VAISSEAUX DU COEUR
Ces vaisseaux naissent de chaque côté de cet organe par paires symétriques en nombre égal à celui des segments dorsaux de l'abdomen, c'est-à-dire de sept. Leurs troncs restent simples assez longtemps pour se bifurquer ensuite et se diviser enfin en ramifications nutritives, qui se perdent dans les viscères et les tissus.
Mes plus puissantes lentilles ne m'ont jamais révélé à l'origine de ces vaisseaux, qui sont les artères systémiqaes de M. Newport
aucune trace des intersections ou articulations représentées par cet anatomiste.
Je me suis assuré que quatre de ces paires vasculaires se distribuent plus directement aux poumons : ce sont les 3e, 4e, 5e et 6e. La ire, la 2e et la 7e paire, ne correspondant point à ces organes pulmonaires, ont une autre destination.
Les vaisseaux pulmonaires se portent vers le milieu du bord antérieur du poumon en suivant à peu près la distribution des nerfs de ce nom. L'analogie permet de croire que les divisions extrêmes de ces vaisseaux percent l'enveloppe plévrale du poumon et vont se ramifier aux feuillets du parenchyme.
Mon culte pour la vérité et mon amour de la science m'obligent à déclarer que mes dissections de plusieurs centaines de scorpions pris dans toutes les conditions de vie et de mort ne m'ont fait voir dans l'appareil circulatoire rien qui ressemble à la figure si étrangement compliquée de M. Newport.
ARTICLE II
POKTION CÉPHALO-THORACIQUE.
La portion atténuée du vaisseau dorsal qui pénètre dans le céphalothorax a été appelée, à droit ou à tort, aorte par M. Newport. Quoique son diamètre diminue brusquement à sa naissance du cœur, je n'ai rien vu là qui put y faire présumer l'existence d'une valvule. Ses parois, infiniment plus fines que celles du cœur, et dépourvues de la tunique musculaire, lui donneraient plutôt à mes yeux les conditions anatomiques d'une veine que celles d'une artère. Je ne me prononce ni pour l'une ni pour l'autre de ces dénominations. Dans son trajet du céphalothorax, où il repose sur l'œsophage, il ne m'a paru émettre aucun vaisseau appréciable.
Mais un fait insidieux m'a longtemps préoccupé et tourmenté: c'est sa terminaison antérieure. Dans mes explorations si difRcultueuses de l'intérieur du céphalothorax, j'avais été frappé de voir
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ce vaisseau se fixer par une implantation brusque au bord postérieur du cerveau. Ce mode de connexion était tel et la continuité des deux organes si bien dissimulée, même aux plus puissantes lentilles, que l'on eût cru à une dilatation arrondie de ce vaisseau. L'illusion et l'erreur étaient d'autant plus faciles, qu'en enlevant le cerveau, j'entraînais constamment ce vaisseau. Je suis demeuré près d'une année sous le coup dune terminaison aussi désespérante pour le physiologiste. Dans mes dernières dissections j'ai vu se dissiper en partie mes incertitudes sur ce point; mais toute la vérité n'est pas en évidence.
» En octobre i85o, un beau scorpion femelle adulte mourut dans ma ménagerie de sa mort naturelle, et je procédai aussitôt à son autopsie. Je reconnus que, malgré la continuité apparente dont j'ai parlé, continuité qu'il faut attribuer à l'extension de la membrane arachnoïde du cerveau sur le vaisseau, celui-ci se prolongeait encore sous l'encéphale. J'ignore si là il se termine , comme le disent Dugès et M. Newport, par des divisions; je le perdis et, plus tard, je ne l'ai plus retrouvé.
ARTICLE III