‹ Histoire ancienneChapitre 17 sur 104 · LONGIN · texte numérisé non relu

LONGIN

Denys Longin était d'Athènes , mais originaire de Syrie. Quoiqu'il excellât beaucoup dans la philosophie , Plotin disait néanmoins de lui que c'était moins un philosophe qu'un homme de lettres; et c'est en effet par les lettres qu'il s'est particulière-

' Philostr. de Vit. Sophist. 1.2, p. 575. il intitulé Progymnnsmata. (Eiercicfs ^ Aussi le livre qu'il a composé- est- préliminaires.) — U

^0 HISTOIBE ANCIENNE.

meut rendu célèbre. Il avait beaucoup d'érudition, et le discernement très-fin , très-exact et très-solide , pour juger des pièces et pour eu marquer les beautés et les défauts.

De tous ses ouvrages le temps ne nous a conservé que son Traité du sublime , qui est un des plus beaux morceaux qui nous restent de l'antiquité. L'excellente » traduction que M. Despréaux en a donnée , et qui ressemble plus à un original qu'à une copie, a mis tout le monde en état d'en juger, et à justifié l'estime générale qu'on a toujours eue de cet auteur. Cécile , qui vivait du temps d'Auguste , avait déjà composé un traité du style sublime ; mais il s'était contenté de faire voir ce que c'est , sans donner aucune règle pour arriver à cette sublimité , qui ne persuade pas tant qu'elle ravit et enlève l'esprit du lecteur. C'est ce dernier point que Longin entreprend de traiter dans son écrit ».

Entre les exemples qu'il donne de ces traits magnifiques et éclatants, il parle de Moïse en ces termes : « Le législateur des « Juifs, qui n'était pas un homme ordinaire, ayant fort bien a conçu la grandeur et la puissance de Dieu , l'a exprimée dans « toute sa dignité au commencement de ses lois, par ces paroles : « Dieu dit, que la lumière se fasse, et la lumière se fit; que la terre se fasse, elle fut faite. » L'hébreu est encore plus énergique et plus sublime ; il porte, que la lumière soit , et la lumière fut. Le mot défaire semble indiquer quelque effort , et une succession de temps ; au lieu que ces mots , que la lumière soit , et la lumière fut, marquent mieux la rapide obéissance du néant à Tordre du souverain maître.

Longin enseigna la langue grecque à Zénobie , qui épousa le célèbre Odénat, roi de Palmyre, et ensuite empereur des Romains 3. On prétendait qu'il avait conseillé à cette princesse d'écrire à l'empereur Aurélien la lettre si fîère qu'elle lui envoya durant le siège de Palmyre; et ce fut sur cela qu' Aurélien le fit mourir 4. Il souffrit la mort avec beaucoup de constance, et en consolant ceux qui témoignaient plaindre son malheur.

• ^«cenenfeea quelques parties; mais universelle. M. Boissonade y expose

en général fort négligée, — L. les doutes élevés àce sujet, avec beanconp

'On sait qu'il demeure fort douteux, de réserve et d'impartialité*. — U

à présent, que le traité du sublime soit •'> Aurel. Vict. in Anrel.

de Longin. On peut voir là-dessus la <Zos. lib. 1. notice sur Longin dans la Bibliographie

DEMETBIUS.

II y a un traité en grec touchant réhcution, lequel , pour n'être qu'un très-petit morceau de rhétorique , est pourtant capable de faire honneur à son auteur ; et on le donne à un homme dont le nom réciproquement fait honneur à l'ouvrage : c'est le fameux Démétrius le Phalérien , ainsi surnommé du. port d'Athènes nommé Phalêre, d'où il était natif. Tous les critiques néanmoins ne conviennent pas que cet ouvrage soit de lui. Il y en a qui l'attribuent à un Démétrius d'Alexandrie , bien postérieur au premier : d'autres croient qu'il est de Denys d'Halicamasse. M. Gibert prouve, par un examen judicieux de l'ouvrage en lui-même, de son style et de ses principes, qu'il n'est point de Démétrius de Phalère.

ARTICLE II

Des Rhéteurs latins.

Ce n'est point sans peine et sans contradiction que les rhéteurs^ latins vinrent à bout de s'établir à Rome.»On sait que cette ville, uniquement occupée , dans le-s premiers siècles , du soin d'affermir sa puissance et d'étendre seis conquêtes , ne donna aucune application à l'étude des beaux-arts et des sciences. Quatre ou cinq cents ans s*écoulèrent sans qu'on en fît grand cas à Rome. La philosophie y était absolument ignorée , et l'on n'y connaissait d'autre éloquence que celle qui vient de la nature et d'un génie heureux ' , sans le secours de l'art et des préceptes. Les philosophes et les rhéteurs grecs qui passèrent à Rome y portèrent avec eux le goût des arts dont ils faisaient profession. Nous avons vu que Paul Emile , dans le voyage qu'il flt * en Grèce après avoir vaincu Persée , dernier roi de Macédoine , demanda aux Athéniens de lui choisir un excellent philosophe pour achever d'instruire ses enfants.

Cette coutume avait commencé depuis quelque temps à

' « Primo qaidem Romani, qai nuHum poterairt conseqnebantur. » ( CiC de artis préeceptam esse arbitrarentnr, Orat. Ub. l,n. 14.) laatam qaantam ingenio et cogitatione ' An. R. 585. Av. J. C. 167.

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Rome ' ; mais elle y fut bientôt troublée par un édit donné sous le consulat de Strabon et de Messala , par lequel il était ordonné aux philosophes et aux rhéteurs de sortir de Rome. Ces exercices , inusités jusque-là , donnaient de Tinquiétude.

Cinq ou six ans après cet édit^ arrivèrent à Rome des ambassadeurs d'Athènes pour une affaire particulière. Tous les jeunes Romains qui avaient quelque goût pour l'étude allèrent les voir , et prirent un si grand plaisir à les entendre , qu'ils étaient ravis d'admiration. Carnéade surtout, l'un de ces ambassadeurs , qui joignait à la force dé son éloquence beaucoup de grâce et de délicatesse, s'acquit une réputation extraordipaire. Toute la vflle retentissait de ses louanges. On disait partout qu'il était arrivé un Grec avec des talents admirables, qui était au-dessus de l'homme par son grand savoir, et dont l'éloquence également vive et douce inspirait aux jeunes gens une ardeur pour l'étude qui lesportait à quitter tous les autr^ plaisirs et toutes les autres occupations. Les Romains voyaient avec grand plaisir leurs enfants s'adonnera cette érudition grecque, et s'attacher à ces hommes merveilleux. Le seul Caton , dès le commencement que cet amour des lettres se glissa dans la ville , en fut très-fâché, craignant que les jeunes gens ne tournassent de ce côté-là leur ambition et leur émulation , et qu'ils ne préférassent la gloire de bien parler à celle de bien faire. Mais quand il vit que les discours de ces philosophes, traduits en latin par un des sénateurs, couraient dans toute la ville , et y étaient lus avec un applaudissement général , il employa dans le sénat tout son crédit pour faire terminer l'affaire qui avait fait venir ces ambassadeurs à Rome , et pour hâter leur départ. « Qu'ils s'en retournent dans * leurs écoles , disait-il , et qu'ils y instruisent tant qu'ils vou- « dront les enfants des Grecs; mais que les enfants des Romains « n'écoutent ici que les lois et les magistrats , comme ils faisaient « avant leur arrivée. » Comme si l'étude de la philosophie et de l'éloquence était'opposée à l'obéissance que l'on doit aux lois et aux magistrats.

Le départ et l'absence de ces philosophes n'éteignirent point

» An. R. 591. Av. J. C. 161. Sueton. = Av. R. 597. Av. J. C. 155. Plot, in de Clar. Rbet cap. 1. Cat. Cens. p. 349.

Tardeur pour Fétude que leurs discours avaient allumée dans les esprits '. Le goût pour Féloquence devint la passion de toute la jeunesse romaine; et bien loin^que cette passion amortît dans les jeunes gens, comme Pavait appréhendé Caton, le désir de la gloire militaire, elle ne servit qu'à en relever le prix et le mérite. On en peut juger par ce que l'histoire nous apprend du second Scipion l'Africain , qui vivait dans ce temps-là. Il était, par rapport aux belles-lettres, d'un goût si fin et si délicat, qu'il fut soupçomié , aussi bien que Lélius , d'avoir eu quelque part aux comédies de Térence, ouvrage le plus parfait que nous ayons dans ce genre. Il avait toujours auprès de lui des savants du premier mérite *, comme Panétius et Polybe , qui l'accompagnaient même dans ses campagnes. Ce dernier nous marque que Scipion , encore tout jeune , et par conséquent dans le temps même dont nous parlons, avait une forte inclination pour les sciences , et que pour lors il venait tous les jours de Grèce à Rome un grand nombre de savants en tout genre. Or Scipion , pour avoir été un homme lettré , en fut-il un moins bon capitaine ? Depuis ce temps-là l'étude de l'éloquence, pendant près de cinquante ans, prit tellement faveur à Rome, qu'elle était regardée comme l'un des moyens les plus efficaces pour parvenir aux premières dignités de la république. Mais elle n'était enseignée que par des rhéteurs grecs. Ainsi tous les exercices par lesquels on formait la jeunesse se faisaient dans une langue étrangère; et cependant la langue du pays, c'est-à-dire la langue latine , était généralement négligée. Qui ne sent pas combien cet usage était, si j'ose le dire , contraire au bon sens et à la droite raison ? Car enfin c'était en latin que ces jeunes gens devaient un jour plaider au barreau , haranguer devant le peuple , dire leur avis dans le sénat : c'était donc en latin aussi qu'il fallait leur apprendre à parler et à composer. Je ne dis pas qu'il fallût exclure les compositions grecques. Comme ils ne pouvaient trouver de modèles parfaits d'éloquence que dans les orateurs grecs , il

' « Aaditis oratoribua grœcis, cogni- dinram omnisque doctrinae et auctor et

tisque eoram Utteris , adhibitisqne doc- admirator fuit, ot Polybium Panœti um-

toriba», incredibUi qnodam nostri ho- que, praBcellenteB ingenio viro», domi

minesdiceadi8tadioflagraveraat.il (Cic. militiœque secum habuerit. » Veil.

de Orat. lib. I, n. 14.) Paterc. 1. 1, cap. 13.)

* ■ Scipio tam elegans liberalium stu-

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leur était absolument nécessaire d*étudier à fond cette langue ^ et de composer en grec , pour se former sur de si excellents modèles. Cicéron pratiqua cette coutume dans un âge même déjà plus avancé, et il en apporte la raison ». « J'en usais ainsi, dit-il, « parce que la langue grecque, fournissant plus d'ornements, « accoutumait à composer de la même manière en latin. D'ail- « leurs, étudiant sous de très-habiles maîtres d'éloquence, qui « tous étaient Grecs , ils auraient été hors d'état de m'instruire « et de corriger mes compositions si je ne les avais faites en « grec. » Mais il avertit qu'il y joignait aussi des compositions latines , quoique moins fréquemment.

J'ai dit que Cicéron avait pour lors quelque âge ; Car nous verrons bientôt que dans le temps de ses premières études il ne composait qu'en grec, les rhéteurs latins ne s'Ôtant pas encore établis à Rome , ou n'ayant commencé que très-rarement à y enseigner. C'est ce qu'il est temps d'expliquer, et par où j'entrerai dans le dénombrement des rhéteurs latins , dont je dois parler dans cet article.

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