‹ Histoire anatomique et physiologique des scorpionsChapitre 21 sur 30 · FOIE · texte numérisé non relu

FOIE

Dans l'universalité des arachnides, l'appareil sécréteur de la bile.

consiste en un organe parenchymateux de consistance pulpeuse, en une glande conglomérée énorme, un véritable/oie occupant la totalité de la cavité splanchnique, dont il forme le moule. L'existence d'un semblable foie est un fait anatomique qui lie, comme je l'ai déjà dit, les scorpions aux crustacés en les éloignant des insectes chez lesquels s'observent seulement des vaisseaux biliaires simples, et ne perdons pas de vue dans ces rapprochements les quatre vaisseaux vestigiaires, sur lesquels je m'expliquerai tout à l'heure.

Dans les arachnides à abdomen insegmentaire uni au céphalothorax par un pédicule fort étroit, c'est-à-dire dans les aranéides proprement dits, le foie occupe exclusivement l'abdomen, dont il détermine la configuration et dont il conserve exactement le modèle lorsqu'il a été dépouillé de son enveloppe tégumentaire. C'est ainsi que le foie a son contour festonné dans YEpcira sericea, qu'il est tuberculeux et échancré en arrière dans VE. opuntiœ, pointu postérieurement dans VE. conica, parfaitement ovalaire dans VE. fasciata, etc. , etc.

Dans les arachnides à tégument distinctement segmentaire et sans étranglement entre l'abdomen et le céphalothorox , le foie s'engage jusque dans les anfractuosités de ce dernier, et il n'est pas rare qu'il retienne le relief, la sculpture de ses diverses segmentations. Ces empreintes sont surtout bien prononcées dans les scorpions conservés dans l'alcool.

Quoique le foie des scorpions ait exercé l'habile scalpel cl'anatomistes recommandables, je n'hésite point à avancer qu'il a été inexactement décrit et figuré. Je ne m'excepte pas moi-même de relte critique. Cela tient sans doute, à ce que, pour se faire une juste idée d'une organisation aussi délicate, il faut avoir eu l'occasion peu commune de combiner les dissections multipliées des scorpions vivants ou récemment morts, avec celles de ces mêmes animaux ayant séjourné plus ou moins longtemps dans les liqueurs conservatrices de diverse nature. C'est par le concours de semblables études, qui se contrôlent mutuellement, que l'on peut arriver à une exacte appréciation de la contexture de cet organe.

Le foie du scorpion, et je prends pour type Yoccitanus, est formé d'une pulpe molle, de couleur blonde ou cannelle plus ou moins foncée, plus brune dans les individus ouverts vivants à l'air libre. Sa masse principale a la conformation de l'abdomen, mais il offre en arrière deux appendices libres, atténués, engagés dans l'origine de la queue, et en avant un nombre difficilement déterminable, quoique assez symétrique, de lobules digitiformes enchatonnés dans les anfractuosités du céphalothorax, et se prolongeant môme jusqu'entre les optiques oculaires. Ces lobules, dans Yafer, sont plus courts et forment une patte d'oie.

Il n'est point exact de dire que ce foie est profondément divisé par une scissure médiane en deux grands lobes égaux, comme je l'avais moi-même cru autrefois, et il est contraire à l'observation qu'il soit formé de deux moitiés complètement séparées, ainsi que les représente Treviranus. Voici ce que j'ai positivement constaté dans mes récentes et réitérées autopsies.

Quand on a soigneusement enlevé la paroi tégumentaire dorsale avec son pannicule musculaire et le cœur sans léser le foie, on voit que la surface supérieure de celui-ci est unie et continue, au moins dans les sujets frais. Seulement, en y regardant de près, on se convainc qu'il existe une dépression médiane longitudinale , une légère gouttière où repose le cœur. Mais cette gouttière a aussi une surface unie et continue, de manière qu'il faut en déchirer, et non pas seulement en écarter la substance pour mettre à découvert le canal digestif. De chaque côté de la gouttière dorsale, on aperçoit une série de sept trous qui servent au passage des muscles perforants dont j'ai parlé ailleurs.

Il en est autrement de la face inférieure ou ventrale du t'oie. Elle a été peu et mal étudiée par les auteurs. Loin d'être unie et continue comme la dorsale, elle est divisée en un nombre assez considérable de lobules pyramidaux, libres, ou simplement contigus entre eux, et de grandeur différente. Ces lobules, lorsqu'on soulève tout l'organe, ont leur gros bout libre et pendant, tandis qu'ils s'atténuent par le bout opposé pour se continuer à la pulpe

hépatique. Ils m'ont paru plus développés en été, époque où la nutrition est plus active. Nous verrons plus tard, au chapitre de l'appareil génital, que cette division multilobulaire n'est pas une vaine configuration, et que la nature, toujours prévoyante dans ses œuvres, lui a assigné un but physiologique.

Examinons maintenant la structure de ce foie. Il est revêtu d'une tunique fine, subdiaphane, fibro-membraneuse, qui en suit toutes les divisions, tous les lobules et jusqu'aux canaux qui donnent passage aux muscles perforants. Il m'est souvent arrivé d'en détacher avec la pince des lambeaux assez grands.

Si nous descendons dans la composition intime ou élémentaire de la pulpe hépatique, nous trouvons qu'elle consiste, comme celle des grands animaux , en utricules ovoïdes remplis d'atomes biliaires, de la couleur blonde de l'organe. Ces utricules se dessinent à la surface du foie disséqué peu de temps après la mort, sous cet aspect réticulé ou pointillé que j'ai comparé à celui de certains madréporites polis. Par la déchirure circonspecte du parenchyme et par sa macération dans l'eau, on peut constater que les utricules élémentaires se réunissent, en groupes, en faisceaux, et aboutissent par d'imperceptibles conduits successifs aux canaux hépatiques ou excréteurs qui versent la bile dans le tube digestif. Ce mode de structure, d'une ressemblance si frappante avec celle du foie des animaux les plus élevés dans l'échelle, rend aujourd'hui superflue la réfutation de Ramdohr, Treviranus et autres, qui ont donné si intempestivement le nom de corps graisseux au foie des arachnides.

11 me reste à parler des canaux hépatiques ou cholédoques. Dans Yoccitanus il n'y en a que quatre paires dans l'abdomen. Mais je dois dire que, dans la dissection plus heureuse de quelques individus, j'en ai trouvé une paire dans le céphalothorax et même une fois deux, ce qui porterait le nombre total à cinq ou six paires. Je suis contrarié de cette incertitude; je ne dois pourtant pas la passer sous silence. Ces paires de canaux sont opposées. Deux des paires abdominales rapprochées entre elles occupent le milieu du ven-

tricule chylifique. Un grand intervalle les sépare des deux autre* paires antérieures, pareillement rapprochées entre elles. 11 résulte de cette disposition, que la moitié postérieure du ventricule chylifique en est constamment dépourvue.

Remarquons, au point de vue de ce mode d'insertion des canaux hépatiques, que les scorpions tiennent le milieu entre les grands animaux où la bile est versée à l'origine du tube alimentaire qui suit l'estomac et les insectes où le tribut de ce liquide digestif s'acquitte au bout postérieur du ventricule chylifique (intestin urêle des animaux supérieurs).

Ces canaux, en dehors du l'oie, sont fort courts , et chacun d'eux n'est, à vrai dire, que la souche d'un arbuscule dont les branches et les rameaux ont leurs racines dans le parenchyme et y reçoivent les produits immédiats de la sécrétion biliaire par les utricules élémentaires.

Je terminerai ce qui concerne le foie des scorpions par un aperçu de monographie hépatique étudiée dans quelques types à l'alcool. Quand un scalpel pratique et scrupuleux s'attache à poursuivre dans l'anatomie viscérale les caractères distinctifs des diverses espèces d'un même genre, il parvient souvent à trouver dans ces viscères la confirmation de la légitimité de ces espèces.

Dans Yafer, Veuropœus, \epalmatus,\e leioderma, la face dorsale du foie, au lieu d'être unie et continue comme dans les occitanus , australis , îiigro-lincatus et biaculealus, est fendillée en aréoles irregnlières, finement, mais nettement circonscrites. Ces aréoles ne sont point accidentelles ni le résultat d'un séjour plus ou moins prolongé dans les liqueurs conservatrices; elles sont, organiques et délimitent des lobules qu'une pince exercée peut détacher et enlever, et qui sont revêtues de la tunique hépatique. Il est facile de se convaincre, par une dissection circonspecte, que ces lobules assez courts forment une couche, un stratus peu profond. Cet le disposition aréolaire n'existe point comme je viens de le faire pressentir dans les occitanus, australis , nigro-lineatas et biaculeatus relires aussi de l'alcool pour cette étude comparative. Or les trois pre-

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mières de ces espèces se ressemblent beaucoup par leurs traits

extérieurs.

Les lobules hépatiques de la face inférieure ou ventrale sont pyramidaux dans ïafer, ainsi que dans les trois que je viens de mentionner; pyramidaux aussi, mais proportionnellement plus courts, plus gros et parfois turbines dans les europœus, longicauda, leioderma, biacuicatus. Nous allons voir dans le palmatus une configuration bien remarquable et spécifique des lobules de cette région. Ils sont grêles, filiformes et fusiformes, diversement reployés et unis les uns aux autres, de manière à représenter une branche rameuse dont la souche tient à la pulpe du foie. La figure d'une de ces branches en donne une suffisante idée.

Quant aux utricules élémentaires ou constitutives de la pulpe hépatique , elles sont identiques dans toutes les espèces soumises à mon scalpel.

ARTICLE IV

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