‹ Histoire anatomique des inflammationsChapitre 7 sur 41 · On trouve dans quelques cas des veines en · texte numérisé non relu

On trouve dans quelques cas des veines en

tièrement effacées et remplacées par un cordon comme hgamenteux de matière plastique plus ou moins organisée. Cette obstruction des canaux veineux peut être considérée plutôt comme une suite de phlegmasie que comme le caractère d'une inflammation encore existante.

g63. Les membranes des veines affectées d'inflammations cbroniques se présentent à la dissection dans l'état suivant : la tunique interne, rugueuse et comme mamelonnée , se détacbe assez aisément par lambeaux étendus, entièrement opaques. La tunique moyenne est aussi épaissie ; mais elle est difficile à séparer de la tunique cellulo-lamineuse externe. Ces deux membranes sont confondues en une lame homogène dense, tenace, d'une couleur violâtre. Quand on coupe la veine en travers , elle ne s'affaisse pas sur elle-même comme cela arrive dans l'état sain ; mais elle conserve sa forme cylindrique comme une artère. 964. L'oblitération des principaux troncs veineux des membres se remarque quelquefois dans les œdèmes chroniques. M. Bouillaud , frappé de ce fait, a cherché à démontrer que ces œdèmes reconnaissaient toujours pour cause cette oblitération. Quoi qu'il en soit de cette opinion évidemment trop générale, l'oblitération des veines qui se remarque dans ces cas n'est pas toujours inflammatoire ; le canal veineux est assez souvent obstrué par un caillot de sang, plus ou moins décoloré et desséché, sans qu'il y ait aucune altération dans les tuniques de la veine; mais d'autres fois ce caillot est très adhérent à la tunique interne légèrement grisâtre et rugueuse, s'enlevant aisément par lambeaux avec le cordon fibrineux qui fermait le passage du sang ; il y a alors phlegmasie chronique, et ces cas, qui peuvent fort bien n'être que l'effet de îa

stase du sang arrêté dans la veine, doivent être considérés comme des exemples du moindre degré de la phlébite chronique.

Des varices ; des tumeurs variqueuses et des hèmorrhoïdes .

965. Les varices, les tumeurs variqueuses et les hèmorrhoïdes ne sont pas des maladies absolument inflammatoires, mais l'inflammation des vaisseaux affectés dans Ces maladies, survient nécessairement à certaines périodes de leur développement. Il rentre donc dans notre sujet de parler des désordres anatomiques qui constituent ces maladies; cela nous donnera occasion de faire connaître des phénomènes extrêmement importants pour expliquer différentes altérations organiques.

966. Le premier degré de la formation des varices est la dilatation d'une veine dans une plus ou moins grande étendue. Quand cette dilatation n'est pas très ancienne, et qu'elle n'est pas très considérable, la veine peut n'être pas altérée dans sa texture ; seulement le diamètre et la longueur du vaisseau sont augmentés; par conséquent les flexuosités sont plus marquées ou plus nombreuses; mais si la dilatation existe depuis long-temps, la tunique interne du vaisseau est plissée longitudinalement; elle est plutôt amincie qu'épaissie. La tunique moyenne est épaissie; ses fibres transversales sont plus prononcées que dans l'état sain (921); ses fibres longitudinales sont au contraire moins nombreuses et très écartées; sa couleur est d'un jaune obscur un peu grisâtre. La membrane lamineuse externe a augmenté de densité ; mais elle est confondue avec la tunique moyenne, au point qu'il est très difficile de l'en distinguer. M. Bri-

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quet, à qui l'on doit un bon Mémoire sur les varices, a considéré cet état comme une hypertrophie de la membrane moyenne. *

A un degré plus avancé la dilatation n'est point uniforme dans toute la longueur de la veine; le canal vasculaire présente des bosselures irrégulières ou se gonfle par endroits, de manière à former des renflements cylindroïdes, conoïdes, sphéroïdes, etc. Ces bosselures et ces renflements n'ont jamais un axe commun avec celui du cylindre vasculaire; ils n'occupent que des segments plus ou moins étendus du vaisseau, et ils ont rarement leur siège sur la convexité des flexuosités; c'est plutôt à la concavité des anses veineuses qu'ils se remarquent. La tunique interne est plissée longitudinalement dans toutes les parties où la veine dilatée a conservé la forme cylindrique. Au pourtour des renflements, les plis deviennent obliques; ils sont ensuite tout-à-fait transversaux au col de ces renflements; c'est toujours dans les intervalles des valvules, et plus fréquemment au-dessus de ces replis, que les renflements s'observent. Le tube vasculaire, cruoique dilaté , reste cylindrique vis-à-vis des valvules, qui sont cependant beaucoup moins saillantes que dans l'état sain. Dans les saphènes, les renflements occupent une ligne longitudinale sur les parties latérales de ces vaisseaux. Ces renflements sont précédés par la formation d'une sorte de gouttière longitudinale, qui indique la ligne sur laquelle se formeront plus tard les renflements. M. Briquet a comparé ces dilatations partielles aux vésicules spermatiques. Les saphènes sont les seules veines dans lesquelles cette disposition se remarque; dans les autres,

1 Archives génér. de Médec, t. VU, p= '->oo et ?x(p

ies renflements et les dilatations s'effectuent irrégulièrement et indifféremment sur toutes les parties du tube vasculaire. La tunique interne dans les renflements adhère très intimement à la tunique moyenne, qui dans ces points est amincie : ses fibres longitudinales sont écartées et peu apparentes , et ses fibres transversales sont aussi très rares. La tunique moyenne est unie avec la membrane externe en une lame dense, qui se confond avec le tissu cellulaire environnant évidemment condensé.

967. Lorsque les varices se sont formées lentement, et qu'elles n'ont point encore acquis beaucoup de développement, il n'y a réellement point encore d'inflammation ; les désordres an atomiques sont en rapport avec les effets d'une dilatation du vaisseau, En effet, la tunique interne est poussée dans l'intervalle des fibres longitudinales écartées, amincies, delà tunique moyenne. Les fibres transversales, devenues d'abord plus apparentes, disparaissent et s'usent en quelque sorte. Le tissu lamineux extérieur a acquis celte densité qu'il prend sur toutes les tumeurs, qu'une force habituelle tend à distendre, ou dans tous les points où il s'établit des frottements accidentels.

L'inflammation chronique se manifeste cependant dans les tuniques vasculaires à un certain degré de développement des varices, et par conséquent à un certain degré de distension des tuniques. Ce degré est très variable; néanmoins les petits renflements, très peu étendus , offrent presque constamment les caractères de la phlegmasie , qui au contraire n'existe en général dans les renflements qui occupent une grande étendue, que lorsqu'ils ont acquis un développement considérable.

968. Voici les caractères de l'inflammation chronique des veines variqueuses : la membrane interne est opaque, épaissie, d'un rouge grisâtre, assez souvent ulcérée. Dans les renflements profonds, elle adhère à des lames de sang plus ou moins décoloré. Quand elle est ulcérée, ces lames sont percées vis-àvis l'ulcération comme par un emporte-pièce. On parvient aisément à détacher des lambeaux de cette tunique enflammée , mais c'est seulement dans le cylindre vasculaire, mais non dans les renflements : là tunique moyenne est aussi enflammée; elle l'est même avant la membrane interne, car on trouve cette dernière parfaitement saine dans beaucoup de points et sur des renflements où celle-ci présente des caractères non équivoques d'inflammation. Le premier de ces caractères est la teinte rouge de la tunique moyenne qui se distingue au travers de la tunique interne diaphane, et la facilité de décoller cette dernière dans les renflements, facilité qui n'existe pas dans ces points, quand les deux tuniques sont simultanément ou saines ou enflammées. Le tissu de la membrane propre ainsi enflammée est comme spongieux, rougeâtre et friable. Ce tissu spongieux existe surtout à la surface interne de la membrane moyenne; il repousse quelquefois la tunique interne en dedans, au point de lui faire faire des saillies, des bosselures assez marquées dans le canal vasculaire. La tunique moyenne enflammée ne présente plus ni fibres longitudinales, ni fibres transversales apparentes; elle est très amincie à la surface des renflements saillants et peu étendus ; elle semble n'y former qu'une couche rouge jaunâtre , qui servirait en quelque sorte d'union entre la tunique interne et la membrane celluleuse externe; sur les renflements qui

ont une certaine étendue, elle reste épaissie comme a leur base et sur le cylindre vasculaire simplement dilaté. Dans ce cas aussi, on trouve dans le tissu rouge jaunâtre friable de cette tunique des points grisâtres, denses, irrégulièrement disséminés, occupant surtout la base des rendements. Ces points grisâtres, quand ils ont acquis une certaine étendue, c'est-à-dire environ une ligne de diamètre, présentent une véritable texture cartilagineuse. La membrane interne les recouvre alors, et leur adhère intimement du côté du canal vasculaire. La tunique externe, confondue avec la membrane moyenne, par sa face interne, présente les caractères de l'inflammation chronique des couches celluleuses. Un fragment de veine, formé de toutes les tuniques ainsi affectées, est opaque, friable, sans élasticité, et se déchire avec une égale facilité dans tous les sens. Les membranes coupées en travers conservent sans s'affaisser leurs convexités cylindroïdes et leurs bosselures plus ou moins saillantes.

969. Si l'on soumet à la macération une veine variqueuse enflammée d'une manière chronique, son tissu se ramollit, devient plus souple et moins friable en quelques jours. Au bout de dix à quinze jours, il est converti en un tissu blanchâtre assez homogène, qui se change par la putréfaction , du vingtième au trentième jour, en une substance grisâtre, spongieuse, semblable à un parenchyme celluleux, peu consistant, qui serait infiltré de substance médullaire. Dès le vingtième jour, la tunique interne, ramollie et convertie en une pulpe caséiforme, se détache facilement.

970. Quand la maladie chronique des veines reste stationnaire, le tissu cellulaire ambiant s'épaissit, et fortifie en quelque sorte les vaisseaux affaiblis par la maladie de leur tunique propre, qui a perdu son élas-

licite et sa ténacité; la circulation continue dans le vaisseau ainsi affecté. S'il en part des branches anastomotiques; elles se dilatent, ainsi que les veines qui viennent y aboutir, en sorte que la dilatation s'étend particulièrement des troncs vers les branches et vers les rameaux. Les courbures et les flexuosités des veines et des rameaux afférents augmentent en même temps que ces vaisseaux se dilatent. Telle est l'origine de ces plexus variqueux serrés qui se forment autour des troncs veineux dilatés, et qui constituent les tumeurs variqueuses.

Nous avons disséqué une tumeur variqueuse, du volume d'un gros œuf située à la jambe d'une femme de soixante-quatorze ans. La saphène interne était fort dilatée et entourée d'une veine qui venait s'ouvrir dans sa cavité. Cette veine était elle-même dilatée au point que l'on pouvait introduire le petit doigt dans sa cavité; elle était flexueuse et repliée sur elle-même, sur la saphène. Les parois vasculaires étaient plus épaisses et plus résistantes que dans l'état physiologique; elles étaient fortifiées de plusieurs couches de tissu cellulaire serré et fort adhérent au vaisseau. Ce tissu condensé ressemblait à celui que l'on rencontre sur les hernies anciennes. La tunique interne du vaisseau était pâle, mais légèrement rugueuse. Coupée en travers, la veine ne s'affaissait qu'à demi et présentait une ouverture elliptique.

971, Lorsque les renflements variqueux sont peu étendus, le cylindre est couvert de petites bosses qui produisent une saillie d'une ligne à une ligne et demie à sa surface. Ces petites saillies, à mesure qu'elles se développent, se rapprochent de plus en plus de la forme conique. Une petile ulcération s'effectue à leur sommet, et le sang s'infiltre dans le tissu

cellulaire environnant. Si l'inflammation chronique ne s'est pas encore propagée dans ce tissu, c'est alors qu'il en est atteint; il devient dur, friable, infiltré de sérosité rougeâtre et de lymphe coagulable; comme il est peu extensible, et qu'il n'est plus perméable , le sang ne peut continuer à s'infiltrer dans son épaisseur; alors il se forme de petites loges comme anévrismatiques, sur le trajet des veines. Quand l'inflammation de la veine est très forte, si elle s'ulcère en beaucoup de points, le tissu cellulaire, confondu avec ses parois, devient d'un rouge livide, comme spongieux, et fortement pénétré de sang, qui continue à être versé par le vaisseau malade.

On ne trouve pas toujours à la dissection, des ulcères donnant issue au sang contenu dans les vaisseaux variqueux; ce fluide paraît aussi s'en échapper par une sorte de transsudation, par les points amincis du vaisseau. On peut démontrer aisément la possibilité de cette transsudation sur le cadavre , en injectant les veines ; c'est à elle que sont dues ces lignes rougeâtres, livides et violâtres, que l'on remarque pendant la vie, sur le trajet des veines variqueuses.

972. Pour bien voir les différents degrés d'altération que produit dans les vaisseaux l'inflammation chronique, il faut disséquer les ulcères variqueux; on reconnaît alors que la disposition variqueuse s'étend à toutes les veines jusqu'aux plus petites, qui vont aboutir à la veine principale primitivement affectée. On distingue tous les degrés de la maladie, depuis la simple dilatation des veines jusqu'à leur destruction par l'ulcération , ou leur conversion en un tissu ramolli, spongieux et comme carnifié, baigné de pus ou revêtu de lambeaux pseudo-membraneux que produit l'inflammation aiguë développée au

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moment de l'ulcération, et entée sur l'état chronique antérieur. On remarque aussi les différents degrés d'altération du tissu cellulaire, depuis l'infiltration séreuse que produit la gêne de la circulation, par suite de la varicosité des veines, jusqu'à l'induration inflammatoire de l'état chronique, avec ou sans infiltration de sang épanché ; jusqu'à l'infiltration sanguine et purulente que détermine l'inflammation aiguë qui vient convertir le tissu cellulaire, déjà affecté d'inflammation chronique, en un tissu mou, fongueux et sans consistance.

9y3. Les désordres que nous venons d'indiquer, qui se présentent dans les tumeurs variqueuses des extrémités, sont surtout très évidents dans les tumeurs hémorrhoïdales, dont ils caractérisent une espèce. On trouve autour du rectum un lacis serré de vaisseaux variqueux très flexueux, réunis par du tissu cellulaire condensé, dune couleur violâtre; les tuniques de ces vaisseaux sont friables et denses. Dans le tissu cellulaire sous-muqueux, et dans celui qui remplit les interstices des veines variqueuses , on remarque de petites loges remplies de sang. Ces petites loges sont comme enkystées , et se rompent par l'inflammation qui résulte du dépôt du sang dans leur cavité. Le sang est alors rejeté au-dehors. Toutefois la petite ouverture peut rester fistuleuse après s'être resserrée. C'est par de petites ouvertures de cette nature que l'on voit suinter le sang dans les efforts delà défécation, ou quand on comprime une tumeur hémorrhoïdale.

974. C'est à M. Recamier que l'on doit d'avoir fait connaître les locules hémorrhoïdales, dans lesquelles* le sang pénètre soit par la rupture des petits vaisseaux variqueux voisins, soit par une iranssudalion au ira-

vers des tuniques vasculaires, soit par exhalation. Il est probable que la dilatation variqueuse se propage jusqu'aux radicules veineuses, et s'étend aux terminaisons des artères; au moins est-il certain que les vaisseaux à sang rouge comme ceux à sang noir concourent à verser le sang dans ces petites cavités, puisque l'injection d'un liquide tenu soit dans les artères , soit dans les veines , remplit également les locules.

975. Il est encore une disposition anatomique de certaines tumeurs hémorrhoïdales qui, comme la précédente, produit une inflammation chronique de la muqueuse de la partie inférieure du rectum et du tissu cellulaire et des veines adjacentes : les capillaires de la muqueuse sont devenus eux-mêmes variqueux, et il s'opère une véritable exhalation de sang à la surface de cette membrane dont le tissu est rouge, gonflé, très infiltré; les liquides poussés dans les veines et dans les artères pleuvent également dans ce cas à la surface de la membrane , qui fournit elle-même une mucosité épaisse filante , qu'il faut bien distinguer de la sérosité qui s'exhale quelquefois au lieu de sang à sa surface , ou qui suinte des petites ouvertures des locules ; cette exhalation de sérosité est un diminutif de celle du sang rouge; elle est fournie par le sérum du sang. Quand on voit ces hémorrhagies de la muqueuse de l'anus vider les veines hémorrhoïdales variqueuses , il est difficile de ne pas admettre que les capillaires, même veineux , peuvent exhaler en certaines circonstances les liquides contenus dans leur cavité, et qu'ils reçoivent dans ce cas, par une sorte de mouvement rétrograde, le sang des rameaux auxquels ils se rendent. Cette dernière forme d'hémorrhoïdes coïncide toujours avec l'existence d'un plexus variqueux plus ou moins déve-

Juppé dans l'épaisseur du rectum, et dans le tissu cellulaire qui enveloppe cet intestin, à sa partie inférieure; assez souvent aussi le sang est en même temps déposé dans des locules, et exhalé par la surface muqueuse.

SECTION IV

Inflammations phagédéniques des vaisseaux sanguins.

976. L'inflammation phagédénique des vaisseaux sanguins n'est peut-être pas aussi rare qu'on le pense; nous croyons qu'elle est plus commune dans les artères que dans les veines. Elle paraît affecter spécialement les gros troncs vasculaires, au moins est-ce dans ces troncs qu'elle a été observée dans presque tous les faits de ce genre que renferment les annales de l'art.

977. L'inflammation phagédénique des vaisseaux et de la membrane interne du cœur est presque toujours chronique; on peut cependant présumer, d'après quelques observations rapportées par les auteurs , que l'ulcération est quelquefois l'effet de l'inflammation aiguë entée sur une phlegmasie chronique. Les ulcères, qui surviennent dans l'appareil vasculaire sanguin, sont ordinairement arrondis; ils envahissent d'abord la tunique interne, qui présente autour d'eux tous les caractères de l'inflammation aiguë ou chronique; ils pénètrent ensuite dans la tunique moyenne, qui, ayant aussi pris part à l'inflammation, présente aussi les altérations propres aux phleginasies. Il ne paraît pas que la tunique celluleuse soit aussi fréquemment ulcérée que les autres; car elle est d'ordinaire indurée et épaissie au fond des ulcères, ou distendue par le sang qui s'est épanché au-dessous d'elle par la solution deconti

ÔO ANATOMIE PATHOLOGIQUE

nuité inflammatoire des deux tuniques internes , et a formé en la distendant et en la décollant une cavité anévrismale. Il y a cependant aussi des exemples de la perforation de la tunique celluleuse, comme des autres tuniques vasculaires, par les progrès des ulcères de l'intérieur à l'extérieur.

978. Quand les ulcérations ont dépassé la membrane interne du cœur, elles pénètrent dans le tissu propre de cet organe, et perforent quelquefois toute son épaisseur. Le sang peut alors s'infiltrer sous la tunique séreuse péricardiaque décollée , épaissie et enflammée au point correspondant à l'ulcère. Le plus souvent cette tunique est rompue avec le dernier plan charnu superficiel du cœur avant que l'inflammation phagédénique l'ait détruite. La friabilité que prennent par les phlegmasies les fibres du cœur, explique cette rupture.

979. Les ulcères du cœur sont sinueux, et ordinairement beaucoup plus étendus que ceux qui se forment dans les vaisseaux; leur fond est d'un rouge grisâtre infundibuliforme ; ceux des artères sont, au contraire, perpendiculaires sur leurs bords, et creusés dans une direction verticale à la paroi qu'ils affectent; les bords de ces ulcérations, quoique gonflés, sont ordinairement lisses et nets, tandis que ceux des ulcères du cœur sont le plus souvent rugueux et renversés. La tunique interne du cœur est opaque et indurée autour de ces ulcères, qui sont presque toujours uniques, tandis que ceux des artères sont le plus souvent multiples.

980. On trouve dans les auteurs un assez grand nombre d'exemples d'ulcérations internes du cœur. Eonet et Lieutaud ont recueilli plusieurs faits de ce genre; Morand en a réuni quelques uns dans les Mé-

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moires de l'Académie des Sciences pour i-y32. Il s'en faut bien que, dans toutes ces observations, les désordres aient été décrits avec le soin que l'on exige aujourd'hui dans les recherches d'anatomie pathologique. Morgagni, qui ne paraît pas avoir eu lui-même occasion de voir de ces ulcérations, s'est contenté de citer les faits assez peu exacts qu'il a trouvés dans les auteurs, et en particulier dansSenac. Nous ne rapporterons donc pas toutes ces recherches des anciens observateurs : elles ne sont, pour nous, que les preuves que l'on a depuis long-temps reconnu des ulcérations à différents degrés sur la tunique interne et sur les parois des cavités du cœur; nous préférons rapporter quelques faits plus récents et observés avec plus de soin. *

Laennec a eu occasion de voir un ulcère du cœur. Il était situé à la face interne du ventricule gauche, et avait un pouce de longueur sur un demi -pouce de largeur. Sa profondeur était de plus de quatre lignes au centre; le malade était attaqué d'une hypertrophie du ventricule gauche qui avait été reconnue; mais le cylindre ne fit entendre aucun bruit particulier, d'après lequel on pût soupçonner non seulement l'ulcère, mais même la rupture du ventricule gauche qui s'ensuivit deux jours avant la mort. '

Obs. CXXIII. Un fusilier, âgé de dix-neuf ans, avait toujours joui d'une bonne santé jusqu'au mois de janvier 1821. Après plusieurs excès, dans lesquels il prit une grande quantité de liqueurs aîcoholiques, il tomba malade, et entra à l'hôpital dans l'état suivant : soif vive, sentiment d'ardeur intérieure, pouls fréquent et dur, peau chaude et sèche, langue rouge

' De l'Auscultation médiate, t. II, p. 3o5.

sur les bords et à sa pointe , anorexie , coliques passagères, céphalalgie violente, douleurs dans lès membres abdominaux, disposition marquée au frisson. Le lendemain, toux vive et fréquente, pouls plus développé et peau moins sèche. Le sixième jour, il survint quelques coliques suivies de diarrhée. Le dixième jour, délire pendant la nuit, soubresauts des tendons, stupeur, diminution générale de la chaleur de la peau , gonflement et lividité des pieds; par intervalles, cris perçants, regard étonné et farouche. La diminution de la chaleur est plus marquée le douzième jour. Le treizième, prostration générale, langue très sèche, mais pâle; toux vive, expectoration presque nulle, déjections liquides et involontaires, pâleur de la peau, extrémités froides, pouls petit, fréquent, irrégulier. Mort la nuit suivante, à deux heures du matin. Ce malade avait été tenu à la diète , on lui avait pratiqué une saignée le deuxième jour, et quarante-deux sangsues avaient été appliquées en deux fois sans succès.

A l'ouverture du cadavre, qui fut faite trente-trois heures après la mort, on trouva les vaisseaux de la pie-mère et de l'arachnoïde injectés. Une sérosité limpide un peu jaunâtre était infiltrée dans les mailles de ces membranes, et se trouvait aussi épanchée entre l'arachnoïde et la dure-mère. Sur la partie supérieure et antérieure du cervelet, ces membranes étaient fortement gonflées et suppurées. Le cerveau était généralement très mou, une once de sérosité était épanchée dans ses ventricules. La cavité rachidienne contenait une sérosité d'un blanc un peu opaque, qui s'élevait jusque dans le crâne, et baignait le cervelet. La moelle épinière et ses enveloppes étaient saines. — Les poumons étaient rouges et même un peu crépitants, ils contenaient beaucoup de sang, La muqueuse

du larynx , de la trachée et des bronches était très enflammée et parsemée de points d'un rouge très foncé. — Les bronches droites étaient très rouges vers les lobes supérieur et inférieur; elles étaient presque blanches dans le lobe moyen , dont le tissu offrait l'aspect blanc grisâtre des poumons sains. Les bronches gauches étaient enflammées dans toute leur étendue. Le tissu cellulaire environnant les bronches enflammées, était rouge et pénétré de sang. Les ganglions lymphatiques, situés près de leur trajet, étaient plus volumineux; quelques uns étaient remplis d'une matière noire abondante, les autres étaient d'un rouge-brun foncé. Les ganglions environnant les bronches saines, qui se trouvaient dans le lobe moyen du poumon droit, n'offrirent ni développement ni changement de couleur. — Le péricarde était sain; le cœur était volumineux; le ventricule gauche offrait une grande capacité; ses parois incisées avaient à peu près l'épaisseur d'un pouce : il contenait peu de caillots. A sa partie supérieure, près l'orifice aortique, était un ulcère d'environ quinze lignes en largeur et douze en hauteur ; quelques petits trous laissaient pénétrer un stylet à six lignes de profondeur : cet ulcère était grisâtre , inégal. Son bord était rouge , gonflé et coupé perpendiculairement à la partie inférieure-, il était blanchâtre et se confondait insensiblement avec la membrane interne de l'aorte à sa partie supérieure. Les parties lésées étaient, i°. une grande portion de la partie supérieure des fibres musculaires du ventricule gauche; 2°. la membrane interne qui tapisse ce ventricule; 3°. la valvule sygmoïde correspondante à la face antérieure de l'aorte, qui était entièrement détruite. Les deux autres valvules étaient fort épaissies, le tubercule d'Aranzi était très volumineux, dur et, cartilagineux. La membrane interne du

cœur était épaisse , blanche, opaque jusqu'à un pouce de distance de l'ulcère; celle de l'artère était saine. — L'estomac et les intestins paraissaient sains à l'extérieur; mais en soulevant des portions distendues par des gaz, on voyait un grand nombre de parties rétrécies, rouges et enflammées. La muqueuse de l'estomac était rouge dans quelques points, vers le pylore. Celle des intestins grêles présentait des portions enflammées dans l'étendue de plusieurs pouces, et séparées par d'autres tout-à-fait saines. Des mucosités abondantes rouges et jaunes adhéraient fortement aux points enflammés, et n'existaient pas sur les portions qui n'étaient pas malades. Les gros intestins offraient aussi des traces de phlogose; le cœcum surtout était d'un rouge-violet; le colon était moins malade; l'inflammation se terminait à quelques pouces de l'anus. Le foie était foncé en couleur, et gorgé de sang; le pancréas très dur criait sous le scalpel. ■

M. Scoutetten , qui a recueilli cette observation sous les yeux de M. Broussais, regarde l'ulcère du ventricule du cœur comme l'effet d'une inflammation aiguë entée sur une phlegmasie chronique. Nous ne nions pas que les choses se soient ainsi passées, d'autant plus que les phlegmasies aiguës qui se développent sur des tissus déjà affectés d'inflammation chronique, deviennent souvent phagédéniques. Nous dirons cependant que rien ne prouve que cela ait eu lieu , et que les altérations des valvules et de la membrane interne du ventricule du cœur , autour de l'ulcère, étaient caractéristiques d'une inflammation chronique. Aucun des accidents éprouvés par le malade n'a indiqué l'invasion d'une phlegmasie aiguë.

'Journal univ. des Sciences méd., t. XXIII, p. 236.

981. Nous n'avons trouvé dans les auteurs qu'un seul exemple d'inflammation phagédénique des oreillettes du cœur, et encore est il rapporté par Pujol, sans les détails nécessaires , pour que l'on puisse juger de sa valeur. On lit en effet dans l'Essai sur les Inflammations chroniques de cet auteur : « Erndl a observé la « surface interne du cœur et des oreillettes, toute (( rongée par un ulcère chronique. »

982. Les ulcères des cavités du cœur sont susceptibles de se cicatriser j car Morgagni a trouvé les traces d'un ulcère guéri, qui avait détruit une des valvules aortiques , et qui s'était étendu sur la partie voisine de la surface du ventricule; mais cet illustre anatomiste n'a pas laissé la description de la cicatrice qu'il a observée. *

983. L'inflammation phagédénique de la tunique interne des vaisseaux a été bien caractérisée dans les deux observations suivantes.

Obs. CXXIV. Un vieillard de quatre-vingts ans avait été admis à l'hôpital pour de légers dérangements de santé. Son pouls devint tout à coup plus fréquent , plus vite , et plus plein qu'il ne l'est d'ordinaire à cet âge. Le malade commença en même temps à délirer et à éprouver un tremblement convulsif de la mâchoire inférieure et des membres ; il se plaignait d'avoir la tête pesante. Le délire et le tremblement persistèrent jusqu'au seizième jour. Le pouls, qui avait fléchi par instants, devint très faible; la respiration devint stertoreuse : le délire ne cessa qu'avec la vie, deux jours après.

L'ouverture du cadavre fut pratiquée quatorze heures après la mort. Les intestins étaient légère-

' Epist. anat. med. XXIV, art. 18.

ment rouges dans les points où ils se touchaient , et sous les circonvolutions. Le bord du foie était livide ; la rate était flasque , mais sa tunique propre était fort épaissie et comme cartilagineuse. Le poumon droit adhérait à la plèvre; à son sommet se trouvait une petite portion indurée , dans laquelle les tuyaux bronchiques étaient comme desséchés et oblitérés ce que; je crus être, dit Morgagni , les traces d'une ancienne maladie. Les portions inférieures, et surtout postérieures des deux poumons, étaient non seulement noirâtres , comme cela se voit ordinairement , mais elles étaient aussi endurcies. Le péricarde contenait à peine un peu d'eau ; il y avait dans le cœur deux concrétions polypeuses; l'une, dans le ventricule droit, était pune et visqueuse; elle se prolongeait en devenant plus blanche et plus dure dans l'oreillette , et jusqu'au voisinage de l'orifice de l'artère pulmonaire, dans lequel elle ne pénétrait pas; l'autre concrétion était blanche et dure; elle se trouvait dans le ventricule «auche et dans le commencement de l'aorte. Les valvules mitrales et aortiques étaient endurcies par endroits ; elles n'étaient cependant pas ossifiées; l'aorte, examinée extérieurement dans son trajet sur les vertèbres , présentait ses vaisseaux propres très distendus par le sang. A l'intérieur du vaisseau on voyait cà et là de petites squames dures, et même déjà ossifiées par endroits , surtout dans l'aorte abdominale ; car elles étaient moins dures en s'approchant du cœur. Dans quelques endroits, entre ces petites écailles , la tunique interne n'existait plus ; la tunique moyenne était aussi ulcérée et corrodée ; elle se détachait en lambeaux d'une substance rouge et comme putride. — - On remarqua , en séparant la tête du tronc , qu'il sortit beaucoup de sérosité par le trou occipital. Les

nnfractuosités cérébrales sous l'arachnoïde étaient remplies d'eau semblable à de la lavure de chair; on trouva aussi une certaine quantité de ce fluide dans les ventricules, dont les vaisseaux propres étaient injectés. La plupart des vaisseaux des méninges étaient distendus par du sang noir et concret, qui formait aussi une concrétion polypeuse dans le sinus longitudinal supérieur. ■

Il est difficile de trouver une observation de phlegmasie phagédénique de l'artère aorte , dans laquelle soient réunis plus de caractères de l'inflammation : congestion et injection inflammatoire jusqu'à la surface externe du vaisseau ; induration et ulcération de la tunique interne ; rongeur et ramollissement de la tunique moyenne , à laquelle l'inflammation se propageait.

Une autre altération importante à noter, existait encore sur le cadavre ouvert par Morgagni ; c'était une induration très circonscrite, avec dessèchement et oblitération des tuyaux bronchiques au sommet du poumon. Morgagni a attribué cette lésion à un reste de maladie ancienne. N'est-ce pas là un exemple de ces cicatrices pulmonaires dont Laenneo a donné le premier une bonne description ?

Obs. CXXV. Un homme d'une structure athlétique entra à l'Hôtel-Dieu de Paris, avec de la faiblesse, de l'oppression, de l'irrégularité dans le pouls, et autres accidents des maladies du cœur. M. Recamier fit pratiquer deux petites saignées à peu de jours d'intervalle; elles rendirent très sensibles les battements du cœur, qui ne l'étaient nullement

'Morgagni, Epist. anat. med. VII, art. g.

auparavant; le malade parut aller si bien qu'il se proposait de quitter l'hospice, lorsqu'il mourut presque subitement, quatre à cinq jours après la dernière saignée.

A l'ouverture du cadavre, M. Recamier ne trouva d'autre affection organique dans l'appareil circulatoire , que plusieurs ulcérations très prononcées sur la surface interne de la crosse de V aorte et de la région pectorale de ce vaisseau. Le fond de ces ulcères, dont deux avaient trois à quatre lignes, et un autre plus de six lignes de diamèlre , était grisâtre : il y avait érosion , destruction de la tunique interne de l'artère et d'une portion de l'épaisseur de la fibreuse. Les bords de ces ulcères étaient rouges et manifestement enflammés. En plusieurs autres points, il y avait altération avec un peu de gonflement du tissu de l'aorte, mais sans ulcération ni érosion. l

984. Si les ulcérations, au lieu d'être limitées à la I unique interne, ou à une portion de la tunique moyenne des vaisseaux, envahissent toute l'épaisseur de cette tunique , le sang pénètre sous la membrane externe, la distend et fait naître successivement une poche anévrismale. C'est ainsi que se forment les anévrismes sans dilatation de l'artère, les plus communs de tous les anévrismes, les seuls que Scarpa ait admis. Nous avons déjà dit (958), en parlant des inflammations chroniques des vaisseaux , qui sont évidentes dans les parois des anévrismes, que celte circonstance, sur laquelle nous allons revenir encore en prouvant son existence dans les anévrismes par dilatation, eût dû mettre sur la voie pour assigner la cause prochaine de ces maladies , d'autant plus que

£ Journal de Méd. , chir. et pharm. , t. XI, p. 3o.

Plancus, dans le passage que nous avons cité, avait reconnu ce fait d'une manière positive. M. Recamier l'a mis hors de doute dans le' Mémoire dont nous avons extrait la dernière observation.

L'illustre Scarpa a adopté cette idée sur la formation des anévrismes, et s'est attaché à lui donner le plus haut degré d'évidence. Dans l'observation suivante qu'il rapporte, la nature a été pour ainsi dire prise sur le fait.

Obs. CXXVI. Un caporal, âgé de vingt-deux ans, mourut subitement pendant qu'il causait avec ses camarades. Cet homme avait exercé ïa profession de cordonnier; il avait eu plusieurs fois la vérole et avait subi plusieurs traitements mercuriels. Il ne s'était jamais plaint de difficulté de respirer, et son pouls n'avait jamais été irrégulier ni intermittent, pas même peu de temps avant sa mort.

On trouva le péricarde distendu et rempli de sang; l'aorte près du cœur, au commencement de sa courbure, à deux pouces au-dessus de ses valvules, offrait extérieurement une tumeur du volume d'une noix , qui s'ouvrait par un petit trou dans l'intérieur du péricarde. L'extérieur de cette petite tumeur était rougeâtre et comme ecchymose , et ses parois diminuaient d'épaisseur, en s'approchant de l'ouverture, autour de laquelle elles étaient très minces. La tunique interne de l'aorte, dans le lieu correspondant à cette tumeur, était inégale, corrodée, parsemée de petites taches jaunâtres, dures, et véritablement ulcérée dans un espace d'environ un pouce. Au milieu de cet espace ulcéré, les deux tuniques propres de l'artère formaient un léger enfoncement dans lequel on pouvait placer l'extrémité du doigt

indicateur. Ce petit sac rougeâtre et ecchymose était formé uniquement par l'enveloppe celluleuse, et par la lame réfléchie du péricarde. Cette capsule celluleuse était très adhérente par sa hase aux bords irréguliers de l'ulcération des tuniques propres de l'aorte. On pouvait cependant distinguer facilement les limites qui les séparaient. *

En rapprochant celte observation des précédentes, nous avons la théorie des anévrismes à toutes leurs périodes, depuis l'érosion superficielle des tuniques vasculaires jusqu'à leur perforation complète, et même jusqu'à la rupture de la tunique celluleuse externe distendue par le sang.

985. Les traces de l'inflammation phagédénique s'effacent à mesure que l'on s'éloigne de l'instant où la solution de continuité a été opérée ; mais dans les cas où la mort suit rapidement cette perforation , l'inflammation existe encore avec tous ses caractères anatomiques autour de l'ulcération ; en voici un exemple :

Obs. CXXVII. Un matelot robuste, âgé de vingtdeux ans, qui n'avait jamais été malade, se plaignit d'une douleur dans la poitrine , avec une grande difficulté de respirer et une grande anxiété. Environ trente heures après, ce matelot tomba en syncope. La face était d'un rouge pourpre; les inspirations, extrêmement pénibles, ne se faisaient que toutes les quinze à vingt secondes. Les membres étaient froids; le pouls était très petit, et communiquait aux doigts une sensation, comme si le sang avait coulé sur une surface inégale. On ouvrit une veine du bras, le sang

1 Scarpa , Réflexions et Observations sur l'Anévrisme, trad. de Delpech , p. io5.

ne coula point, le malade périt au bout de cinq minutes.

Le cadavre fut ouvert soixante-douze heures après lamort. Les poumons étaient emphysémateux; le péricarde était rempli de sang coagulé. Le ventricule gauche prés entait des traces manifestes a* inflammation ; il contenait des concrétions lymphatiques, et l'on voyait sur ses parois plusieurs points qui commençaient à s'ossifier. L'artère aorte contenait beaucoup de concrétions lymphatiques d'une couleur claire; elle était parsemée de petits grains comme pierreux. Le diamètre de ce vaisseau était considérablement diminué; ses tuniques étaient généralement épaissies, excepte au-dessus des valvules semi-lunaires, où elles étaient très minces. Tout près de V origine de V artère coronaire droite se trouvait une ouverture résultant d'une ulcération. C'est par cette ouverture que le sang s'était épanché dans le péricarde, et avait causé la mort. l

Remarquons les concrétions lymphatiques qui tapissaient les parois du ventricule gauche et de l'aorte, et notons le commencement d'ossification en différents points de la tunique interne généralement épaissie; nous avons donc eu raison de considérer ailleurs (g56 et 957) ces altérations comme un effet de l'inflammation chronique. La friabilité des parois du vaisseau , suite de leur inflammation , explique un autre mode de production des anévrismes, qui est aussi la suite de l'inflammation vasculaire, mais pour lequel l'ulcération n'est pas nécessaire (g58).

986. Nous avons parlé des dilatations artérielles; elles sont très rares dans les artères des membres, mais elles s'observent encore assez souvent dans l'aorte. Nous

1 Observation de J. Taone. The London médical Reposîtory, february i8i5.

avons déjà rapporté une observation qui prouve leur existence, et qui nous a aussi fourni un exemple d'ulcération de la tunique interne de ce vaisseau (ç)54> Obs. CXXI). Parmi les faits semblables recueillis par les auteurs, on en trouvera un dans Morgagni, remarquable par la coïncidence d'un anévrisme de la sousclavière par rupture des tuniques de ce vaisseau , avec une dilatation de toute l'aorte pectorale et abdominale, et de la carotide droite. La dilatation était (elle, que le diamètre de ces vaisseaux était plus que doublé; l'artère présentait en outre les caractères d'une inflammation cbronique. A deux doigts au-dessus des valvules semi-lunaires, on remarquait une ulcération ? au milieu de laquelle se trouvaient trois trous, chacun du diamètre d'une lentille, qui pénétraient obliquement jusque sous la tunique externe, qui était infiltrée de sang et rompue. Le sang s'était, épanché dans le péricarde par cette issue x. Les désordres étaient portés moins loin, mais ils étaient bien caractérisés dans l'observation suivante.

Obs. CXXVIII. Le célèbre général Foy était âgé de cinquante ans, d'une forte constitution et d'une belle structure; mais il avait naturellement le cœur volumineux et d'une activité extraordinaire. Ce mode d'organisation le rendait sujet aux palpitations, à une toux sèche, et l'exposait à des congestions cérébrales. Dans les années 1817 et 181 8, le général se livra à un travail excessif, et eut de fréquentes menaces d'apoplexie,- il se remit à force de soins, mais il ne reprit pas son embonpoint et sa fraîcheur ordinaire. Malgré l'extrême sobriété du malade, l'hypertrophie, favorisée par l'exercice de la tribune , fit des progrès pendant

1 Epist. anal. med. XXVI, art. i\ ■.

les années 1824 et 1825 ; la mort arriva à la fin de novembre i825, après trente jours d'angoisses horribles.

A la dissection du cadavre, on trouva le cœur deux fois plus volumineux que dans l'état normal; -il était ramolli, et ses cavités étaient remplies de sang coagulé. L'aorte était extrêmement dilatée , épaissie et couverte à son intérieur d'ulcérations nombreuses dans une étendue de huit pouces. Les poumons étaient sains; les viscères abdominaux étaient gorgés de sang et dans un état véritablement inflammatoire. '

987. Les considérations auxquelles nous nous sommes livré sur les anévrismes et sur l'inflammation chronique et phagédénique des vaisseaux qui les produit, ne doivent pas faire perdre de vue que la dilatation et la rupture des artères peuvent survenir par des maladies de ces tissus, qui ne peuvent être considérées comme inflammatoires. Ces maladies, qrie nous ne devons pas étudier ici, sont particulièrement la dégénérescence athéromateuse, l'infiltration jaune et l'induration terreuse des tuniques artérielles. Nous indiquons ici ces affections parce qu'elles sont presque toujours indépendantes d'inflammations quelconques. Nous donnons donc des limites à notre opinion en disant que l'inflammation chronique et phagédénique des vaisseaux est souvent, mais non toujours, la cause déterminante des anévrismes; elle fait bien concevoir leur développement, et elle explique d'une manière suffisante cette succession ou cette coïncidence si fréquente de tumeurs anévrismales dans plusieurs vaisseaux du même sujet, et qui sont le résultat de causes qui exercent leur action directe sur le système artériel ,

' Observ. communiquée par M. Broussais au journal le Constitutionnel, 3 décembre 1825.

et qui sont toujours de nature à déterminer des inflammations. L'usure des parties voisines des anévrismes comme des autres tumeurs, dont le développement est gêné même par des parties dures, est l'effet de l'inflammation phagédénique dont les caractères sont bien tranchés dans les parois de ces solutions de continuité consécutives, quelque soit le tissu qu'elles affectent.

988. L'ulcération des veines a été assez fréquemment observée , et cependant on ne possède que quelques faits dans l'histoire desquels elle ait été bien décrite. On sait déjà comment se forment les perforations des veines variqueuses (971 ). Morgagni trouva sur le cadavre d'un homme qui d'ailleurs se portait bien, et qui se tua en tombant d'un toit, la tunique interne de la veine cave supérieure légèrement ulcérée x. Meckel a vu sur le cadavre d'un enfant mort de péritonite, le septième jour après sa naissance, la veine ombilicale très enflammée, remplie de pus et ulcérée à sa surface interne. Schwilgué rapporte avec le fait précédent une autre observation de Meckel , recueillie sur une femme morte à la suite de couches , et sur le cadavre de laquelle il trouva « la veine crurale « depuis son origine jusqu'au genou de l'épaisseur et « de la consistance de l'artère, et remplie de pus et de « sang, tandis que l'artère ne contenait que ce der- « nier liquide. Les parois de la veine criaient sous les <( ciseaux; la membrane interne était plus spongieuse H que dans l'état ordinaire et recouverte d'une fausse p membrane très distincte , qui s'en séparait par « lambeaux; ses valvules étaient en partie corrodées, (( déchirées, et en partie épaissies, tuméfiées et de

Epist. anat. med. LUI , art. 57.

DES VAISSEAUX SANGUINS ENFLAMMES. j5

« couleur foncée \ » Nous citerons en entier l'observation suivante, recueillie par M. Ribes; elle fournira une description bien faite des désordres produits par une phlébite des plus intenses,

Obs. CXXIX. Une femme de trente-six ans avait tous les hivers des engelures aux mains > la cessation du froid terminait ces accidents. En 1 799, la main fut tellement affectée que la gangrène était imminente quand M. Ribes fut appelé. Le 18 décembre, les veines céphalique, médiane, radiale antérieure et postérieure étaient très dilatées depuis le commencement du tronc de la céphalique jusque sur le dos et sur la partie externe de la main. Ces veines étaient remplies dans toutes leurs divisions et dans toute leur étendue d'un sang qui paraissait noir à travers la peau; le moindre attouchement sur le trajet de ces vaisseaux faisait jeter les hauts cris à la malade, mais ne produisait aucune douleur dans l'intervalle des veines affectées. La main et Favant-bras étaient très enflés ; d'une couleur rouge obscure , présentant ça et là dans l'intervalle des veines , des plaques qui semblaient produites par du sang infiltré dans le tissu cellulaire comme les taches scorbutiques ,• l'avant-bras était légèrement fléchi sur le bras. La langue était plutôt pâle que colorée, la malade avait peu d'appétit,- urines légèrement colorées , selles naturelles, pouls calme et souple dans la journée, un peu dur et fréquent le soir. Le membre fut enveloppé avec un linge enduit de styrax. La malade fut mise à l'usage de la décoction de quinquina et du vin antiscorbutique. Le i5 décembre ; elle était un peu mieux , mais les accidents se réveillèrent dans la nuit avec une extrême

' Faits pour servir à l'Histoire des Inflammations des veines, (Biblioth. medic, t. XVI, p- 194. )

j6 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

violence. Le 26, M. Ribes pratiqua une saignée de deux palettes ; il y eut ensuite plus de calme , la nuit suivante fut plus tranquille; le mieux persista jusqu'au 3o. Les douleurs se réveillèrent alors avec leur violence primitive , le bras fut enveloppé de cataplasmes émollients. Le vin antiscorbutique fut suspendu, on ne continua que la tisane de quinquina. Le ier janvier les douleurs dans le trajet des veines semblaient être moins intenses, la chaleur était diminuée dans la main et l'avant-bras; la couleur de la peau était à peu près dans le même état. Le 2 janvier la malade était très agitée; elle avait eu la fièvre avec des frissons ; elle éprouvait dans la main et l'avant-bras des douleurs intolérables qui s'étendaient vers l'épaule. M. Ribes trouva alors pour la première fois, les branches des veines basilique, médiane, cubitale antérieure et postérieure, rouges, enflammées jusqu'au tronc de la basilique ; les branches de la céphalique étaient plus saillantes que dans le commencement, elles étaient rougeâtres , la circulation y était arrêtée. En faisant des frictions de bas en haut sur le trajet de ces veines, on y faisait remonter le sang, qui descendait aussitôt que l'on avait cessé la friction; chaque attouchement faisait horriblement souffrir la malade. Il y avait plusieurs phlyctênes au dos de la main et à la partie externe et inférieure de l'avant-bras. Le pouls était inlermittent et très fréquent, et la respiration un peu difficile; il y avait de l'oppressio-n avec un léger râle muqueux; la flexion de l'avant-bras sur le bras était augmentée. Du styrax fut de nouveau appliqué et recouvert d'un cataplasme de farine de graine de lin, la tisane de quinquina fut continuée, on y joignit l'usage d'une potion antispasmodique avec un gros de thériaque, le soir. Le 3

janvier les accidents augmentèrent, la peau de là partie postérieure et externe de la main et de l'avantbras parut superficiellement gangrenée dans l'intervalle des veines enflammées, qui faisaient dans leur trajet une saillie remarquable au-dessus de la peau; elles offraient une sorte de mollesse et une couleur d'un rouge pâle. La main était froide, la sensibilité y était diminuée et le sang y paraissait arrêté. Lèpouls, toujours accéléré et intermittent, était très petit. La malade avait de l'affaissement et une tendance au sommeil. Le 8 , gêne très marquée dans la respiration et délire léger. Le tronc de la basilique et ses branches paraissaient plus rouges et par conséquent plus enflammés; les branches de la céphalique offraient à la pression une sorte de résistance et de fluctuation assez marquée. La couleur lie de vin y était très prononcée, mais on voyait çà et là des points où elle l'était un peu moins, et qui paraissaient blancs; la circulalion ne s'y faisait plus. La gangrène continuait ses progrès, la malade avait le hoquet, surtout après avoir bu. Le 10 l'assoupissement continuait et le délire avait augmenté; le pouls était de plus en plus intermittent, et la respiration plus laborieuse. La gangrène s'étendait en profondeur; la circulation s'était rétablie dans le tronc de la basilique; le ventre était indolent et météorisé. Ces accidents allèrent en augmentant; la malade périt le i3 janvier.

v À la dissection du cadavre , M. Ribes trouva la peau et le tissu cellulaire sous-cutané de la partie postérieure de la main et du quart inférieur de l'avant bras, gangrenés. Les parties profondes étaient un peu rouges et n'avaient point été atteintes par la mortification. Les veines basilique, médiane, et cubitales antérieures et postérieures , étaient visiblement en-

flammées, et cette inflammation se continuait dans toute l'étendue du tronc de la basilique. Le plus grand désordre se remarquait dans la veine médiane céphalique, ainsi que dans les veines céphalique, radiales antérieure et postérieure ; elles étaient très dilatées et remplies par une matière purulente, qui, dans certains endroits, était comme de la lie de vin, et dans d'autres du pus bien formé. L'épaisseur des parois de toutes ces veines était considérablement augmentée; après avoir été coupées, elles restèrent béantes comme un segment d'artère. Leur tunique interne était inégale et présentait des enfoncemenls ulcérés; en en faisant flotter dans l'eau une p.irtie, on la voyait couverte de villosités. L'état d'ulcération manifeste de ces veines se continuait jusqu'au cinquième inférieur du tronc de la céphalique ,* le reste de Tintérieur de ce vaisseau était lisse, enflammé et rempli pnr un pus sanguinolent. La veine axillaire contenait du pus; elle présentait des traces d'inflammation qui se continuaient dans la veine cave supérieure jusque dans l'intérieur de l'oreillette et du ventricule droit. - Le péricarde contenait un peu de sérosité sanguinolente; les vaisseaux de la plèvre costale et pulmonaire du côté gauche étaient remplis de sang. Cette membrane était légèrement enflammée; il y avait dans la cavité gauche de la poitrine environ quatre onces de sérosité rougeâlre. Le poumon droit étaituni à la plèvre costale par d'anciennes adhérences, mais il paraissait aussi avoir été atteint par l'inflammation. — Tout le canal digestif était fortement distendu par des gaz. La tunique interne gastro-duodénale présentait des traces bien prononcées d'inflammation.— A l'ouverture du crâne, on trouva sous la dure-mère une assez grande quantité de sérosité.

L'arachnoïde était épaissie et présentait vers la partie supérieure de l'hémisphère droit, une couche couenneuse de la largeur de la paume de la main ; les vaisseaux de la pie-mère étaient gorgés de sang, et cette membrane était très enflammée. Tous les vaisseaux qui s'en détachaient pour pénétrer dans la substance du cerveau étaient fortement injectés par le sang; la substance du cerveau avait assez de consistance. Les ventricules latéraux, ainsi que le troisième ventricule, étaient remplis par une sérosité sanguinolente, et cette humeur se continuait dans le canal vertébral avec le prolongement rachidien. On pouvait évaluer à deux ou trois onces la quantité de sérosité qui se trouvait dans toutes ces parties \

On ne peut, dans cette observation , attribuer directement à la violence ni à la nature de l'inflammation des veines, la gangrène des téguments et du tissu cellulaire du dos de la main , puisque la mortification occupait les intervalles des vaisseaux', mais n'affectait pas ces organes, siège primitif et principal de l'inflammation. N'est- on pas fondé à considérer cette gangrène comme l'effet de l'oblitération des principales veines du membre , d'autant plus qu'elle n'est survenue, ainsi que l'inflammation qui l'a immédiatement déterminée , que quelque temps après la phlébite intense confirmée. L'œdème et l'infiltration du sang par vergetures comme scorbutiques, qui ont précédé cette gangrène , sont , comme on sait déjà , l'effet direct de l'oblitération inflammatoire des principaux troncs veineux d'un membre.

989. Les ulcères des veines peuvent perforer ces vaisseaux. Commencés sur la tunique interne, ils cor-

1 Revue médic. i8i5, t. III, p. 17.

rodent dans quelques cas successivement toutes les tuniques, comme Hogdson l'a observé. Benj. Travers a disséqué le cadavre d'un sujet qui avait rendu, vers la fin, de sa vie, du pus et du sang par la bouche et par le rectum : la veine jugulaire interne paraissait oblitérée par la pression d'une tumeur située profondément sur le côté droit de la trachée -artère, et recouvrant les gros vaisseaux. Cette tumeur avait une organisation semblable à celles de certaines tumeurs anévrismales par perforation des deux tuniques profondes des artères; elle contenait du sang comme putréfié, et du tissu cellulaire gangrené. Un caillot de sang oblitérait la veine jugulaire dans unecertaine étendue ; mais on apercevait au-dessus de ce coagulum une ulcération qui établissait une communication entre le kyste et la veine; en sorte que le sang qui venait de la tête, passait en partie par le kyste. Une autre ulcération faisait communiquer avec l'œsophage cette cavité accidentelle , de manière que le sang épanché dans la tumeur pouvait passer dans le canal digestif. V

990. Si l'ulcération envahit toute l'épaisseur du vaisseau, et si la veine est voisine d'une cavité , le sang s'épanche immédiatement dans cette cavité, au lieu de former, comme dans le cas précédent, un kyste semblable à ceux qui constituent les anévrismes. Dans le cadavre d'une femme que M. Portai faisait disséquer pour ses leçons, on trouva le péricarde plein de sang, et l'on vit que les parois de la portion de la veine cave supérieure comprise dans le péricarde, et même un peu au-dessus, étaient en partie épaissies et en partie amincies, et comme ulcérées à leur face interne. Il y

' Med. and Chirurg. Transact. , yol. III, p. 6f.

DES VAISSEAUX SANGUINS ENFLAMMES. 8î

avait près de l'oreillette droite un trou , par lequel le sang s'était épanché dans le péricarde.

SECTION V

Inflammations gangreneuses des vaisseaux sanguins.

991. L'inflammation gangreneuse des vaisseaux sanguins n'a -peut-être jamais été observée; nous n'avons aucun fait qui puisse faire croire à son existence. M. Ribes a trouvé l'ichor gangreneux absorbé par les veines dans leur cavité, nous y en avons aussi rencontré; mais, dans ces cas, la tunique interne en contact avec cet ichor était absolument exempte d'altération morbide , ou bien simplement phîogosée

Lorsque l'on dissèque des parties sphacelées plus ou moins étendues , on trouve ordinairement les vaisseaux, comme les nerfs, intacts au milieu des es^chares. Il en est de même dans les foyers que creuse la pourriture d'hôpital; cependant, dans ces cas, il ne se fait évidemment plus de circulation par ces vais-* seaux : ils sont remplis de sang coagulé ou comme dissous. Quand l'eschare existe depuis quelque temps, les vaisseaux sont confondus dans son tissu , et ne peuvent plus être distingués. Si la mortification existe au voisinage de gros vaisseaux artériels ou veineux, qu'elle soit un sphacèîe ou l'effet de la pourriture d'hôpital, le vaisseau dénudé par la chute des eschares ou par l'ulcération gangreneuse, se couvre à l'extérieur de bourgeons charnus, et contracte des adhérences avec le tissu cellulaire environnant qui le fortifie; mais si ce vaisseau est trop dénudé, il s'ulcère de l'extérieur à l'intérieur et se détruit ainsi. C'est de cette manière que surviennent les hémorrhagies par suite des progrès de la gangrène.

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