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Lorsque, par suite de l'oblitération de ses 11. N

principaux troncs veineux un membre s'œdémalie, i'œdème a des caractères qui le distinguent des anasarques proprement dits, et de l'inflammation diffuse du tissu cellulaire des membres que l'on voit quelquefois survenir chez les femmes en couche, et qui constitue réellement la phlegmasia alba dolens. Dans l'œdème par oblitération des veines, la partie gonflée n'est point décolorée comme dans Panasarque, ni rubéfiée comme dans l'érysipèle phlegmoneux; elle est molle, rénitente, et ne conserve point l'impression du doigt; dansl'anasarque, l'impression du doigt reste; dans la phlegmasia alba, le membre est dur et douloureux au toucher, ce qui n'a pas lieu dans l'œdème par oblitération des veines. Mais on concevra bientôt combien ces maladies se rapprochent, si l'on remarque que les œdèmes qui suivent les oblitérations vasculaires, comme ceux qui dépendent simplement d'anasarque, déterminent à un certain degré l'inflammation diffuse du tissu cellulaire du membre ; et que, d'un autre côté, cette inflammation, comme les érysipèles étendus, produit presque toujours la phlegmasie des veines. Il ne faut pas oublier aussi que l'infiltration des membres est fréquemment l'effet de la névrite, ou même de la névralgie; et, comme les gros nerfs et les gros vaisseaux ont le même trajet, il peut arriver que l'on confonde une phlébite avec une névralgie ou avec une névrite. Nous avons inutilement cherché une inflammation des veines ou des nerfs sur le cadavre d'une femme morte avec une violente phlegmasia alba dolens, nous n'avons trouvé qu'une infiltration de sérosité purulente dans tout le tissu cellulaire du membre.

94g. L'oblitération des veines enflammées par des caillots adhérents aux parois , s'observe plus souvent

chez les sujets qui ont éprouvé des obstacles mécaniques à la circulation veineuse. C'est pourquoi elle se voit après la grossesse et sur les cadavres de sujets morts avec des hydropisies enkystées ou des ascites. L'inflammation veineuse semble, danscecas, avoir été l'effet de la présence du sang retenu et coagulé dans le vaisseau. Ceux qui ont voulu attribuer les hydropisies à des obstructions des veines , ont donc pris l'effet pour la cause.

Obs. CXVIII. Caroline Dunn, âgée de vingt et un ans, d'une faible constitution, accoucha d'un enfant mâle, le 7 février 181 7. Il fallut extraire le placenta : la malade perdit peu de sang. Six jours après, la fièvre se manifesta ; les grandes lèvres devinrent le siège d'un gonflement œdémateux; il y eut par le vagin un écoulement abondant d'un fluide jaune, inodore. La malade se plaignait de crampes et d'engourdissement dans la jambe gauche. Ces accidents restèrent stationnâmes pendant quelques jours ; mais ils devinrent ensuite plus intenses. La malade succomba vingt-cinq jours après l'accouchement.

À la dissection du cadavre , on remarqua que l'extrémité inférieure gauche était œdémateuse, sans que la peau fût décolorée : elle se présentait comme les parties affectées d'anasarque. Les glandes inguinales étaient augmentées de volume, comme elles Je sont ordinairement dans les hydropisies; mais elles n'offraient aucune trace d'inflammation. La veine fémorale depuis le genou jusqu'à sa partie supérieure, la veine iliaque externe et l'iliaque primitive jusqu'à sa jonction avec celle du côté droit , étaient entièrement bouchées par une concrétion semblable extérieurement à un caillot de sang. Les parois de la portion fémorale de la veine étaient épaissies, d'uu rouge foncé, et très

adhérentes à un caillot de sang par lequel le vaisseau était oblitéré. Le tronc de la veine profonde était aussi rempli par un caillot, la veine saphène était roide et distendue. La substance qui oblitérait la veine iliaque externe et l'iliaque primitive, ressemblait au caillot lamelleux que l'on trouve dans un sac anévrismal. Cette matière, qui était mélangée de portions rouges, était beaucoup plus adhérente aux parois du vaisseau que dans la veine fémorale; elle ressemblait même, par cette adhérence extrême, au caillot d'un sac anévrismal ancien. Au milieu de cette substance se trouvait une cavité remplie d environ une cuillerée à café d'un liquide épais, d'un brun rougeâtre, d'une apparence pultacée, ayant les caractères du pus. Les viscères abdominaux et l'utérus étaient dans l'état sain. "

g5o. Les sinus de la dure-mère sont susceptibles de s'enflammer comme les autres veines. Seulement les caractères anatomiques de l'inflammation sont un peu modifiés en eux par la texture propre de ces canaux.

Obs. CXIX. Une demoiselle de seize ans se plaignait, depuis plus de quinze jours, d'une grande céphalalgie avec douleur gravative dans les yeux. Depuis trois semaines, l'oreille gauche suppurait, mais la malade était sujette à cette affection. On eut recours, pour calmer cet accident , à des saignées veineuses et artérielles, aux purgatifs et aux vésicatoires. On obtint un soulagement momentané; la céphalalgie avec douleur gravative des yeux reparut bientôt avec plus d'intensité, bientôt aussi il y eut de la stupeur qui fut suivie de coma profond dont on pouvait cependant faire sortir la malade : ce coma se termina par la mort.

1 David Davis, an Essay on the proximate cause of the disease calledpHLEGMAsiA dolens. Medico chirurgical transact. Tom. XII, p. 4i9-

A l'ouverture du cadavre, on trouva la pie-mère très injectée; du sang était extravasé à la partie postérieure du cerveau au-dessous de cette membrane. Le sinus latéral gauche présentait des parois très épaissies ; il contenait du pus et une matière caséiforme que la pression faisait sortir. Sa surface interne était d'un rouge foncé , rugueuse et comme fongueuse ; sa cavité était presque complètement oblitérée dans un point. La maladie s'étendait jusqu'au pressoir d'Hérophile, et jusqu'à la (in du sinus longitudinal. La table interne de l'os était cariée derrière le rocher, près du trou déchiré postérieur; la carie occupait également toute la portion pierreuse du temporal dont les cellules remplies de pus communiquaient avec l'oreille externe. "

Nous rapporterons , en parlant des inflammations aiguës du cerveau, l'histoire d'une jeune femme de vingt-deux ans, à laquelle nous avons donné des soins avec M. L'Évêque-Lasource, et qui mourut au bout de dix-sept jours de maladie. Nous trouvâmes, à la dissection du cadavre, la veine cérébrale moyenne droite très gonflée et flexueuse, surtout en s'approchant de la faux où elle vient s'ouvrir dans le sinus longitudinal supérieur : elle avait le volume d'une plume à écrire; elle était remplie d'une substance puri forme, jaunâtre, qui en oblitérait la cavité. La veine correspondante du côté gauche était dans le même état. En détachant la faux, nous remarquâmes sur sa longueur une tumeur aplatie transversalement, longue de deux à trois pouces, et épaisse d'environ dix à douze lignes dans son milieu. Cette tumeur, sur laquelle on distinguait le tissu de l'arachnoïde et de la dure-mère dans l'état sain, occupait le trajet du sinus

1 J. Abercrombie, The Edimb. Medic. and Chirurg. Journal, July, 1818.

longitudinal supérieur. A la dissection, elle parut formée d'un tissu cellulaire, grisâtre, friable, présentant une injection sanguine assez marquée, et une infiltration de pus jaune opaque, qui paraissait par endroits déposé dans des cellules irrégulières. Toute la cavité du sinus longitudinal supérieur était ainsi dégénérée. Il y avait un épanchement de sang sur la portion de la surface externe gauche du cerveau, correspondante aux premières ramifications de la veine cérébrale moyenne enflammée et oblitérée.

SECTION III

Inflammations chroniques des vaisseaux sanguins.

g5 i . L'inflammation chronique des vaisseaux sanguins et de la membrane interne du cœur est très peu connue. Cette maladie n'est cependant pas aussi rare'que l'on pourrait le penser d'après le silence que les auteurs ont gardé sur elle. Si l'on considérait, ainsi que le veulent quelques modernes, les ossifications, les hypertrophies et les dilatations des vaisseaux et du cœur comme des maladies nécessairement inflammatoires, les phlegmasies chroniques des vaisseaux ne seraient rien, moins que rares. H y a cependant une certaine connexion entre les altérations que nous venons d'indiquer et les phlegmasies; mais il ne s'ensuit pas que ces altérations soient constamment dépendantes d'une inflammation chronique.

g5'i. L'inflammation chronique, de même que l'inflammation aiguë, a beaucoup plus souvent son siège dans les gros troncs que dans les branches et les rameaux ; on ne trouve même dans les auteurs aucune observation sur l'inflammation chronique des petites artères. Pour l'appareil vasculaire à sang noir, c'est

DES VAISSEAUX SANGUINS ENFLAMMES- 3o,

surtout dans les veines du deuxième ordre que les phlegmasies chroniques se rencontrent. Etudions successivement ces inflammations dans les vaisseaux à sang rouge et dans les vaisseaux veineux.

g53. Le premier caractère de l'inflammation chronique de la tunique interne angio-cardiaque est l'épaississement de cette tunique à un degré plus marqué que dans l'état aigu, et sa rougeur plus ou moins foncée comme dans les phlegmasies aiguës.

Obs. CXX. Un vétéran âgé de quarante-deux ans entra à l'hôpital du Val-de-Grâce , le 27 septembre 1818, avec tous les symptômes d'une lésion organique du cœur à sa période la plus avancée : bouffissure de la face, teinte bleuâtre des lèvres, œdème de diverses parties du corps et notamment des extrémités; pouls obscur, inégal, ainsi que les battements du cœur; respiration élevée, laborieuse, avec un sentiment de suffocation imminente. Ces derniers symptômes augmentèrent surtout pendant la nuit, quelques jours avant la mort du malade, qui eut lieu vingt jours après son entrée à l'hôpital.

Le cadavre fut ouvert trente heures après la mort: il était œdématié, et présentait des vergetures sur différentes parties; les poumons étaient suppures en quelques points. Le cœur était volumineux; ses quatre cavités étaient très développées et amincies, surtout le ventricule gauche, qui était d'une teinte livide et qui se déchirait avec facilité. La membrane interne de ce "ventricule , très épaisse y offrait des signes d'une phlegmasie ancienne. La membrane interne de ï aorte était également épaissie et d'un rouge foncé, excepté en quelques points à la partie supérieure, où elle était moins colorée et sensiblement déprimée. Ces altérations de tissu et de couleur se prolongeaient en di-

4o ÀNÀTOMIE PATHOLOGIQUE

minuant progressivement d'intensité , jusqu'aux artères pédieuses et aux artères radiales et cubitales. Les intestins grêles présentaient des traces de phlogose. Le crâne ne fut point ouvert. *

Cette observation est d'un grand intérêt par l'étendue extraordinaire de l'inflammation vasculaire. Il y avait dilatation des cavités cardiaques ; mais cette dilatation existe souvent sans trace de pblegmasie angiocardiaque; nous allons voir cette inflammation coïncider avec d'autres altérations organiques.

954. Quand l'inflammation chronique persiste pendant un temps plus long que dans l'observation précédente, l'épaississement et la couleur rouge delà tunique vasculaire ne sont plus les seuls caractères de l'inflammation chronique. La membrane enflammée devient d'un rouge-brun; il se forme à sa surface des plaques grisâtres ou bleuâtres, plus ou moins épaisses et peu étendues; ces plaques sont comme déprimées, et on reconnaît à la dissection qu'elles sont formées par le tissu induré et dense de la membrane, tissu qui deviendra bientôt cartilagineux ou fibro-cartilagineux ; plus tard il présentera de petites ramifications vasculaires et des points osseux. L'inflammation peut donner aussi naissance à de petits abcès dans l'épaisseur des tuniques artérielles, qu'elle occupe quelquefois toutes en même temps.

Obs. CXXL Marie, femme de peine, présentait les-symptômes d'une hypertrophie du cœur, les battements de cet organe repoussaient en quelque sorte le stéthoscope appliqué sur la région précordiale. Nous fîmes pratiquer à cette femme plusieurs saignées dans l'espace d'un an; cependant les symptômes devin-

• Observ. de M. Vaidy. (Journal compî. du Dict. des Sciences méd., t. IV, p. 180.)

rent plus intenses, et la malade fut forcée de cesser de travailler. Elle éprouvait de temps en temps, et surtout lorsqu'elle faisait un ouvrage un peu pénible , des accès de suffocation intense; elle passait la moitié des nuits assise sur son lit. Les pieds étaient fort œdématiés; les battements du cœur étaient devenus irréguliers et aussi obscurs à l'auscultation qu'ils étaient forts et prononcés auparavant. Admise à l'Hôlel-Dieu, cette femme fut placée dans le service de M. Asselin : les progrès de la maladie continuèrent, et la malade périt après sept semaines de séjour à l'hôpital.

L'ouverture du cadavre fît reconnaître les désordres suivants : de la sérosité citrine remplissait les cavités thoraciques; le péricarde était dilaté et contenait environ une chopine de sérosité. Le cœur était presque doublé de volume; les cavités cardiaques n'avaient cependant pas augmenté d'étendue, mais leurs parois étaient très épaisses, surtout pour le ventricule gauche; l'oreillette gauche était notablement dilatée. La membrane interne du ventricule gauche et de l'aorte était d'un rouge brunâtre, rugueuse au toucher et parsemée de taches grisâtres d'une à deux lignes de diamètre. La tunique ainsi altérée se détachait facilement des parties adjacentes, et ressemblait à du papier gris pour son épaisseur, sa densité, et surtout pour sa ténacité. Les colonnes charnues étaient très petites et se rompaient avec la plus grande facilité. Cependant le tissu du cœur paraissait sain; les points grisâtres disséminés sur la tunique interne étaient très multipliés dans l'aorte; ces points étaient d'une densité plus grande que la membrane rouge-brune, sur laquelle ils paraissaient comme déprimés; quelques uns de ces points étaient semi-cartilagineux et d'autres lout-à-fait cartilagineux. On remarquait dans l'aorte ,

à quelques lignes au-dessus des valvules, deux petites ulcérations irrégulières, très superficielles. Dans l'intervalle qui sépare dans le ventricule l'ouverture aortique de l'ouverture auriculaire , était un petit bourrelet inflammatoire allongé , formé d'un tissu rouge , dense, assez homogène, présentant deux points cartilagineux dans son épaisseur. Cette petite tumeur occupait le replis de la valvule mitrale antérieure. Une des valvules semi- lunaires était adhérente par son bord libre ; cette adhérence était peu forte. La cavité que limitait la valvule ainsi adhérente était remplie d'une matière visqueuse, plastique. La tunique interne de l'oreillette gauche était opaque, épaissie et plus facile à déchirer que dans l'état sain ; on remarquait seulement des marbrures rouges brunâtres sur sa surface. L'ouverture d'une des veines pulmonaires droites était presque entièrement oblitérée par deux petites tumeurs rougeâtres, d'un tissu homogène , résistant et comme lardacé. Ce tissu se trouvait au-dessous de la membrane interne. La veine ainsi à demi oblitérée à sa terminaison, avait diminué de calibre dans toute son étendue; ses parois étaient beaucoup plus épaisses que celles des autres veines qui étaient plus grosses; cependant on ne trouvait dans ce vaisseau aucune trace de phlegmasie. La tunique interne des cavités droites était altérée de la même manière et au même degré que celle des cavités gauches. On ne reconnaissait qu'une valvule tricuspide; elle oblitérait à demi l'ouverture auriculo-venlriculaire. Une petite tumeur allongée, du volume d'une fève de haricot, s'était formée dans la duplicature de cette valvule. Cette tumeur enveloppée par la tunique enflammée était formée par du pris épais, visqueux et de bonne nature. L'artère pulmonaire et l'oreillette droite étaient évidemment

DES VAISSEAUX SANGUINS ENFLAMMES. Zp

dilatées; mais on ne reconnaissait dans leur cavité , non plus que dans les veines caves ascendante et descendante, aucune altération. L'aorte présentait, indépendamment des lésions indiquées , une assez grande dilatation qui ne dépassait pas sa crosse; la tunique moyenne de ce vaisseau dans toute l'étendue de sa courbure, et surtout sur la paroi interne et inférieure de cette courbure, avait une épaisseur au moins triple de celle de l'état sain. Le tissu de cette membrane était comme carnifié; on ne parvenait qu'assez difficilement en cet endroit à détacher la tunique interne quoiqu'elle fût épaissie et résistante. La membrane moyenne se confondait avec la membrane externe et même avec le tissu cellulaire environnant, au point que l'on ne distinguait aucune ligne de démarcation; il en résultait une couche indurée, rougeâtre, très résistante. Nous avons fait macérer cette partie du vaisseau , elle était réduite en putrilage au bout d'un mois. La macération n'a point permis de détacher et d'isoler Tune de l'autre les deux membranes confondues et en quelque sorte identifiées par l'inflammation. Les poumons étaient infiltrés de sérosité et très gorgés de sang. La membrane villeuse gastrique était phlogosée dans le grand cul -de -sac et sur la grande courbure de l'estomac.

g55. La tuméfaction des tuniques vasculaires, que nous considérons comme le caractère le plus tranché des phlegmasies chroniques des vaisseaux, peut être portée au point de gêner la circulation , en oblitérant en partie les canaux. L'observation précédente a fait voir que cela arrive, surtout pour les ouvertures par lesquelles les cavités du cœur communiquent entre elles et avec le système vasculaire, d'autant plus que l'inflammation détermine la formation de tumeurs

d'un tissu comme carnifié, ou de petits abcès dans la duplicature des replis valvulaires qui garnissent ces ouvertures. L'Observation CXVII de la clinique de Chambon offre un exemple de rétrécissement de plus des deux tiers de leur diamètre, de l'artère basilaire, et des principales divisions des carotides, par suite de la tuméfaction des tuniques.

956. On trouve aussi sur la tunique interne des vaisseaux artériels, outre les altérations qui viennent d'être indiquées, des rugosités, ou de petites éminences plus ou moins nombreuses , et plus ou moins saillantes. Ces petites rugosités sont le plus ordinairement formées d'un tissu dense, induré, qui devient semi-cartilagineux, et même cartilagineux et osseux. L'Observation LXXX ( 708 ) a offert un exemple de cette altération. La surface interne du vaisseau était d'un rouge-brun , et parsemée de taclies blancbes qui n'avaient point acquis la consistance osseuse. Cette membrane était en outre couverte de petites excroissances y dont le tissu était rouge comme leur extérieur. Ces petites rugosités étaient de formes variées : les plus volumineuses avaient la grosseur d'une graine de lupin. Les parois de l'aorte ainsi affectées étaient plus dures que dans l'état naturel.

Morgagni a rapporté deux autres bistoiresde phlegmasie cbronique des principales artères, avec formation d'excroissances '. Dans l'un et l'autre cas, les membranes étaient augmentées de densité, tuméfiées, et plus ou moins résistantes. Les rugosités étaient très petites, et formées d'un tissu dense, induré, et devenu plus ou moins cartilagineux.

957. On ne peut douter que les altérations qui viennent d'être signalées ne soient le résultat de l'in-

' Epist. anat. med. XXVIÏ , art. 28 5 et LXIV, art. 5.

flammation chronique ; car elles surviennent très fréquemment avec des ulcérations des tuniques vasculaires ( 954 , Obs. CXXI, et '985, Obs. CXXVII), et les ulcérations sont nécessairement le produit d'une inflammation.

g58. Plancus avait remarqué que des ulcérations et des excroissances comme pustuleuses dans les artères, surviennent souvent chez des sujets qui ont été affectés de maladie vénérienne. Il dit : « Arteriam magnam ve- « luti ulcerosam et corrosam, variisque pustulis sca- « tentem saepe observavi in cadaveribus eorum prae- « sertim qui syphiîlide laborarunt, et ad anevrisma « aortae, vel ad pectoris hydropem sicut dispositi. » *

Ce passage de Plancus consacre un fait qui n'a peut-être pas été apprécié a sa juste valeur , surtout en ce qui concerne la cause prochaine, probable, des anévrismes. On verra dans la section suivante que les perforations artérielles sont souvent dues à l'action phagédénique d'une phlegmasie des tuniques vasculaires. Serait-il déraisonnable d'admettre que la diminution d'élasticité et de densité que les tuniques vasculaires éprouvent par l'effet de leur inflammation, les rendît moins propres à résister à l'impulsion du sang , et que la fragilité que l'inflammation chronique produit en elles les exposât à se rompre ! Dans le fait consigné dans la lettre XXVII de Morgagni, que nous avons citée, l'aorte , enflammée d'une manière chronique, était rompue à environ un doigt de son origine, et la mort avait été le résultat immédiat de cette rupture d'ailleurs peu étendue.

959, L'inflammation chronique des veines n'a point encore été décrite ex professo, On a cependant , sur-

1 Epist. de Monstrisf citata in Morgagni Epist. anat. med, XXVII, art. 3o.

Ifi ANAT0MIE PATHOLOGIQUE

tout depuis quelques années , publié un assez grand nombre d'observations sur des phlébites; mais comme cette maladie, quand elle est chronique, coïncide souvent avec des affections graves des viscères , l'attention des observateurs s'est presque toujours portée principalement sur ces affections; il en résulte que ? bien que les caractères anatomiques, indiqués dans chaque fait , soient suffisants pour ne laisser aucun doute sur l'existence d'une phlébite chronique, il faut cependant réunir et rapprocher plusieurs observations pour en déduire les caractères anatomiques de cette maladie.

960. On a lu dans l'Observation CI (863) la description d'une veine enflammée qui rampait dans l'épaisseur et à la surface d'une tumeur inflammatoire chronique de l'ovaire et de la trompe. Cette veine était noueuse , dilatée ; elle se distinguait extérieurement à sa couleur violette; ses parois étaient épaissies et assez résistantes; elle contenait un sang noirâtre, mêlé de pus jaune verdâtre ; sa surface interne était très rugueuse et d'un rouge violâtre.

Obs. CXXII. Un homme de soixante-six ans fut atteint d'une carie des surfaces articulaires du genou gauche, par suite d'une forte contusion au côté externe de cette articulation. Ce malade succomba dans le marasme après dix mois d'une suppuration abondante. Pendant les trois derniers mois de sa vie, il eut la jambe fortement fléchie et appliquée contre la cuisse , avec laquelle elle formait un angle aigu.

A l'ouverture du cadavre on trouva la veine fémorale, ainsi que les branches qui allaient s'y rendre, obstruées par une matière Jibrineuse qui avait conservé une couleur rougeâtre ; mais cette matière était desséchée , racornie et adhérente sur toute l'étendue des

parois de cette veine , dont V épaisseur était augmentée. Il est certain que Je sang y était depuis long-temps arrêté, et sans mouvement; la veine saphène interne fut ouverte dans toute sa longueur ; ses parois étaient plus denses que dans l'état ordinaire; et à quelque distance au-dessous du foyer, dans l'étendue d'environ six travers de doigt, l'intérieur de la veine contenait un pus blanc bien formé. Au-dessus et au-dessous elle renfermait une matière fibrineuse, peu consistante, et du sang noir et fluide. '

L'observateur habile à qui nous avons emprunté cet exemple de phlébite chronique, a rapporté aussi l'histoire d'une phlegmasie chronique du sinus longitudinal supérieur, qui fut trouvé dans l'état suivant: (( Ses parois étaient très épaissies : il contenait dans « son tiers antérieur un corps fibreux , long de deux « pouces, aplati, bien organisé, qui se perdait suce périeurement dans le sang que contenait la cavité « du sinus , et se terminait antérieurement par une (c extrémité allongée : sa consistance était très grande; « elle résista aux tractions exercées avec des pinces à « dissection. Cette substance était appliquée assez « étroitement sur les parois du sinus. Il est évident « que la circulation avait cessé , depuis un certain « temps, dans cette partie du sinus. Dans les deux « tiers postérieurs , le sinus longitudinal supérieur « était très dilaté , et avait environ un pouce de lar-

« geur. Il était rempli d'un sang noir coagulé

« Toute la masse de ce sang était enveloppée d'une « couche membraniforme. Les parois du sinus, qui « avaient augmenté d'épaisseur, étaient jauges , etpré- « sentaient les traces d'une inflammation profonde. Le

1 F. Ribes , Mém. snr la Phlébite. Revue méd. Juillet, 1825, p. 36.

« sinus était en outre tapissé dans toute son étendue i( par une membrane accidentelle , effet certain de îin- « flammation de ce vaisseau. »

961. En rapprochant ces faits de ceux recueillis par Meckel, Hogdson, M. Ribes lui-même, etc., on est conduit à assigner pour caractères à l'inflammation chronique des veines l'épaississement de leurs parois, la rougeur violâtre ou brunâtre de la tunique interne du canal, devenue en même temps rugueuse et inégale ; la présence du pus ou de fausses membranes et souvent l'interruption de la circulation dans le vaisseau enflammé. Les veines enflammées d'une manière chronique sont dilatées ou rétrécies. Dans le premier cas, le canal est rempli d'un sang plus ou moins noir, qui a continué à arriver pendant un certain temps dans la cavité vasculaire oblitérée au-dessus de ce foyer, soit par la partie inférieure du vaisseau, soit en refluant par une collatérale, ou bien il est rempli d'un fluide purulent qui semble distendre sa cavité, et qui est quelquefois réuni au centre de caillots lamelleux et à couches concentriques, appliqués et plus ou moins adhérents aux parois vasculaires ; quelquefois aussi ces parois sont tapissées d'une pseudo-membrane qui peut présenter des traces d'organisation. Dans les cas où la veine est rétrécie ou seulement non dilatée, un caillot fibrineux plus ou moins desséché et plus ou moins décoloré , adhère à la surface du vaisseau et l'oblitère. On trouve aussi dans quelques cas du pus et des fausses membranes dans des veines enflammées et non dilatées; mais alors la circulation est toujours arrêtée par une oblitération fibrineuse ou pseudo-membraneuse complète de l'extrémité du foyer opposée au cœur.

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