I. Histoire de ce qu'on sait de Quintilien
Il paraît que Quintilien est né la seconde année de Pempereur Claude,qui est la quarante-deuxième de Jésus-Christ. M. Dodwel le conjecture ainsi dans ses Annales sur Quintilien ; et il sera mon guide , par rapport à la chronologie , sur ce qui regarde la naissance , la vie , et les occupations de notre rhéteur, qu'il a rangées dans un ordre fort clair et fort vraisemblable.
On dispute sur le lieu de sa patrie. Plusieurs disent qu'il était de Calagurris, ville d'Espagne sur l'Èbre, nommée présentement Calahorra. D'autres croient , avec assez de fondement, qu'il était né à Rome.
On ne sait point certainement s'il était fils ou petit-fils de l'orateur Fabius , dont Sénèque le père a dit quelque chose % et qu'il a mis au nombre de ces orateurs dont la réputation meurt avec eux.
Quintilien fréquenta sans doute à Rome les écoles des rhéteurs , où la jeunesse se formait pour l'éloquence. Il employa un autre moyen encore plus efficace pour arriver à ce but, qui | était de se rendre le disciple des grands orateurs qui avaient le
S lus de réputation. Domitius Afer tenait alors parmi eux le pre- > iier rang. Quintilien ne se contentait pas d'entendre ses plaidoyers au barreau, il lui rendait aussi de fréquentes visites , et ce vénérable vieillard , qui faisait l'admiration de son siècle , ne dédaignait pas -d'entrer en conversation avec un jeune homme en qui il voyait de grands talents et de grandes espérances. C'est le service important que peuvent rendre à de jeunes avocats ceux qui ont vieilli avec gloire dans cette illustre profession, sur-
' Seneai Conlrov. lib. 5, in Prœf.
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tout lorsqu'ils ont quitté la plaidoirie , et qu'ils se sont retirés. Leur maison alors devient* comme l'école publique de la jeunesse qui aspire à la gloire de Téloquence , et qui s'adresse a eux comme à des oracles pour apprendre de leur bouche par quelle route on y peut arriver. Quintilien sut bien proOter de la bonne volonté d'Afer, et il paraît, pai^ les questions qu'il lui proposait, que son but était de se former dans ces entretiens le goût et le jugement. Il lui avait demandé un jour lequel d'entre les poètes il croyait approcher le plus près d'Homère » : f^irgile, dit Afer, est le second, mais beaucoup plus près du premier que du troisième. Il eut la douleur de voir ce grand homme , qui avait fait si longtemps l'honneur du barreau , survivre à sa propre réputation pour n'avoir pas su profiter du sage conseil d'Horace^, et avoir mieux aimé succomber que se retirer ; c'est le reproche qu'on lui fit : malle eum deficere quam desinere. Domitius Afer mourut la cinquante-neuvième année de l'ère de Jésus-Christ ; et Juvénal vint au monde cette même année.
Deux ans après <, Néron envoya Galba dans l'Espagne tarraconnaise, en qualité de gouverneur. On croit que Quintilien l'y suivit , et qu'après y avoir enseigné la rhétorique et exercé la profession d'avocat pendant plus de sept ans , il revint à Rome avec lui.
Ce fut sur la fin de cette année-là même ^ que Galba fut déclaré empereur , et que Quintilien ouvrit à Rome une école de rhétorique. Il fut le premier qui l'y enseigna par autorité publique, et aux gages de l'État ; de quoi il eut l'obligation à Vespasien^ : car 7, selon Suétone , ce prince fut le premier qui assigna sur le trésor public aux rhéteurs, tant grecs que latins , des pensions, qui montaient par an à douze mille cinq cents livres. Avant cet établissement il y avait des maîtres de rhétorique qui
I c Freqventabunt ejas domum op- tertio. » (Quint. lib. 10, cap. 1.)
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ren«.» (QuiNT.-l. 12, cap. 11.) ^ » /' /
5 « Utar -verbis liadem quœ ex AfVo * AN, J. C. 61.
Domitio javenis accepi : qui mihi in- ^ 4n. J. C. 68.
terroganti qoem Homero crederet ^Sueton. in Vespas. cap. 18.
maxime accederé -.SecundtUt inquit,esf ^ « Primus e fisco latinis graecisque
Virgilius, propior tamen primo quain rhetoribos annna centena constituit.»