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CHAPITRE HUITIÈME

DES FONCTIONS PRÉSUMABLES DES PLEXUS ARTÉRIELS QUE NOUS AVONS TROUVÉS DANS LES CÉTACÉS.

$ XLII. De tous les auteurs qui ont écrit sur la structure des

cétacés, John Hunter (4) est le seul qui ait indiqué, mais très-

(4) Philosoph. transact. observations on the structure and Economy of Whales, — T. 77, 1787, p. 571.

sommairement, l'existence. des. plexus artériels dont nous parlons, Bien.que, tout ce qu'il dit soit exact, sa description..esti par trop Jaconiqueet devient insuflisante. Il, fait provenir ces plexus des. artères, intercostales, et de l'artère, sous-clavière , avant, son passage,sur la première-côte (1); il.se borne à des indications pnrement anatomiques , etne s'arrête sur aucune considération touchant les, fonctions, de masses vasculaires aussi considérables (2). IL fait remarquer que:les cétacés, ont une: énorme quantitérde sang ;.que;, pour contenir ce liquide, il fallait non-seulement des artères, d'un, grand, calibre, mais :ençore un, grand; nombre.de branches latérales pour. recevoir ce sang, et que dans, le,cachalot l'aorte a,un pied de diamètre. Tlus the. heart.and.aorta.of spermasceti-whale appeared. prodigious., being: too. large. to: be-con-

tainedin the wide tub, the aorta measuring a foot in diameter.

(t}s Animals of the tribe, as has been observed, have a greater proportion of blood than,any.other known; and:there are:many arteriés apparentiy intended! as:reservoirs, where a larger quantity, of arteral blood seemed to be required in a ,part, and vaseularity could not be the only object. Thus we find, that the intercostal arteries: divide into: vast: number of branches, which run in a serpentine course betWweenithe, pleura, ribs, and their muscles, making a, thick: substance somewhat similar to that formed by the spermaiic artery in the bull. Those vessels, every where lining the sides of the thorax, pass in between the ribs near their arti Culation, and,also behind the.ligamentous-attachment of the ribs, and anastomose with each other. The medulla spinalis is surrounded whith net-work of arteries in the same manner more especially where it comes out from the brain, where a thickisubstance:is. formed by: their, ramifications: and convolutions;. and these wessels most probably anastomose with tliose of the thorax. »

Observations on the structure and Economy of the Whales.

Philos. transact., vol, 77, p. 371; année 1781.

(2) The use of which we do not readily see.

nn

$ XLIII. Peut-on considérer ces plexus artériels comme servant à obvier aux effets de la pression du liquide sur le corps des cétacés, ou bien sont-ils un moyen de suppléer les phénomènes chimiques de la respiration , par l'impossibilité où se trouve l'animal de faire entrer l'air dans les voies respiratoires, ou de l'en faire sortir lorsqu'il est plongé sous l’eau?

Sans chercher à nier les effets de la pression de l’air atmosphérique, soit sur les animaux, soit sur l’homme , nous dirons qu’on a beaucoup trop exagéré ces influences. On sait cependant que, sur les montagnes très-élevées, il se passe, dans l'exercice de la respiration, des phénomènes tout autres que, ceux qui se manifestent si l’on est situé presque au niveau de la mer, ou si l’on est descendu dans des mines très-profondes. M. de Saussure (4) a parlé de ce qu’il a ressenti lorsqu'il était sur les pics les plus élevés des Alpes. MM. de Humboldt, Roulin, Boussingault, d'Orbigny , qui ont gravi des montagnes très-hautes de la chaîne des Andes et des Cordilières , ont aussi éprouvé des phénomènes analogues à ceux que rapporte le naturaliste génevois. D’après les assurances que nous ont données ces derniers naturalistes, il paraitrait qu'ils ont été assez vivement affectés par les différences de pesanteur de la colonne d’air atmosphérique, lorsqu'ils étaient aux pieds ou aux sommets de ces montagnes et qu’ils marchaient. Cependant Victor Jacquemont, qui a parcouru des parties très-

élevées des montagnes du Thibet et de l'Himalaya, ne parle nulle

(1) Voyage dans les Alpes, 81964. — T. II, seconde édition, p, 13.— Tableaux de la nature, etc.

A5 part, dans sa correspondance (1), de la gène de la respiration et des autres phénomènes que l’on attribue à la raréfaction de l’air

atmosphérique (2).

(4) Correspondance de Victor Jacquemont avec sa famille et plusieurs de ses amis, pendant son voyage dans l'Inde (1828-1852). — Paris, 1854. T. I*.

(2) On a bien mieux observé les effets sur l’économie animale des différences de pression à de grandes élévations qu’à de grandes profondeurs.

La raréfaction de l'air amène des changemens remarquables dans la respiration, la circulation et les mouvemens musculaires. Ces effets ne sont pas les mêmes pour tous les individus, et tel ne peut plus respirer librement à une certaine hauteur, lorsque ses compagnons de voyage n’éprouvent encore aucune incommodité. Ces accidens se manifestent parfois presque subitement, surtout si le corps est en mouvement, tandis que si l’on est dans un repos absolu, ou à cheval, sans faire aucun effort musculaire, on peut parvenir, sans trouble dans les fonctions, à une bien plus grande hauteur.

Ces perturbations dans nos fonctions ne sont que temporaires, elles cessent par le repos, par le séjour dans les mêmes lieux, et bientôt on acquiert une aptitude pour s'élever encore plus haut dans l’atmosphère, sans avoir à craindre le retour des mêmes phénomènes. — Les animaux domestiques sont dans les mêmes conditions que l’homme. Nous pouvons appuyer Lout ce que nous venons de dire sur notre propre expérience et sur des autorités irrécusables, parmi-lesquelles plusieurs nous ont fourni de précieux renseignemens. Nous adressons surtout des remercicmens à MM. Roulin, Boussingault et d’Orbigny.

Depuis bien long-temps La Condamine et Bouguer, dans les récits de leur voyage au Pérou, avaient signalé les effets sur l’homme et les animaux , de la raréfaction de l’air des hautes montagnes.

« Nous nous sommes trouvés, dit-il, d’abord considérablement incommodés de » la subtilité de l’air; ceux d’entre nous qui avaient la poitrine plus délicate, » sentaient davantage la différence, et étaient sujets à de pétites hémorrhagies; ce » qui venait sans doute de ce que l’atmosphère ayant un moindre poids, n’aidait » pas assez par sa compression les vaisseaux à retenir Le sang, qui de son côté était » toujours capable de la même action. Je n’ai pas remarqué dans mon particulier » que cette incommodité augmentât beaucoup, lorsqu'il nous est arrivé ensuite de » monter plus haut; peut-être parce que je m'étais déjà fait au pays, peut-être » aussi parce quelle froid empêche la dilatation de l'air: d’être aussi considérable qu’elle le serait sans cela. Plusieurs d’entre nous, lorsque nous montions, tom-

On connaît depuis long-temps les belles observations faites par

» baient en défaillance, et étaient sujets aux vomissemens. Mais ces accidens » étaient plus l’effet de la lassitude que de la difficulté de respirer. Ce qui le prouve » d’une manière incontestable, c’est qu’on n’y était jamais exposé lorsqu'on allait » à cheval ou lorsqu'on était parvenu une fois au sommet, où l'air était cependant » encore beaucoup plus subtil, Je ne nie pas que cette grande subtilité ne hâtât la » lassitude, et ne contribuât à faire augmenter l'épuisement. Car la respiration y » devient très-pénible ; pour peu qu’on agisse, on se trouve hors d’haleine par le » moindre mouvement, mais ce n’est plus la même chose aussitôt qu’on reste dans » l'inaction (a). »

De Saussure a parlé dans plusieurs endroits de son voyage (b) des effets de la rareté de l'air sur l’économie animale, De tous les organes, celui qui est le plus affecté, est, selon le naturaliste génevois , le poumon. La respiration s'accélère, et c’est cette accélération forcée qui est là cause de la fatigue et des angoisses que l’on éprouve à ces grandes hauteurs. A mesure que la respiration s’accélère, la circulation s'accélère aussi (c). « Le pouls de Pierre Balmat se trouva battre 98 pulsations par » minute; celui de Têtu, 142; et le mien 100. — A Chamouny, également après » le repos, les mêmes, dans le même ordre battirent 49, 60, 72. »

Les compagnons de voyage du chevalier de Saussure étaient dans un état de fièvre qui explique, suivant lui, la soif dont ils étaient tourmentés. Quelques-uns des guides ne purent pas supporter ces souffrances et descendirent pendant les premiers jours, pour regagner un air plus dense, Cependant lorsqu'on demeurait dans une iranquillité parfaite, on ne souffrait pas d’une manière remarquable (d).

Il y a pour quelques individus, suivant notre voyageur, des limites parfaitement tranchées, où la rareté de l’air devient pour eux absolument insupportable. De Saussure a conduit avec lui des paysans, d’ailleurs très-robustes, qui à de certaines hauteurs se trouvaient tout d’un coup incommodés, au point de ne pouvoir absolument pas monter plus haut; et ni le repos, ni les cordiaux, ni le désir le plus vif d’atteindre la cime de la montagne, ne pouvaient leur faire passer cette limite, ls étaient saisis les uns de palpitations, les autres de vomissemens, d'autres de défaillances, d’autres enccre d’une fièvre violente, et tous ces accidens disparais-

(a) Bouguer, Foyage au Pérou.

(6) Voyages dans les Alpes, précédés d’un essai sur l’histoire naturelle des environs de Genève, par Horace Bénédict de Saussure, tom. VII. Neufchâtel, 1796.

(c) Voyages dans les Alpes, ete. Observat. Météorologiques , ch. VI, p. 337.

(d) Idem., p 338.

M. Biot sur les effets de la pression de l’eau de la mer sur le corps

saient au moment où ils respiraient un air plus dense. Il en a vu que ces indispositions obligeaient de s’arrêter à une hauteur de 800 toises au-dessus du niveau de la mer, d’autres à 4,200, plusieurs à 45 ou 4,600 , et M. de Saussure, de même que la plupart des habitans des Alpes, ne commençaient à être affectés, que parvenus à 1,900 toises d’élévation. Les mouvemens prompts accéléraient Les souffrances. et les rendaient beaucoup plus vives (a).

Il parut à M. de Saussure et à son fils qu’en général ils avaient les nerfs plus irritables, qu’ils devenaient, sur ces hautes montagnes, impatiens et colères. La faim paraissait plus inquiétante et plus impérieuse, et les digestions se faisaient plus promptement que dans la plaine (b).

M. le docteur Roulin, un de nos plus ingénieux physiologistes, a publié les principaux résultats de ses observations sur la vitesse du pouls à différens degrés de pressions atmosphériques et de températures (c); ses remarques ont été faites en descendant du plateau de Santa-Fé-de-Bogota aux Llanos de San-Martin , sur trois personnes qui avaient séjourné auparavant 5 à 6 mois sur le plateau, et qui toutes trois accoutumées aux voyages, présentaient moins de chances pour que leur circulation fût altérée par cette seule cause : constamment la circulation devenait plus rapide à mesure que ces personnes marchaient en s’élevant successivement à.de plus grandes hauteurs (d). Les autres phénomènes ont été les mêmes que ceux que nous allons indiquer d’après les observations de M. Boussingault et celles de M. d’Orbigny. L

Voici les renseignemens que nous devons à l'amitié de M. Boussingault :

« La plupart des personnes qui séjournent pour la première fois dans les villes placées sur les plateaux élevés des Andes, éprouvent use difficulté très-sensible dans la respiration. Pour mon compte je n’ai jamais ressenti cette gène dans la respiration que lorsque j'étais en mouvement, quand je marchais un peu vite; à l'état de repos je ne m’en apercevais aucunement, même quand j’habitais la métairie d’Antisana, à 4,000 mètres d’élévation. Les individus nés sur ces plateaux ne paraissent pas sujets aux mêmes inconvéniens. Les étrangers { je nomme ainsi ceux

(a) Voyage au Mont Blanc, ch. vx, p. 342, t. var.

(6) Cinquième voyage. — Col du Géant, ch. xr. Observations relatives à la physiologie, p. 522, 527, Ç 2112.

(c) Observations sur la vitesse du pouls , à différens degrés de pressions atmosphériques et de températures, etc. Journal de Physiol. de M. Magendie, t. VI , année 1826.

(d) Voyez le tableau comparatif de M. le docteur Roulin , lib. cit.

des poissons pourvus de vessie aérienne, et les conséquences de

qui sont nés dans des pays peu élevés) sont encore exposés à ressentir les effets de la raréfaction, même après un long séjour dans les Cordilières. Je ne parle pas uniquement d’après mes propres sensations. J’ai eu occasion, lorsque j'étais à Quito (3000) de constater le fait sur deux officiers de mes amis , fixés depuis dix ans dans cette ville. Nous avions passé la soirée daus une maison de campagne de Sumichaca ; à notre retour la nuit était froide, il gelait par l’effet d’un rayonnement nocturne, Nous avions commencé notre route en marchant gravement, à la manière du pays. Le colonel Demarquet nous racontait une anecdote de la guerre de l'indépendance. Le froid devenant incommode, je proposai de marcher un peu plus vite, et bientôt M. Demarquet fut obligé de garder le silence, il se fatiguait trop en parlant. Un Métis, né à Quito, qui nous accompagnait, fut le seul qui put sans inconvénient continuer la conversation. »

« Les effets de l’air raréfié sont également très-marqués sur les animaux. Les chevaux qui viennent des plaines basses, de Llanos, sont long-temps inutiles lorqu’on les conduit sur les plateaux qui dépassent 2,500 à 5,000 mètres de hauteur; et les mêmes animaux nés sur ces plateaux élevés souffrent beaucoup quand on les fait galopper à 4,000 ou 4,500 mètres plus haut. Aussi les chasseurs recherchent-ils pour courir les grands cerfs des régions froides, des chevaux nés ou élevés dans les Paramos, c’est-à-dire à 5,500 ou 4,000 mètres d’élévation. J'ai eu en ma possession une mule sur laquelle j’ai parcouru des distances considérables, en m’élevant souvent, comme dans la province de la Pattos, à la hauteur de4,000 mètres. Lorsque j’arrivais à 4,700 ou 4,800 mètres, pour peu que la pente füt rapide, il fallait mettre pied à terre. Ma mule s’arrêtait obstinément et elle devenait insensible aux éperons. Une observation barométrique était à peu près inutile, je savais par expérience, que là où la mule s’arrêtait le mercure se soutenait dans le baromètre à 43 ou 44 centimètres, »

« Un Anglais de mes amis, M. Illingworth, avait amené d'Europe un levrier d’excellente race. Parvenu dans les Cordilières orientales à la hauteur de 5,500 m. (dans le Paramo de Muenchies), ce levrier pouvait à peine suivre un cheval qui allait au pas. Ce chien resta plus d’un an à Santa-fé-de-Bogota (2,600) avant de pouvoir chasser, mais je dois ajouter qu’ensuite il devint un excellent coureur. »

« C’est surtout en gravissant les pentes rapides qu’on se trouve incommodé par la diminution dans la pression atmosphérique. Je pouvais m'élever, très-lentemen, à la vérité, mais sans me reposer, de Santa-Fé (2,600°) à la Chapelle deGuadalu pa (3,350). 1] fallait au contraire me reposer souvent, lorsque je gravissais une pente

la raréfaction du gaz contenu dans cette poche, lorsque l'animal

raide placée entre 5,800 et 4,800 mètres; et au-dessus de 4,800 mètres il m’était presque impossible de faire quinze pas sans prendre du repos. Sur le Cotopazi, lorsque je fus arrivé à la hauteur de 5,600 mètres, j'étais obligé de m’asseoir après avoir fait trois ou quatre pas. Il est vrai que je marchais sur la neige, et que l'efforc qu’il fallait faire pour assurer solidement le pied, augmentait beaucoup la fatigue. »

» Sur le Chimborazo j'ai éprouvé les mêmes sensations que j'avais ressenties sur le Cotopaxi. La difliculté de respirer, pendant l'exercice, devint de plus en plus pénible à mesure que je m’élevais davantage. Parvenu à 5,800 mètres, il fallait me coucher sur la neige presque à chaque pas. Vingt fois près de toucher au but, je formai la résolution de descendre; un moment, une seule minute de repos suffisait pour me délasser complètement. Je faisais alors, avec une nouvelle ardeur, encore un pas. Je parvins enfin à me percher sur l’arète de trachyte qui, de la plaine de l’Arenal, se présente sur la neige comme une tache noire. J'étais alors à la plus grande élévation à laquelle les hommes soient encore parvenus en gravissant les montagnes. Le baromètre indiqua que la station se trouvait à 6,006 mètres audessus du niveau de l’Océan. Après un repos d’une heure, je me trouvai, en apparence du moins, dans un état normal, mon pouls ainsi que celui de mon infortuné ami le colonel Hall, battait 406 fois par minute. A Quilo , nous comptions ordinairement de 70 à 78 pulsations. »

« Nous descendimes de cette station, sans éprouver les sensations pénibles que nous avions ressenties en nous élevant. Notre expédition aurait été complètement heureuse, si un nuage énorme, dans lequel nous étions entrés par la partie supérieure, n’avait embarrassé notre marche par l’obscurité qu’il répandait sur les précipices au milieu desquels nous errions. Arrivés à la limite inférieure des neiges, le nuage nous lança une grèle horrible qui nous accompagna jusqu’à la cabane d’un Indien, où nous passâmes la nuit (a). »

Les renseignemens suivans nous ont été donnés par M. d’Orbigny; ils s'accordent parfaitement avec ce qu’on vient de lire, et les récits de ces deux célèbres voyageurs confirment réciproquement l’exactitude de leurs observations.

6 Du 46° au 17° de latitude sud, je montai très-rapidement, c’est-à-dire en trois jours, des bords de la mer au sommet de la Cordilière des Andes : aussi ce passage subit d’un lieu où la pression atmosphérique est ordinaire à un autre où elle esi si différente, me fit éprouver successivement et avec force tous ses effets, »

(a) Extrait d’une lettre qui nous a été adressée par notre ami M. Boussingault.

est rapidement ramené d’une grande profondeur de la mer à la

« Le deuxième jour, près du village de Palea, qui est à peu près à 41,000 pieds d’élévation au-dessus du niveau de la mer, je sentis que mes poumons se dilataient beaucoup plus que de coutume, et que la marche à laquelle j'étais pourtant si habitué m'’essoufflait considérablement , surtout lorsque je montais, et rendait les battemens du pouls beaucoup plus fréquens. Le troisième jour, arrivant à la hauteur de 44 à 15,000 pieds, j’éprouvai de violentes douleurs aux tempes et un commencement de malaise général, Je restai à cette hauteur pendant trois jours, durant lesquels les effets de la raréfaction de l’air me devinrent de plus en plus pénibles. Vers la fin du premier jour, au malaise général dont je viens de parler, vinrent se joindre une migraine ét d’assez forts maux de cœur, semblables à ceux que produit le mal de mer, et par suite une inappétence complète. Il me fut impossible de dormir ; enfin j’eus une hémorrhagie nasale qui me soulagea momentanément. Mon malaise augmenta encore le lendemain, et il devint tel que tout m'était si désagréable, que je pouvais à peine parler, et que le moindre mouvement un peu violent était immédiatement après marqué par des battemens de cœur accélérés, ainsi que par des douleurs plus fortes aux tempes. 11 m'était surtout impossible de monter. À cette hauteur je voyais de paisibles bergers avec leurs nombreux troupeaux de lamas et d’alpacas, et ni les hommes ni les animaux ne paraissaient ressentir cette influence de la raréfaction de l’air, Puis je descendis sur l'immense plateau qui sépare les deux Cordilières : il est élevé de 12 à 15,000 pieds. Là je séjournai pendant quelques mois, pendant lesquels je finis par m’habituer un peu à cette hauteur; ce qui n'eut pas lieu sans souffrances, car j'étais forcé de me priver dans le principe de tout mouvement un peu fort. Je ne pouvais ni chanter, ni parler un peu vite, mais un séjour un peu prolongé sur les hautes régions, m’y a habitué tellement, qu’à plusieurs renrises je montai au sommet des Andes, et même plus haut que la plate- forme de son sommet, sans ressentir, à beaucoup près, des effets aussi violens que la première fois. Je ne pus cependant jamais y faire l’exercice auquel j'étais accoutumé ailleurs, et y être comme ceux qui y étaient nés (a). »

Ainsi tous ces effets de la raréfaction de l'air atmosphérique ne commencent pas, ‘sur tous les individus, à se manifester aux mêmes hauteurs barométriques; ils sont temporaires, et disparaissent promptement , si l’on observe un repos absolu, ou sion passedans des régions moins élevées. — Les personnes nées dans ces localités,

(a) Extrait d’une lettre qui nous a été adressée par M. d'Orbigoy.…

surface du liquide (1). Un de mes amis et ancien condisciple,

M. François de la Roche (2), a donné sur ce sujet des considé-

et celles qui y sont depuis long-iemps, n’éprouvent aucun trouble dans leurs diverses fonctions , de cette raréfaction de l'air. Les animaux domestiques , tels que le chien, le chat, le cheval, etc., présentent les mêmes phénomènes que l’homme, Ces mêmes animaux, ceux d’autres espèces, tels que les lamas, lesalpagas, qui sont nés sur les hauteurs des Andes, ne ressentent aucun effet de la raréfaction de l’air. Toutes ces circonstances sont pour M. le docteur Roulin, autant de preuves que ces phénomènes dépendent exclusivement d’une perturbation dans l'exercice du système nerveux (a).

Ces circonstances s'accordent patfaitement avec les observations faites par deux membres de cette académie qui, dans un aérostat, se sont élevés à une hauteur bien supérieure à celle des Cordilières ou des montagnes du Thibet; ils n’ont, en effet, éprouvé qu’un léger trouble dans la respiration.

Ainsi, dans sa seconde ascension , M. Gay-Lussac s’éleva, le 29 fructidor an XH, dans un ballon, à 7,016 mètres au-dessus du niveau de la mer. Voici les propres paroles de cet illustre savant : « Quoique bien vêtu, je commençais à sentir le froid, > surtout aux mains, que j'étais obligé de tenir exposées à l’air, Ma respiration » était sensiblement gênée, mais j'étais Join d’éprouver un malaise assez désagréable » pour m'engager à descendre (b). » — Cette dyspnée et ce malaise auraient sans doute été plus marqués si M. Gay-Lussac avait pu faire des mouvemens de la totalité du corps, car tous les accidens pathologiques dont parlent MM. Boussingault et d'Orbigny (c) n'avaient lieu que pendant la marche; le repos ramenait bientôt la respiration à son type normal.

Tous ces faits démontrent qu’on a beaucoup trop exagéré les influences de la raréfaction de l’air des hautes montagnes sur l’économie animale.

(1) Mémoire sur la nature de l’air contenu dans la vessie des poissons. Voyez Mémoire de la société d’Arcueil, p. 265.

(2) Observations sur la vessie aérienne des poissons, etc.

M. G. Cuvier a fait un rapport sur ce travail important de M. F. de la Roche. Voyez Annales du Muséum d’histoire naturelle.

(a) Observations sur la vitesse du pouls à différens degrés de pressions atmosphériques et de températures , etc. Journal de Physiol. de M. Magendie , t. v1, année 1826.

(à) Relation d’un voyage aérostatique fait par M. Gay-Lussac, le 29 fructidor an Xll. ZAnnaies de chimie, t. 52, p.75.

{c) Voyez les notes qui précèdent.

rations fort intéressantes, dont quelques-unes se rattachent à la question que nous traitons ici.

» Tous ceux qui ont la moindre connaissance des principes de l’hydrostatique savent que la pression exercée par un fluide liquide sur un corps qui y est plongé, est proportionnelle à la hauteur de la colonne qui recouvre chacun des points de ce corps. Il sera en conséquence facile de voir combien cette pression devra être forte dans des profondeurs un peu considérables, si lon fait attention qu’une colonne d’eau de la mer, de dix mètres de hauteur, produit une pression à peu près égale à celle qu'exerce l'atmosphère dans la plaine. Dans une profondeur de 540 mètres, cette pression équivaudra à celle de plus de cinquante atmosphèrés; or, je me suis assuré par moi-même que l'on prend des poissons à cette profondeur , et l’on a lieu de croire qu’il existe de ces animaux à des profondeurs encore plus considérables. On sera peut-être surpris au premier coup d'œil, de ce que les poissons peuvent supporter une pareille pression sans en être affectés ; mais pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que cela ne doit pas leur être difficile. I suffit que toutes leurs parties soient en équilibre avec le fluide ambiant. Chez ceux qui sont privés de vessie aérienne, il n’y a pas de raison pour que cet équilibre soit rompu par l'effet de la pression, puisque toutes les parties qui forment leur corps sont des liquides ou des solides gorgés de liquides, sur lesquels la pression ne doit pas avoir plus d'effet que sur l’eau elle-même. Chez les espèces qui ont une vessie aérienne, il en est différemment. La pression s’exerçant sur le fluide renfermé dans cet organe, fluide

qui est éminemment compressible, doit en diminuer beaucoup le

volume, mais une fois qu’elle a son entier effet, l'équilibre doit se rétablir, et il ne peut en résulter tout au plus qu'une diminution du volume de la vessie. Cette diminution n’aura pas même lieu , si la quantité totale du gaz s’accroit dans une proportion telle, que malgré la condensation qu’il éprouve, son volume reste suffisant pour remplir cette cavité. C’est en effet ce qui a lieu pour l'ordinaire; la vessie est aussi pleine de gaz chez les poissons qui habitent les eaux profondes, que chez ceux qui vivent à la surface. Il en résulte un phénomène assez remarquable, dont on doit la

connaissance à M. Biot (1). C’est celui qui se passe lorsqu'on retire

(4) Mémoire sur La nalure de l'air contenu dans la vessie des poissons, inséré dans les Mémoires de la Société d’Arcueil, p. 263. Voyez aussi du même auteur : Traité de physique expérimentale et mathématique. Nous en extrairons le passage suivant : ;

« 11 y a dans la mer des poissons qui vivent habituellement à de très-grandes profondeurs. Les pêcheurs en prennent quelquefois à deux ou trois mille pieds au dessous de la surface de l’eau. Ces poissons se trouvent donc chargés pendant toute leur vie du poids d’une colonne d’eau de deux ou trois mille pieds, c’est-à-dire soixante dix-huit ou quatre-vingt fois plus lourde que le poids de l’atmosphère ; cependant ils ne sont pas écrasés par cet énorme poids, Non-seulement ils vivent, mais ils se meuvent en tous les sens avec la plus grande agilité. Cela est encore plus extraordinaire que de nous voir supporter si aisémént la pression de l’air. Mais tout le merveilleux disparaît, si l’on fait attention que les poissms dont nous venons de parler, sont intérieurement remplis et pénétrés de liquides qui résistent à la pression de l’eau extérieure, en vertu de leur impénétrabilité; de sorte que les membranes de l’animal n’en sont pas plus altérées que ne le serait la pellicule la plus mincé, que l’on descendrait à une pareille profondeur, etc. »

T. 4. p. 75. Paris 1816.

M. Cuvier avait adopté toutes les idées de son savant et célèbre confrère, et ce qu’il dit, à cet égard, dans son ouvrage sur les poissons paraît être emprunté à M. Biot:

« Un phénomène curieux est aussi celui qui arrive aux poissons que l’on pêche à la ligne , et que l’on retire d’une grande profondeur assez vite pour qu’ils n'aient

subitement les poissons d’une eau profonde. A mesure qu'ils s'élèvent, la pression à laquelle ils sont soumis diminue, le gaz renfermé dans leur vessie tend à occuper un plus grand espace; il en distend d’abord les parois et finit par les rompre. Il se répand alors dans la cavité abdominale; mais celle-ci étant elle-même insuffisante pour le contenir , elle s'agrandit par la rétroversion de l'estomac, qui vient former dans la bouche une poche pleinede gaz. C'est particulièrement sur cette dernière circonstance que M. Biot a insisté. Il avait cru que dans ce cas la vessie sortait elle-même par la bouche ; mais un examen attentif a fait reconnaitre que toutes les fois qu’on trouvait une poche pareille dans la bouche des poissons, elle était formée par l'estomac renversé, et qu'il était impossible que la vessie en fit partie. Quelquefois le renversement de l'estomac ne suffit pas, et il s'opère une rupture de la poche ellemême à laquelle il donne naissance. Dans quelques cas la dilacération est telle que l'estomac est entièrement arraché, et qu'on n’en trouve pas même devestige lorsqu’on ouvrelepoisson. D’autres fois; et c’est le cas le plus fréquent, l'estomac ne se renverse pas; mais les parois de la cavité abdominale se rompent dans quelques-uns, des points de leur étendue, le plus souvent vers l'anus , vers l’estomac ou vers les branchies. Chez les poissons qui ont un canal

aérien, le gaz pouvant sortir par ce canal à mesure qu’il se dilate,

pas le temps de comprimer leur vessie ou de la vider de l’air qu’elle contient; cet air n'étant plus comprimé par la grande colonne d’eau qui pesait sur lui, rompt la vessie et se répand dans l’abdomen, ou bien il la dilate extrêmement et fait saillir l’œsophage et l'estomac dans la bouche. »

Histoire naturelle des Poissons, par MM Cuvier et Valenciennes. liv. %, chap. vu, p, 626.

il ne se fait de rupture ni de la vessie, ni des parois abdominales. Il semblerait que chez ceux qui n’ont pas de canal, cette rupture devrait toujours avoir lieu lorsqu'on les retire de profondeurs considérables ; et en effet on l’a presque toujours observée. Cependant chez quelques individus du Trigla cuculus, MM. Biot et Delaroche n’ont pas aperçu de traces bien manifestes : probablement que l'ouverture qui s'était faite dans les parois de la vessie s'était fermée par l'entrecroisement des membranes ; etc. (1).

Les idées de F. Delaroche sont conformes à ce qu'apprend la physique, et nous savons que quelle que soit la profondeur de l’eau dans laquelle vivent les poissons , la préssion qui résulte du poids de la colonne d’eau qui les recouvre, n’a d'autre effet sur eux que de comprimer le gaz de la vessie natatoire et de déterminer le développement d’une quantité plus considérable de ce gaz, pour compenser la diminution de volume que lui fait éprouver la con densation (2).

Des expériences de physiologie très-récentes viennent encore à l'appui de ce que nous disons ici : on les doit à M. le docteur Poiseuille, qui nous en a présenté les résultats à l'académie des sciences : « On sait que certains animaux , tels que les poissons et quelques mammifères amphibies, se trouvent quelquefois placés à une distance de la surface de l’eau de 80 mètres environ, et supportent alors une pression de sept à huit atmosphères. Il était

donc important de savoir comment se comportait cette couche,

(4) Observations sûr là vessie aérienne des poissons, par Fr. Delaroche, p. 54.

(2) Même ouvrage, p. 58.

et en même temps de voir les modifications de la circulation capillaire sous une telle pression. C’est dans ce but que l’auteur a fait construire un appareil , auquel il a donné le nom de porte objet pneumatique. Une courte description le fera connaître, et mettra sur la voie des résultats qu’on peut tirer de son usage ; il consiste en une boîte en cuivre de forte épaisseur : les parois supérieure et inférieure sont des glaces encastrées dans des rainures qu'offrent les parois latérales ; l’une des extrémités de cette boite porte un tuyau en cuivre, qui reçoit tantôt un tube barométrique , tantôt un manomètre à air comprimé; l’autre extrémité présente une large ouverture, par laquelle on introduit les animaux : à cette extrémité on adapte tantôt une pompe aspirante, tantôt une pompe foulante. L'animal, préparé de manière à ce qu'on puisse voir la circulation capillaire, est placé dans l’instrument , et l'appareil lui-même, sous l'objectif du microscope ; on peut alors observer les modifications que peut introduire dans la circulation capillaire une pression ambiante plus ou moins considérable. Chez les salamandres, les grenouilles, les tétards, les très-jeunes rats et les jeunes souris, les circulations artérielles, capillaire et veineuse, n'ont offert aucun changement en portant la pression, même brusquement, à deux, trois, quatre, cinq, six et huit atmosphères, et réciproquement. En outre, la circulation a continué à se faire avec le même rhythme, sous une pression de quelques centimètres de mercure , chez les salamandres, les grenouilles et les tétards. En placant dans l'appareil de très-jeunes rats, de très-jeunes souris (on sait que les mammifères, pendant

les premiers jours après leur naissance, peuvent rester quelques

heures sans respirer), on a pu voir par l'intégrité parfaite de la circulation, chez ces animaux alors placés dans le vide, combien était illusoire l'opinion des physiologistes qui pensent que, sans pression atmosphérique, il n’y a point de circulation possible. Mais la pression atmosphérique, concurremment avec les mouvemens respiratoires, sont des causes accessoires du cours du sang, ainsi que M. Poiseuille l’a démontré dans un autre mémoire.

De ces expériences il tire cette conséquence, que l'épaisseur de cette couche, dont l'existence est due à l’affinité qui s'exerce entre les parois des vaisseaux et le sérum, épaisseur qui varie d'une manière si remarquable par le froid et la chaleur, est indépendante de la pression ambiante; que les contractions du cœur conservent leur rhythme normal quelle que soit cette pression. De là l'intégrité de la circulation, toutes choses égales d’ailleurs, chez les animaux qui, par la nature du milieu qu'ils habitent, supportent une pression plus ou moins considérable (1). »

Il résulte detous ces faits que le physiologiste ne peut pas attribuer aux plexus artériels contenus dans le thorax des Cétacés la fonction de militer contre les effets de la pesanteur de la colonne d’eau sur la surface du corps de ces mammifères. Ces organes sont donc destinés à d’autres usages. Peuvent-ils suppléer à la respiration lorsque l'animal est sous l’eau ? Déjà on a cherché à expliquer la faculté qu'ont les Cétacés de rester long-temps sous l’eau : 4° par la

distension des cellules pulmonaires lors d’une forte inspiration ;

(1) Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires, par M. le docteur Poiseuille, Compte-rendu des séances de l'académie des sciences. Année 1835, page 554.

2° par la persistance du trou de Botal et du canal artériel. Examinons ces deux hypothèses, et voyons ce qu'elles offrent de vrai ou de spécieux :

1° Les Cétacés et tous les mammifères amphibies qui peuvent passer d’un milieu aérien dans un milieu liquide, reçoivent, avant leur immersion dans l’eau , une grande quantité d’air pour distendre autant que possible toutes les voies respiratoires. Par ce procédé, l'on croit que d'une part l’animal donne aux muscles des parois du thorax, un point d'appui plus fixe et plus solide, favorable à l’action de ces organes pendant l'exercice de la locomotion , et que d'autre part cet air ainsi accumulé et comprimé dans les voies aériennes , doit permettre à l'animal d'exécuter une sorte de respiration et de continuer d'opérer, par cette ressource, les changemens chimiques du sang dans le poumon.

Comment n’a-t-on pas vu que, dans cette circonstance, la quantité d'air introduite dans la trachée et les bronches ne peut être comparable qu’à une forte inspiration ou à un petit nombre d'inspirations, lors même qu’on admettrait la possibilité de la pression de ce fluide élastique dans ces voies aériennes , bien qu’on ne connaisse pas ici de moyen de compression? Cette quantité d'air atmosphérique serait insuffisante pour opérer l'hématose pendant quinze, vingt ou trente minutes que dure l'immersion de l'animal sous l’eau.

Cette forte inspiration de l'air ambiant, au moment de l’immersion de l'animal, a, suivant nous, plusieurs avantages. 4. Elle sert à l'hématose: nul doute, mais pendant un temps plus court

que celui du séjour de l'animal sous l’eau. B. Le Cétacé peut être

comparé, au moment de son immersion et lorsque ses voies respiratoires sont bien distendues par l'air, à un athlète qui, voulant vaincre une résistance considérable, donne à ses bras et à toutes ses puissances musculaires la plus grande énergie et le mode d'exercice le plus avantagéux , en faisant une forte inspira— tion. Alors le tronc devient un point fixe pour tous les muscles qui de là vont s’insérer aux membres ; mais cet état chez l’athlète ne peut pas durer long-temps, et bientôt l'expiration doit succéder à l'inspiration, circonstance qui ne peut exister chez les Cétacés plongés sous l’eau ; il faut donc que la nature pourvoie à ce défaut. D. Par cette profonde inspiration et par la distensi on du poumon , au moment où l'animal disparaît de la surface du liquide, il se procureun moyen d'agir sur le plexus artériel de la cavité du thorax, et nous expliquerons bientôt ce mécanisme.

2° On a prétendu que chez les Cétacés et les Amphibies mammifères, le cœur est dans les conditions anatomiques de celui du fœtus de l’homme ou des autres mammifères dans le sein maternel, c’est-àdire qu'il existe une libre communication entre les deux oreillettes £t entre l'artère pulmonaire et l'aorte, par la persistance du-canal artériel et du trou de Botal.

Nous pourrions nous borner à dire que l'existence du trou de Botal et du canal artériel a été accordée aux Cétacés adultes, plutôt par présomption que par la dissection des parties ; car , le simple examen du cœur de plusieurs Cétacés, et particulièrement de Marsouins et de Dauphins proprement dits, nous a fait reconnaitre que cet organe est disposé comme celui des autres mammifères ;

mais dans une question de physiologie, il importe toujours de

corroborer sa propre observation d’autorités imposantes, c’est une garantie de plus contre tout soupçon d'erreur.

John Hunter (1), Labillardière (2), MM. G. Cuvier et Duméril (3), J.-N. Meckel (4), ont depuis long-temps reconnu que dans les Cétacés adultes, c’est-à-dire chez ceux qui respirent l'air atmosphérique, et chez tous les mammifères amphibies, il n'y a aucune communication directe entre les deux moitiés du cœur, et que le canal artériel n’est pas perméable. Comment Perrault (5), Portal (6), Steller (7), Kulmus (8), Parson (9), ont-ils pu prétendre le contraire? Sans doute, ils n’ont pas fait eux-mêmes l'examen des pièces; car, tous, ils étaient médecins et anatomistes. L'opinion de Eichwald (10) ne peut pas être d’une grande valeur, puis-

que le Marsouin dont il a fait l'anatomie était encore fort jeune.

(1) Philosoph. transact. — T. 77.

(2) Voyage à la Recherche de La Peyrouse. — T. 4. Observations sur le PAoca Monachus.

(3) Lecons d'anatomie comparée.

(4) Note dela traduction ailemande des leçons d'anatomie comparée de G. Cuviers

System der Vergleichenden anatomie. Gefæss system in Besondern Sauthiere. Fünfter theil. Halle 4854.

(5) Mémoire pour servir à l’histoire naturelle des animaux, etc. à (6) Mémoire de l’académie royale des sciences. 1710. — P. 414. —

(7) Novi commentar. petropol. t. IL. — P. 345.

(8) Phocas anatom, act, nat. curios. vol. E, obs. 9, p. 16.

(9) Philos. transac. f. the year 1752, the year 1744 , etc.

(10) Observationes nonnullæ circà fabricam Delphini phocænæ ætatis nondèm provectæ,

Mémoires de l’académie impériale de St-Pétersbourg. t. IX. — P. 431.

« Neque tamen in adultis delphinis desunt exempla, quæ probent, id veluti ductum arteriosum Botalli clausum inventum esse, ut ex observationibus virorum

Schellhammer , Hartmann et Albers (1) n’avaient pu reconnaitre aucune communication , sur des cœurs de Phoques , entre les deux oreillettes ; enfin, M. Lobstein nous dit que sur le Phoque à ventre blanc dont il a fait la dissection, cette voie était totalement

interceptée (2).

M. Lobstein, ne pouvant trouver dans le cœur la raison pour laquelle les Phoques sont amphibies, croit la découvrir dans la grande dilatation que présente la veine cave inférieure, arrivée à la face postérieure du foie. Là , en effet , elle forme un sac extrèmement vaste , et qui a cinq pouces de diamètre. Cette expansion d’un vaisseau a de tout temps étonné les anatomistes , lesquels lui ont assigné pour but final de servir de réservoir au sang pendant que

l'animal plonge dans l’eau , et que, par l'arrêt de sa respiration ,

expertissimorum, Cuvieri (a), Bartholini (b), Maioris (c), nec non Albersii(d) patet. — Sed nihilominüs exempla non desunt , quæ et aliis cetaceis ovale forarien cum duciu arterioso pervium probaverint, ut in phocâ vitulinä illustris : viri Portal (e) Perrault (f), Steller (g) qui et ipse nec unquam in phocâ jubatà et ursinä id foramen aliter nisi pervium observavit. Alii autem contrà id omninè clausum invenerunt, ut præ aliis ex illustr. Meckel (k} observationibus tribus satis luculenter patet. »

(4) Beytrage zur Anatom. physiol, der Thier, Heft., p. 11.

(2) Observat. d’Anat. comp. sur le Phoque à ventre blanc, p. 27.

(a) Anatomie comparée.

(b) Histor. anatom. cent., t. II, p. 25.

(ce) Ephemer. natur. curios., An IN, p. 28 (d) Beytrage zur vergl. anat., p. 10.

(e) Loc. cit.

-(f) Loc. cit.

(g) Loc. cit.

(h) Cuvier, Verglei anat.,t. 1v,p

les cavités droites du cœur ne peuvent pas librement évacuer dans le poumon le sang qu'elles renferment,(1)).

L'erreur qui a-existé sur la disposition du cœur des Cétacés,a été professée par Buflon et Daubenton, à l’égard.des Phoques et des Morses (2). Klein , en parlant d'un Veau marin qu'on montrait à Londres en 1742, dit que le cœur de cet animal était long et mou dans sa contexture, ayant un. trou ovale fort ouvert , et les colonnes charnues fort grandes (3). Qu'on s'étonne ensuite que tant d'erreurs et d'obscurité nous enveloppent de toutes parts , lorsque pour un fait matériel, si facile à vérifier, nous voyons des hommes graves et d’un savoir profond préférer l'incertitude à la vérité. La Billardière (4) est enfin venu démontrer que dans le Phoque (Phoca Monachus), le trou-Botal ne persistait pas. Tousles

zootomistes modernes sont aujourd'hui du même avis sur le cœur

(4) Albers, loc. cit., p. 25. — Lobstein, loc. cit., p. 52.

(2) Lest (le phoque), avee le morse, le seul des quadrupèdes qui mérite le nom d’ampbibie, le seul qui ait le trou ovale du cœur ouvert“, le-seul par conséquent qui puisse se passer de respirer, et auquel Pélément de l'eau soît aussi convenable, aussi propreque celui de l’air; la loutre ét le castor ne sontpasde vraïesamphibies, puisque ‘leur élément est l'air; et que n'ayant pas cette ouverture dans la éloison du ‘cœur als ne peuvent rester long-temps sous l’eau,-et qu'ils ‘sont obligés dien sortir ou d'élever leur tête au-dessus pour respirer. »

Histoire Natur. Des Phoques, des Morses, etc. — T. XIII. — p. 556.

(5) Plulosoph. transact. (n° 469. — P. 583 ct 586. —)

(4) Voyage à la recherche de La Peyrouse. — T.I. — p. 50

* Comme les phocas sont destinés à être long-temps dans l'eau, et.que le passage du sang par le poumon ne peut se faire sans la respiration, ils ont le trou ovalaire tel qu'il est dans le fœtus, qui ne respire pas non plus ; c'est une ouverture placée au-dessous de la veine-cave, et une communication du ventricule droit du cœur avec le gauche, qui fait passer directement le sang de la cave dans l'aorte et lui épargne Ie long chemin qu'il aurait à prendre par le poumon. Hist. de l’Acad. des Sc. depuis 1666, t. ], p. 84.

des Cétacés. Cependant, M, de Lacépède ne s'explique pas d'une manière claire et positive sur la persistance ou l'oblitération du trou-Botal dans la Baleine: franche (1) : pourtant, lorsqu'il écrivait son histoire générale des. Baleines,, depuis long-témps John Huntersavait publié (1787) ses observations anatomiques sur la structure des Cétacés, et les leçons d'anatomie comparée de G: Cuvierétaient l'ouvrage classique le plusrépandu, Cette-circonstance

de la communication entre les deux oreilleites du: cœur ou de loblitération du trou-Botal, ne peut plus être un doute, et ne sauraitarrèter les physiologistes. Nousallons:plus-loin: lors même qu'on: accorderait la communication: entre les: deux oreillettes, cette: disposition organique ne résoudrait pas la difficulté; car le passage-duisang. veineux du:cœur droit dans le cœur gauclie, et

le: versement d'uneautre partie dumèême liquide dans l'aorte, en

(4}.« On a écrit que le trou-Botal, par lequel le sang desmammifères qui ne sont pas encorenés, peut parcourir les cavités du cœur, aller des veines dans les artères, et'circulèr dans la”totalité du système vasculaire sans passer. pari les poumons, restäit-ouert..dans. la. baieine franche pendant toute sa-vie, et qu’elle devait à cette particularité la faculté de vivre long temps sous l’eau. On pourrait croire que cette ouverlure du trou-Botal est en effet maintenue par l'habitude que la jeune baleine contracte-ennaissant de passer un temps assez long dans le fond delammer, et par conséquent sans gonfler ses-poumons par des inspirations de: l'air atmosphérique, et sans donner accès dans leurs vaisseaux au sang apporté par les veines, qui alors est forcé de’ coulér par le trou-Botal pour pénétrer jusqu’à l’aorte: Quoiqu'ilen soit cependant de la durée.de. cette ouverture, la baleine franche est obligée de venir fréquemment à la surface de la mer, pour respirer l’air de l'atmosphère, et introduire dans ses poumons le fluide réparatèur sans lequel Ie sang aurait bientôt perdu les qualités les plus nécessaires à la vies mais:comme lés poumons-sont très-volumineux, elle a moins besoin de renouveler souvent les inspirations qui les remplissent de fluide atmosphérique. »

Histoirecnaturellerdes Cétacés: P.: 100. — Paris, Didot l’ainé. — 1809

traversant le canal artériel, ne pourraient nullement suppléer , lorsque l'animal est sous l’eau, à la respiration pulmonaire. Loin de là, ce sang noir porté dans l'oreillette, puis dans le ventricule gauche, distribué ensuite à tous les organes par le système artériel, jetterait les tissus dans un état de torpeur , et bientôt dans une

véritable asphixie. Chez le fœtus , il existe un organe d’hématose autre que les poumons, c’est le placenta, sorte de poumon par

lequel le sang est élaboré avant d'arriver au cœur du fœtus par la veine ombilicale et la veine cave inférieure. Ce sang parvient ainsi oxigéné jusqu'au ventricule gauche du cœur, c'est-à-dire dans les conditions désirables pour l'excitation des organes et l'entretien de la vie , tandis que chez les Cétacés qui ont respiré, aucun organe ne représente le placenta. La circulation de ces animaux, lorsqu'ils sont sous l’eau, ne peut être comparée à celle du fœtus dans le sein maternel, et la persistance du trou- Botal , loin d’être favorable à l'entretien de la vie, lui serait au contraire fort préjudiciable , puisque la veine cave n’apporterait au cœur qu'un sang veineux désoxigéné, et nullement propre à la conservation des phénomènes vitaux.

Tout démontre au contraire, comme l’a fait observer M. de Blainville , que loin d'arriver au centre de la circulation, ce sang désoxigéné est de toutes parts versé dans des réservoirs veineux , larges et étendus, ou dans des réseaux considérables, formés par des veines , et situés à la périphérie du corps.

Aucun organe extérieur comparable à des branchies n’a été reconnu sur les Cétacés, et l’on ne peut pas penser que la peau de ces

animaux ait la faculté de sépareride l’eau une quantité donnée d’air

atmosphérique , mêlé à ce liquide, comme le font les poissons par leurs branchies , ou les grenouilles par leur enveloppe cutanée (1). La peau des Cétacés est épaisse; on trouve au-dessous du derme une couche de graisse, comparable au lard de plusieurs Pachydermes. D’après la structure bien connue de la peau (2), aucune absorption d’air ne peut être opérée par cette surface, du moins dans des proportions voulues , pour suppléer une fonction aussi importante que la respiration, et il est permis d'affirmer qu'aucun appareil comparable aux trachées des insectes n'existe chez ces animaux.

Toute introduction étant impossible à l’air, le canal situé audessus du larynx bien fermé, et l'animal étant plongé dans l’eau , il faut chercher dans d’autres dispositions organiques des auxiliaires à la respiration. Nous croyons les avoir trouvés dans les vaisseaux multiples que nous avons décrits , et dont nous donnons ici les figures (3).

Ces masses vasculaires sont manifestement artérielles , puisqu'on voit les vaisseaux quiles constituent sortir de la partie postérieure de l'aorte , en formant un tronc commun pour les deux côtés du corps , se séparer ensuite en branches droites et gauches , et chacune de celles-ci pénétrer le plexus vasculaire, ou plutôt en constituer une partie. Ces branches se divisent un petit nombre de fois: si l’on sépare et isole une de ces artères naissant du tronc

intercostal, on voit qu’elle forme des flexuosités très-multipliées

(1) F. Edwards, — Lib. cie.

(2) Voyez notre Mémoire sur la structure de la peau. (3) Voyez pl. 1, 2, 5 et4.

avant de se terminer en s'anastomosant avec une branche voisine appartenant, soit au même tronc, soit à uneartère semblable située au:dessus ou au-dessous d'elle.

C'est donc du sang rouge qui est déposé dans ces nombreuses artères, etce sang, vient de l’aorte où il est poussé à chaque sistole ducœur: La proximité du cœur, la force de contraction de cet organe dont les parois, surtout celles du ventricule gauche, sont dans le Marsouin déjà plus épaisses , ainsi que les colonnes charnues, que celles du cœur d’un homme adulte de forte complexion , toute proportion gardée, enfin, le calibre très-remarquable des artères qui sortent de l'aorte pour aller former cet organe. vasculaire , sont autant de preuves que le sang. doit arriver avec une grande force d'impulsion et en quantité suffisante pour distendre considérablement tous ces vaisseaux. Si l’on considère l'épaisseur de cette masse vasculaire et son étendue dans toute la longueur du thorax et même au dehors , ainsi que le plexus que forment ces mêmes artères depuis la base du crâne jusqu’à la partie inférieure du canal rachidien, on concevra qu'il doit.entrer une grande quantité de sang artériel dans ce réservoir. Lorsque le Cétacé est sous l’eau, etque l’air atmosphérique ne peut.plus pénétrer dans les bronches pour donnerausang des propriétés nouvelles , alors le liquide contenu dans le plexus artérielsort de ces masses vasculaires pour être peu-à-peu ramené dans l’aorte, puis être distribué partout avec le sang projeté dans ce vaisseau à chaque contraction du cœur. Enfin, ce sang des plexus artériels peut aussi revenir dans le torrent circulatoire par des branches vasculaires anastomotiques.

Nous pensons avoir suffisamment démontré , d'après la disposi-

tion anatomique:des parties , que l'organe dont nous faisons l'histoire est un diverticuhun. sanquinis, qu'il est artériel , que sa :capacité lui permet de recevoir une grande-quantité de sang ,:et que ce fluide y parvient directement-de l'aorte. Mais comment le sang retourne-t-il dans ceitroncartériel ; à quelle puissance d’impulsion-obéit-il ;-comment-peut-il marcher contre son cours ordimaire dans les’artères ; comment enfinpeut-il pénétrer dans l'aorte déjà distendue par la colonne sanguine projetée ‘par le cœur ?

Nous admettons que-le sang arrive sur tous les points de.ce réservoir lors de Ja diastole de l'aorte, et que les nombreuses ramifications artérielles par lesquelles ce divertieulum est formé, se laissent distendre au plus haut degré au moment de l'immersion de l’animal dans l’eau. Alors les alternatives d'inspiration et d’expiration n'étant plus possibles, les parois du thorax deviennent fixes et immobiles pour fournir un point d'appui solide aux muscles, et le poumon reste distendu par la profonde inspiration qui a précédé l’occlusion des évents et l'immersion de l'animal. La distension du poumon paraît si grande, que Camper (1) a reconnu que-cet organe sort du thorax en avant , le long de la trachée-artère, par l'ouverture que laisse en ce lieu le sternum et la première côte de l’un et de l'autre côté. La distension des bronches par l'air atmosphérique n’a pas seulement pour effet de recevoir une plus grande quantité de fluide gazeux, mais encore elle augmente la fixité des parois du thorax,et le poumon devient

un instrument de pression, agissant sur la masse vasculaire située

(4) Libr. cit.

sur les côtés du rachis, pression destinée à favoriser le retour du sang , contenu dans ce réservoir, vers l’aorte, par une marche rétrograde, ou en sens opposé à celui qu'a suivi le sang pour pénétrer toutes les parties de ce diverticulum.

Les plexus artériels se trouvent donc comprimés entre les parois de la poitrine, dont la cavité, par l’action des muscles, éprouve une diminution dans ses diamètres transversal et sterno-rachidien, et le poumon distendu par l’air. Cette force de pression , jointe à l’élasticité des parois artérielles , sont plus que suffisantes pour ramener le sang dans le tronc aortique , et pour vaincre la résistance que pourrait offrir la colonne de liquide qui serait déjà dans ce vais-

seau (1). à

(1) Des expériences récemment faites par M. le docteur Poiseuille viennent aussi à l’appui de ce que nous disons dans ce paragraphe. Ce physiologiste a établi, d’après un grand nombre d'observations, « que le calabre que présentent les artères et les veines est dû à la pression du liquide qu’elles charrient; que leurs parois sont incessamment distendues par le sang qu’elles reçoivent; que les vaisseaux tendent à revenir subitement sur eux-mêmes, par suite de l’élasticité de leurs parois, dès que la cause qui les dilate cesse d’agir tout à coup. Les troncs artériels et veineux, ainsi que les petites artères et les petites veines, partagent ces propriétés; mais en outre ces dernières, dès qu’elles ne reçoivent plus de sang, reviennent peu à peu sur elles-mêmes, et la diminution de leur calibre continue à avoirlieu pendant un temps plus où moins long. Ce retrait est quelquefois tel, que les vaisseaux mesentériques de la grenouille, de la salamandre, de jeunes rats et de jeunes souris se trouvent ramenés à un diamètre qui n’est que les deux tiers de leur diamètre primitif. Il a aussi démontré que ce retrait, Lloutes choses égales d’ailleurs, est plus prononcé dans les artères que dans les veines (a). »

(a) Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires ; par M. le docteur Poiseuille. Voyez les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Acad, des Sciences, etc. Paris 1835, p. 554.

Une circonstance qui semble démontrer la réalité de cette dilatation considérable des artères appartenant au diverticulum dont nous faisons l’histoire , ainsi que la pression exercée par le poumon distendu par l'air, c'est qu'il n'existe dans le thorax des Cétacés aucun des troncs veineux qu’on trouve dans les autres mammifères. Nous voulons spécialement indiquer les veines azygos. Ces vaisseaux situés, soit devant, soit derrière la masse artérielle formant notre diverticule, auraient éprouvé une compression défavorable à la fonction qu'ils remplissent , et pour éviter cet inconvénient , la nature a placé ces veines dans le canal rachidien.

On nous fera peut-être observem, qu’en admettant jusque dans l'aorte , le retour du sang contenu dans ce diverticulum pour suppléer à l’hématose suspendue dans les poumons, nous ne pouvons faire circuler ce sang rouge, tenu ainsi en réserve, que vers les parties inférieures ou sous-diaphragmatiques.

Tout en reconnaissant ce que cette observation peut avoir de spécieux, nous répondons que ces parties sous-diaphragmatiques sont celles qui ont le besoin le plus impérieux de recevoir constamment une grande quantité desang rouge pour y entretenir l'excitation et la vie. Ces parties postérieures du troncsont formées par les masses musculaires les plus considérables et les plus énergiques, organes principaux de la natation, et ces parties sous-diaphragmatiques ne sont pas seulement des agens d'impulsion pour exécuter ces mouvemens si rapides et si puissans de locomotion, mais encore cette extrémité caudale des Cétacés par la vigueur de ses muscles et par la force de leur contraction, constitue une arme offensive et

défensive très-puissante, 10.0 108$

Avec des muscles d'une contractilité si énergique pendant le séjour de l'animal sous l'eau, temps pendant lequel il n'y a plus - de respiration pulmonaire, ne fallait-il pas faire arriver continuel- ‘lement à ces muscles du sang rouge. Nous trouvons cette indica- “tion admirablement remplie par l'existence de cette masse de vais-

seaux artériels, sur les côtés de la face antérieure de la colonne rachidienne. Cependant, si la portion la plus considérable du sang artériel contenu dans ce réservoir appartient aux parties inférieures du corps , il ne faut pas croire que la même ressource n'ait pas été ménagée pour la région céphalique de l'animal. En effet, le réseau artériel, renfermé dans le canal rachidien, arrive non-seulement jusqu’au trou oecipital , mais encore il se prolonge dans la cavité crânienne ; et communique avec les artères vertébrales et carotides. Nous avons déjà fait observer que la masse vasculaire contenue dans la poitrine, s'échappe en partie au-dessus de la première côte, pour s'étendre vers la partie postérieure de la région cervicale. Si l’on considère qu'entre la base du crâne et la poitrine, il n’y a qu’un espace très-court, que les vertèbres cervicales sont très-petites , soudées entre elles, et ne constituent aux yeux de quelques anatomistes , et particulièrement à ceux de Camper (1) ; qu'une seule pièce osseuse ; on concevra dès-lors que les “parties supérieures du corps ont leur part dans la distribution du

sang’ artériel, que notre diverticule tient en réserve, pour le ren-

(1) Observations anatomiques sur la structure intérieure et le squelette de plusieurs espèces dé cétacés. Publiés par ‘son fils Adr. Gilles Camper, avec des notes ar G. Cuvier. Paris, 14820.

dre plus tard à la circulation générale, et suppléer ainsi à la

suspension de l’hématose pulmonaire (1).

(1) Pendant l'impression de notre Mémoire, nous avons reçu de l’illustre professeur de Baer de Kænigsberg un opuscule danslequelil décrit et où il a fait représenter les réseaux veineux des Cétacés, et particulièrement de quelques Dauphins. Il est à regretter qu’un homme d’une si grande habileté et d’un si profond savoir n'ait pas étendu ses recherches et ses descriptions sur les plexus artériels de ces mêmes animaux, il aurait tiré de ce sujet un bien autre parti que nous, et la science aujourd’hui, n'aurait plus rien à desirer sur ce point. Quoi qu’il en soit, voici quelquesunes des parties sur lesquelles s’est arrêté M. de Baer (a) :

« La particularité la plus remarquablé du système veineux chez ces animaux, (les Dauphins) c’est Pabsence devalvules, Je'n’en ai pu découvrir dans aucune veine : d’un calibre assez grand pour permettre des recherches avec le scalpel. —Les troncs veineux principaux sont la veine-cave antérieure et la veine-cave postérieure , mises en communication entre elles parune veine très-ample qui n’est pas l’azygos, car elle ranque, mais un sinusrachidien.Ces communications avec. le système)de, la veine-; porte sont aussi plus larges et plus nombreuses que chez les autres mammifères ; en un mot, les Cétacés sont beaucoup plus près que les autres mammifères des classes inférieures des vertébrés: —1 Le système veineux offre des-réseaux:ençore plus remurquables que le système artériel, et les canaux qui forment ces lacis vasculaires. ont une très-grande ampleur. Ceci est remarquable principalement pour les veines de la têté, où les branches à peine sorties des troncs principaux, se divisent-presque immédiatement, en réseaux. Ce.qu’il y à aussi de très-digne d'attention, c’est; qu’en; général ces réseaux veineux ne correspondent pas aux plexus artériels, ce qui rapproche encore les Célacés des animaux inférieurs, où le système veineux a très-pen de rapports avec les artères. La réunion tardive des réseaux veineux, pour former; des troncs rapproche aussi les Cétacés de l’état embryonaire des animaux sup>rieurs. En effet, on voit cette disposition fort souvent pour les grandes branches veineuses:,, et Dællinger a observé sur un fœtus. de poisson, que le tronc de; l'aorte se rendait à la veine-cave postérieure sous la forme d’un plexus. »

« Le système lymphatique se distingue par un degré de développement encore plus considérable que celui du système veineux, témoin l'énorme volume dés ganglions mesentériques (pancréas d’Azelli), de ceux du çou,,etc: ete, » ;

(4) Uber das gefæss-system des Braunfishes. Von D.-K.-E von Baer.

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