APPAREIL GÉNITAL MALE
Sous le rapport de sa composition, cet appareil oflre, comme dans tous les articulés, des testicules, des conduits déférents, des vésicules séminales, des canaux éjaculateurs, et des verges avec leur armure.
i° Testicules. — L'organe sécréteur du sperme est, je le répète, impair ou unique pour chaque appareil. Il consiste en
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trois grandes mailles quadrilatères confluentes ou anastomosées entre elles, plus ou moins étalées ou flexueuses et libres. Ces mailles sont formées par un vaisseau spermifique tubuleux, uniformément grêle, à parois subdiaphanes. C'est là une forme de testicule jusqu'à ce jour exclusivement propre aux scorpions. Admirons à chaque pas ces inépuisables ressources du génie providentiel, qui, en déroulant à nos yeux des configurations organiques si insolites, si insidieuses, a su atteindre le but physiologique avec des moyens dont il s'agit de savoir interpréter l'esprit.
Ces vaisseaux spermifiques pénétrés, animés d'imperceptibles nerfs et sans doute de rameaux vasculaires plus imperceptibles encore, sont sécréteurs par leurs parois et conduits par leur cavité. Précisément à cause de leurs mailles, qui multiplient et les surfaces et les directions, le sperme s'élabore par son séjour, ses fluctuations. Observons que cette glande spermifique du scorpion se trouve, sous ces derniers rapports, à la forme près, dans la condition générale des testicules des autres animaux, tant supérieurs qu'inférieurs, de la série zoologique. C'est le même principe, la même loi qui a présidé à cette organisation.
En disant que les testicules du scorpion sont enveloppés parla substance du foie, les auteurs ont donné une fausse idée de leur réelle situation. Cette assertion prouve et que l'on a mal étudié l'organe hépatique, et qu'on n'a point saisi ses rapports avec l'appareil génital. Les testicules, ainsi que les ovaires, sont placés sous le foie, mais ils ne pénètrent nullement dans sa pulpe constitutive. Rendons encore ici hommage aux prévoyantes sollicitudes de la nature, constatons que, même clans ces modifications de formes que les esprits peu réfléchis taxent de caprice, elle poursuit toujours un but fonctionnel. Ainsi, les fins canaux des mailles testiculaires et des mailles ovariennes s'engagent, s'enlacent, se fixent entre les lobules pyramidaux et simplement contigus de la face inférieure du foie qui semblent avoir été créés pour protéger leur délicatesse et favoriser leur fonction.
Quand j'ai avancé que les testicules étaient libres, j'ai voulu
insinuer que généralement celui d'un côté était indépendant, anatomiquement, de celui de l'autre. H y a sans doute peu de règles sans exception, mais il faut éviter de prendre l'exception pour la règle. Dans mes fréquentes autopsies des scorpions, il m'est arrivé deux fois seulement de constater dans Yoccilanus l'existence d'une communication directe des mailles d'un testicule avec les mailles de l'autre par l'intermédiaire d'un seul conduit traversier fort court placé à la dernière maille. M. Duvernoy a observé un fait semblable dans le scorpion d'Italie, qui inYsi inconnu, mais à la première maille et non à la dernière.
Ce savant professeur, dont le scalpel ne s'est pourtant exercé que sur des scorpions cà l'alcool, a représenté1 les trois mailles testiculaires de Yoccitanus communiquant toutes du côté droit au côté gauche par un conduit tubuleux médian, commun aux six mailles, absolument comme on le voit dans les ovaires. Jamais pareil fait ne s'est offert à mes investigations, quoique j'aie disséqué plus de cent individus frais de ce même occitanus el un nombre considérable de sujets à l'esprit de vin, soit de ce type, soit d'espèces exotiques. Je n'hésite point à déclarer que cette grande anastomose est à mes yeux un fait insolite et exceptionnel. Elle ne saurait donc être donnée comme le type, l'état normal de cet organe.
2° Conduits déjérents. — Ils prennent leur origine à l'angle externe de la première maille du testicule correspondant, et ne sont dans le fait que la continuation du vaisseau spermilique dont ils conservent la ténuité. Après un trajet plus ou moins llexueux. ils aboutissent aux vésicules séminales.
3° Vésicules séminales. — On se convaincra par mes ligures combien elles ont été incomplètement vues par tous les anatomistes qui m'ont précédé. 11 faut convenir qu'il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de les bien saisir dans les sujets à l'alcool. Dans Yoccitanus, on en compte trois pour chaque appa-
1 M. Duvernoy a eu la généreuse obligeance de nie communiquer une épreuve de la planche consacrée à l'appareil génital des scorpions.
reil. Leur position insolite, leur petitesse, leur tendreté , et surtout leurs connexions mutuelles, les rendent d'un isolement qui met la patience à de grandes épreuves. Placées au côté externe du canal éjaculateur, elles se dirigent d'avant en arrière.
La première, que je regarde comme Y essentielle, parce qu'elle reçoit directement le conduit déférent, est allongée, subdiaphane, cylindroïde ou même un peu en massue, libre de toute adhérence. Elle s'insère, conjointement avec le conduit déférent, à une dilatation ou sinus commun qui s'atténue en avant pour s'aboucher à la troisième vésicule.
La seconde a la forme de la première , mais elle est plus longue et adhère dans presque toute son étendue à la face inférieure et latérale du canal éjaculateur, qu'elle déborde au côté externe. Il n'est pas rare que la loupe découvre, à sa moitié intérieure, de légères plissures qui rendent son bord comme festonné. Ces festons se constatent surtout lorsque cette vésicule renferme un sperme coagulé blanc, ainsi que je l'ai plusieurs fois observé. Elle débouche dans la précédente un peu avant l'insertion de celle-ci avec la troisième vésicule.
Cette dernière est ovoïde et la plus antérieure. J'ai dit déjà comment elle recevait les deux autres. Elle s'abouche au côté externe du canal éjaculateur. Une figure spéciale rend ces connexions évidentes.
4° Canal éjaculateur, fourreau de la verge, pénis. — Ce titre complexe ne décèle que trop et l'embarras de l'auteifr et les difficultés du scalpel. C'est encore là un trait exceptionnel de cette originalité anatomique du scorpion.
Ce que j'appelle le canal éjaculateur est en même temps et l'aboutissant de la sécrétion prolifique et le réceptacle mystérieux de l'appareil copulateur. C'est une sorte de gaine membraneuse, blanchâtre, longue, un peu fusiforrne, couchée sur les flancs de la cavité abdominale, le long du bord du foie, et atteignant à peu près le milieu de cette cavité. Il est atténué, soit en avant pour s'ouvrir à l'opercule génital externe, soit en arrière, où il se
fléchit brusquement pour se prolonger en un appendice grêle, blanc, vermiforme, récurrent.
A travers ses parois subpellucides on aperçoit une baguette centrale cornée, brunâtre, accompagnée de parties charnues et se continuant depuis l'opercule génital, où il prend la ténuité d'une soie , jusqu'au boyau appendiculairc terminal, où sa couleur s'efface insensiblement. En approchant de la partie moyenne de la gaine, elle se dilate et bientôt se façonne en une lame lancéolée aiguë, dont le tranchant regarde le bord externe et présente là un sinus arrondi. Je prends cette baguette pour ie fourreau et Y armure de la verge. Sa couleur marron et sa texture cornée sont, pour ma vieille pratique de l'entomotomie, l'indice positif que cette pièce est destinée à faire irruption au dehors, à dégainer lors de l'acte copuîatif. Les exemples de semblables organes mécaniques se rencontrent fréquemment dans les insectes de tous les ordres.
Deux faits intéressants viennent prêter leur appui à cette manière de voir. En disséquant un scorpion récemment mort, un coup fortuit de scalpel ouvrit le canal éjaculateur en avant ou vers son origine. Je vis aussitôt s'élancer par l'incision la baguette cornée ou l'armure, qui entraîna à sa suite un filet blanchâtre dont la texture cartilagineuse se révéla par la promptitude de son enroulement. Sa ressemblance avec le pénis de beaucoup d'insectes lit que je ne balançai point à lui donner ce nom. Ce fdet était logé, invaginé dans l'appendice vermiculaire récurrent que j'ai mentionné plus haut. Plus tard, en décembre i85o, je fus témoin d'un fait analogue sur un autre scorpion qui avait péri par le froid. J'eus le bonheur de voir le tube vermiculaire se rompre en travers et le iilet élastique se dégager de cette gaine avec tous les attributs du pénis précédent. Je reviendrai, en traitanl de l'accouplement, sur ces organes et sur leurs évolutions.
Dans mes investigations les plus scrupuleuses, je n'ai rien trouvt qui ressemblât à ce cœcum à substance granuloso-vésiculeuse dont parle Von Siebold, ni à cette papille échancrée qu'il soupçonu' être un pénis, ni à la verge, que M. Duvernoy dit rhomboïdaie.
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ARTICLE II