CHAPITRE VIII
ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIQUES ENFLAMMES.
SECTION I
Des vaisseaux et des ganglions lymphatiques dans l'état sain.
992. Les vaisseaux lymphatiques sont des vaisseaux blancs, diaphanes, arborisés, qui suivent le trajet et la direction des veines. On trouve dans toutes les parties du corps deux plans de lymphatiques, un superficiel et un profond , tout comme on trouve deux plans de vaisseaux à sang noir. Les lymphatiques prennent naissance dans les tissus par des radicules capillaires qui échappent aux plus minutieuses recherches; ces vaisseaux réunis successivement en rameaux, en branches et en troncs, viennent s'ouvrir dans les veines après avoir traversé un grand nombre de ganglions. Le cerveau, la moelle épinière et l'œil, sont les seuls organes dans lesquels on a pu rencontrer de vaisseaux lymphatiques. Ces vaisseaux sont en général d'un diamètre très petit, excepté dans les deux principaux troncs par lesquels ils se terminent; ils ont dans les rameaux moins d'une demi-ligne de diamètre, et n'ont jamais plus d'une ligne dans les branches. Les lymphatiques sont garnis de valvules, dans l'intervalle desquelles ils offrent des renflements, ce qui fait qu'ils ne sont point cylindriques, mais moniliformes.
gg3. Deux membranes forment les vaisseaux lymphatiques:
i °. La tunique interne , très mince , diaphane ,
se déchirant avec une grande facilité dans tous les sens. Cette membrane est continue à la tunique interne des veines; mais elle est plus extensible et d'une texture plus molle que cette dernière. Elle adhère à la membrane externe par une couche excessivement fine de tissu cellulaire que l'on voit très bien à la loupe lorsque l'on détache un lambeau de la tunique interne, ce qui se fait assez aisément en saisissant une valvule avec des pinces très déliées. Les valvules sont des replis de la tunique interne; elles sont disposées par paires à des intervalles inégaux. Leur forme est parabolique ou annulaire. Dans le premier cas, elles oblitèrent complètement le vaisseau; dans le second, elles en diminuent seulement le diamètre. La membrane interne des lymphatiques ne reçoit aucun vaisseau sanguin.
2°. La tunique externe est formée de tissu cellulaire serré et filamenteux , dont les fibres obliques à l'axe du vaisseau sont assez régulièrement entrelacées; Mascagni comparait leur disposition à celle d'une natte de paille. Cette tunique est très élastique, et d'une résistance remarquable pour sa ténuité : elle est, à diamètre égal, beaucoup plus difficile à rompre que les deux tuniques externes réunies des veines et même des artères. La tunique externe des vaisseaux lymphatiques reçoit des vaisseaux sanguins, artériels et veineux ; ces vaisseaux sont très peu nombreux : ils sont ramifiés sous des angles très aigus , et pénètrent jusqu'à la surface interne de la î unique. Ces vaisseaux sanguins deviennent plus apparents par les obstacles à la circulation ; mais jamais la couleur blanche un peu jaune ni la diaphanéité des lymphatiques n'en est modifiée. On ne peut reconnaître de nerfs dans les vaisseaux lymphatiques; cela dépend
probablement de leur ténuité , car un plexus nerveux évident se remarque sur le canal thoracique et sur la grande veine lymphatique droite.
994. Un tissu cellulaire filamenteux assez dense réunit les vaisseaux lymphatiques voisins et leur sert de gaine. Des vésicules adipeuses sont disséminées au contact des vaisseaux lymphatiques dans leur gaîne celluleuse, dont la densité tranche avec la mollesse et la laxité du tissu cellulaire environnant.
995. Sur le trajet des lymphatiques, à des distances inégales, mais toujours peu considérables, se remarquent des corps allongés, aplatis, d'un volume qui varie depuis celui dune lentille jusqu'à celui dune amande. Leur couleur est blanche rougeâtre plus ou moins foncée, selon les différentes régions; elle est d'un brun-noir dans les poumons, jaunâtre aux environs du foie, et brunâtre autour de la rate. Elle paraît en général avoir quelque rapport avec la teinte des parties d'où proviennent les lymphatiques sur le trajet desquels se remarquent ces petits organes, qui sont des ganglions lymphatiques. /
996. Les vaisseaux blancs se divisent en pénétrant dans les ganglions en ramuscules très déliés qui' constituent les vaisseaux afférents des ganglions. Ces vaisseaux, repliés en différents sens et anastomosés entre eux, se divisent en cellules comme les veines du pénis; des ramuscules veineux très nombreux, et des artères aussi assez multipliées, se ramifient entre ces vésicules , forment avec elles un véritable tissu érectile, et s'anastomosent très probablement avec les lymphatiques (896, Obs. CIX). Des rameaux lymphatiques également renflés en cellules, toujours plus volumineux et en moindre nombre que les vaisseaux afférents, sortent du ganglion dont ils sont les
vaisseaux déférents ou efférents; ils se réunissent immédiatement en branches qui se dirigent vers d'autres ganglions en se rapprochant des troncs. Des valvules existent dans les lymphatiques, soit afférents soit efférents, et sont accommodées à ces différentes directions circulatoires.
997. Les ganglions lymphatiques sont donc des organes essentiellement vasculaires. Un tissu cellulaire très dense rassemble tous les vaisseaux qui les composent et leur forme une enveloppe, en réunissant à leur surface un réseau serré de vaisseaux sanguins. Les ganglions sont mobiles dans du tissu cellulaire mou, extensible qui les entoure. Leur tissu paraît homogène, serré; il est d'une densité remarquable et assez semblable par l'apparence à celui du rein. Il se déchire assez difficilement, mais également dans tous les sens. Il présente sous le scalpel la résistance du tissu cellulo-fibreux induré et infiltré autour des fractures.
998. La structure vasculaire des ganglions, surtout à cause du grand nombre de veines qu'ils contiennent, fait varier leur couleur dans certaines circonstances; il suffit d'un obstacle à la circulation pour qu'ils se colorent et se gonflent -avec une grande facilité. Aussi sur les cadavres des asphyxiés les trouve* t-on très gonflés, surtout le long des bronches, et uniformément rougis par la congestion vasculaire, qui quelquefois est telle qu'elle a déterminé une infiltration de sang dans le tissu cellulaire à leur surface.
999. Les ganglions résistent assez fortement à la macération. Us se décolorent d'abord en quelques jours; si on les fait sécher dans cet état, on obtient une masse élastique grisâtre assez dure et difficile à déchirer; mais, par une macération plus prolongée,
ils se convertissent en une pulpe comme cérébriforme, infiltrée dans un parenchyme filamenteux, qui perd bientôt lui-même sa consistance.
Plongés dans l'eau bouillante, ils se durcissent immédiatement, mais ils perdent tout-à-fait leur élasticité déjà naturellement très faible. Au bout d'une demi-heure de coction, le tissu des ganglions est devenu homogène, d'un jaune grisâtre légèrement rosé, assez dur, mais se rompant avec facilité. En prolongeant la décoction, on rend le tissu friable, comme pulpeux, s'écrasant avec facilité entre les doigts.
L'alcohol racornit notablement les ganglions; il semble augmenter la densité de leur tissu, lequel devient alors gris jaunâtre, et acquiert une élasticité remarquable.
Une légère solution d'ammoniaque ramollit le tissu ganglionnaire , se colore légèrement, et rend la substance qui lui est soumise plus molle , plus poreuse et facile à rompre.
L'acide hydrochlorique crispe d'abord les ganglions, les décolore, mais les ramollit bientôt et les convertit en une pulpe molle, gélatiniforme, homogène; leur couleur est alors d'un blanc grisâtre; les ganglions bronchiques seuls deviennent d'un gris verdâtre.
SECTION IL
Inflammations aiguës des vaisseaux et des ganglions lymphatiques.
iooo. Il est très rare que des vaisseaux lymphatiques soient isolément enflammés , le tissu cellulaire qui leur for tue une gaine et qui les réunit en faisseaux , partage ordinairement, peut-être même tou-
DES VAISSEAUX LYMPHAT. ENFLAMMES. 8j
jours, leur état morbide; aussi l'inflammation des vaisseaux lymphatiques s'annonce-t-elle par des cordons rouges, tendus , douloureux au toucher , qui suivent le trajet des vaisseaux et qui se joignent au gonflement inflammatoire des ganglions auxquels ils se rendent. A l'incision de ces cordons, quand il devient indiqué d'y recourir , on trouve sous la peau une couche épaisse de tissu cellulaire , rouge , condensé , très infiltré de sérosité plus ou moins sanguinolente ou plus ou moins purifbrme et purulente; on distingue ensuite assez facilement sur les lèvres et au fond de ces incisions des fibres rougeâtres , bosselées, inégales, qui aboutissent en convergeant dans le tissu enflammé du ganglion, ordinairement abcédé. Une lymphe visqueuse, jaunâtre, tachant le linge comme une solution de gomme, est excrétée en assez grande quantité sur les lèvres et au fond de l'incision, surtout quand ses bords commencent à s'affaisser. Ce fait, que l'on peut constater sur les individus auxquels on a ouvert des bubons vénériens, ferait penser que la circulation n'est pas tout-à-fait interrompue dans les lymphatiques enflammés, ou au moins qu'elle s'y rétablit assez promptement.
iooi. Nous avons trouvé le canal thoracique enflammé sur le cadavre d'une femme morte d'une péritonite puerpérale, et injecté pour des recherches d'angéiologie. En découvrant les gros vaisseaux , nous tombâmes dans un abcès formé par du pus blanc et bien lié. Cet apostême se trouvait dans le réservoir de Pecquet considérablement dilaté. Les parois du réservoir étaient rouges et épaissies; la membrane interne immédiatement en contact avec le pus, était rouge, ramollie, comme tomenteuse ; elle se détachait comme une pellicule pulpeuse de la tunique
externe. Cette dernière était assez dense , d'un rouge uniforme ; elle se confondait à l'extérieur avec le tissu cellulaire environnant , très infiltré de sang et de pus, Aucun vaisseau n'était rempli par l'injection noire ar-? tificielle autour de ce foyer , et à sa surface , ni dans l'épaisseur de ses parois , qui n'était pas moindre de trois à quatre lignes, et dans laquelle on remarquait un réseau serré de vaisseaux artériels et veineux très engorgés de sang. La rougeur de la membrane interne se propageait dans le canal thoraci que jusqu'à deux pouces au-dessous de son entrée dans la sous-clavière. Cette membrane à peine épaissie dans le réservoir , l'était notablement dans le canal , où elle avait aussi une plus grande ténacité; mais elle était rugueuse, comme tomenteuse à sa surface, et se détachait facilement en lambeaux opaques et uniformément rouges. La cavité du canal était remplie par endroits de pus; dans l'intervalle des collections de ce fluide, elle était oblitérée par des concrétions plastiques assez adhérentes à la membrane interne. Cette disposition des produits de l'inflammation faisait que le vaisseau était renflé par places dans les points où se trouvait du pus; mais ces renflements étaient peu considérables , et le diamètre de la veine lymphatique était augmenté partout où existait l'inflammation ; car il n'était pas moindre que celui d'une très grosse plume à écrire, tandis qu'il était plus de moitié moindre depuis la limite supérieure du foyer inflammatoire jusqu'à l'entrée du vaisseau dans la sous-clavière. La tunique celluleuse du canal thoracique ne présentait dans toute son étendue qu'une forte injection vasculaire naturelle ; du reste son tissu était exempt d'autres altérations inflammatoires.
M. Andrai fils a publié deux observations sut;
l'inflammation aiguë du canal thoracique \ En les rapprochant de celle que l'on vient de lire nous pouvons assigner les caractères de l'inflammation aiguë de ce canal ; il est probable que ces caractères appartiennent aussi à l'inflammation des branches et des rameaux lymphatiques.
1002. L'inflammation aiguë peu intense du canal thoracique se reconnaît aux désordres suivants. La tunique interne est d'un rouge vif dû à des arborisations vasculaires innombrables nalurellementinjectées. Cette tunique est épaissie et plus dense que dans l'état sain, mais d'une assez grande friabilité, le canal ne contient encore que de la sérosité transparente et visqueuse. La tunique externe ne présente d'autres altérations qu'une injection vasculaire assez vive.
Aussitôt qu'elle a acquis un plus haut degré de violence, l'inflammation n'est pas limitée à la tunique interne. L'externe est rouge, infiltrée, et très épaissie; elle se confond avec la gaine celluleuse enflammée comme elle. Cette tunique se déchire aisément, quoiqu'elle soit plus dense que dans l'état sain; elle n'est plus élastique, ni diaphane. Les vasa vasorum sont très gorgés de sang ; et restent, après la mort, imper-? méables aux injections artificielles. Quant à la tunique interne du canal, elle est alors uniformément rouge et d'une apparence comme villeuse ; elle est épaissie, et d'une consistance plus considérable que dans l'état sain, consistance qu'elle perd cependant par les pro grès de la phlegmasie d'une manière si complète, qu'elle devient très friable et véritablement pulpeuse ; du pus remplit alors le canal lymphatique, dont le diamètre est augmenté; d'autres fois une matière plas-
' Archives génér. de Méd. , t. VI, p. 5o3.
tique est déposée dans le canal , et peut s'y organiser et l'oblitérer d'une manière permanente. Quelques exemples d'oblitération de ce canal recueillis par les auteurs , rendent ce fait très probable -. Cette oblitération peut encore survenir par l'adhérence réciproque des valvules enflammées, comme l'a constaté Astley Cooper sur un sujet dont il ne pouvait parvenir à injecter le canal thoracique. Il reconnut à la dissection que l'obstacle qu'il éprouvait provenait de l'ulcération de trois paires de valvules. La première paire, la plus voisine du réservoir de Pecquet, était très épaissie, et les valvules adhéraient complètement par leur bord supérieur; il en était de même d'une deuxième et d'une troisième paire qui se trouvaient vis-à-vis la crosse de l'aorte. Une matière purulente blanchâtre remplissait l'intervalle des valvules.3
i oo3. Les ganglions enflammés sont très tuméfiés ; leur tissu se présente dans trois états souvent réunis dans le même ganglion, ou rapprochés dans les glandes conglobées d'une même partie envahies à la fois à des degrés différents par l'inflammation aiguë. Ces trois étals se rapportent, les deux premiers à l'intensité de la phlegmasie, et le dernier à la suppuration qui en a été l'effet.
1004. Le tissu des ganglions affecté d'inflammation modérée est rouge, dense, homogène, difficile à déchirer; il a quelque ressemblance pour l'aspect avec le tissu du cœur; on remarque sur les bords d'une sec-
1 Voyez Hist. anat. de Lieutaud , t. II, p. g3 , Obs. DCCLXXI et DCCLXXIL— Mascagni , Hist. des Vaiss. lymph. , tract in-4°, p. 23 et 3o. — Sœmerring , de Morb. vas. abs. , p. 4-5- — Walter, Mém. de l'Acad. de Berlin, 1786, p. al. — Cruikshank , Anat. des Yaiss. lymph. , p. 47-
a Médical record and Researches selected frorn the papers of a pr'wate médical association. Lond. , 1798 , 1 vol. , p. 28.
DES VAISSEAUX LYMPHAT. ENFLAMMES. gi
tion qui divise l'organe enflammé une multitude de petits points rouges-bruns qui indiquent les extrémités des petits vaisseaux divisés ; on trouve aussi ordinairement quelques petits épanchements de sang noir qui tranche sur la couleur rouge du tissu enflammé. Ces petits épanchements ne sont cependant pas effectués dans des cellules; ils consistent dans des infiltrations circonscrites, opérées dans la trame vasculo- cellulaire de la glande; l'inflammation n'est pas exactement limitée au tissu du ganglion; elle s'étend en s'affaiblissant dans le tissu cellulaire environnant; aussi ce tissu ibrme-t-il une couche très adhérente au ganglion.
Si Ton fait macérer les ganglions enflammés , on les verra en peu de jours se décolorer, prendre une couleur jaune rougeâtre, se pénétrer d'eau, et devenir friables au point de se briser sous les doigts avec une grande facilité. Soumis à la décoction , ce tissu devient d'un jaune pâle comme celui du foie cuit; on reconnaît cependant toujours sur les bords d'une division pratiquée au travers, les points bruns qui indiquent les extrémités des vaisseaux. Le tissu enflammé acquiert une grande densité, et une certaine élasticité; il se brise également, mais avec difficulté, dans tous les sens. Les bords de la rupture sont granuleux; il faut une décoction prolongée pendant plusieurs heures pour que le tissu se ramollisse et devienne friable ; alors il perd sa densité et devient fort élastique, mou, et d'un jaune ambré, un peu diaphane.
L'acide muriatique réduit assez promptement le tissu des ganglions enflammés en une matière pulpeuse, comme pulvérulente, incorporée dans une matière jaune, filante, extensible, ressemblant à de la gélatine
demi-dissoute, ou à de l'albumine imparfaitement coagulée.
L'ammoniaque étendue ramollit le tissu enflammé , et le convertit en une matière d'un rouge violâtre peu foncé, semblable à du tissu musculaire que l'on aurait écrasé et macéré avec un marteau.
Traitées par l'alcohol, les glandes conglobées enflammées se racornissent, se condensent, deviennent élastiques et plus difficiles à déchirer; mais en même temps leur tissu devient comme spongieux : la pression en fait sortir une matière jaunâtre demi-fluide.
ioo5. Quand l'inflammation aiguë des ganglions parvient à un haut degré de violence, elle altère leur tissu d'une manière différente; elle le raréfie et lui fait perdre sa consistance : c'est un parenchyme spongieux, rouge-ponceau ou violâtre, assez serré, dans lequel du sang est incorporé, et qui se déchire avec une grande facilité. Les bords de la rupture ressemblent au tissu de la rate.
Soumis en cet état à la macération, le tissu ganglionnaire se ramollit très promptement et se pénètre d'eau, qui entraîne, lorsque la pression l'en fait sortir, un deliquium rougeâtre. Il reste entre les doigts un parenchyme spongieux jaunâtre qui se déchire assez facilement, et qui présente des filaments nombreux sur sa déchirure. Quand la putréfaction commence, on ne voit qu'un parenchyme mou, grisâtre, sans consistance, qui s'écrase aisément en pulpe sèche sans viscosité.
L'eau bouillante condense d'abord ce tissu enflammé, auquel elle donne une teinte rouge-brique terne, et qu'elle rend un peu élastique. Il se brise alors avec beaucoup plus de facilité que dans l'état d'inflammation moins intense, et l'on voit sur la rupture que ce
lissu est rempli de petites cellules irrégulières qui contiennent une substance demi-liquide, comme glutineuse jaunâtre.
L'acide muria tique donne au tissu des glandes conglobées à l'état d'inflammation intense une couleur presque noirâtre et une consistance demi-poisseuse.
1006. Lorsque la suppuration s'établit dans un ganglion enflammé, la tuméfaction diminue, le tissu se ramollit, et devient friable. Si la pblegmasie n'était pas parvenue au degré d'inflammation violente , il prend une teinte rouge plus intense avec des points grisâtres, de petites cellules se creusent dans le tissu enflammé : d'abord formées par de petits points ramollis et d'un gris-brun, ces petites cavités sont ensuite remplies d'un liquide séreux filant, qui devientde plus en plus trouble, et prend peu à peu les caractères du pus. C'est au centre du ganglion que ces cellules sont le plus étendues, et le fluide qu'elles contiennent le plus rapproché du pus véritable. Ces petites cellules ou loges sont l'effet d'une sorte de déchirure et d'un véritable ramollissement du tissu enflammé; car elles sont de formes irrégulières, leurs parois sont frangées et déchirées, et formées par une couche pulpeuse molle qui entoure le véritable pus, et qui n'est autre que cette substance qui s'est montrée avant le pus véritable dans le centre du tissu malade. Ces cellules augmentent progressivement d'étendue; on n'en trouve souvent qu'une seule au centre du ganglion enflammé. Elle est alors d'ordinaire anfractueuse, et elle résulte de la réunion de plusieurs petits foyers dont les intervalles et les cloisons inégales présentent le tissu grisâtre ramolli et friable du ganglion. Quand le foyer est un peu étendu, et que le ganglion affecté a un certain volume, on trouve au centre des concrétions pseudo-
94 ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE
membraneuses amorphes , de véritables bourbillons (44)* On trouve aussi des parties de la glande conglobée devenues blanchâtres, homogènes et infiltrées de celte matière coagulable. Le tissu cellulaire qui environne un ganglion suppuré, présente luimême du pus, soit infiltré, soit réuni en foyer avec toutes les altérations propres au tissu cellulaire enflammé. On peut, dans ces cas, en comparant le pus du tissu cellulaire avec celui qui se trouve dans le ganglion, noter leurs différences remarquables. Ce fluide est verdâtre, épais, opaque^ visqueux dans le tissu cellulaire , tandis qu'il est diaphane, clair, presque incolore dans le tissu du ganglion, ou au moins une certaine quantité de pus ayant ces dernières qualités se trouve-t-elle mélangée à du pus semblable à celui du tissu cellulaire, et fourni en effet par la trame celluleuse du ganglion.
Lorsque le tissu de la glande conglobée est affecté d'une phlegmasie intense, à mesure que la suppuration s'effectue, ce tissu devient d'un gris cendré qui se montre d'abord parstries, lesquelles forment des marbrures sur le fond rouge uniforme du tissu enflammé. Ces marbrures s'étendent en se ramollissant, la glande devient bientôt en totalité ainsi colorée, seulement du sang est épanché par petits foyers, et trancbe par sa couleur sur le fond gris du tissu ganglionnaire. Du pus s'infiltre dans ce parenchyme, et il se forme d'abord de nombreux foyers remplis de ce fluide, qui finit par se réunir en une cavité centrale.
1007. Quand il s'est formé au sein d'un ganglion enflammé un foyer purulent d'une certaine étendue, les parois de ce foyer sont comme réticulaires, une multitude de fibriles entrelacées dans tous les sens, sont écartées et pénétrées par le pus ou par une ma-
tière grisâtre pulvérulente qui remplit leurs interstices. Il est impossible, même à la loupe, de reconnaître si ces fibriles sont vasculaires; il est probable que oui. Nous avons examiné avec soin les lymphatiques efïérents et les vésicules autour des abcès formés dans l'épaisseur des ganglions ; nous n'avons jamais pu trouver de traces de pus dans la cavité des lymphatiques; nous n'en avons jamais trouvé non plus dans les vésicules des ganglions des membres; mais nous en avons rencontré dans celles des glandes conglobées mésentériques. Dans le plus grand nombre des cas, les veines étaient saines; cependant, dans trois cas, elles étaient très rouges; leurs parois étaient très épaissies, et leur cavité était remplie d'une matière puriforme comme pulpeuse.
1008. Les inflammations aiguës des ganglions, et surtout des ganglions mésentériques, sont assez communes. A quelquedegré qu'elles soient parvenues, nous n'avons pu réussir à injecter artificiellement les vaisseaux du tissu malade, et le grand nombre de glandes dans cet état, que nous nous sommes attaché à chercher et à disséquer sur les cadavres injectés dans les amphithéâtres d'anatomie , nous a mis à même de constater que, dans l'inflammation aiguë, les vaisseaux sanguins nombreux des ganglions lymphatiques sont absolument imperméables aux injections artificielles. Il est probable qu'il en est de même des lymphatiques qui se rendent aux ganglions , car nous avons essayé en vain de faire arriver jusqu'à ces tumeurs une injection mercurielle qui a cependant rempli assez exactement les vaisseaux qui s'y rendent. Nous avons vu sur un cadavre, dont les lymphatiques des bras était injectés pour un cours de la Faculté de Médecine , sous la
g6 . ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE
direction de Béelard, qu'un bubon axillaire suppuré n'était nullement pénétré par le mercure.
SECTION III
Inflammations chroniques des vaisseaux et des ganglions lymphatiques.
1009. L'observation suivante offre le seul exemple que nous connaissions d'inflammation chronique des vaisseaux constatée par l'ouverture du cadavre; elle a été publiée avec le fait précédemment cité (1002) par Astley Cooper.
Obs. CXXX. Un homme portait, depuis quelque temps, une tumeur douloureuse à la partie latérale droite du bas-ventre et un peu au-dessus de l'ombilic. 11 fut atteint d'un gonflement considérable au testicule droit; ce gonflement se propageait jusqu'au cordon spermatique. Le malade mourut dans le marasme; les symptômes qu'il présenta furent un pouls fréquent, une soif continuelle, peau brûlante, vomissements, selles noirâtres, etc.
A la dissection, on trouva le testicule plus volumineux qu'à l'ordinaire , et contenant du sérum sanguinolent et des flocons d'albumine. Les vaisseaux lymphatiques du cordon étaient gonflés, et leurs parois épaissies; ils présentaient de distance en distance de petits nœuds produits par t affection des valvules. — Sur les vertèbres lombaires se trouvait une tumeur formée par l'engorgement des glandes de cette même région. Cette tumeur, du poids de neuf livres et demie, contenait une matière parfaitement semblable à celle du testicule. — Le canal thoracique, dont le volume était considérablement augmenté, aboutissait vis-à-vis de la
crosse de l'aorte à une tumeur de la grosseur d'une noix tout-à-fait semblable. à celle qui était située sur les vertèbres lombaires.
On ne peut tirer aucune conséquence générale d'un fait isolé qui, d'ailleurs, manque de beaucoup de détails.
îoio. Les ganglions lymphatiques affectés d'inflammation chronique présentent, quand cette phlegmasie est peu intense, et qu'elle n'a pas duré très long-temps, les altérations suivantes. Us»sont pins tuméfiés que dans l'inflammation aiguë, leur tissu est dur, difficile à rompre, très homogène, rénitentet d'une couleur rouge brunâtre. Si l'on décbire le tissu glanduleux ainsi altéré, on reconnaît, à la loupe, des stries grisâtres disséminées dans le tissu enflammé, lequel est traversé par des vaisseaux sanguins variqueux, ramifiés en tout sens; des fibrilles celluleuses, d'un blanc mat, évidemment produites par la déchirure du tissu enflammé, font une légère saillie sur la surface de îa rupture. Le tissu cellulaire environnant est enflammé comme le ganglion, mais sa phlegmasieest très limitée, et îa glande conglobée est enveloppée dans une capsule épaisse de tissu cellulaire injecté et induré. Les vaisseaux sanguins qui se rendent au ganglion , ceux qui rampent autour de lui , sont très dilatés, et comme variqueux; quelques uns, les plus gros, sont perméables par les injections artificielles.
On trouve presque toujours plusieurs ganglions lymphatiques enflammés en même temps; ils sont réunis par du tissu cellulaire induré, fort injecté et très dense : tels sont ordinairement les ganglions mésentériques, quand il existe des ulcères chroniques dans le tube digestif, et les ganglions axillaires et inguinaux enflammés dans les bubons chroniques non suppures, n. y
ion. Lorsque la suppuration se prépare dans les ganglions enflammés d'une manière chronique, le tissu enflammé devient grisâtre, d'abord par stries et par marbrures; sa densité est notablement diminuée dans ces points, cependant elle est encore plus considérable que dans l'état sain. Les vaisseaux sanguins qui rampent dans l'épaisseur du ganglion, sont plus apparents; le tissu cellulaire qui environne la glande, s'infiltre de sérosité , et perd sa densité. De petites locules irrégulières st? montrent autour des petites branches vasculaires engorgées qui traversentle tissu enflammé, et se remplissent de sérosité filante. Bientôt la rougeur du tissu enflammé est changée en une couleur jaunâtre ocrée avec des stries serrées d'un rouge-brun. Du pus est alors épanché dans les petites cellules qui se creusent dans le tissu, et qui le désorganisent autour des arlérioles engorgées, qui sont comme disséquées par ces cellules, dans lesquelles elles forment des brides variées.
1012. Nous avons plusieurs fois, en examinant des glandes conglobées suppurées et affectées de phlegmasie chronique, cherché les lymphatiques efférents à la manière de Bicbat, c'est-à-dire en soulevant la glande, et en suivant le trajet des fibrilles qui* en partent supérieurement. Nous les avons toujours trouvés assez apparents et augmentés de volume; on les dislingue à la résistance qu'ils opposent à la traction, au milieu du tissu cellulaire enflammé, qui a perdu son élasticité et qui est devenu plus fragile.
101 3. Les ganglions lymphatiques enflammés depuis très long-temps à un faible degré, sont, comme ion dit, indurés. Dans cette phlegmasie chronique, le tissu cellulaire environnant est un peu infiltré de sérosité et privé de graisse, mais il ne paraît pa£
enflammé. Seulement le réseau vasculaire qui se trouve à la surface du ganglion, et celui qui est in terposé dans ses mailles, forment une capsule dense, injectée et très résistante autour de la tumeur inflammatoire. Celle-ci est formée par le ganglion augmenté de volume, et présentant un tissu d'un gris rougeâtre, parsemé de stries et de points vermeils. Ce tissu est fort dense, élastique et difficile à déchirer; il crie sous le scalpel; on trouve ordinairement dans son sein des loges plus ou moins étendues, remplies de pus séreux, trouble, jaunâtre, sans viscosité; quelquefois cependant ce tissu est homogène et entièrement plein. Lorsque les cellules ont une certaine étendue, elles constituent assez fréquemment de petits kystes pseudo-membraneux qui paraissent amorphes, et qui sont formés par une couche grise comme pulpeuse, très mince.
iot4- Nous n'avons remarqué aucune différence dans l'action des différents réactifs, sur le tissu des ganglions, quel que fut le degré de la phlegmàsie, pourvu qu'il ait acquis la densité remarquable qui caractérise l'inflammation chronique.
La macération agit lentement sur ces tissus; en cinq à six semaines, ils deviennent mous sans élasticité; et en les broyant entre les doigts, on en fait sortir une pulpe molle, visqueuse, qui laisse un tissu parenchymateux, qui se continue avec le tissu cellulaire environnant que l'on a fait macérer avec le ganglion. Ce parenchyme celluleux est très mou, facile à rompre; il contient un assez grand nombre de filaments rougeâlres que l'on reconnaît pour des vaisseaux à leur résistance plus grande et à leur disposition arborisée.
Soumis à la décoction, le tissu ganglionnaire altéré
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par l'inflammation chronique , devient d'un gris rosé, perd de sa densité, et devient très friable en moins de deux heures.
L'acide murialique convertit le tissu enflammé, qu'il ramollit, en une matière molle, comme glutineuse, facile à rompre, et beaucoup moins poisseuse que celle en laquelle il est réduit par le même réactif, dans l'état de phlegmasie aiguë.
L'ammoniaque dissout en partie le tissu des ganglions enflammés , et convertit le reste en une matière molle , jaune , comme serait le foie graisseux ramolli.
101 5. Les ganglions bronchiques enflammés dune manière chronique s'offrent assez fréquemment à l'observation. Leur tissu est d'un gris noirâtre, parsemé de marbrures tout-à-fait noires, et de stries rouges. Il est assez dense, se déchire avec facilité dans tous les sens, et paraît dépourvu d'élasticité.
1016. Nous ne savons rien de positif sur les caractères anatomiques des phlegmasies phagédéniques, et des inflammations gangreneuses des vaisseaux et des ganglions lymphatiques.