grande friabilité; il se déchire alors également dans tous les sens; il s'écrase entre les doigts, et forme une pulpe mollasse homogène et humide, d'un gris jaunâtre.

I25y. Laennec décrit ainsi les caractères anatomiques de l'inflammation pulmonaire en voie de résolution : « Le tissu pulmonaire ne présente plus « la dureté hépatique; i| n'a plus que le degré de « densité que produisent la péripneumonie au pre- « mier degré, ou l'œdème du poumon; il crépite légè- « rement sous les doigts; il ne va pas toujours au fond « de l'eau, il laisse encore suinter une certaine quan- « lité de pus très liquide; la surface des incisions « présente une teinte jaunâtre sale, ou légèrement « verdâtre et très pâle, qui contraste sensiblement « avec les parties restées saines de l'organe pulmo- « naire. Si la résolution est très avancée, cette teinte « seule existe encore; le tissu pulmonaire est seu- « lement plus humide que dans l'état naturel, mais « il n'en suinte plus de pus reconnaissable. »

1258. La pneumonie affecte plus souvent le poumon droit que le poumon gauche; elle a ordinairement son siège dans les parties inférieures de l'organe, et, comme elle commence le plus souvent dans ces parties, elle s'y présente à un degré plus avancé, même quand elle occupe toute l'étendue d'un poumon.

Lorsque l'inflammation affecte les deux poumons , il est rare qu'elle s'y présente au même degré; on ne la trouve pas non plus toujours dans les mêmes parties; il n'est par exemple pas très rare de la rencontrer au sommet du poumon qui s'est enflammé le dernier, quand elle affecte la base et même tout le parenchyme de l'autre. Les inflammations diffuses ou lobulaires, et les pneumonies, par extension de la phlegmasie de la muqueuse des cellules et des bronches, qui est elle-même fort souvent lobulaire, se présentent plus souvent au sommet du poumon que les autres phlegmasies de cet organe.

I25g. Il est extrêmement rare de trouver une pneumonie un peu étendue sans pleurésie (i iT). Cependant , l'inflammation de la plèvre n'est pas toujours en rapport, par son intensité, avec la phlegmasie du parenchyme adjacent ; noire dernière observation en est une preuve. Les pneumonies sans pleurésie sont toujours peu étendues , et occupent le centre des lobes pulmonaires, ou bien sont éparses ou lobulaires. Ce sont aussi ces phlegmasies limitées qui produisent le plus souvent des abcès dans le poumon, de véritables vomiques.

Des splénites aiguës.

1260. De tous les viscères, la rate est, sans contredit, celui qui éprouve le plus de variations dans son volume, sans être dans un état pathologique. Essentiellement vasculaire , le tissu de la rate se gonfle ou diminue de volume, par toutes les causes qui déterminent un surcroît d'activité, ou une diminution dans la circulation abdominale ; on ne peut donc considérer la tuméfaction comme un caractère de la splénite. D'un autre coté , on sait combien sont variables,

326 ; ÂNATOMIE PATHOLOGIQUE

et la couleur et la consistance du tissu de cet organe, sans qu'on puisse expliquer le plus souvent ces variations ; ajoutez à ces difficultés , qui résultent de la nature même des choses , dans la détermination des caractères anatomiques de l'inflammation de la rate , celles que l'on rencontre à distinguer dans les faits incomplets que les auteurs rapportent ; ceux qui doivent être considérés comme de véritables exemples d'inflammations, et vous serez convaincu qu'il est impossible de tirer aucun parti de ces faits , et qu'il est peut-être impossible de fixer exactement et complètement les altérations qui caractérisent la splénite. Dans cet état de choses , n'ayant vu cette maladie sur les cadavres que deux fois , nous avons dû nous en tenir à ce que nous ont appris les expériences sur les animaux, chez lesquels nous avons déterminé des splénites de la même manière que nous avions produit des hépatites (1168).

1261. Le tissu de la rate enflammé au premier degré, est d'une couleur rouge brune très foncée, livide à ses limites; il est d'une densité assez remarquable , quoiqu'il conserve encore une certaine mollesse ; on dirait que le sang, qui remplit dans l'état sain les cellules de cet organe, s'est coagulé. Le tissu splénique semble comme granuleux quand on le déchire; ce que l'on opère avec plus de facilité que dans l'état sain , quoique le parenchyme soit devenu plus sec et plus compacte. Tout le système vasculaire de la rate est très engorgé, et cette congestion occupe tous les vaisseaux de l'épiploon , de l'estomac et du foie , qui est ordinairement augmenté de volume. Nous avons reconnu ces altérations sur les animaux , vers le quatrième jour de l'introduction d'un caustique au s< in du tissu splénique ; nous les avons trouvées sur le

cadavre d'un individu mort d'une phlegmasie gastrointestinale, et qui s'était plaint pendant les deux derniers jours de sa vie d'une douleur gravative dans l'hypochondre gauche, dont la rate, triplée de volume, remplissait toute la capacité.

1262. A un degré plus avancé, le tissu splénique est d'un brun grisâtre , compacte, dense, très friable , présentant, quand on le coupe, un parenchyme serré, comme spongieux, infiltré de sang noirâtre coagulé , disposé par points arrondis et assez étendus. On remarque par places des taches d'un gris plus pâle et d'une moindre densité , qui indiquent le passage au troisième degré de l'inflammation. Le parenchyme, dans ces taches, est très pénétré de sérosité rougeâtre. La phlegmasie au deuxième degré se limite dans l'inflammation au premier degré, qui s'éteint peu à peu dans le reste du tissu splénique exempt d'inflammation, quand la maladie n'affecte pas la totalité du viscère ; ce reste est seulement très pénétré de sang, et d'une couleur plus bronzée et plus livide que dans l'état sain .

1263. Au troisième degré de l'inflammation aiguë, la rate est en partie réduite en une bouillie grise brunâtre, au centre de laquelle le pus se réunit en foyer. Cette bouillie devient de plus en plus dense, à mesure que l'on s'éloigne du centre de l'abcès,* elle ne donne cependant pas toujours naissance à des foyers, elle paraît quelquefois mêlée par stries et par places irrégulières avec le tissu, encore d'un gris brunâtre, plus compacte et enflammé au deuxième degré. Dans ces cas , au lieu de la formation plus ou moins avancée d'un foyer , on remarque une partie de la rate convertie en ce tissu gris brunâtre , spongieux , très ramolli par places, et fournissant en assez grande

abondance, par la pression, un pus séreux, mêlé à une matière violâtre épaisse, de consistance lie de vin. Cette matière ne colore pas le pus, qui en est entièrement distinct , quoique sortant en même temps par la pression.

1264. L'injection poussée avec un peu de force par l'artère splénique , dans une rate saine, détermine un épanchement multiloculaire de la matière de l'injection dans le tissu de la rate ; cette matière passe en même temps dans les veines, et sort par la veine splénique. La ligature du tronc de la veine-porte produit un gonflement extrême de la rate.

Dans l'état d'inflammation, on ne peut faire pénétrer les injections dans le tissu splénique, et elles n'arrivent pas dans les radicules veineuses. La ligature du tronc de la veine-porte ne produit pas non plus dans la rate de gonflement plus considérable que celui qu'elle avait acquis par l'inflammation. On remarque même que si la rate n'est enflammée que dans une partie de son étendue, cette ligature détermine une tuméfaction extrême de la portion restée saine.

1265. Dans le deuxième degré de l'inflammation de la rate, nous avons trouvé la veine splénique remplie d'un sang noirâtre grumeleux , même sur les animaux vivants. Dans le troisième degré de l'inflammation , celte veine se trouve remplie de pus liquide, mêlé à du sang grumeleux , au moins dans ses principales branches. Cette circonstance est loin d'être constante , puisque nous ne l'avons remarquée que deux fois, sur huit animaux , chez lesquels nous avons produit de diverses manières la suppuration de la rate.

1266. En examinant à la loupe le tissu splénique enflammé et suppuré , surtout aux limites de la suppurai ion , après une macération de deux à trois jours ,

DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMES. 32g

on remarque qu'il s'est opéré une véritable fonte ou dissolution purulente, dans une substance d'un rouge grisâtre, infiltrée et incorporée dans le parenchyme. On dislingue alors de petites molécules rougeâtres au centre, grisâtres et comme fibrineuses autour, et à leurs extrêmes limites, d'un jaune opaque, fondues et purulentes ; comme ces molécules n'ont pas moins d'une ligne de diamètre , il est très facile de distinguer ces différents degrés de la suppuration , qui porteraient à croire qu'il s'opérerait là une sorte de ramollissement puriforme, analogue à celui qui se forme spontanément dans certaines substances animales qui commencent à s'altérer, telles que le caséum.

1267. L'exsanguification de l'animal par la section de la veine-porte , de la veine-cave , ou de la veine splénique, ne décolore pas la rate enflammée.

1268. Quoique les splénites suppurées soient très rares, M. Portai, qui a ouvert un si grand nombre de cadavres, a disséqué plusieurs fois des rates qui contenaient des abcès plus ou moins nombreux, isolés ou communiquant les uns avec les autres. Il dit qu'il est fréquent de trouver de ces collections purulentes qui détruisent plus ou moins complètement le tissu de la rate, et quelquefois de telle manière, qu'il ne reste de ce viscère que sa tunique propre, qui forme alors un kyste rempli de pus. « Ces foyers ont même, « dit l'anatomisle célèbre que nous citons, souvent « donné lieu à une mort prompte par leur rupture « dans la cavité abdominale; c'est ce que j'ai vu arri- « ver à deux personnes qui étaient déjà réduites « au marasme par la fièvre lente ,• quelquefois le « même effet est aussi survenu dans des sujets chez « lesquels on n'avait pas même soupçonné l'existence « d'un pareil dépôt. Des abcès de la rate se sont frayés

33o ANATOMIE PATHOLOGIQUE

« une route clans l'estomac, dans le colon, dans la (c cavité gauche de la poitrine; enfin d'autres abcès « de la rate ont fini par un épanchement de pus « derrière le péritoine; alors le pus a parcouru un « 'chemin plus ou moins étendu, s'est frayé une route « à travers les muscles abdominaux, et a donné lieu « à une ou plusieurs ouvertures , par lesquelles des « fragments de la rate sont sortis, de manière qu'on « pourrait croire avec vraisemblance qu'elle s'était « entièrement détruite. » '

SECTION III

Inflammations chroniques des tissus complexes.

1269. Les inflammations chroniques des tissus complexes sont assez fréquentes. Cependant nous manquons de faits pour déterminer exactement leurs caractères anatomiques. Celles du poumon , qui sont peut-être moins communes que toutes les autres, sont les seules que nous puissions faire bien connaître. Quant aux phlegmasies chroniques des autres organes à tissus complexes, les auteurs les ont présentées sous les noms de squirrhes, d'endurcissements, dé tuméfactions, etc. Elles paraissent se caractériser en général, par une augmentation notable de densité et de ténacité de l'organe malade, par une pesanteur et un volume beaucoup plus considérables que dans l'état sain, et souvent par la formation de petits foyers remplis d'une sérosité plus ou moins puriforme, dans différentes parties du tissu malade; le tissu cellulaire et les membranes qui enveloppent ces organes , présentent ordinairement tous les caractères de l'inflammation chronique; leurs vaisseaux sont très engorgés de sang.

3 Au.at. médic. , t. V, p. 535.

DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMES. 33 l

1270. Ces caractères sont sans doute modifiés de diverses manières dans les différents organes à tissu complexe; celte partie d'anatomie pathologique est tout entière à créer.

Des pneumonies chroniqnes.

1271. À mesure que l'inflammation du poumon passe à l'état chronique , le tissu rouge hépatisé acquiert plus de densité et se rapproche de la couleur jaune grisâtre. Les granulations du parenchyme enflammé deviennent d'un* gris blanchâtre. Si elles sont dilatées par une sécrétion plus ou moins puriforme et coagulable opérée dans leur épaisseur, elles augmentent encore de volume et se rapprochent les unes des autres, au point que leurs intervalles sont alors formés par des stries rouges grisâtres d'un tissu serré et friable.

j 272. Quand la phlegmasie est tout-à-fait chronique, le parenchyme pulmonaire n'est plus friable comme dans l'état aigu; il est devenu dur et rénitent au toucher , et présente une couleur rougeâtre ou grisâtre , selon le degré auquel la phlegmasie est arrivée. Ces deux états ont été nommés avec raison, par 3e docteur Andral, induration rouge et induration grise.

1273. Dans l'état d'induration rouge, le tissu du poumon est condensé , dur , se brisant assez difficilement, et ne présentant plus la disposition granuleuse. C'est une substance homogène , d'un rouge jaunâtre , brunâtre, et même noirâtre par endroits, très sèche, présentant par place des stries blanches dures et élastiques, qui sont, soit des cloisons celluleuses, soit des îuyaux bronchiques épaissis et indurés. Il est extrêmement rare de trouver le poumon à l'état d'inflam-

33a ANATOMIE PATHOLOGIQUE

mation chronique , ne présentant que l'induration rouge sans mélange ni de tubercules, ni d'induration grise; Bayle a cependant rapporté un fait de ce genre.1

I2y4« L'induration grise ne diffère de l'induration rouge que par une compacité moins grande , et par une homogénéité en apparence plus parfaite du tissu pulmonaire. Le passage de l'une à l'autre de ces altérations est marqué par des marbrures d'un jaune rouille.

1275. Les deux degrés de pneumonie chronique existent très rarement sans concrétions tuberculiformes miliaires dans des portions plus ou moins étendues du poumon malade. Nous ne les avons même vus qu'avec cette coïncidence. Voici des faits qui, en faisant bien voir les caractères de la pneumonie chronique, mettront aussi hors de doute la nature inflammatoire de ces concrétions tuberculiformes que nous avons déjà signalées dans la pneumonie aiguë.

Obs. CLXXVIII. Etienne Hébert, cocher de cabriolet , est pris d'une pneumonie aiguë , que M. Petit, dans le service duquel il entra à l'Hôlel- Dieu, caractérisa de pneumonie bilieuse. Cet homme n'avait jamais éprouvé aucun accident thoracique; il était dune forte constitution. Après un traitement actif de quinze jours, la maladie était très affaiblie; cependant la poitrine était encore mate postérieurement à gauche. Il y avait de la toux, surtout le matin; le pouls restait fréquent, et la fièvre était intense pendant la nuit; l'expectoration était muqueuse, parfois un peu striée et ronillée. Cet homme périt à la fin de la huitième semaine de maladie.

Ouverture du cadavre. Le poumon gauche adhérait étroitement à la plèvre costale dans toute son étendue;

1 Recherches sur la Phthisie pulno. Obs. XLYI.

il était dur, pénitent j et remplissait toute la cavité thoracique. En le détachant, on reconnut un foyer rempli de sérosité puriforme entre des adhérences pleurétiques , à la partie postérieure du thorax. Ce foyer contenait au moins trois onces de liquide; tout le lobe supérieur de ce poumon était rempli de petites granulations miliaires , d'un jaune rougeâtre pale. Les plus grosses de ces granulations ne surpassaient pas Je volume d'un gros grain de plomb ; le tissu pulmonaire était dense , compacte^ difficile à déchirer et d'un rouge jaune, qui était plus foncé au sommet du poumon , et devenait complètement grisâtre à la base du lobe supérieur ; le lobe inférieur était entièrement formé par le tissu grisâtre > dense et induré. On distinguait en deux points, postérieurement , dans l'étendue d'un pouce carré environ pour chacun , des granulations d'un jaune mat plus volumineuses que celles du lobe supérieur; les plus grosses ne dépassaient cependant pas le volume d'une petite lentille. En disséquant avec soin ces granulations comme celles du lobe supérieur, on voyait facilement qu'elles étaient revêtues d'une pellicule excessivement fine et d'un gris jaunâtre. Leur tissu était inorganique, pulpeux, fragile; de petits filets blanchâtres, assez résistants sous la pointe du scalpel, aboutissaient à quelques unes de ces granulations. Les bronches , disséquées avec soin , étaient d'un rouge brun à l'intérieur, et invisquées d'un mucus épais. Quand on arrivait aux ramifications d'un diamètre d'une ligne au plus, on les trouvait oblitérées par une matière pulpeuse, opaque, visqueuse dans quelques unes. En grattant le tissu pulmonaire ainsi altéré, on en faisait sortir une matière visqueuse , comme grasse et sébacée, qui était infiltrée dans son épaisseur, et ne provenait nul-

lement des granulations; aucune induration tuberculeuse proprement dite ne se remarquait dans aucun point du poumon ou des glandes bronchiques. Le poumon droit était sain dans toute son étendue; tous les autres viscères du thorax et des autres cavités étaient sains, seulement le cœur était un peu hypertrophié.

Un homme qui se porte bien contracte une pneumonie; cette maladie se prolonge avec des accidents plus ou moins aigus, et cet homme périt. On trouve à l'ouverture du cadavre tous les caractères anatomiques de la pneumonie chronique, et dans le tissu induré rouge et gris, on distingue des granulations miliaires. Ces granulations ont évidemment leur siège dans les bronches, car on peut trouver la matière qui les forme dans les petites ramifications aérifères. Ces granulations sont formées d'une matière qui n'a pas les caractères de la substance tuberculeuse , qui ne se remarque ni infiltrée, ni agglomérée en aucun point du poumon enflammé. Ces granulations ont été vues dans la pneumonie aiguë, et y ont offert la même disposition, soit quant à leur siège, soit quant à leur rapport avec une phlegmasie des dernières ramifications bronchiques et du parenchyme ; nous les y avons même produites à volonté. Ces motifs ne suffisent-ils pas pour faire considérer cet état comme simplement inflammatoire, et les prétendus tubercules comme une simple sécrétion phlegmasique opérée dans les vésicules pulmonaires? Les prétendues phthisies miliaires aiguës de quelques auteurs, ne sont que des cas de cette espèce; on a confondu une sécrétion inflammatoire avec une sécrétion tuberculeuse. M. Broussais a rapporté des faits qui viennent à l'appui de ce que nous venons de prouver; mais il

n'a pas distingué les granulations inflammatoires des tubercules qui en diffèrent sous tous les rapports. Rapprochons de notre observation une de celles de M. Broussaisi

Obs. CLXXIX. Un jeune homme de vingt-quatre ans, châtain, grand, mince, ayant la poitrine un peu resserrée, mourut à l'hôpital d'Udine, après six semaines de maladie. Il présenta constamment une toux fréquente , avec expectoration nulle ou peu abondante ; respiration agitée et laborieuse , pommettes très rouges et plaquées; fièvre vive, chaleur acre et forte, pouls toujours dur et fréquent. L'intensité du mouvement fébrile était si grande, qu'à peine si Ton s'apercevait d'une exaspération vers le soir. Jamais les crachats ne prirent cette couleur opaque qui fait présager la résolution des pneumonies. Dix ou douze jours avant sa mort, cet homme commença à maigrir rapidement; ses traits se décomposèrent; sa peau devint sale, son haleine fétide; il était à chaque instant menacé de suffocation, et tourmenté par la crainte de la mort.

Ouverture du cadavre. Marasme au premier degré.— Les deux poumons engorgés remplissaient les cavités thoraciques , mais avaient peu d'adhérences $ leur parenchyme était engorgé, approchant beaucoup de ï induration , et semé de petits grains miliaires , dont les plus gros égalaient à peine le volume d'une lentille. Ces grains étaient d'un blanc rougeâtre ; on ne remarquait aucun foyer purulent. — Les viscères de la tête et de l'abdomen étaient en bon état. *

Remarquons dans ces deux observations, et sur-

■ Hist. des Phlegm. chron , t. II, p. 22. Obs. XL. — On peut rapprocher de ce fait les Observations XXXVII , XXXVIII et XXXIX du même ouvrage.

tout dans la dernière, la couleur d'un blanc rougeâtre des granulations. Les tubercules miliaires sont d'un blanc grisâtre, diaphanes, ne se broyant point sous les doigts, tandis que les granulations que nous avons vues sont molles, comme pulvérulentes, opaques et un peu visqueuses; elles sont ensuite parfaitement en rapport avec le degré de la phlegmasie dans le tissu qui les entoure ; chacune d'elles n'est cependant pas, comme dans les vrais tubercules , le centre d'une petite induration grisâtre, comme semi- cartilagineuse, qui va en s'aftaiblissant autour d'elles, dans le parenchyme pulmonaire environnant, souvent à peine enflammé.

SECTION IV

Inflammations gangreneuses des tissus complexes.

1276. Les inflammations gangreneuses des organes à texture complexe sont assez rares; nous ne pensons pas qu'elles aient été observées dans quelques uns de ces organes , qui sont le corps thyroïde, le thymus et les capsules surrénales. On possède maintenant un assez grand nombre d'exemples de phlegmasie gangreneuse des poumons, et quelques observations de splénite gangreneuse se trouvent dans les auteurs.

Des pneumonies gangreneuses.

1 277. La gangrène des poumons se manifeste dans deux cas très distincts : i°. Après une inflammation plus ou moins intense, aiguë ou chronique de ces organes; elle peut alors être produite, soit par l'intensité de la phlegmasie, soit par l'action accessoire d'une cause sceptique pendant sa durée ; 20. elle est le résultat d'une phlegmasie , essentiellement et primitivement gangreneuse ? des organes pulmonaires.

1278. L'inflammation du poumon, qui devient gangreneuse après avoir été pendant un certain temps de bonne nature, se caractérise par les altérations anatomiques que nous avons reconnues propres aux pneumonies, soit aiguës, soit chroniques, dans les parties que la gangrène n'envahit pas, car les gangrènes dont nous parlons n'occupent jamais la totalité d'un poumon. C'est au centre de la partie de l'organe hépatisé que se forme une eschare molle, diffiuente, extrêmement fétide, d'une couleur d'abord violâtre et ensuite verdâtre, si le tissu qui se mortifie était à l'état d'hépatisation rouge , et d'une couleur grise-pâle, sale, quand l'hépatisation grise a précédé le sphacèle.

1279. Le docteur Andrai fils a rapporté un exemple de gangrène du poumon survenue au centre du tissu pulmonaire à l'état d'hépatisation grise commençante. Le sujet était un homme de vingt-huit ans, qui ne présenta, jusqu'au vingtième jour, que les accidents d'une pneumonie aiguë intense; le vingt et unième jour les crachats devinrent fétides , et la maladie offrit tous les accidents de la gangrène des poumons, qui se termina par la mort le quarantedeuxième jour. A l'ouverture du cadavre on trouva le lobe inférieur du poumon droit creusé d'une vaste cavité à parois rugueuses et brunâtres, d'où s'exhalait une odeur infecte gangreneuse. Une masse pultacée demi -fluide, d'un gris verdâtre sale, la remplissait; de larges tuyaux bronchiques s'y ouvraient; elle n'était séparée des côtés que par une portion très mince du tissu pulmonaire. Autour de cette cavité, qui aurait pu admettre une orange, le parenchyme des lobes inférieur et moyen présentait un mélange d'hépatisation rouge et grise. La partie

postérieure du lobe supérieur du poumon gauche offrait une couleur rouge et un tissu facilement dédurable, à peine perméable à l'air.1 (Hépalisation rouge commençante.)

Les malades ne survivent pas toujours aussi longtemps à l'existence de la gangrène du poumon que cela est arrivé dans l'observation dont nous venons de donner l'analyse. Cette durée apporte nécessairement des changements dans Teschare gangreneuse , qui se ramollit et se dissout en quelque sorte chaque jour davantage. Au surplus, la facilité avec laquelle la séparation de l'eschare s'opère dans ces phlegmasies terminées par gangrène, est très grande, et d'autant plus importante à noter , qu'il s'en faut bien qu'il en soit de même dans la pneumonie essentiellement gangreneuse. L'observation suivante confirmera encore ces remarques cliniques, et donnera un exemple de terminaison par gangrène de la pneumonie au troisième degré.

Obs. CLXXX. Une couturière de vingt et un ans avait cessé d'être réglée depuis deux mois, et était malade depuis huit jours lorsqu'elle entra à l'hôpital, le 2 juin 1822; elle éprouvait une vive douleur dans le côté gauche de la poitrine , surtout pendant l'inspiration et les quintes de toux : elle respirait avec peine et crachait du sang; on entendait un râle crépitant dans plusieurs points du thorax. Ces accidents persistèrent pendant huit jours, malgré une saignée du bras et l'application de sangsues sur le côté. Le 1 1 , abattement, assoupissement, fièvre très vive, oppression considérable, céphalalgie; le t3, fièvre très forte, point pleurétique à droite. (Trente sangsues suivies d'un vésicatoire sur le côté.) Le vé-

1 Clinique méd. , t. II, p. 297.

DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMES. 33o

sicatoire> appliqué le i4> cause de l'anxiété. Le soir îa malade se trouve mieux; les jours suivans, la fièvre et l'oppression persistent, la pommette droite est d'un rouge vif, la malade est couchée sur le côté gauche. Les crachats exhalent l'odeur la plus fétide» Le 25, anxiété et dispnée très prononcées ( vésicatoire sur la poitrine); le 26, sueurs froides, pâleur du visage, pouls petit, à peine sensible; râle, mort.

Ouverture du cadavre, vingt-deux heures après la mort. Adhérence générale des poumons par une exsudation comme gélatineuse, déjà en partie organisée. A la partie inférieure du côté droit du thorax , épanchement de sérosité trouble , floconneuse , traversé par des brides celluleuses. Le poumon droit contient un vaste abcès gangreneux , sur le point de s'ouvrir dans la plèvre, ce foyer est rempli de matière purulente boueuse , horriblement fétide. Il pourrait contenir un oeuf d'oie dans sa cavité , dont la surface interne est d'un gris rougeâtre ; lavée à plusieurs reprises, elle présente des lambeaux de substance pulmonaire gangreneux, verdâtres , frangés , semblables à des lambeaux de tissu cellulaire gangrené. Plusieurs tuyaux bronchiques s'ouvrent dans cette cavité, sur les parois de laquelle rampent des ramifications vasculaires oblitérées. Le tissu pulmonaire environnant le foyer est en état d'hépatisation grise; le reste du poumon, légèrement induré, est pénétré d'une énorme quantité de liquide séreux mêlé de sang mousseux ; le poumon était un peu refoulé par l'épanchement pleurétique. Tout le poumon gauche, gorgé de liquide, étnit dans un commencement d'hépatisation ; les bronches offraient généralement une teinte rosée de leur muqueuse; la plèvre était injectée; le péricarde con-

34o ANATOMIE PATHOLOGIQUE

tenait de la sérosité un peu floconneuse; lesGavilés du cœur étaient remplies de caillots décolorés à l'extérieur, et se prolongeant dans les gros vaisseaux. La membrane interne du cœur, surtout dans ses cavités droites , et autour des valvules , avait une teinte brune ; les organes des autres cavités étaient sains. '

Cette observation est précieuse, par le soin avec lequel les altérations anatomiques ont été décrites ; elle nous fait voir une gangrène du poumon qui paraît avoir été produite par l'intensité de l'inflammation, et avoir commencé environ dix jours avant la mort, quoique la pneumonie existât déjà depuis assez long-temps. Cependant, la séparation deseschares était déjà presque totalement effectuée; Ton ne voyait plus que des lambeaux verdutres, frangés, évidemment mortifiés, qui tenaient encore aux parois du foyer qui offraient elles-mêmes des tuyaux bronchiques ouverts , et des ramifications vasculaires oblitérées. On a dû remarquer que la pneumonie existait au degré d'hépatisation grise achevée, autour du foyer, et qu'elle se trouvait au premier degré dans le reste de ce poumon ; le poumon gauche était aussi enflammé, et présentait les caractères du commencement du deuxième degré.

1280. On trouvera dans le fait suivant un cas de pneumonie chronique terminée par gangrène.

Obs, CLXXXT. Un terrassier âgé de vingt et un ans, ressentit, il y a dix-huit mois, une douleur au-dessous du sein gauche ; il eut en même temps de l'oppression et de la toux , avec crachats sanguinolents. Il fut saigné, et un vésicatoire fut appliqué sur le côté gauche du thorax. La respiration est restée courte , et la toux a persisté ; cependant le malade a continué ses péni- 1 Bouillaud, Revue médicale, 1814, t. IV, p. 383.

bles occupations. Trois semaines avant son entrée à l'hôpital il a eu une abondante hémoptysie, il a alors cessé de travailler. Le 3i juin, il était dans l'état . suivant : son mat dans tout le côté gauche du thorax; râle muqueux , qui se rapproche du gargouillement des cavernes, un peu au-dessous de l'angle inférieur de l'omoplate ; on entend aussi en ce point , par intervalles, la respiration bronchique et une très forte résonnance de la voix ; ailleurs, du même côté, Ton n'entend que différentes variétés de râle bronchique. Peu de râle bronchique à droite, en quelques points; parole libre; respiration non gênée; haleine félide ; expectoration très abondante d'un liquide purulent, d'un blanc verdâtre qui s'écoule en nappe, et exhale une odeur fade désagréable; pouls un peu fréquent, sans chaleur à la peau. Le soir, malaise; sensation d'ardeur générale, sans frisson initial; sueur la nuit; forces assez bien conservées; embonpoint de la face; maigreur du reste du corps. (Pilules bals, de Morton; syrop de Tolu.) — Le 5 juillet, pouls plus fréquent; peau chaude (saignée de 5 viij). Aucun changement n'eut lieu jusqu'au 22 juillet. Vers cette époque, les crachats changèrent de caractère ; un liquide purulent commença à se mêler à une matière formée par une multitude de petits grumeaux grisâtres, exhalant une odeur très fétide. Les jours suivants ces crachats , d'abord très rares , devinrent de plus en plus abondants et fétides; en approchant du malade, on sentait une odeur infecte , gangreneuse, qui provenait à la fois de ses crachats et de son baleine. Depuis que l'expectoration présentait ces nouveaux caractères, le pouls était habituellement petit et fréquent; la face était très pâle; trois à quatre fois, le malade vomit ses aliments ; la respiration n'était

d'ailleurs pas plus gênée, les forces se conservaient, la maigreur n'augmentait pas. Le 9 août, cet homme mourut subitement , après avoir parlé librement à haute voix; quelques minutes auparavant, il avait eu une lipothymie dans la soirée pendant qu'il se promenait dans les salles.

Ouverture du cadavre. Adhérences intimes des plèvres costale et pulmonaire gauches; tout le poumon, de ce côté , est dur et imperméable à l'air. Pressé entre les doigts, son tissu ne s'écrase pas; par l'incision ou la pression , aucun liquide ne s'en écoule. Sa couleur, peu différente de celle qui existe dans l'état sain du poumon, est d'un rouge grisâtre; coupé en divers sens, il semble parsemé d'une multitude de granulations jaunâtres, d'une extrême petitesse. A sa surface et dans son intérieur, ce même poumon présente un grand nombre de lignes, d'un blanc mat, qui s'entre-croisent de manière à circonscrire exactement les lobules pulmonaires, dont les limites se trouvent ainsi parfaitement dessinées. Ces lignes semblent formées par le tissu cellulaire épaissi , et comme fibreux, qui, dans l'état naturel, sépare les lobules les uns des autres. Vers la partie moyenne de ce poumon, non loin de sa surface externe, se trouvait une cavité assez grande pour admette une grosse noix , une odeur gangreneuse s'en exhalait ; ses parois étaient tapissées par une couche mince de matière verddtre , au-dessous de laquelle on voyait le tissu du poumon rouge et dur. Plusieurs bronches, d'un calibre assez considérable, s'ouvraient dans cette cavité, qui était vide. La surface interne des bronches était rouge, les parois de plusieurs offraient une hypertrophie évidente ; elles se dilataient en quelques points d'une manière assez notable pour représenter de petites ca-

vités. C'était surtout vers le centre du lobe inférieur que l'on remarquait ces dilatations partielles; elles contenaient une matière grisâtre et fétide, analogue aux crachats. Le poumon droit, libre d'adhérences, était sain dans toute son étendue, excepte près de la base, où il présentait une portion de son parenchyme, égalant à peu près le volume d'une orange, à l'état d'hépatisation rouge , et dont la grande friabilité annonçait la formation récente. *

Cette observation est le seul cas que nous connaissions de pneumonie chronique terminée par gangrène ; le peu d'étendue du foyer gangreneux, la persistance de la maladie, après l'apparition des symptômes non équivoques de sphacèie, rendent ce fait très important. Il l'est beaucoup aussi, comme offrant un tableau fidèle des altérations qui caractérisent la pneumonie chronique à l'état d'induration ronge. Les granulations jaunâtres , remarquées par M. Andral au milieu du parenchyme induré, ont conduit cet observateur habile à se demander « si elles étaient « le résultat de la distension des vésicules pulmo- « naires, par du pus concret, ou si elles étaient des « tubercules naissants. » Ce fait vient appuyer ce que nous avons dit ailleurs de ces granulations, sur la nature desquelles nous nous sommes assez expliqué (1237, 12^5 et 1275).

[281. La mortification dans la pneumonie terminée par gangrène, semble s'étendre par continuité du centre des foyers qu'elle occupe à leur circonférence; elle se propage aussi quelquefois vers la surface du poumon , en creusant des trajets sinueux comme dans un fait rapporté par M. Bouillaud ; l'eschare est déliquescente et boueuse, excessivement fétide. Ces

1 Andral, Clin. méd. , t. II, p. ^99.

34i ANATOMIE PATHOLOGIQUE

remarques ne pourraient-elles pas conduire à se demander si ces gangrènes pulmonaires ne sont pas de même nature que la gangrène phagédénique d'hôpital?...

1282. L'inflammation essentiellement gangreneuse du poumon occupe une grande portion et quelquefois la presque totalité de l'organe,- ou elle est limitée à des portions circonscrites, uniques au centre d'un lobe, ou multiples et plus ou moins rapprochées.

1283. Les inflammations gangreneuses circonscrites ou partielles des poumons se caractérisent, au premier degré , par des eschares d'un noir verdalre, d'une compacité assez grande, quoiqu'elles soient très friables. Ces esebares sont limitées par le tissu pulmonaire devenu d'un rouge livide, très pénétré de sérosité violatre, encore un peu crépitant par endroits, et d'une friabilité aussi considérable que celle du tissu à l'étal d'hépatisation grise. Souvent le parenchyme, ainsi altéré, est lout-à fait imperméable à l'air, et présente quelque apparence granuleuse comme dans le tissu hépatisé rouge; mais toujours il est excessivement friable et très pénétré de sérosité et même de sang d'un rouge violet.

1284. Au deuxième degré, la séparation de l'eschare s'opère; cette partie mortifiée se fond à son pourtour dans un déliquium d'un rouge verdatre, très fétide, qui l'entoure et la pénètre. Le tissu pulmonaire environnant devient un peu moins friable et d'un rouge plus vif; il se forme en lui une pblegmasie de bonne nature qui paraît arrêter la maladie. Mais cette inflammation est très limitée sur les parois du foyer, lesquelles, dans une épaisseur de quelques lignes, sont à un véritable état d'hépatisation rouge audessous d'une couche putrilagineuse verdatre. L'engouement du poumon par dn sang séreux et noirâtre,)

est beaucoup moins étendu que lorsque l'eschare se continue encore et se fond entièrement avec le reste du parenchyme pulmonaire.

1285. A un degré plus avancé, l'eschare se trouve comme dissoute , et convertie en une houe fétide , d'un vert grisâtre, au milieu de laquelle on trouve quelquefois des grumeaux de tissu mollasse , jaune , noirâtre, très friable, et quelques portions d'un tissu filamenteux, comme desséché, peu consistant, comparées avec raison par Laennec aux eschares produites sur la peau par la potasse caustique. Dans quelques cas, on a trouvé ces foyers gangreneux remplis en partie de sang noirâtre, cailleboté, ou mélangé et comme battu avec la sanie gangreneuse. Vers les parois, des foyers , on remarque une exsudation mollasse , d'un jaune grisâtre, enduite de pus sanieux, et recouvrant immédiatement une couche ramollie et en état de déliquium verdâtre, très fétide; il semble que cette couche , que l'on prendrait pour un commencement de pseudo-membrane, soit une séparation, un départ naturellement opéré entre les matières qui remplissent le foyer. Ce qui le ferait présumer, c'est que l'on trouve quelquefois plusieurs couches alternatives de cette matière et de déliquium gangreneux. Nous avons même vu un foyer divisé en deux parties par une couche albumino-purulenle transversale. Audessous de la couche de matière molle et déliquescente, qui est plus décolorée et plus rapprochée de la nature du pus que dans les degrés moins avancés, on trouve les parois du foyer, qui sont assez denses, d'un rouge grisâtre, et traversées d'ordinaire par des tuyaux bronchiques ouverts à la surface de ce foyer; on y remarque aussi un lacis assez serré de vaisseaux engorgés qui ont été comme refoulés à la circonférence,

et qui se ramifient enveloppés et baignés par le fluide sanieux dont un filet d'eau les débarrasse facilement. A quelques lignes du foyer, l'inflammation aiguë, qui l'entoure et qui se rapproche de l'hépatisation rouge devenant grise , se limite dans un engouement du parenchyme par de la sérosité rougeatre et écumeuse.

1286. L'observation suivante nous présente la pneumonie gangreneuse circonscrite, à foyers multiples et au premier degré.

Obs. CLXXXII. Un maçon, âgé de dix-sept ans, fut affecté d'une variole confluente avec symptômes de pneumonie. L'émétique en lavage , administré le troisième jour, diminua la douleur de côté, la céphalalgie et la fièvre qui l'accompagnaient. L'éruption se manifesta le même jour sur la face, et successivement sur le cou, sur la poitrine et sur les membres. Le septième jour, ce malade exhalait une odeur infecte, qui fut attribuée aux croûtes nombreuses et au pus qui s'écoulait des boulons confluents du visage; la langue', les lèvres, les gencives et les dents étaient fuligineuses. La déglutition était difficile et douloureuse; la langue et le fond de la gorge étaient couverts de boutons. La respiration gênée ne pouvait avoir lieu que par la bouche ; des pustules très rapprochées existaient surla membrane pituitaire. La poitrine, mateàgauche, faisait entendre un râle crépitant antérieurement et postérieurement. Les jours suivants la tuméfaction de la face diminua, les pustules se desséchèrent; mais l'odeur qu'exhalait le malade, resta tellement fétide, qu'on ne pouvait approcher de son lit : cependant l'appétit se faisait sentir, la fièvre diminuait; on commençait même à nourrir le malade lorsqu'il succomba le vingt et unième jour de l'invasion de la variole.

Le tissu du poumon gauche était d'un vert brunâtre et répandait l'odeur spécifique de la gangrène ; Ja moindre pression du doigt le pénétrait avec la plus grande facilité, et le réduisait en une bouillie infecte, d'où s'écoulait un liquide d'un rouge livide. La gangrène avait son siège dans le lobe postérieur; elle n'en affectait cependant pas toute l'étendue, mais elle formait de petits noyaux de parenchyme spha celés , d'un pouce de diamètre environ, entourés d'une portion de poumon, dans laquelle on reconnaissait la rougeur inflammatoire du premier degré de la pneumonie , sauf que le tissu y était plus ramolli et imbibé d'un liquide sanguinolent. Ces divers noyaux , qui formaient autant de gangrènes partielles, se réunissaient les uns aux autres, et envahissaient ainsi tout le lobe postérieur du poumon , d'où il en résultait qu'au premier coup d'œil on aurait cru toute l'épaisseur de cet organe gangrenée. '

Les caractères anatomiques du tissu pulmonaire enflammé autour des parties gangrenées, diffèrent surtout de ceux de la pneumonie aiguë au premier degré, par le ramollissement et par l'infiltration sanguinolente plus considérables du tissu pulmonaire ; et assurément personne, versé dans l'anatomie pathologique, ne trouvera dans cet état du parenchyme pulmonaire les caractères d'une inflammation assez violente pour s'être terminée par gangrène à cause de son intensité. Quant aux caractères anatomiques des parties frappées de mort , on a vu qu'ils consistaient en une teinte verdâtre avec une mollesse telle que le tissu se réduisait eh déliquium sous les doigts, et en une odeur fétide.

1 Observation recueillie à la clinique du professeur Recamierj, par M. Martinet. (Revue méd, , août i8a5, p. iy4-)

3/j8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

A l'ouverture du cadavre d'un homme mort dans les salles de M. Boyer, Bayle trouva le poumon gauche dense, d'un rouge livide dans sa moitié inférieure, qui avait un volume considérable; elle était dans un état d'engouement très prononcé et très voisin de l'hépatisation; mais ce dernier état n'était nulle part bien marqué. Vers la partie inférieure du lobe inférieur de ce poumon, une portion du tissu pulmonaire était réduite en une sorte de putrilage grisâtre et d'une odeur gangreneuse. Cette substance putrilagineuse était parfaitement continue avec la substance pulmonaire environnante, qui n'était que rouge et engorgée, et sur laquelle elle tranchait par sa couleur et par sa consistance. Il n'y avait point de cavité avant qu'on eût enlevé cette substance putrilagineuse, qui n'avait pas de forme régulière ni bien circonscrite, et dont le volume pouvait être évalué à celui d'une grosse noix.

Nous avons emprunté cette description de gangrène de poumon à une observation de Bayle, rapportée par Laennec. On trouvera dans l'ouvrage de ce dernier sur l'auscultation , des exemples de pneumonies gangreneuses aux trois degrés, dont nous avons fait connaître les caractères anatomiques. On y verra que si les caractères de l'inflammation aiguë des poumons ont été trouvés plus marqués autour des eschares, à mesure qu'elles étaient plus éloignées de leur formation , et que leur séparation s'effectuait, on ne peut cependant, dans aucun de ces cas , considérer ces phlegmasies comme intenses; elles sont toujours au contraire très légères, bien loin d'être assez graves pour déterminer la gangrène par leur violence.

1287. Nous avons indiqué (ia56) les caractères de l'inflammation aiguë du parenchyme pulmonaire re-

DES TISSUS COMPLEXES ENFLAMMES. S/jQ

foulé et affaissé dans les épanchements pleurétiques. L'observation suivante montrera que Ja pneumonie gangreneuse circonscrite peut aussi se manifester dans le parenchyme pulmonaire affaissé.

Obs. CLXXXIII. Un boulanger âgé de quarante neuf ans, entra à l'hôpital le 10 septembre. Il avait une pleurésie depuis six semaines, et depuis cinq jours il. crachait du sang en si grande quantité qu'il croyait le vomir. Ce sang était liquide et noirâtre : l'oppression était extrême, le visage pâle, livide, abattu ; la peau chaude et couverte de sueur; le pouls petit et fréquent; la prostration extrême. Le côté droit de la poitrine était mat et bombé ; on entendait au-dessous de l'angle inférieur de l'omoplate droite, la pectoriloxjuie avec un râle tumultueux et analogue au gargouillement. (Presc. vésicatoire sur le côté, look avec sirop de consolide.)— Le 1 1 , le malade Crachait toujours du sang à pleine bouche; les crachats exhalaient une odeur de gangrène insupportable. Cette fétidité augmenta les jours suivants; cependant on obtint Je i4une amélioration qui paraissait devoir se soutenir par suite de l'application des ventouses. Le 22, le malade mourut.

Ouverture du cadavre , trente heures après la mort. — A l'incision du côté droit du thorax, il s'écoula plus d'une pinte d'un liquide trouble, floconneux, sale et d'une horrible puanteur. La face externe du poumon était considérablement déprimée. Entre le diaphragme et la base du poumon existait un autre épanchement pleurétique séparé du précédent par la partie inférieure de cet organe amincie par la pression qu'avaient exercée sur elle les deux épanchements dont elle formait la cloison. De fausses membranes molles et amorphes formaient au pus une sorte de kyste ; au-dessous d'elles, la plèvre, fort épaissie par des cou»

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ches comme fibreuses qui s'étaient comme identifiées avec elle, était d'un rouge ponctué. Le tissu pulmonaire affaissé était peu crépitant , dense , et pour ainsi dire coriace; il offrait généralement une couleur ardoisée , sur laquelle tranchaient plusieurs lignes d'un blanc grisâtre. Le sommet était dur , comme carnijîé, nullement crépitant y et infiltré d'un liquide roussâtre , exhalant une odeur de gangrène. Vers le milieu du bord postérieur, existait une excavation presque vide, capable de contenir un œuf de poule; les parois de cette caverne adhéraient si fortement à la plèvre costale, que le tissu du poumon se déchirait plus facilement que l'adhérence elle-même. Ce foyer contenait une petite quantité d'un liquide sanieux et fétide , comme une matière gangrenée ; sa surface interne, bien lavée, était polie, rougeâtre, et paraissait formée par le tissu pulmonaire sans intermédiaire de fausse membrane. Le poumon , crépitant seulement à son bord antérieur , était infiltré dans tout le reste de son étendue , d un liquide roussâtre, sanieux, fétide. Les vaisseaux sanguins qui rampaient autour de la caverne gangreneuse, étaient oblitérés; la membrane bronchique droite était d'un rouge grisâtre. Un léger épanchement séreux existait dans la cavité gauche du thorax ; le poumon gauche était couvert de quelques fausses membranes pulpeuses et gorgées d'une sérosité sanguinolente ; son tissu présentait une couleur noirâtre, moins foncée que celle du poumon droit-, la membrane bronchique gauche était rouge. Des caillots décolorés se trouvaient dans les cavités du cœur. — Le foie volumineux était d'une couleur verdâtre dans sa portion diaphragmatique, où son tissu était friable, ramolli et peu adhérent au péritoine qui le recouvre. L'estomac injecté dans son extrémité gauche , pré-

sentait quelques érosions superficielles dans le reste de son étendue. Le duodénum rouge, injecté, était rempli de matière bilieuse, ainsi que le reste de l'intestin grêle. Il v avait quelques points noirs et de l'injection vers le cœcum.

Cette observation ne nous fait pas seulement connaître que dans le parenchyme pulmonaire affaissé , l'inflammation gangreneuse se manifeste comme l'inflammation aiguë légère avec une infiltration sérosanguinolente, fétide, beaucoup plus abondante ; elle nous montre encore l'inflammation du poumon gauche offrant tous les caractères des pneumonies gangreneuses autour des eschares, qui, dans ce cas, n'étaient point encore formées.

1288. La pneumonie gangreneuse non circonscrite se caractérise par un ramollissement considérable du tissu de tout un poumon , ou de sa plus grande partie. Le parenchyme altéré est d'un brun verdâtre qui devient d'un gris verdâtre , nuancé de marbrures d'un vert foncé, et d'un brun jaunâtre. Ce tissu exhale une odeur putride; il est très pénétré d'une sérosité visqueuse jaune verdâtre très fétide ; aussi se déchire-t-il à la moindre pression; il se fond peu à peu dans le tissu pulmonaire sain , engoué de sérosité rougeâtre ou jaune verdâtre , et présentant les caractères de la pneumonie aiguë commençante.

1289. A un degré plus avancé, on remarque par places que le tissu gangrené se convertit en une pulpe comme déliquescente, putride, d'un vert brunâtre, dans laquelle on remarque des taches noirâtres et des grumeaux de tissu mollasse comme filamenteux , qui paraissent être des portions converties en eschare, plus denses que le déliquium sanieux, au milieu duquel elles se trouvent. La gangrène étant parvenue k

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ce degré , ses limites sont plus prononcées ; le parenchyme environnant est d'une texture plus dense , et présente un engorgement inflammatoire au degré d'hépatisation rouge, sauf que le tissu pulmonaire dans ce point, est évidemment beaucoup plus ramolli et plus pénétré de sérosité sanguinolente que dans la vraie pneumonie aiguë; il est aussi d'une couleur plus livide. Cependant il y a une limite bien évidente entre le parenchyme dans cet état, elle tissu pulmonaire voisin, mortifié, déliquescent. On remarque même que la déliquescence de ce tissu est plus grande aux limites du mal qu'au centre.

Il est rare que tout un poumon soit gangrenç ; il reste presque toujours au moins au sommet une portion enflammée avec les caractères que nous venons d'indiquer.

1290. La pneumonie gangreneuse non circonscrite s'est présentée avec des caractères qui indiquent encore un degré plus avancé que le précédent. Dans ce cas , le tissu non gangrené est toujours à l'état d'inflammation aiguë au deuxième degré, et la gangrène exactement limitée ; mais la portion mortifiée est ridée, affaissée; quoique généralement très molle, elle présente çà et là, dans son épaisseur, des portions entièrement déliquescentes, réduites en sa nie, et des cavités irrégulières communiquant avec les bronches et contenant de cette sanie putride; les ramifications bronchiques en sont elles-mêmes rem plies. Ce troisième degré paraît dépendre de l'expulsion d'une partie de l'eschare par les crachats, et de l'affaissement et de la diminution de volume consécutifs du poumon par la perte de substance qui en résulte et qui produit les cavités disséminées dans le tissu sphacelé.

Ï2QF. Voici des exemples de pneumonies gangreneuses non circonscrites.

Obs. CLXXXIV. Un scieur de long était afïècté d'une fièvre catarrhale avec pneumonie du côté gauche, accompagnée d'expectoration de crachats fétides. Le douzième jour, un vésicatoire, appliqué sur le côté gauche, détermina un mieux sensible; le vingtdeuxième jour, l'aspect de la face changea considérablement : ses traits s'affaissèrent, et il s'établit une expectoration d'un liquide diffluent, d'un rouge noirâtre, et d'une odeur gangreneuse, tellement insupportable que plusieurs personnes qui approchèrent du malade en furent incommodées. Les forces diminuèrent très rapidement, malgré l'emploi p!es toniques; le malade succomba le vingt-cinquième jour. On trouva dans l'iléon et dans le ccecum des plaques inflammatoires, affaissées et noirâtres. — Il s'exhala à l'ouverture de la poitrine une odeur excessivement fétide, le poumon gauche était d'une couleur brune ardoisée; sa consistance était tellement diminuée, qu'on ne pouvait y toucher sans le réduire en un putrilage infect, d'un brun rousseâtre et verdâtre; un liquide séro-sanguinolent livide s'en écoulait. Le parenchyme pulmonaire présentait dans tous ses points la même couleur ardoisée et le même ramollissement, sans qu'il fût possible de reconnaître des points plus affectés que d'autres, et dans lesquels la maladie fût circonscrite. Le poumon était dans le même état, dans toute son épaisseur; on ne pouvait y distinguer de cercles rouges, dans lesquels cet organe offrit les caractères du premier degré de la pneumonie. Tout était d'un noir verdâtre. Les ramifications des bronches, déchirées par les doigts qui pénétraient dans le parenchyme pulmonaire, laissaient écouler

par leurs orifices un liquide puriforme et sanguinolent. Le poumon droit était sain. *

Nous venons de rapporter un exemple de phlegmasie gangreneuse du poumon au premier degré, voici une observation qui fera connaître cette affection au deuxième et au troisième degrés.

Obs. CLXXXV. Un maçon , âgé de quarante ans, jouissant ordinairemeut d'une bonne santé, fut pris le 29 avril d'un violent point de côté au-dessous du sein gauche, avec une violente céphalalgie, de la difficulté de respirer et de la toux. Le soir, à la suite d'un frisson , il commença à expectorer des crachats teints d'un sang clair. Le lendemain, six sangsues furent appliquées sans soulagement sur le côté. Les accidents continuèrent. Le 7 mai, neuvième jour de la maladie, entré à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Charles, n° 22, service du docteur Petit, il était dans l'état suivant : figure un peu altérée, pommettes plaquées, pourtour des lèvres et des ailes du nez jaune; céphalalgie sus-orbitaire ; langue couverte d'un enduit jaunâtre, bouche amère, soif intense, pas d'épigastralgie; constipation , douleur profonde au côté gauche du thorax , qui est mat quand on le percute, respiration gênée, expectoration facile de crachats jaunâtres, teints d'un rouge obscur, répandant une odeur fétide; pouls fréquent; lorsque le malade s'assoupit il a des rêvasseries et des vertiges (Presc. : julep huileux avec sirop d'ipécacuanha §j. dix-huit grains d'ipécacuanha pour le lendemain). — Huit mai, dixième jour, le vomitif ne produit que deux selles; pouls petit, fréquent et très mou, toux assez rare, expectoration de crachats noirâtres, séreux, très fétides Presc. : infusion de polygaîa, lavement camphré, vé- 'Clin. du profes. Recamier. (Revue méd. , août 1825, p. 174O

sicatoire volant à la jambe, vin et bouillon). Dans la journée, les crachats devinrent d'un rouge noir foncé, d'une fétidité intolérable; les forces diminuèrent beaucoup; il survint un peu de diarrhée. — Neuf mai, délire, augmentation de la faiblesse, expectoration d'une sanie fétide, couleur de chocolat. — Le lendemain respiration stertoreuse et mort.

Ouverture du cadavre , quarante-trois heures après la mort. Le corps exhale une odeur excessivement fétide; le côté gauche du thorax contient environ un verre de sérosité jaunâtre, des lambeaux pseudomembraneux amorphes tapissent la plèvre. Le poumon gauche est extrêmement volumineux; il est d'une couleur livide. Une partie du lobe inférieur est affaissée et ridée. Dans les deux tiers de son étendue, cet organe est tellement ramolli, qu il ne peut résister à la moindre pression sans se briser et se réduire en putrilage entre les doigts. La pression fait sortir de son épaisseur un liquide brun, extrêmement fétide , semblable à du chocolat. Le lobe inférieur présente , dans une partie de son étendue , des foyers disséminés , petits et irréguliers y remplis en partie de sanie violâtre. La muqueuse est d'un rouge brun , et en contact avec un fluide semblable à celui contenu dans les foyers. Aux limites.de cette altération, le parenchyme est d'un rouge brun foncé, assez résistant, un peu granuleux et fort infiltré de sérosité écumeuse; il est encore crépitant dans quelques points. — -La villeuse gastro- intestinale offre des marbrures rougeâtres; elle n'est du reste pas altérée dans sa structure. Du sang est infiltré par taches disséminées sous le péritoine, et forme des ecchymoses violâtres.

Splénites gangreneuses.

1292. Si l'on s'en tenait au ramollissement et à une teinte brune, livide ou noirâtre, pour caractériser la gangrène de la rate, on se tromperait souvent, car ce viscère présente dans beaucoup de cas ces altérations sans être gangrené ni même enflammé. Il faut, ponr admettre l'existence de la gangrène de la rate, que le tissu de ce viscère répande une odeur fétide, comme nous avons vu que cela se remarquait dans tous les tissus gangrenés. « M. Portai dit que la « gangrène de la rate s'observe assez souvent, et qu'elle « se reconnaît en effet au ramollissement du tissu de « cet organe et à l'odeur fétide qui s'en exhale; il la « regarde aussi comme la suite fréquente de l'inflam- (( mation de ce viscère. ' » D'après cela, on doit s'étonner de ne trouver dans les auteurs que si peu d'exemples incontestables de splénites gangreneuses, d'autant plus que cette affection se présente si rarement dans les hôpitaux , qu'il est difficile de suppléer au silence des écrivains. Morgagni n'a rapporté que deux cas de gangrène de la rate. Dans le premier, observé sur un jeune homme mort d'un sphacèle des intestins grêles, cet illustre observateur, après avoir signalé l'odeur fétide qui s'exhalait des viscères, paraît indiquer que la rate était devenue noire comme les intestins, car il s'exprime ainsi : « Tenuia autem « intestina omnia tain atra quam carbo est. Eodem- « que sphacelo lien quoque , saltem ex parte vitiatus « erat. » Dans le second cas, il s'agit encore d'une gangrène intestinale, qui paraît avoir été Je produit d'une inflammation verminense. Morgagni parle aussi de rôdeur gangreneuse des viscères , et dit ensuite ,:

1 Anat. méd. , t. V. p. 336.

« Intestina tenuia ex rubro colore ad lividum nigrescena temque inclinabant. Idem morbosus livor infimam a lienis facienï inferius occupabat in ejusque substan- « liam nonnïhil pergebat. ' » Nous sommes loin , comme on voit, de trouver dans ces observations tous les détails qu'il faudrait pour bien faire connaître la gangrène de la rate, quoique nous pensions qu'il suffit de la couleur noirâtre, réunie à l'odeur putride et au ramollissement du tissu de cet organe , pour caractériser son état gangreneux.

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