‹ Histoire anatomique et physiologique des scorpionsChapitre 18 sur 30 · APPAREIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

APPAREIL DIGESTIF

Avant d'exposer l'anatomie descriptive des organes qui constituent cet appareil, disons quelque chose sur le genre de vie et le mode d'alimentation des scorpions. Il existe entre les actes extérieurs et la structure des viscères qui y président une corrélation, une harmonie, qui nous mettent sur la voie d'une physiologie rationnelle.

Ainsi que les autres arachnides, les scorpions sont insectivores et ne s'attaquent qu'à des proies vivantes, qu'ils broient pour se nourrir de leurs sucs. Ils sont donc essentiellement chasseurs; ce n'est que le soir ou pendant la nuit qu'ils pourvoient à leur subsistance. Durant le jour on les trouve constamment abrités, souvent même endormis sous les pierres. Dépourvus de glandes sérifiques et de filières, ils ne sauraient avoir cette intelligente industrie des araignées, qui tendent des réseaux, tissent des toiles, fabriquent des tentes pour surprendre et saisir leur proie. Le corps du scorpion, épais et lourd, cuirassé d'un tégument corné, sa longue queue, ses pattes comprimées assez courtes, peu favorables à l'élever au-dessus du sol, le rendent inapte à lutter de vitesse avec les insectes agiles. Mais les lois de la création ne sauraient faillir à la conservation de l'espèce. Il faut étudier ces lois, tant parles actes de la vie que par les instruments qui les exécutent, pour en comprendre les harmonies.

Je viens de dire que l'ambulation du scorpion était îocturne ou crépusculaire; j'ai pareillement dit, au chapitre des yeux, quil était myope; ajoutons qu'il est fort sobre. Toutes ces conditions sont des conséquences d'une organisation spéciale. Il marche donc lentement et à tâtons, pour surprendre une victime au repos ou dans le sommeil. Ce n'est que pour la fuite ou pour l'amour qu'il déploie une locomobilité un peu active.

C'est surtout dans une captivité, une réclusion où j'avais eu le

soin d'imiter les conditions de son existence libre, que j'ai eu de fréquentes occasions de constater ses manœuvres qui ne manquent pas quelquefois d'une certaine habileté. Après le coucher du soleil je le voyais quitter son abri, sa retraite diurne, gagner le large, explorer son enceinte, s'accrocher aux obstacles, se redresser parfois sur sa queue roidie dans un but d'évasion. Enfin, après une résignation forcée, il consentait à se jeter sur sa proie. Quand celle-ci, une mouche par exemple, était à sa portée, il débandait brusquement ses bras, la saisissait, i'étreignait dans ses tenailles et la portait entre les serres de ses mandibules, qui la broyaient successivement pour en exprimer le suc dans la bouche. Cette manœuvre me rappelait la prestesse avec laquelle le froid et impassible caméléon projette sa langue préhensive sur sa proie. Dans quelques circonstances, où la victime plus vigoureuse offrait de la résistance, le scorpion mettait en jeu son dard à venin. Un jour je servis à l'un de ceux de ma ménagerie une larve vivante de pyrocluoa coccinea. Il la saisit à l'instant entre ses pinces brachiales; mais comme elle s'agitait beaucoup, il la réduisit en la piquant à plusieurs reprises avec son dard à venin.

Les scorpions sont sobres. J'ai souvent remarqué que, dans les chaleurs de la canicule, où leur appétit et la nutrition sont plus actifs, une seule mouche leur suffisait pour deux ou trois jours, »t ils ne touchaient point aux nombreux individus de ce gibier que j'avais jetés dans leur prison. J'ai constaté aussi qu'aux approches de l'équinoxe d'automne ils refusent toute nourriture pour se préparer à l'hivernation. Aux premiers jours d'octobre, j'en trouvai qui s'étaient creusé , dans la terre de leur réceptacle vitré, une cavité arrondie dont ils avaient fort bien su combler l'entrée, et sous la voûte de laquelle je pouvais, à travers la paroi du verre, les apercevoir immobiles et tapis.

Au commencement d'avril i 85 i , un de mes occilanus en volière se conservait plein de vie après une captivité d'un an et un jeune austère de six grands mois. Dans mon vieux mémoire, j'ai cilé de semblables faits constatés en Espagne, et un siècle et demi aupa-

ravant, Redi en avait aussi parlé. M. Lefebvre, dans une communication à la société entomologique de France ( 1 834), dit que Van der Weghe a conservé vivant sans nourriture un scorpion du Brésil pendant neuf mois.

Du reste, ces exemples d'une abstinence absolue très-prolongée ne sont pas rares, même dans les insectes auxquels on n'accorde en général qu'une longévité fort restreinte. Dans mon histoire anatomique des hémiptères, j'ai cité l'observation de trois punaises des lits, qui, complètement séquestrées sans nourriture pendant plus d'une année, avaient conservé et la vie et l'agilité.

L'appareil digestif du scorpion se compose des glandes salivaires, du canal digestif, du j "aie et des vaisseaux biliaires rudimen-

taires ou vestigiaires.

ARTICLE PREMIER

Page 1