‹ Histoire anatomique des inflammationsChapitre 38 sur 41 · COMPARAS AUX TISSUS ENFLAMMES · texte numérisé non relu

COMPARAS AUX TISSUS ENFLAMMES

ment leur tissu est moins dense, d'un blanc jaune, plus mat et plus opaque. Le tissu propre des organes est parfaitement sain autour de ces tubercules agglomérés. Dans les poumons, où ils se présentent le plus souvent, ils déterminent autour d'eux, et jusqu'à une assez grande distance, un affaissement plus ou moins complet des vésicules pulmonaires , au point que ces vésicules ne sont plus perméables aux injections; mais elles ne présentent aucune trace d'inflammation , ni aucun produit inflammatoire dans leur cavité.

1623. Les infiltrations tuberculeuses se lient dans, leur existence aux tubercules isolés et agglomérés ; quelquefois cependant elles se produisent sans aucune concrétion tuberculeuse isolée. Elles existent toujours dans le tissu des organes autour des tubercules disséminés et agglomérés qui ont dépassé l'état de crudité.

1624. Le premier degré de l'infiltration tuberculeuse s'annonce dans le parenchyme pulmonaire par une augmentation de densité de ce tissu qui devient grisâtre, demi-transparent et élastique; lorsque cette infiltration s'étend, des portions plus ou moins considérables du poumon, quelquefois la plus grande partie d'un lobe, sont converties en tissu grisâtre, dur, qui présente lorsqu'on le coupe , une surface lisse et polie. Aucune trace d'injection ni de congestion sanguine ne se présente dans le tissu infiltré de matière tuberculeuse; les vaisseaux qui s'y rendent sont oblitérés; car les injections artificielles ne les traversent plus, elles pénètrent seulement des vaisseaux qui vont se ramifier dans des brides celluîeuses, et de petites portions de poumon non infiltrées dans les masses tuberculeuses; les ramifications bronchiques seules sont restées perméables , mais seulement à un très faible

degré. On reconnaît aisément par une dissection attentive, que leur membrane interne, comme toute leur épaisseur propre et le parenchyme environnant, est infiltrée de matière tuberculeuse et tuméfiée. Cette tunique est d'un gris jaunâtre, très dure, inséparable du tissu adjacent, rugueuse, n'offrant aucune trace de vaisseaux. Un liquide séreux un peu jaune se remarque dans la cavité bronchique; mais on ne trouve aucune trace de matière tuberculeuse déposée dans les canaux aérifères de quelque petit volume qu'ils soient.

1625. Nous avons constaté l'existence de cette induration tuberculeuse dans l'épaisseur du tube digestif, dans celle des tuniques séreuses, et dans le tissu des pseudo- membranes (238). Partout elle s'annonce sous la même forme, l'infiltration d'une matière grisâtre, dure, nullement vasculaire dans les mailles des tissus; tant que cette infiltration reste à l'état de crudité, on ne remarque aucune trace même la plus légère d'inflammation.

1626. Non seulement la matière tuberculeuse est sécrétée dans le sein des organes, et forme les tubercules disséminés et agglomérés, ou s'infiltre dans leur trame et produit les infiltrations tuberculeuses, mais elle est aussi sécrétée par les organes sécréteurs. M. Louis l'a trouvée dans le bassinet du rein; et se prolongeant sous forme de pseudo-membrane sur les parois des uretères , dont la muqueuse n'était point enflammée. Il a vu aussi cette matière infiltrée dans la prostate et remplissant les vésicules séminales et les conduits déférents ; enfin cet observateur l'a reconnue deux fois en petite quantité dans les ovaires, et il a disséqué un utérus dont la face interne du corps et du col était transformée , dans l'épaisseur d'une ligne, en matière tuberculeuse, au-dessous de

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laquelle se trouvaient dans le tissu sain des granulations jaunâtres miliaires; la matière tuberculeuse peut être aussi sécrétée à la surface des séreuses pour y former des concrétions denses, grisâtres, toujours amorphes, quoique la séreuse ne présente aucune trace d'inflammation. Nous avons déjà signalé ce phénomène (238). M. Louis a trouvé des concrétions tuberculeuses existant sans aucune trace de phlegmasie à là surface adjacente, sur la tente du cervelet et sur le péritoine.

1627. La formation des tubercules paraît consister, d'après les faits que nous avons rapportés , .en une sécrétion de liquide coaguîable dans les tissus ou à leur surface, sans altération apercevable dans leur structure. La matière qui constitue les tubercules n'est nullement identique avec celle que les inflammations font naître, car elle n'est point globuleuse ; elle se concrète, mais ne s'organise jamais; elle est enfin susceptible d'une altération très différente de celles qui s'opèrent dans la substance inflammatoire coaguîable , comme on va en juger par la description du rathollissement des tubercules.

1628. Le ramollissement et la fonte des tubercules sont le résultat de l'inflammation des tissus dans le sein ou à la surface desquels ils se sont formés. Ce ramollissement commence au centre des petits tubercules , et sur différents points des masses ; il s'annonce par une liquéfaction de la matière concrète r qui devient humide, molle et renfermant, comme dans une petite cellule, une matière jaunâtre, inodore, visqueuse, servant de véhicule à de petits fragments jaunâtres, mous et comme caséeux. En même temps que ces phénomènes s'opèrent dans les masses, la matière infiltrée devient humide, jaunâtre, comme

sébacée , et présente aussi dans son sein des petites locules remplies d'un fluide diaphane et filant jaunâtre. Les portions de tissu environnantes rougissent, s'injectent, se condensent et s'infiltrent simultanément de sang et de matière tuberculeuse, qui continue à se déposer soit par petites granulations , soit par petites stries autour des masses qui se ramollissent.

1629. Pour bien distinguer les caractères de l'inflammation de ceux de l'infiltration tuberculeuse qui se ramollit, il faut les étudier dans les membranes villeuses plutôt que dans les poumons, dont la texture complexe rend les observations très difficiles. On remarque en effet sur les villeuses, une injection inflammatoire surmontant une légère induration de la membrane au-dessous de laquelle se trouve une petite masse tuberculeuse, à la surface de laquelle elle adhère; déjà dans cette infiltration on remarque moins de densité, et la petite masse tuberculeuse, d'un blanc jaune mat, se ramollit. Sur d'autres points tuberculeux , la villeuse est complètement exempte d'inflammation parce qu'aucun ramollissement n'a commencé.

A un degré plus avancé la tunique villeuse, à sa surface profonde, est infiltrée d'une matière demiconcrète qui se continue avec les petits agrégats tuberculeux notablement mous. A la surface extérieure correspondante de la villeuse , il y a une rougeur grisâtre ; les villosités n'existent plus, la villeuse est mamelonnée, elle se décolle autour du point tuberculeux avec facilité; mais à une ou deux lignes de ce point elle est inséparable du tissu adjacent, lequel est lui-même dense et enflammé.

Lorsque le ramollissement est effectué, la villeuse

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est ulcérée et les bords de sa solution de continuité sont durs , gonflés et infiltrés eux-mêmes de matière tuberculeuse, dense , mêlée au sang, et même au pus, dont l'inflammation subséquente a déterminé la sécrétion interstitielle. Le fond de l'ulcération est luimême dur et infiltré de matière tuberculeuse à demi ramollie; il a une couleur grisâtre; il est rugueux et dur, humecté d'une matière filante jaunâtre. Dans les points où l'ulcération n'est pas encore effectuée, on peut reconnaître qu'elle s'opère de dedans en dehors. Elle commence dans le petit apostème que forme le tubercule ramolli au milieu du tissu environnant infiltré de matière tuberculeuse.

i63o. Ce qui arrive dans les tuniques villeuses, sous lesquelles se sont développés des tubercules , se remarque également dans les poumons. Les petits apostèmes se forment par le ramollissement de la matière tuberculeuse infiltrée ou épanchée au sein du tissu complexe. Ce tissu infiltré et enflammé présente une densité plus grande que dans les phlegmasies chroniques; il devient friable, d'un brun grisâtre; il s'ulcère et se détruit de l'intérieur à l'extérieur des masses tuberculeuses. C'est ainsi que les tuyaux bronchiques voisins sont détruits et qu'il se forme des cavernes tuberculeuses dans les organes de la respiration. Les parois de ces cavernes sont formées par un tissu dense grisâtre , fort infiltré de matière tuberculeuse, laquelle est disposée en une sorte de pseudomembrane sur les parois de ces foyers.

i63i. La matière tuberculeuse ramollie est une substance visqueuse, diaphane, contenant des particules comme caséeuses qui nagent dans son épaisseur; elle verdit le papier de tournesol. Soumise à l'action de l'eau bouillante ou à celle des acides 7

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elîe se coagule; elle ne présente aucun globule soit fibrineux, soit purulent; en un mot, elle paraît netre que de l'albumine coagulée, contenant un excès de sels alcalins. Lorsque le ramollissement est avancé et que les caractères de l'inflammation sont bien trancbés dans le tissu environnant infiltré de matière tuberculeuse, il se forme de véritable pus, qui se précipite lorsque l'on lave dans l'eau froide le liquide qui remplit les cavernes , ou que les malades rejettent par expectoration. Le pus ainsi précipité se reconnaît à son aspect comme pulvérulent et à ses molécules propres (1472). Ainsi, nous pouvons également conclure , et de la nature des fluides qui se forment dans les cavités tuberculeuses aux différentes périodes de leur ramollissement, et des caractères anatomiques des tissus dan* lesquels se sont creusées ces cavités , que le ramollissement des tubercules est dû à l'inflammation des parties dans lesquelles ils existent, et que cette inflammation présente les produits mixtes des pblegmasies proprement dites, et de la sécrétion tuberculeuse qui continue à s'opérer à mesure que la substance qu'elle fournit se ramollit.

i632. La désorganisation qui succède au ramollissement et à la fonte des tubercules ne s'arrête que lorsque la sécrétion de matière tuberculeuse cesse. L'inflammation du tissu autour du foyer reste alors seule avec ses produits propres; elle détermine l'exbalation d'un fluide coagulable qui peut dès-lors s'organiser et réparer les désordres qui se sont formés dans le sein de l'organe. Il est malheureusement très rare que ces circonstances, avantageuses se présentent : voici quels sont les caractères anatomiques qui les font reconnaître. Indépendamment de la couche de matière tuberculeuse et plastique inflam-

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matoire qui se sécrète sur les parois du foyer et dans l'épaisseur même de ces parois, couche tuberculeuse destinée, comme toute production de cette nature, à se ramollir, et dont Laennec indique avec la plus grande exactitude les différentes dispositions, on voit survenir, à quelques lignes du foyer dans l'épaisseur même du lissu pulmonaire qui présente tous les caractères de l'hépatisation rouge, une infiltration de matière grise rougeâtre. Bientôt le parenchyme ainsi enflammé acquiert un certain degré de densité, en même temps qu'il prend une couleur rouge grisâtre. La couche superficiellement infiltrée de matière tuberculeuse et la pseudo-membrane de même nature des parois du foyer se ramollissent et s'exfolient. Une couche couenneuse, molle, filante, se forme au-dessous de cette matière tuberculeuse, avec laquelle elle ne contracte pas d'adhérence. Bientôt cette couche, véritable pseudo-membrane , s'organise, acquiert une densité assez considérable et se continue immédiatement avec les tuyaux bronchiques qui viennent s'ouvrir dans le foyer. Pendant qu'elle subit cette transformation, la couche pulmonaire adjacente hépatisée se condense, se resserre en quelque sorte sur ellemême. Un tissu cellulaire serré, d'abord rosé, ensuite blanchâtre, est incorporé en elle et se continue immédiatement avec la lame pseudo-membraneuse qui s'achève sur les parois du foyer actuellement vide de matière tuberculeuse. Cette lame ainsi fortifiée acquiert une densité presque fibreuse, et plus tard fibro-cartilagineuse. La maladie tuberculeuse est alors guérie dans ce point de l'organe pulmonaire, qui reste ainsi plus ou moins long- temps creusé par une caverne véritablement cicatrisée.

i63?>. Il résulte évidemment de toutes nos obser-

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vations sur les tubercules dans les différents tissus ? que si la matière tuberculeuse est déposée dans nos organes sans inflammation, la pblegmasie du tissu environnant se remarque toujours lorsque le ramollissement des tubercules s'opère, et que ce ramollissement semble dépendre de celte inflammation. On a vu aussi que la pblegmasie des tissus dans le sein desquels se trouvent des tubercules, indépendamment de ce qu'elle opère le ramollissement de ces derniers, fait faire des progrès à l'infiltration tuberculeuse dans le tissu enflammé lui-même, d'où résulte la sécrétion d'une madère mixte dans laquelle on remarque les caractères de la substance tuberculeuse, et ceux de la matière plastique inflammatoire plus ou moins puriforme ou purulente. Si la sécrétion plastique organisable de l'inflammation aiguë de bonne nature s'effectue aux limites de ces désordres, elle arrête l'infiltration tuberculeuse, et elle produit ainsi une cavité enkystée , ou une véritable cicatrice à la place d'une dégénéra tîon tuberculeuse qui n'existe plus dans ce point. Ainsi l'inflammation peut être à la fois cause d'exteusion plus rapide de la dégénération tuberculeuse, de sa délimitation et de sa guérison.

i634- Si l'inflammation est une cause d'extension plus rapide des productions tuberculeuses, on conçoit tout de suite pourquoi toutes les fois que l'inflammation fait explosion sur un sujet disposé aux maladies tuberculeuses, un sujet scrophuleux, elle détermine si facilement des tubercules dans le tissu où elle a son siège. L'altération de sécrétion interstitielle est un des éléments constitutifs des inflammations, et la formation des tubercules n'est autre cbose qu'une semblable altération de sécrétion , qui ne diffère de celle qui est propre aux inflammations, qu'en ce qu'elle

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