VAISSEAUX BILIAIRES VESTIGIA1RES
Plusieurs auteurs, comme Treviranus, Millier et la plupart des compilateurs, ayant appelé ie foie un corps graisseux, ont été amenés, parla conséquence obligée de cette énorme erreur, à considérer les filets insérés à la terminaison du ventricule chylifique , et que je prends pour vestigiaires, comme des organes essentiels destinés à la sécrétion et à l'excrétion de la bile. Préoccupés de cette insertion, ils se croyaient d'autant plus fondés dans cette opinion, que ces filets ont toutes les apparences des vaisseaux biliaires des insectes. Ils n'avaient point compris l'importance du poste transitionnel du scorpion dans la série zoologique. Dugès, entraîné dans des idées préconçues que je ne m'explique, dans un esprit aussi supérieur, que par le défaut d'autopsies assez multipliées dans les animaux articulés des divers ordres, et par sa foi trop aveugle dans quelques ouvrages modernes; Dugès donne le nom de cœcums urinantes à ces vaisseaux, et afin qu'il ne restât aucun doute sur leur espèce, il leur applique la synonymie de vasa varicosa de
Malpighi et autres anatomistes anciens. Décrivons-les d'abord en peu de lignes.
Au nombre de quatre, et accolés, adhérents aux parois du ventricule chylifique, ce qui, avec leur ténuité capillaire, les rend fort difficiles à isoler, ils se dirigent d'arrière en avant pour se perdre par leurs bouts flottants, soit dans les anfractuosités du céphalothorax, soit à la base de l'abdomen. Constamment blanchâtres ou subdiaphanes, ils n'offrent pas la moindre boursouflure, la moindre varicosité, et s'ils ont une cavité, ce dont je doute fort, elle n'admet point de liquide coloré. Deux d'entre eux, et ceci est un caractère qui ne se rencontre point dans les vaisseaux biliaires des insectes, sont décidément ramcux dans leur tiers antérieur. J'ai constaté ce même fait sur plusieurs scorpions exotiques et notamment sur Yafcr. Treviranus, Muller et autres ont représenté ces mêmes ramifications.
Leur insertion se fait par paires rapprochées à la seule paroi supérieure de la terminaison du ventricule chylifique. Mais cette insertion a lieu sans traverser, je crois, toute l'épaisseur de la paroi ventriculaire, par conséquent sans s'ouvrir dans la cavité digestive.
Dans mes récentes dissections, j'ai bien mieux étudié ces filets capillaires que je ne l'avais fait autrefois, et cependant je pense aujourd'hui, comme il y a plus de trente ans, qu'ils ne sont que des vaisseaux vesligiaires, des blets infonctionnels , des représentants inactifs des vaisseaux biliaires des insectes. Leur ténuité , leur subdiaphanéité, l'absence des varicosilés, et par-dessus tout l'existence désormais incontestable d'un foie parfaitement conditionné, justifient ma façon de voir sur ce point.
Ainsi ces filets, quoique sans valeur fonctionnelle, sont à mes yeux un trait des plus significatifs des créations échelonnées, les indices précurseurs de l'existence des vaisseaux biliaires dans les organismes inférieurs privés d'un foie parenchymateux.
J'ai, une seule fois à la vérité, constaté une disposition tout à fait anormale de ces filets, c'est une anastomose de l'un d'eux,
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avec un canal hépatique. N'était-ce là qu'une soudure accidentelle ou pathologique, ou une sorte de greffe par approche? Quoi qu'il en soit, ces variations, ces incertitudes vasculaires révèlent incontestablement un essai de création, un précédent rudimentaire des futurs vaisseaux biliaires des insectes.
Mon savant ami le professeur Duvernoy, qui a disséqué le palmatus, Hotte dans les hésitations quand il s'agit de donner un nom technique aux quatre filets en question et à l'énorme glande hépatique. Au début, il appelle les premiers des vaisseaux hépatiques, et quelques pages après il leur dénie des fonctions biliaires. Quant au foie, il partage d'abord l'opinion de Treviranus en la nommant corps graisseux, et plus loin il ne balance pas à le regarder comme un foie.