DES PRODUITS FLUIDES DES INFLAMMATIONS DANS LES
tissus qu'elles AFFECTENT.
i438. Tous les tissus sont humectés dans leur épaisseur par un fluide très tenu, à l'état de vapeur. Le tjssu cellulaire et les parties dans la structure desquelles il entre en plus grande proportion, présentent plus abondamment celte vapeur humide , dont on peut directement constater la présence en incisant un tissu vivant quelconque ; on voit aussitôt dans cette expérience se dégager ce fluide vaporeux, qui, dans la profondeur du tissu , se trouvait probablement en partie au moins à l'état liquide. Il y a un moyen direct de constater la nature de ce fluide exhalé, en produisant un œdème artificiel par la gêne de la circulation, au moyen d'une ligature serrée dans laquelle on ne comprend pas l'artère principale du membre. Au bout de quelques heures , toute l'extrémité est infiltrée d'un fluide séreux qui ne se coagule pas spontanément, et dont on opère facilement la coagulation par l'alcohol ou par les acides affaiblis,* ce fluide est évidemment une sérosité albumineuse qui ne diffère pas de celle des œdèmes morbides et du sérum du sang. Par l'immersion du tissu infiltré dans l'alcohol ou dans l'eau bouillante, on obtient comme dans les parties frappées d'anasarque , une gelée d'un jaune blanchâtre, incorporée dans l'épaisseur du membre, dans les intervalles des muscles, dans les lieux où le tissu cellulaire est abondant et lâche. On remarque dans cette gelée de petits fragments blancs plus denses, qui sont des portions d'albumine pure coagulée. Si
l'on recueille quelques gouttes du fluide infiltré dans une cuiller, il se coagule par l'ébullition en flocons albumineux , qui se séparent de la partie aqueuse comme cela arrive pour le sérum du sang. Si l'on imbibe de ce fluide une très petite éponge, et qu'on la trempe dans l'alcohol ou dans l'eau bouillante, ses locules sont remplies de matière gélatiniforrne, exactement semblable à celle que produit la même expérience sur les tissus infiltrés; d'où l'on peut conclure que celte substance gélatiniforrne est due à la combinaison de la partie albumineuse de la sérosité avec sa partie aqueuse. Mais ce qu'il est plus important de constater, c'est qu'une semblable coagulation n'est jamais spontanée; donc le fluide infiltré ne contient pas de fibrine, car la faculté de se coaguler spontanément est le caractère le plus tranché de la fibrine.
14^9. Examinée au microscope la substance infiltrée dans les tissus sains dont on parvient assez aisément à recueillir quelques gouttelettes, surtout quand on a déterminé un commencement d'infiltration par une ligature, ne contient point de globules, à moins qu'elle ne se dessèche, auquel cas on voit dans l'état intermédiaire à la fluidité et à la dessiccation parfaite, quelques globules irréguliers plus petits que ceux du sang, et qui ont tous les caractères de ceux que le sérum offre quand il se dessèche, et qu'il ne présente jamais dans d'autres circonstances; ces caractères sont suffisants pour faire distinguer ce fluide de la fibrine.
i44°- On a vu Par l'histoire anatomique de tous les tissus enflammés que l'inflammation déterminait dès son début un état d'infiltration; le fluide déposé dans ce cas dans les mailles du tissu malade, est en partie à l'état de vapeur, et en partie à l'état liquide, au moins une partie se volatilise-t-elle au contact de
l'air ; on ne remarque encore aucune coagulation de ce fluide. L'infiltration ne diffère en rien de celle qui existe dans l'état sain. Mais aussitôt que la phlegmasie a pris un certain degré de développement, on reconnaît aisément une matière assez abondante, à l'état de coagulation gélatiniforme, déposée dans les interstices des fibrilles de la partie affectée, aux limites de la phlegmasie. Ce fluide est liquide et incoagulé ; la grande quantité de vapeur qui s'élève des parties malades , exposées par une incision au contact de l'air, prouve qu'il y a aussi une certaine quantité de liquide non coagulé , déposé dans les mailles du tissu malade. L'humeur infiltrée dans les tissus affectés d'inflammation confirmée, n'est donc déjà plus dans son état physiologique , puisqu'elle a la propriété de se coaguler spontanément. Si la phlegmasie devient très intense , le fluide infiltré et spontanément coagulé est d'un rouge plus ou moins foncé ; il est sanguinolent , ou même c'est du sang pur. Cette infiltration paraît à tous ses degrés sur une section transversale de l'organe enflammé; pour bien la voir, il faut tuer par exsanguification l'animal sur lequel on a provoqué la phlegmasie , après toutefois s'être assuré par la dissection de la partie malade, avant la mort, que c'est bien une matière plus ou moins concrète, et non pas seulement une matière liquide qui est déposée dans les interstices du tissu malade. Quand on a ainsi constaté l'état des choses pendant la vie, on est fixé sur la valeur des lésions du tissu après la mort. Dans le foyer inflammatoire, l'infiltration est formée par du sang pur qui se trouve même quelquefois réuni en gouttelettes. Ce sang est coagulé même pendant la vie, et du sérum gélatineux et liquide est déposé par stries dans les petits caillots qu'il forme, ou autour d'eux. 11. 3o
L'infiltration gélatineuse domine aux limites du foyer ; elle est formée par une matière rougeâtre, à demi séreuse, à demi gélatineuse , dans laquelle le sang ne se montre que par petites stries disséminées. Plus loin encore du centre de la phlegmasie , la proportion séreuse est plus grande, et la couleur de la matière infiltrée est jaunâtre. Enfin, aux limites extrêmes, le fluide infiltré est séreux et incolore; il y a un rapport direct entre ces dégradations de la matière infiltrée et les degrés d'injection vasculaire, et d'altération inflammatoire de la trame du tissu malade/
i44r' A. l'inspection microscopique des humeurs ainsi infiltrées on reconnaît dans la matière coagulée et sanguine , les globules du sang , dépouillés de leur matière colorante , qui se sépare d'eux aussitôt qu'ils sont sortis des vaisseaux ( i3gr ). Aux limites de cette matière colorée dans la partie infiltrée rougeâtre, ces molécules sont plus rares ; la plupart sont incolores; elles sont séparées comme les autres par une matière comme muqueuse, diaphane, incolore, qui devient plus abondante dans la partie plus éloignée du centre , où l'on ne trouve plus qu'un liquide à molécules irrégulières, comme celles du sérum à demi
1 Quoiqu'il ne soit pas difficile de constater ces différents degrés d'infiltration, et la nature des fluides qui les forment dans toutes les phlegmasies aiguës de tous les tissus , et quoique nous les ajons aussi bien vus sur les parties malades des cadavres humains que sur celles des animaux sacrifiés aux expériences, nous devons prévenir qu'il faut opérer plusieurs fois et sur plusieurs tissus différents pour bien les reconnaître, et pour ne pas s'en laisser imposer, ou par la présence des fluides dont la dissection produit l'extravasation , ou par l'aspect de certaines altérations des mailles du tissu malade. C'est surtout dans nos expériences sur les phlegmasies adhésives que nous avons bien recennu les différents modes d'infiltration inflammatoire, que nous exposons ici d'une manière générale.
coagulé. Nous avons cherché à reconnaître les rapports des globales de la substance tout-à-fait coagulée et à demi coagulée avec les molécules du tissu dans lequel ils se trouvent , et nous n'avons rien remarqué de constant.
i442* S* l'on soumet à la congélation un tissu enflammé , on observe une différence très tranchée entre les parties liquides pendant la vie, et celles qui sont spontanément coagulées dans les interstices des fibrilles du tissu affecté. Les parties liquides se coagulent, et leurs molécules cristallines paraissent incorporées dans une matière comme gélatineuse , qui devient de plus en plus dense jusqu'au foyer central de la phlegmasie , où l'on ne peut méconnaître qu'elle n'est que du sang épanché, infiltré et naturellement coagulé. On distingue aussi dans cette expérience une multitude de particules coagulées, incorporées dans la trame du tissu enflammé, d'où il est aisé de conclure que l'infiltration est portée au point de déterminer une interposition de fluide séreux, et de fluide spontanément coagulable, pour ainsi dire, molécule à molécule , dans le tissu enflammé.
Si l'on traite par l'alcohol une portion de la partie malade , on voit la substance concrète, incorporée dans son tissu, prendre plus de densité et une couleur un peu grisâtre, évidemment par la condensation des parties liquides albumineuses qui entrent dans sa composition; quant au liquide qui ne s'était pas spontanément coagulé, il se condense en une sorte de gélatine qui s'identifie avec la substance déjà naturellement coagulée.
i443. A l'inspection d'un tissu enflammé depuis quelque temps, et passé à l'état de suppuration, on trouve encore le fluide gélatiniforme spontanément
coagulé aux limites de l'inflammation , et même dans quelques points de son siège au milieu des autres altérations, Ce fluide gélatiniforme devient louche par places, et jaune grisâtre dans d'autres points, qui sont plus nombreux et plus étendus à mesure que l'on s'approche de la véritable infiltration purulente, laquelle est bien reconnaissable à l'interposition entre les fibres et dans les interstices du tissu enflammé , non plus d'un fluide plus ou moins concret et gélatiniforme, mais d'un fluide jaune blanchâtre, liquide, qui paraît moins identifié et moins adhérent au tissu malade ; aussi suinte-t-il par la pression et tranche-t-il par sa couleur sur celle du tissu enflammé.
i/l44- En examinant au microscope les humeurs infiltrées, on reconnaît le pus à ses globules caractéristiques ; aux limites de l'infiltration purulente, et dans les points où le fluide infiltré commence à devenir purulent, on trouve les vrais globules du pus mêlés à de petils globules qui conservent un peu de la couleur grise rosée des globules du sang, dépouillés de matière colorante par le repos , après leur sortie des vaisseaux; dans l'infiltration tout-à-fait gélatineuse, l'observation fait reconnaître le fluide que nous avons décrit (1442). Il est donc bien évident que le pus infiltré n'est qu'une modification de l'humeur spontanément coagulée dont l'infiltration a précédé sa présence , et que l'on reconnaît dans sa transition à l'état du pus.
i445' On ne peut en général recueillir dans les tissus enflammés une assez grande quantité de matière infiltrée, non encore purulente , pour la soumettre isolément à l'analyse chymique; quand cette matière est convertie en pus, on peut, si elle est assez abondamment infiltrée, en recueillir une certaine
quantité, et constater qu'elle ne diffère en rien de la substance purulente qui se réunit dans les foyers; seulement elle n'est pas toujours complètement achevée, et elle a encore une consistance plus ou moins gélatini forme.
i44^. Il y a quelques cas dans lesquels on peut recueillir en quantité suffisante les fluides produits par l'inflammation , avant la supputation , et les analyser à toutes les périodes , soit de leur coagulation et de leur organisation, quand ils doivent devenir parties vivantes; soit de leur transformation successive en pus, quand ils tendent à s'y convertir : c'est surtout dans les phlegmasies des artères que l'on peut aisément étudier ces différents changements, parce que la cavité de l'artère offre une sorte de récipient aux produits inflammatoires et permet de les recueillir.
M. Barruel a analysé la substance coagulable qui s'exhale à l'extérieur, dans la cavité et dans l'épaisseur des parois d'une artère serrée par une ligature (i 35s). Cette matière, blanche, d'une consistance molle, d'une structure difficile à déterminer, qui cependant présente une sorte de texture fibrineuse, ne se dissout pas dans l'eau froide. Soumise à l'action de l'eau bouillante, elle ne se dissout pas non plus, mais elle se solidifie et se retire un peu sur elle-même; si alors on la rompt par morceaux, l'on reconnaît distinctement une structure fibrineuse. Il surnage sur l'eau où elle a bouilli quelques gouttelettes de matière grasse. Cette matière organisable des vaisseaux, plongée dans une dissolution tiède de potasse caustique, s'y dissout en grande partie. La dissolution s'opère moins promptement que celle de l'albumine épaissie, mais un peu plus rapidement que celle de la fibrine. Au bout de quelques minutes ,, on
voit de petits globules de matière blanche, d'une consistance molle , surnager la liqueur; ces globules, après avoir été lavés à l'eau froide , très bien essuyés dans du papier Joseph, et chauffés entre deux morceaux de papier blanc, se fondent et pénètrent le papier absolument comme le fait la graisse. Un autre morceau de cette même matière animale a été placé sur un fer chaud pour le décomposer; il s'y est cuit en se retirant un peu sur lui-même, puis il s'est charbonné en répandant exactement la même odeur que la fibrine soumise à la même expérience, et bien différente de l'odeur que donne l'albumine dans sa combustion. '
Si l'on suit la formation de la substance coagulable dont nous venons de parler, depuis son origine, on reconnaît facilement qu'elle n'est pas uniquement composée de fibrine, car lorsqu'elle est plus molle, on exprime de son épaisseur une certaine quantité de sérosité, qui ne présente de substance qui puisse se coaguler que l'albumine , et qui réunit tous les caractères du sérum du sang.
L'inspection microscopique de la substance coagulable des vaisseaux, aux différentes périodes de sa formation, fait aussi reconnaître qu'elle est primitivement formée d'une sérosité albumineuse, qui devient de plus en plus fibrineuse et spontanément coagulable , par les progrès de la phlegmasie.
i447* Il se forme, dans les artères que l'on oblitère, un caillot de sang. Un épanchement plus ou moins considérable de sang se remarque aussi entre les surfaces divisées des plaies; nous avons dit qu'il s'infiltre aussi une certaine quantité de ce fluide dans la violence de l'inflammation aiguë. Quelle part a ce
1 Diction, des Sciences raéd. , t. V, p "255.-
DANS LES' TISSUS ENFLAMMES. /^H l
sang dans la formation du pus lorsque les parties viennent à suppurer?
Si , après avoir déterminé l'obturation d'une artère, par la substance coagulable dont nous venons de donner l'analyse, on pratique une ligature au-dessus de l'oblitération première, et que l'on passe un séton par le tube artériel, au travers de la substance coagulable, la suppuration a lieu ; on voit alors évidemment un ramollissement , et une conversion progressive en pus de la matière coagulable, de la même manière et sans aucune différence que ce qui arrive dans l'épaisseur des tissus enflammés. Si l'on interrompt le passage du sang dans une portion du tube d'une artère, et que l'on y introduise un corps étranger, comme des grains de plomb, du mercure, après toutefois avoir ôté de l'intérieur du vaisseau le sang qu'il contenait, on voit alors une phlegmasie adhésive obturer progressivement le vaisseau par la formation d'une matière coagulable ; mais on remarque ce phénomène curieux, qu'il s'opère une suppuration autour du corps étranger, et que la substance coagulable se ramollit et se convertit en pus auprès de ce corps, et en arrivant dans le foyer qui se trouve à la partie déclive. Il n'y a donc entre le fluide purulent des tissus enflammés et le fluide coagulable organisable qu'un degré de plus.
i44& Le sang est un élément évident de ce fluide coagulable, et dans la ligature des artères on voit que le caillot qu'il forme contribue par une organisation progressive à l'obturation. Ce fluide peut-il de même et directement se convertir en pus , et quelles sont les circonstances qui produisent cette conversion?
Si l'on laisse du sang dans une portion d'artère ou de veine comprise entre deux ligatures, on sait que
4y 3 ALTÉRATIONS DES FLUIDES
ce fluide s'y coagule d'abord ; son sérum est résorbé t il se forme une phlegniasie modérée; les molécules du caillot se décolorent, une couche mince de matière coagulable se forme sur la paroi interne du vaisseau et devient l'intermédiaire de l'agglutination du caillot, qui finit par devenir adhérent et s'organiser. Ici il ne se forme pas de pus, mais si , interrompant momentanément le cours du sang dans une artère ou dans une veine, on a fait une injection avec une solution de nitrate d'argent ou de potasse caustique , en limitant, par une ligature, l'étendue de cette injection que l'on retire ensuite; si l'on y laisse revenir après cela le sang , et qu'on l'y retienne par deux ligatures, il s'établit une suppuration dans ce vaisseau; et le sang , d'abord coagulé, ensuite décoloré , se convertit progressivement en pus. On peut suivre cette conversion à l'œil, dans les différentes couches du caillot, et constater avec le microscope les changements qui s'opèrent dans les molécules; on voit se produire les mêmes phénomènes si l'on introduit, en même temps que le sang, un corps étranger dans le vaisseau. Nous avons vu cette transformation pyogénique du sang opérée dans des anévrismes (942)î elle était aussi évidente dans une observation de phlébite que nous avons empruntée à D. Davis (949)* On ne peut donc douter que la formation du pus , dans ces cas, ne soit le résultat d'une altération du sang, ou des fluides fibrineux plastiques que les inflammations font naître.
i449« En variant cette expérience de manière à introduire dans la portion du vaisseau dont on produit l'inflammation, soit du sang artériel, soit du sang veineux, on obtient les mêmes résultats, seulement on reconnaît qu'ils sont plus prompts et sur-
tout plus constants, quel que soit d'ailleurs le vaisseau, avec le sang veineux qu'avec le sang artériel. Nous disons plus constants, car il arrive souvent que le sang épanché ne se convertit qu'en partie en pus , le reste s'organise. C'est surtout dans les artères, et avec le sang artériel que cela arrive le plus ordinairement; et il faut aussi que l'inflammation des parois artérielles soit intense, sans cela la disposition à l'oblitération et à la formation d'un tissu organisé est telle que le sang épanché n'arrive pas jusqu'à la transformation en pus; il devient plastique, et s'organise par un mécanisme que nous avons fait connaître en traitant des inflammations adhésives.
i45o. Les surfaces enflammées sécrètent du pus; ce fluide est immédiatement sécrété aussi dans l'épaisseur des tissus, indépendamment de la transformation en pus des fluides plus ou moins coagulables, infiltrés dans leur trame; ce qui le prouve, c'est que le pus se reproduit dans les cavités apostématiques , d'où on l'a extrait, dans un temps beaucoup trop court, et en quantité trop considérable pour qu'il puisse s'opérer une modification de fluide coagulable préalablement infiltré ; d'autant plus que , lorsque la suppuration s'effectue dans un tissu, la diminution de la résistance et de la densité de ce tissu, comme l'examen direct, démontre que la matière coagulable infiltrée s'est fondue en un liquide purulent. On voit aussi ce fluide incessamment excrété sur les parois des trajets fistuleux et à la surface des membranes enflammées. Quel est le mécanisme de cette sécrétion , ou plutôt comment se forme le pus dans les vaisseaux exhalants ? La difficulté de résoudre ce problème est plus grande que celles que nous avons déjà rencontrées. Jusqu'à présent nous nous sommes servi" du microscope pour
reconnaître les changements moléculaires des fluides, mais l'évidence de ces changements a été constatée sans cet instrument ; on ne peut donc pas élever, contre les conséquences auxquelles nous avons été conduit, les doutes que laissent toujours les expériences microscopiques. Nous n'arriverons plus maintenant à la même certitude aux yeux de bien des observateurs, cependant nous comptons que ceux qui ont l'habitude des expériences dont nous venons de parler, et qui peuvent bien en apprécier la valeur, ne les jugeront pas moins positives et moins concluantes que celles que l'on peut faire sans l'aide d'instruments d'optique.
i45i. MM. Prévost et Dumas ont constaté que si l'on examine au microscope le sang dans les capillaires de la pâte de la grenouille et de l'aile de la chauve-souris, on voit les globules de ce liquide se mouvoir dans les vaisseaux, et se présenter sous diverses faces à l'œil armé de l'observateur. On peut ainsi étudier les effets de l'inflammation dans les vaisseaux ? soit par rapport aux fluides qui les traversent, soit pour connaître comment s'exerce l'action de ces vaisseaux. Plusieurs observateurs ont déjà procédé à ces recherches ; parmi eux nous citerons Vacca , Allen, Wilson Philips, etc. Nous avons répété les expériences de ces physiologistes, et nous les avons variées de diverses manières; nous allons rapporter les résultats, aussi importants que curieux, auxquels nous avons été conduit.
i45 2. Les globules rouges qui circulent dans les capillaires de la pâte d'une grenouille placée sous le microscope , traversent en général en moins d'une demi-seconde le champ visuel de l'instrument; ces globules se balancent," et présentent toutes leurs faces
en roulant dans ies vaisseaux. L'agitation de l'animal augmente évidemment leur vitesse; cependant elle n'excède pas la mesure d'une seconde pour le diamètre de la partie sur laquelle porte la vue avec le micro* scope. Lorsque l'on irrite légèrement avec une aiguille le mésentère d'une grenouille, les capillaires qui ne recevaient pas les parties rouges du sang , les admettent promptement ,. et les molécules colorées les traversent de la même manière que dans la pâte de l'animal. Us diminuent de quantité en quelques secondes quand on cesse l'irritation; cependant les capillaires, irrités par le contact de l'air, persistent à admettre la partie colorée du sang.
i453. Si l'on continue l'irritation du tissu, soit du mésentère, soit de la pâte, le sang afflue vers le point irrité. Le meilleur moyen , pour bien observer ce phénomène, consiste à faire converger, avec un verre convexe, des rayons solaires sur la partie placée au foyer du microscope. On voit alors les globules du sang se serrer dans les capillaires , qui se dilatent et qui deviennent tous afférents par rapport au lieu irrité. Ce mouvement est tellement évident, qu'il suffit de planter une aiguille rougie sur le trajet d'un capillaire , dans lequel on a bien reconnu la marche des globules , pour qu'à l'instant on les voie rétrograder vers le lieu irrité. Les capillaires, autour de ce point, se dilatent et semblent se multiplier, parce que l'on en aperçoit un plus grand nombre, à cause de la présence du sang rouge qui, en les colorant, les rend visibles. Les globules arrivent, se serrent; leur mouvement se ralentit, et enfin se suspend; ils tournent encore sur eux-mêmes, et finissent par rester tout-àfait en repos. La circulation capillaire est alors évidemment suspendue dans le point irrité; à quelque
distance autour , le ralentissement de la circulation et la dilatation des capillaires sont évidents ; un peu plus loin, la circulation est plus active, les capillaires encore dilatés, et les globules du sang moins distincts; enfin, aux limites de l'aréole, la circulation est au contraire accélérée, les capillaires dilatés et le sang plus riche en globules; tous ces changements s'effectuent en quatre à cinq minutes. Il suffit du même espace de temps pour qu'ils cessent, et que la circulation capillaire reprenne son état physiologique.
i454. Si l'on produit l'irritation dans toute l'étendue de la pâte d'une grenouille, en la trempant dans l'eau à soixante-dix degrés R., pendant quatre à cinq minutes, on remarque une accélération considérable dans la circulation capillaire, au point que l'on compte jusqu'à trois passages dans une seconde, et que les globules sont plus nombreux et plus rapprochés. Le nombre des capillaires à sang rouge est aussi beaucoup plus grand; le sang suit des directions différentes dans les divers vaisseaux capillaires; les uns sont probablement des radicules veineuses, et les autres des extrémités artérielles. L'activité insolite que l'immersion dans l'eau chaude a fait naître dans la circulation et l'augmentation de volume des capillaires qui en est inséparable, vont en s'affaiblissant, et ont complètement disparu au bout d'une heure.
i455. Si l'on trempe la pâte de la grenouille dans l'eau bouillante, et qu'on l'y laisse une minute, le sang s'arrête immédiatement dans tous les capillaires de cette partie, qui en reçoivent du sang rouge; mais en quelques secondes, après l'immersion, on voit se dilater et se colorer une multitude de capillaires, dans lesquels la circulation, très accélérée pendant quelques secondes, finit par se ralentir et s'arrêter
enfin tout-à-fait. Des phlyctènes se forment sur la partie qui s'enflamme; deux à trois heures après, les capillaires dilatés ont une teinte rouge jaunâtre, qu'ils doivent au fluide en repos qu'ils contiennent; car ce fluide se décolore, et quoique l'on ne distingue plus de globules dans la cavité capillaire, on reconnaît distinctement que des molécules rouges se séparent des molécules grises jaunâtres; aux limites de la partie enflammée, la circulation est très accélérée, et le sang paraît d'un rouge plus vif.
i456. Quand on cautérise avec un stylet rougi un point du mésentère d'une grenouille, le sang qui s'arrête dans les capillaires dilatés et injectés autour de l'eschare, est déjà en partie décoloré au bout de dix à quinze minutes. La ténuité et la diaphanéité plus grandes des vaisseaux dans cette partie que dans les autres, permettent de distinguer les phénomènes de la décoloration du sang engorgé dans les capillaires; on voit des globules se rider et se débarrasser de la petite vésicule colorée qui les recouvrait ; cette vésicule reste adhérente à quelques uns, et même les recouvre en partie. Au bout de deux à trois heures, le mésentère semble converti en totalité en vaisseaux, dans lesquels on voit les globules se mouvoir avec une grande vitesse; mais dans l'aréole qui entoure la petite eschare , les vaisseaux engorgés ne laissent plus voir aucun mouvement s'opérer dans leur cavité; ils sont en général d'un rouge jaunâtre.
14^7. Si l'on cautérise une petite portion de la pâte d'une grenouille, soumise au microscope, au moyen de la lumière solaire, et si ensuite l'on expose celle même partie à un foyer moins actif que le premier, mais suffisant pour accélérer le développement des phénomènes inflammatoires autour de l'eschare,
on remarque au bout de sept à huit minutes, des capillaires très nombreux et très engorgés autour de l'eschare ; la circulation est encore très accélérée dans les principaux de ces capillaires, mais elle est déjà notablement ralentie dans les vaisseaux d'un diamètre moindre, et même elle est arrêtée dans les plus petits, qui sont engorgés de sang rouge immobile, et ne présentant plus de globules apparents; vingt-cinq à trente minutes plus tard, la circulation est très ralentie dans les principaux capillaires, les seuls en petit nombre dans lesquels elle ne soit pas arrêtée. A deux lignes de l'eschare les capillaires sont très dilatés, et présentent une circulation très rapide de sang, riche en globules.
Vingt heures après , les capillaires engorgés par un sang immobile sont excessivement nombreux autour de l'eschare; dans les uns, le sang est décoloré et d'un jaune rougeatre , livide; dans les autres, il est encore tout-à-fait rouge; le tissu cutané est devenu un peu opaque, et infiltré. Des molécules rougeâtres sans forme déterminée, sont évidemment disposées dans l'intervalle et sur les parois des vaisseaux.
Au bout de trente heures , il y a une teinte opaque dans tout le tissu enflammé, qui prend une couleur rouge jaunâtre uniforme. Le foyer de l'inflammation s'est étendu, et par conséquent aussi on trouve l'injection et l'engorgement des capillaires dans lesquels le sang ne se meut plus dans un plus long rayon.
De la cinquantième à la cinquante-cinquième heure, les capillaires commencent à se décolorer; le fluide qui les remplit est d'un rouge jaunâtre; leur dilatation paraît moins grande; la phlegmasie se circonscrit, et aux limites de l'eschare, une matière jaunâtre remplit les capillaires, leurs interstices, et
infiltre à ses bords la petite eschare, au point que Ton ne voit qu'une matière homogène comme granuleuse.
Vers la soixante-quinzième heure, la circulation s'est rétablie dans les capillaires engorgés qui bornent le foyer, mais elle y est plus rapide. Il y a si peu de distance entre les globules, qu'on les distingue difficilement les uns des autres. L'eschare commence à se détacher; le tissu qui l'entoure immédiatement est opaque et évidemment ramolli ; on distingue les principaux capillaires engorgés qui pénètrent dans son épaisseur; les uns sont d'un rouge grisâtre et dilatés, sans aucune apparence de circulation à leur intérieur; les autres sont d'un jaune grisâtre, remplis d'un fluide de cette couleur, qui se meut très lentement en avançant vers l'eschare. Ce fluide présente des globules jaunes grisâtres et d'autres un peu rougeâtres, et offrant un point rouge au centre.
Du quatrième au cinquième jour, la petite eschare se détache; elle laisse une solution de continuité sur les bords de laquelle on voit des vaisseaux flexueux engorgés par le fluide jaune grisâtre décoloré. Le tissu est devenu si opaque, que l'on ne distingue ces capillaires qu'au mouvement, lent à la vérité, mais incontestable , des globules dans leur cavité. A quelque distance de la petite plaie, la circulation est entièrement rétablie, seulement elle est encore très lente, et le fluide sur lequel elle s'effectue est à globules •dus volumineux et plus serrés que dans l'état sain.
Le sixième jour, la petite solution de continuité est revêtue d'une couche de fluide gris jaunâtre, qui paraît, sans globules, et au milieu duquel sont mêlées de petites stries d'une substance liquide à globules assez volumineux ; le fluide de ces petites stries ne
48o ALTÉRATIONS DES FLUIDES
diffère pas de celui que l'on voit passer très lentement dans les capillaires. Ces stries sont évidemment la continuation de capillaires, car on voit le mouvement du fluide contenu dans les capillaires se continuer en elles et dans la direction du prolongement des vaisseaux
La cicatrisation de la solution de continuité s'achève vers le dixième jour, alors la circulation est rétablie jusqu'aux limites de la plaie; elle est encore un peu lente, mais les vaisseaux sont revenus à leur volume primitif; les stries sont très nombreuses, mais elles ne sont plus formées par un fluide gris jaunâtre évidemment purulent, c'est une substance jaune rosée globuleuse, demi-coagulée. On peut alors suivre les globules des capillaires dans le foyer; ils se ralentissent dans leur mouvement à ses limites, se décolorent et se meuvent dans des directions bien déterminées. Leur mouvement est excessivement lent; de petites stries rouges non globuleuses arrivent avec eux , et restent sur le trajet sans aucun mouvement évident. Quand la cicatrisation est parfaite, la circulation est rétablie dans les capillaires , et elle s'opère dans des vaisseaux au travers de la cicatrice; cependant elle est très lente dans ces derniers, et il y a encore quelques globules qui se décolorent en les traversant.
i458. Si l'on passe un séton au travers de la pâte d'une grenouille , aussitôt que la suppuration est établie, on peut aisément en suivre les progrès. En introduisant une lancette sous le bord de la plaie, on soulève une lamelle excessivement fine, dans laquelle on peut voir s'opérer la circulation assez lente du pus vers la plaie. Ainsi le sang ralentit sa marche en approchant de l'aréole, et avance d'autant plus lentement qu'il se
décolore progressivement davantage; il vient enfin sortir de la plaie sous la forme de pus.
14^9. Si on lacère légèrement avec la pointe d'une aiguille la pâte d'une grenouille, l'accélération de la circulation capillaire arrive en quelques secondes; et un fluide séreux contenant quelques globules colorés s'échappe par la plaie; il se coagule aussitôt, et ses globules se rapprochent et se décolorent. Les vaisseaux ont acquis, au bout d'un quart d'heure, une dilatation évidente. Les globules so^t plus nombreux, et leur circulation évidemment plus rapide dans les capillaires; on ne dislingue aucune rougeur inflammatoire à l'œil nu. Au bout d'une heure et demie, il y a une légère rougeur apercevabie à l'œil autour de la plaie; le sang est arrêté dans les capillaires qui l'environnent immédiatement ; il est d'un rouge un peu grisâtre; à quelque distance, il est ralenti. Vingt heures après le commencement de l'expérience, la rougeur et le léger gonflement inflammatoires sont évidents autour de la petite érosion; les capillaires, remplis en ce point de sang coagulé, se confondent dans l'apparence du tissu devenu uniformément rougeâtre , et ne pouvant être distingué d'un petit coaguîum de sang; les capillaires environnants sont très engorgés, dilatés, et la circulation est très ralentie dans leur cavité. Quarante-quatre heures après que l'on a produit l'érosion, la circulation est plus active dans les capillaires; il y a dans quelques uns de ceux où elle était arrêtée un léger mouvement progressif de globules grisâtres. La petite plaie présente un petit point de suppuration. Au bout de soixante heures, la petite plaie était guérie, et l'on voyait des capillaires engorgés et même dilatés, dans lesquels la circulation semblait encore un peu lente.
1460. On peut aisément suivre, dans ces recherches , les progrès de la suppuration dans la plaie d'un selon établi au travers de la pâte d'une grenouille. Une lancette très polie passée sous une lamelle excessivement fine du bord de la plaie, sert d'objectif pour examiner cette lamelle; on voit alors le sang ralentir son cours en s'approchant de l'aréole dans les capillaires dilatés; ses globules se décolorent progressivement, et se convertissent en globules de pus. Le sang, ainsi altéré , vient enfin avec une extrême lenteur sortir par la plaie sous la forme de pus.
i46r. Il nous semble que l'on peut directement conclure de ces observations, que la circulation est ralentie dans les capillaires enflammés, et que, de ce ralentissement, résulte une modification dans les globules du sang, qui se décolorent et sont excrétés à l'état de pus par les capillaires divisés, de la même manière que cette conversion de sang en pus s'opère dans ce fluide retenu dans de gros vaisseaux enflammés^ ou dans l'épaisseur des tissus infiltrés de sang, ou seulement des principes coagulables du sang. On ne peut guère voir dans le phénomène de la formation du pus, une action spéciale des capillaires sur les molécules du sang; il paraît probable que cette formation n'est autre chose qu'une altération en quelque sorte chymique, effet rapide de la stase des principes coagulables du sang dans les tissus enflammés. L'étude des caractères du pus à laquelle nous allons nous livrer fortifiera encore ces probabilités.
1462. Avant de traiter ex prof es so du pus, indiquons ce que nous avons encore observé dans les expériences microscopiques, dont nous venons de parler, à d'autres époques que celles de la suppuration. La dilatation des capillaires sur un point que l'on
irrite et la stase du sang peuvent être portées au point de rompre ces capillaires ; de là , infiltration et épanchement immédiat de sang dans l'épaisseur du tissu. On voit ce phénomène s'opérer avec une forte loupe sur le mésentère du lapin, autour d'une eschare formée avec un stylet rougi. Dans les cas où cette infiltration de sang n'a pas eu lieu, on voit une sécrétion intersticielle de matière coagulable s'effectuer; mais on ne peut distinguer comment elle se fait, car on ne distingue pas les vaisseaux ; mais si on en a coupé quelques uns avec la pointe d'une lancette, on voit cette matière suinter par gouttelettes très tenues sur les bords de la petite plaie : on reconnaît les globules fibrineux incolores qui se sèchent et se rapprochent; on est ainsi témoin de la coagulation. Il s'opère donc dans les tissus enflammés une véritable sécrétion morbide intersticielle, soit par des voies exhalantes que nous ne pouvons voir, soit par celles que détermine la violence de l'inflammation en produisant la rupture spontanée des capillaires, soit par celles que la cause de la maladie a produites en divisant elle-même les capillaires.
i463. On n'observe la naissance du pus que dans les inflammations; mais on conçoit qu'il peut y avoir des modifications nombreuses dans la facilité avec laquelle il est produit, puisqu'il tire évidemment son origine du sang qui peut être altéré de bien des manières, et qu'il est subordonné à l'existence d'une phlegmasie dans la partie où il se forme. Si l'on injecte dans le tissu cellulaire de l'aîne ou de l'aisselle d'un chien une certaine quantité de sang d'un autre chien, au moment où il sort de la veine, ce fluide se coagule entre les mailles du tissu cellulaire. Ce tissu s'enflamme très légèrement, puisqu'il devient plus
friable et plus dense que dans l'état sain , et qu'il acquiert une rougeur qu'il ne perd paspar la macération. La résorption du sang s'opère ensuite plus ou moins vite. Mais si, après avoir injecté une grande quantité de sang, l'on passe un se ton au travers du tissu dans lequel on l'a injecté, pour provoquer un certain degré d'inflammation ; ce sang se convertit rapidement en pus, comme s'il s'était échappé des vaisseaux mêmes du tissu dans lequel on l'a introduit. Cette expérience établit la nécessité d'un certain degré d'inflammation du tissu, dans lequel la matière coagulable du sang est épanchée pour qu'il y ait transformation en pus. Le repos de ce fluide infiltré à une température égale à celle du corps ne suffit pas. Il ne serait pas impossible que l'inflammation plus forte du tissu , n'agît , dans ce cas , pour déterminer la transformation purulente , qu'en suspendant l'absorption intersticielle;.... ce n'est là qu'une présomption que nous n'avons pas vérifiée.
i464- l^e pus, examiné dans tous les organes, présente des caractères identiques. Les différences apparentes qu'il offre ne sont que les effets de son mélange avec d'autres liquides. Le pus des inflammations aiguës est un fluide d'un blanc jaunâtre ou légèrement verdâtre, homogène, opaque sans âcreté, d'une consistance un peu plus épaisse que celle de la crème, d'une saveur douceâtre, d'une odeur fade à peine désagréable. Il ne file pas entre les doigts, à moins qu'il ne soit imparfaitement formé, ou qu'il ne soit uni à une certaine quantité de mucus; il se précipite au fond de l'eau sous une forme pulvérulente, et il ne s'opère par le repos aucun départ entre ses parties constituantes.
Tel est le pus, que les auteurs ont appelé pus loua-
ble, et qu'Hippocrate désignait ainsi : « Pus vero « optimum est album , œquale et lœve et quam minimum (c graveolens ; huic autem contrarium pessimum. x »
1 465. Dans les inflammations chroniques le pus est plus liquide, d'une homogénéité moins parfaite, contenant des particules blanchâtres coagulées , qui nagent dans un véhicule plus limpide, moins lié , qui quelquefois se sépare en deux parties, l'une tout-à fait séreuse, l'autre crémeuse. Tel est ordinairement le pus des vieux ulcères , celui que fournissent les abcès froids, et que l'on trouve ordinairement dans la cavité des abcès chroniques.
1466. On a fait beaucoup d'expériences chimiques sur le pus , dans l'intention de déterminer les différences qu'il présentait , selon le tissu duquel il provenait. Ces expériences n'ont pas donné tous les résultats que l'on en attendait , par la raison simple que ce fluide n'est pas seulement modifié par l'addition des autres liquides sécrétés à la surface et dans la profondeur des tissus qui suppurent; il varie encore selon les degrés et les modes de l'inflammation , qui , en changeant la quantité et même la qualité des substances incessamment déposées dans le tissu malade pouf sa propre nutrition , changent par suite l'aspect et les propriétés du pus, qui , nous le répétons, n'en est pas moins une substance toujours identique, et qui ne varie pas par elle-*mème.
1467. Hippocrale conseillait de brûler les liquides puriformes pour déterminer leur nature , d'après l'odeur qu'ils répandaient. Ce procédé n'est pas à dédaigner ; le pus donne en brûlant l'odeur ammo-
Tô «Tê 7FUÛV , MÇtÇTOV MVKOV Ti tVC&t y KOt) ÔftMXoV , KUt hudt , KÇt)
eoç ijKtçrct iïutrafoç. To ê^e êvetvrtov rovreov kukiçtov. i^Prœnot. lib. sect. 11, p. 39, JE dent. Foësio.)
niacale de la fibrine ; cette odeur diffère essentiellement de Todeur empyreurnatique, qui se dégage dans la combustion de l'albumine, et de l'odeur fade que fournit le mucus en brûlant. Le pus , qui a été au contact de l'air, dans des foyers ouverts; celui qui est fourni par des caries de la colonne épinière, en communication avec l'air, après l'ouverture des abcès par congestion; celui qui est fourni par des ulcères, rougissent le papier de tournesol. Le pus qui n'a point été en contact avec l'air verdit au contraire le papier bleu , mais il acquiert au contact continu de l'air la propriété de le rougir, ou de ramener au bleu celui qu'il avait verdi.
1468. On parvient, par la trituration, à dissoudre une petite quantité de pus dans l'eau tiède , de manière à ce qu'il ne s'en sépare qu'une portion par le refroidissement. Ainsi, si l'on fait chauffer deux onces d'eau à trente-cinq degrés R. , et que l'on triture avec ce liquide un gros et demi de pus provenant d'un phlegmon aigu, on peut, après une trituration continuée pendant quelques minutes, laisser refroidir le liquide devenu laiteux; il se dépose dans les vingtquatre heures environ soixante grains d'un liquide épais jaunâtre, pulvérulent, bien homogène; le reste est suspendu dans l'eau, qui est laiteuse, et ne laisse rien déposer.
Traité par l'acide sulfurique, le pus fournit une dissolution de couleur pourpre, de laquelle on le précipite par l'addition de l'eau. (Thomson.)
Une solution de potasse caustique dissout Je pus , mais il s'en précipite par l'addition de l'eau. Dissous dans une solution concentrée de sous-carbonate de potasse ou de soude, le pus forme un liquide blanchâtre, filant, duquel il est facilement précipité par l'eau.
DANS LES TIbSUS ENFLAMMES. 4^7
Traité par l'ammoniaque concentrée , le pus se transforme en une gelée transparente. Si l'on met un excès d'ammoniaque , une portion de cette gelée se dissout complètement; l'autre se condense, devient très épaisse, et tout-à-fait semblable à l'albumine liquide, traitée de la même manière.
1469. De toutes les analyses chimiques du pus, la plus importante, et celle qui mérite le plus de confiance , c'est celle qui consiste à le traiter par l'eau. On peut aisément, par ce moyen, trouver les différentes proportions de ce liquide mêlé au sérum et au mucus , dans les produits de phlegrnasies des organes sécréteurs. Le pus précipité par l'eau froide , et la substance pulvérulente jaunâtre du précipité, a toutes les qualités physiques du pus. (i45i.) Telle est la base de ces analyses. Si le pus est mêlé à un liquide albumineux , on Je traite par l'eau en excès, et on dissout l'albumine qui n'est pas concrélée ; le pus se précipite. Si la proportion d'albumine est très considérable , comme dans le pus des phlegrnasies chroniques et en particulier des engorgements scrophuleux , il faut laver plusieurs fois pour dissoudre toute l'albumine. En ajoutant une petite quantité de sous-carbonate de potasse on abrège l'opération, car ce sel ne détermine point la dissolution du pus tant qu'il y a de l'albumine mêlée; on peut aisément ensuite évaluer les proportions d'albumine par l'évaporation de l'eau.
Si le pus est mêlé au mucus, le procédé est le même, mais le mucus ne se dissout qu'incomplètement, il reste en flocons dans le liquide. Il faut laver plusieurs fois pour obtenir tout le pus; on obtient ensuite le mucus, soit en évaporant, soit par l'acétate de plomb.
1470, Il paraît résulter de toutes ces analyses, que
le pus louable est composé d'albumine soluble en petite quantité , et d'albumine unie à la fibrine ; c'est la* réunion de ces deux substances qui constitue la matière pulvérulente qui se précipite dans l'eau. Traitée par les alcalis, cette substance double se dissout et fournit, soit par l'évaporation, soit par les réactifs, un précipité gélatiniforme qui est une combinaison d'albumine dissoute , d'eau et de fibrine pure.
1471- Le pus reçoit de certaines modifications des sécrétions internes, qui s'effectuent dans l'épaisseur des tissus, des qualités chimiques particulières qui se trouvent plus ou moins en rapport avec la nature des molécules intégrantes des tissus enflammés. C'est ainsi que celui qui provient des caries, contient une plus grande quantité de phosphate et de muriate de chaux , tandis que la soude et le muriate de soude sont en plus grande proportion dans le pus produit par les ulcères scrophuleux ; c'est probablement à celte circonstance qu'est due la proportion plus grande des parties liquides dans ce pus. Dans les affections goutteuses , le fluide puriforme ou purulent infiltré dans les tissus articulaires, contient un excès de carbonate et de phosphate, et peut-être même d'urate de chaux; il en résulte des tophus. 11 ne faut pas perdre de vue cette altération de sécrétion qui s'opère dans les interstices des tissus que la goutte affecte; elle est primitive, et elle constitue le caractère essentiel des phlegmasies goutteuses.
1472. Des observateurs d'un grand mérite, parmi lesquels nous citerons Gruilhuisen, Éverard Home, Prévost et Dumas , ont indiqué les caractères microscopiques du pus à l'état de pureté. Si notre autorité était utile, après celle d'hommes aussi éminents, nous pourrions dire que nous avons vu comme eux , et
qu'ils ont tous vu les uns comme les autres les principaux objets qu'il s'agissait de reconnaître.
Le pus, soumis à l'observation microscopique à l'aide de lentilles, de la force de trois cents diamètres, présente un liquide diaphane, onctueux, dans lequel nagent des globules arrondis, vésiculaires, un peu déprimes comme ceux du sang, mais évidemment plus volumineux, et d'un jaune opaque. Quelques heures après que le pus est exposé à l'air, ces vésicules se rident et reviennent un peu sur elles-mêmes; elles se retrouvent encore sur du pus détrempé ; après avoir été desséché.
Quand on lave le pus dans l'eau , il se précipite sous, forme de matière pulvérulente ; cette matière est également globuleuse , elle paraît même contenir une plus grande quantité de globules que le pus, examiné au moment où il sort des foyers. Cela s'explique aisément quand on remarque que la matière visqueuse diaphane, interposée entre les globules, est très peu considérable, et qu'elle s'est en grande partie dissoute dans l'eau ;
En examinant le pus sanguinolent , on parvient aisément à reconnaître le changement progressif qui s'opère dans les molécules pour la transformation du sang en pus : les globules sanguins rouges sont plus petits que ceux du pus; ils se dépouillent de leur matière colorante qui paraît par stries dans leurs interstices; mais, parmi ces globules, il en est un grand nombre qui sont décolorés, d'un rouge grisâtre. Ceux-là sont, ou diaphanes, et alors d'égale volume aux autres, ce qui n'est que le globule de la matière coagulabîe ; ou un peu opaque et d'un jaune grisâtre, ce qui constitue le globule en quelque sorte demi purulent; si enfin ce globule est plus volumineux que ceux du sang, ou de la
matière coagulable qui se trouvent auprès, et qu'il se ride après quelques instants sur l'objectif du microscope, c'est un globule purulent achevé.
i473. Le pus se présente avec les mêmes qualités microscopiques dans tous les tissus et dans toutes les inflammations suppurantes; il ne varie que par son mélange avec une plus ou moins grande quantité de sérum , de mucus, de matière coagulable ou de sang, ou par les sels plus ou moins nombreux que l'analyse fait découvrir en lui. Cependant il présente d'autres différences qu'il n'est pas donné de reconnaître par nos moyens physiques d'investigation. Il n'y a absolument aucune différen ce apparente entre le pus d'un chancre syphilitique et celui d'un ulcère bénin ou d'une plaie. Même progression dans sa formation; même forme et même aspect des molécules, suivant l'état de perfection plus ou moins absolu du pus. Cependant le produit de la suppuration de ce chancre exerce une action sur les organes dans le tissu desquels on le porte, que n'exerce pas le pus Jouable d'une plaie.
Ce que nous disons du produit des phlegrnasies syphilitiques, on peut le dire de celui des inflammations suppurantes varioliques et vaccinales. On a plusieurs fois, en effet, soumis le fluide vaccin et celui des pustules varioliques à l'observation microscopique. Les auteurs n'ont pas tous été d'accord dans les résultats de leurs remarques. Cependant on reconnaît manifestement dans la pustule variolique , comme dans celle de la vaccine, pendant que s'opère l'éruption , un fluide séreux diaphane, présentant à peine quelques globules arrondis et diaphanes, comme ceux du fluide coagulable. Peu à peu le nombre de ces globules augmente; et au moment de la suppuration imminente dans les pustules vaccinales comme 4ans
celles de la variole, les globules sont très nombreux et arrondis; mais déjà ils s'aplatissent au centre qui paraît ponctué; un peu plus tard, ils sont plus gros , évidemment vésiculaires et d'un jaune un peu opaque ; ils se rident sur l'objectif du microscope. Les pustules sont alors suppurées. Le vaccin desséché et délayé dans l'eau est globuleux, et ses globules sont ceux du fluide coagulable. On ne peut donc pas expliquer, par des différences perceptibles, les propriétés de ce fluide qui devient successivement purulent, et qui le distinguent de tous les autres produits des inflammations.
i474« Le pus séreux des ulcères a été nommé sanie ; il ne nous paraît différer des autres pus qu'en ce qu'il contient plus de sels et de l'albumine en dissolution ; il s'opère en effet dans ce pus une séparation spontanée de la partie limpide diaphane et de la portion coagulable et opaque véritablement purulente; et cette partie diaphane devient trouble par l'ébullition , ou par l'addition d'un acide qui neutralise la soude qui tient l'excès d'albumine en dissolution.
i475. Le pus fétide, ichoreux des ulcères gangreneux, dans la pourriture d'hôpital , diffère essentiellement du pus louable; il ne présente qu'un liquide trouble, boueux, fétide. Cependant cette substance, analysée par Cruickshanks, a présenté des éléments semblables à ceux du pus des plaies; elle contient de l'albumine et des sels comme cette humeur et comme le sérum du sang. L'odeur déjà excessivement fétide de cette sanie gangreneuse est augmentée par sa dissolution dans l'alcohol; le nitrate acide de mercure, le deulochlorure de ce métal, l'acide nitrique, le chlore détruisent immédiatement cette odeur fétide.
4g2 ALTEBATlONS DES FLUIDES