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II18T. ANC. —T. IX

74 HISTOIRE ANCIEN NK.

renseignaient sans être autorisés du public. Outro ce que ces rhéteurs recevaient du public , les pères dont ils instruisaient les enfants leur donnaient une somme que Juvéual trouve fort nio« dique par comparaison à celles qu'ils employaient pour des dépenses frivoles > : car selon lui rien ne coûtait moins à un père que son fils , et il plaignait tout pour son éducation : res nulia mînoris constahit patri quant filitts. Cette somme montait à deux cent cinquante livrés : diu) sesterHa.Qnintilïea remplit la chaire de rhétorique pendant vingt ans avec un applaudissement général.

Il exerça en même temps , et avec un pareil succès , la fonction d'avocat, et se fit aussi un grand nom dans le barreau '. Quand on distribuait les différentes parties d*une cause à différents avocats, comme c'était autrefois la coutuipe, on le chargeait pour l'ordinaire du soin d'expbser le fait , ce qui demande un esprit d'ordre et une grande netteté^. Il excellait aussi dans Tart d'émouvoir les passions ; et il avoue ^, avec cet air de franchise modeste qui lui était naturel , qu'on le voyait souvent, lorsqu'il plaidait , non-seulement répandre des larmes , mais changer de visage, pâlir et donner toutes les marques d'une vive et sincère douleur. U ne dissimule pas que c'est à ce talent qu'il devait la réputation qu'il s'était faite au barreau. En effet, c'est par cet endroit principalement que l'orateur se distingue et qu'il enlève les suffrages.

Nous verrons bientôt combien il était propre pour instruire la jeunesse, et comment il venait à bout de s'en faire aimer et respecter. Entre plusieurs illustres disciples qui fréquentèrent son école, Pline le Jeune est celui qui lui a fait le plus d'honneur par la beauté de son génie , par l'élégance et la solidité de son style, parla douceur admirable de son caractère , par sa libéralité envers les gensdelettr^,et surtout par sa vive reconnaissance pour son maître^ dont il lui donnera une illustre preuve dans la suite.

> Hos inter sumptns sfstrrtia Quintiliano rnnt, quibiis ipse , qnantascBmque aum

Ut rauUam duo sufflcient. Res nulla ml- ^^^ f^^ ,^^j^ pervenisse me ad aliquod

Lonsub.t patr. quam fil.u,. [nor.s ^^^^^ ingeniicredo), fréquenter motus

(JovEHAL. 1. 3, satir. 7.) g^^^^ ut me non lacryniie solum depre-

•^ Qaintil. I. 4, cap. 2. henderint, sed paUor, et vero 8imili»do-

■• Id. lib. 6, cap. 2. lor. » (QuiNTlL.)

< f lleec dissiiuulanda mihi non fue-

SCIENCES BT ARTS. 75

Après avoir employé de suite et sans interruption vingt années, tant poiir instruire la jeunesse dans Fécole que pour défendre les particuliers dans le barreau , il obtint de l'empereur Domitien la permission de quitter ces deux emplois, également utiles et pénibles'. Instruit par le triste exemple de Domitius Afer, son maître, il crut qu'il fallait songer à la retraite avant qu'elle lui devînt absolument nécessaire, et qu'il ne pouvait mettre une fin plus honnête à ses travaux qu'en y renonçant dans un temps où on le regretterait : honestissimum Jlnem putabamus , de^ sinere dum desideraremur ; au lieu que Domitius avait mieux aimé succomber sous le fardeau que le déposer. C'est à cette occasion qu'il donne aux avocats un sage conseil. V orateur *, dit-il , s'il m'en croit ^ battra en retraite avant que de tomber dans les pièges de fa caducité , et gagnera le port pendant que son vaisseau est erwore bon et entier.

Quintilien n'avait pourtant alors que quarante-six ou quarantesept ans 3, qui est un âge encore vert et robuste. Peut-être que ses longs travaux avaient commencé d'affaiblir sa santé. Quoi qu'il en soit, son loisir ne fut point un loisir de langueur et de paresse , mais d'activité et d'ardeur, de sorte qu'il devint, en un certain secs , encore plus utile au public qu'il ne l'avait été par tous ses travaux passés ; car enfin ceux-ci furent renfermés dans les bornes étroites d'un certain nombre de personnes et d^années, au lieu que les ouvrages qui furent le fruit de son repos ont instruit tous les siècles : de sorte qu'on peut dire que l'école deQuintilien est demeurée ouverte depuis sa mort à tous les peuples, et qu'elle retentit encore tous les jours des admirables préceptes qu'il nous a laissés sur l'éloquence.

Il commença ^ par composer un traité Sur les causes de la corruption de l'éloquence y dont on ne saurait trop regretter la perte. Ce n'est point certainement celui que nous avons sous U titre de Dialogue sur les orateurs s.

Dans le temps qu'il commençait cet ouvrage il perdit le plus

i Qolntil. 1. 12, cap. 11. cap. 11.)

' « Antequam in bas «tatis veniat in- « An. J. C. 88.

gidin», rcceptai canet, et in portum in- « As. J. C. 89,

ti-gra naTC pcrvcniet. » (QuiNT. lib. 12, ^ Voyez plus bant, p. 67.

jeune de ses deux fils , qui n'avait que cinq ans ' ; et peu de mois auparavant une mort prématurée lui avait enlevé sa femme , qui n'était âgée que de dix*neuf ans , et même un peu moins.

Quelque temps après * , pressé par les prières de ses amis , il commença son grand ouvrage des Institutions oratoires , composé de douze livres : j'en rendrai compte dans la suite.

Il en avait achevé les trois premiers 3, lorsque Tempereur Domitien lui confia le soin de deux jeunes princes, ses petits-neveux, qu'il destinait pour lui succéder à Fempire. Ils étaient petits-fils de DomitiUe, sa sœur, dont la fille, nommée aussi Domitille , avait épousé Flavius Clémens , cousin germain de l'empereur : elle en ffVait eu les deux princes dont il s'agit. Ce fut une nouvelle raison pour lui de redoubler ses soins pour perfectionner son travail. Il est bon de l'entendre lui-même : l'endroit est remarquable. « Jusqu'ici , dit-il en s'adressant à Yictorius 4 , à qui « il avait dédié son ouvrage , j'écrivais seulement pour vous et « pour moi ; et , renfermant ces instructions dans notre dômes- « tique , quand elles n'auraient pas été goûtées du public , je « m'estimais trop heureux qu'elles pussent être utiles à votre » fils et au mien. Mais, depuis que l'empereur m'a chargé de « l'éducation de ses petits-neveux , serai|-ce faire le cas que je >t dois de l'approbation d'un dieu , et connaître le prix de l'hon- «i neur que je viens de recevoir, que de ne pas régler sur cette « idée la grandeur de mon entreprise.^ En effet, de quelque

■ Quintil. in Prottm. I. 6. pem, ut in omnibus, ita in eloquentia

' An. J. C. 90. quoque eminentissimum ? Quod si nenio

3 An. J. C. 91. Quintil. in Proœm. miratur poetas maximos snpe fecisse ,

I. 4. Sueton. in Dumit. c. 15! ut non solum initiis operum suorutn

* a Adhuc, yelut studia, inter nos con- Musas invocarent , sed proyecti qnoque

ferebamus , et si parum nostra insti» longins, quum ad aliquem graTiorem

tutio probaretur a coeteris, content! locumvenissent, répétèrent vota, et ve-

fore domestico usn videbamur, ut tui lut nova precatione uterentur : mihi

meique filii dlsciplinam formare satis quoqueprofeetopoterit ignosci, si, quod

putaremus. Quum vero mihi Domitia- initio, quum primum banc xnateriara

nus Augustus sororis sute nepotum de- incboaTi,non fecerim, nunp omnes in

legaverit curam, non satis honorem ju- auxilium deos, ipsumque imprimis, quo

diciorum cœlestium intelligam nisi ex neque prœsentius aliud, neqnê studiis

hoc quoque oneris magnitudinem me- raagis propitium numen est, inyocem;

tiar. Quis enim mihi aut mores exco- ut, quantum nobis expectationis ad}e-

lendi sit modus, ut eos non immerito oit, tantnm ingenii aspiret, dezterqae

probayeritsanctissimuscensor; autstu- ac volens adsit, et me qualcm easecro-

dia, ne fefellisse in his videar prioci- didit faciat.

« manière que je la regarde, soit du côté des mœurs, soit du a côté des connaissances et de Fart, que ne dois-je point faire « pour mériter Testime d'un si religieux censeur , et d'un prince «t en qui Téloquence suprême est jointe à la suprême puissance? « Que si l'on n'est point surpris de voir les plus excellents poètes, « non-seulement invoquer les Muses au commencement de leur « ouvrage , mais implorer de nouveau leur assistance lorsque « dans la suite il se présente quelque important objet à traiter, « à combien plus forte raison doit-on me pardonner, si ce que je a n'ai pas fait d'abord, je le fais m^tenant, et si j'appelle à « mon secours tous les dieux , particulièrement celui sous les « auspices duquel j'écris désormais , et qui , plus que tous les « autres , préside aux études et aux sciences ? Qu'il daigne donc « m'étre favorable , et proportionnant ses bontés à la haute « idée qu'il a donnée de moi par un choix si glorieux et si dif« « ficile à soutenir , qu'il m'inspire tout l'esprit dont j'ai besoin, « et me rende tel qu'il m'a cru let me, qualem esse eredidit, « faciat, »

Il faut avouer qu'il y a dans ce compliment beaucoup d'esprit , de noblesse , de grandeur , surtout dans la pensée qui le termine : Et qu'il me rende tel qu'il m'a cru. Mais est-il possible de pousser plus loin la flatterie et l'impiété que de traiter de dieu un prince qui était un monstre de vices et de cruautés ? Je ne sais même si dans cette dernière pensée il y a autant de justesse que de brillant : Et qu'il me rende tel qu'il m'a cru. Il ne Tétait donc pas. £t comment ce prétendu dieu a-t-il pu croire qu'il le fût? Encore si, au lieu de relever en lui la régularité et la pureté des mœurs , il s'était contenté de faire valoir son éloquence, et les autres talents de l'esprit dont il se piquait , la flatterie serait moins odieuse '. C'est ainsi qu'il le loue dans un autre endroit , où il le met au-dessus de tous les poètes. 11 y a beaucoup d'apparence que ce fut pour lors que les ornements consulaires furent accordés à Quintilien.

Le soin de l'éducation des jeunes princes dont Quintilien se trouvait chargé ne l'empêchait pas de travailler à son livre des Institutions oratoires *. La considération du fils unique qui lui

i lib. 10, c. 1. » Qui util, in Proœro. 1. 6,

restait , dont Theureux naturel méritait toute sa tendresse et toute son attention, était pour lui un puissant motif de hâter cet ouvrage, qu'il regardait comme la plus précieuse partie de Tbéritage qu*il devait lui laisser; afin, dit-it lui-même, que si un accident imprévu enlevait à ce cher fils son père, il pût , même après sa mort, lui servh: encore de maître et de conducteur.

Continuellement donc occupé < de la vue et de la crainte de sa mortalité , î! travaillait jour et nuit à son ouvrage ; et il en avait déjà achevé le cinquième livre, lorsqu'une mort avancée lui ravit ce cher fils, qui faisait toute sa joie et toute sa consolation. Ce fut pour lui , après la perte qu'il avait déjà faite du plus jeune de ses fils, un nouveau coup de foudre qui Tabattit et le renversa sans lui laisser de ressourcé. Sa douleur, ou plutôt son désespoir, éclata en plaintes et en reproches contre les dienx mêmes, qu'il accusa hautement d'injustice et de cruauté, déclarant qu'on voyait bien , après un traitement si cruel et si injuste , que ni lui ni ses enfants n'avaient point mérité , qu'il n'y a point de Providence qui veille sur les choses d'ici-bas.

De tels discours nous marquent clairement ce qu'était la probité païenne même la plus parfaite : car je ne sais si dans toute l'antiquité on peut trouver un homme d'un caractère plus doux , plus sage , plus raisonnable , plus vertueux que l'était Quintilien, selon les règles du paganisme. Ses livres sont pleins d'excellentes maximes sur Téducation des enfants, sur le soin que les pères et les mères doivent prendre pour les préserver des dangers du monde , sur l'attention que les maîtres doivent apporter pour conserver en eux le précieux dépôt de l'innocence, sur le généreux désintéressement que doivent £aire paraître les perscmnes qui sont en place , enfin sur le zMe et l'amour du bien publie.

Sa douleur aurait été très-juste si elle avait été modérée ; car jamais enfant ne dut être plus regretté que celui-ci. Outre les grâces naturelles et les talents extérieurs, un son de voix charmant , une physionomie aimable , une facilité surprenante à bien prononcer les deux langues, comme s'il eât été également né pour l'une et pour l'autre; il avait les plus heureuses dispositions qu'on puisse souhaiter pour les sciences , jointes à un

' An. J. C. 92,

SCIENCES ET ABTS. 79

goât et à une luclination pour Tétude qui étonnaient ses maîtres. Mais les qualités du cœur l'emportaient sur celles de l'esprit. Quintilien , qui avait connu beaucoup de jeunes gens , atteste avec serment qu'il n'avait jamais vu tant de probité, de naturel , de bonté d'àme , de douceur et d'honnêteté , que dans ce cher fils. II fit paraître pendant une maladie de huit mois une égalité et une fermeté d'âme que les médecins ne se lassaient point d'admirer , se roidissant avec force contre les craintes et les douleurs, et , sur le point d'expirer, consolant lui-même son père , et tâchant d'arrêter ses larmes. Quel malheur que tant de belles qualités aient été perdues ! mais quelle honte et quels reproches si des enfants chrétiens étaient moins vertueux ?

Après avoir fait trêve avec l'étude pendant quelque temps , Quintilien , revenu un peu à lui-même , reprit son ouvrage, dont il dit que le public lui devait savoir d'autant plus de gré, que désormais il ne travaillait plus pour lui-même , ses écrits , de même que ses biens , devant passer à des étrangers. Il acheva enfin ' son plan en douze livres. Il n'y avait guère mis que deux ans ; encore avait-il employé une grande partie de ce temps-là , non à le composer actuellement, mais à le préparer, en amassant, par la lecture d'une infinité d'auteurs qui avaient traité le même sujet , tous les matériaux qui devaient y entrer. £t nous avons vu combien ces deux années avaient été remplies pour lui de troubles et de tristes occupations. Il est étonnant , et presque incroyable, comment un ouvrage si parfait a pu être composé en si peu de temps. Son dessein était de suivre le conseil d'Horace > , qui , dans son Art poétique , recommanda à ceux qui écrivent de ne pas se presser de rendre publics leurs écrits. Il gardait donc les siens , afin de les revoir à loisir et à tête reposée, de laisser passer ce premier mouvement d'amour-propre et de complaisance que l'on a toujours pour ses productions , et de les examiner , non plus en auteur préoccupé , mais avec le sangfroid d'un lecteur. Il ne put pas résister longtemps à l'empressement et à l'avidité du public, impatient d'avoir ses écrits; et il

• As. J. G. 93. Epist. ad Tryph. bibl. dabam iis otium, ut refrigerato inven-

• « Usus deinde Horatii consilio, qui tionis atnore, diligentius repetitos tan.« in Arte poetica snadet, ne praecipitetur qaam lector perpendereiu. «

editio, non-umque prematur in annum;

80 HISTOIBE ANCIENNE.

se vit comme forcé de les lui abandonner^ se contentant de leur souhaiter un bon succès, et de recommander à son libraire d'avoir grand soin qu'ils fussent bien exacts et bien corrects. 11 dut se passer un an au moins avant qu'ils fussent en état de paraître. Nous avons obligation à M. l'abbé Gédoyn d'avoir mis le public, par la traduction qu'il a faite de Quintilien , en état de juger du mérite de cet auteur.

M. Dodwel croit que ce fut vers ce temps-ci » que Quintilien , délivré des soins de son grand ouvrage , qu'il venait d'achever, songea à un grand mariage*, et prit pour femme la petite-fille de Tutilius : c'est ainsi que l'appelle Pline le Jeune. Il en eut sur la fin de cette année une fille.

Domitien, malgré sa divinité prétendue , fut tué ^ dans son palais par Etienne , qui s'était mis à la tête des conjurés. Cet empereur avait fait mourir Flavius Cleraens, alors consul, sou cousin , et avait banni Flavie Domitille , sa nièce , femme de ce démens. 11 avait aussi banni sainte Flavie Domitille , fille d'une sœur du même consul. Toutes ces personnes souffrirent pour le nom de Jésus-Christ. La mort de Clémens fut ce qui avan<^a le plus celle de Domitien , soit par l'horreur et la crainte qu'elle donna à tout le monde , soit parce qu'elle anima contre lui Etienne, affranchi, et intendant des biens de Domitille, femme de Clémens, dont on l'obligeait de rendre compte, et on l'accusait de n'en avoir pas bien usé. Nerva succéda à Domitien , et ne régna que seize mois et quelques jours. Il eut pour successeur 4 Trajan, qu'il avait adopté, et qui régna vingt ans.

On ignore tout ce qui regarde Quintilien depuis la niort de Domitien , excepté le mariage de sa fille , supposé qu'il en ait eu une. Dès qu'elle fut en âge nubile, il lui donna pour époux Nonius Celer. Pline se signala dans cette occasion par une générosité et une reconnaissance qui lui font , ce me semble , encore plus d'iionneur que ses écrits , quelque excellents qu'ils soient. Il avait étudié l'éloquence sous Quintilien. Les ouvrages qu'il nous a laissés sont une bonne preuve qu'il fut un digne disciple d'uu

«An. J.C.94. 3AN-. J. C. 96.

'^ Ce secoi^d mariage n'est pascertain, * An. J. C. 98. mais paraît assez ▼raisemblable.

si grand maître ; mais le fait qui suit ne marque pas moins son bon cœur , et le souvenir toujours présent quli conservait des services qu'il en avait reçus. Dès qu'il sut que Quintilien songeait à marier sa fille , il crut devoir lui témoigner sa reconnaissance par un petit présent. La difficulté était de le lui faire accepter. Il lui écrivit sur ce sujet une lettre dont on ne peut trop admirer l'art et la délicatesse. La traduction que j'en insère ici est du célèbre M. de Sacy.

Lettre de Pline à Quintilien,

« Quoique vous soyez très-modeste * , et que vous ayez élevé « votre fille dans les vertus convenables à la fille de Quintilien > « et à la petite-fille de Tutilius, cependant, aujourd'hui qu'elle « épouse Nonius Celer, homme de distinction, et à qui ses émet plois et ses charges imposent une certaine nécessité de vivre » dans l'éclat , il faut qu'elle règle son train et ses habits sur « le rang de son mari. Ces dehors n'augmententXpas notre « dignité , mais ils lui donnent plus de relief. Je sais que vous « êtes très-riche des biens de l'âme , et beaucoup moins de ceux « de la fortune que vous ne devriez l'être. Je prends donc sur <c moi une partie de vos obligations; et, comme un second « père , je donne à notre chère fille cinquante mille sesterces « (6,250 liv. ). Je ne me bornerais pas là si je n'étais persuadé « que la médiocrité du petit présent pourra seule obtenir de « vous que vous le receviez. Adieu. »

Cette lettre de Pline nous apprend une circonstance bien glorieuse pour Quintilien ; c'est qu'après vingt années d'exercice public , employées avec une réputation et un succès étonnant , tant à enseigner la jeunesse qu'à plaider dans le barreau ; après un long séjour à la cour auprès des jeunes princes , dont l'é-

• « QnaniTlfl et ipse sis continentissi- ornatar tamen et instrnîttir. Te porro

mas, et filiam tuam ita institaeris, u^t animo beatissimum, modicum faculta-

decebat filiam tuam, Tatilii neptem : tibas scio, itaque partem oneris tul

qunm tamen sit naptara honestissimo mihi vindico, et, tanqaam parens alter

Tiroijonio Céleri, eu i ratio civiliam puellœ nostrœ, confero quinqua-ginta

ofBciorum necesslTatem quamdam nito- millia nammam : pins collataras bisi

ris imponit , débet, secnndnm condi- a verecundia tua sola mediocritate mu-

tionesmariti , veste, comitatu augeri : nusculi impetrari posse conflderem,ne

quibas non qaidem augelttr dignitas, recusares. b (Plin. lib. 6, Ep. 32.)

82 HISTOIBE ÀNClBNIiE.

dtication devait lui donner et lui avait donné sans doute un grand crédit auprès de l'empereur, il n'avait point amassé de grands biens , et était toujours demeuré dans une louable médiocrité. Bel exemple , mais qui est rarement imité 1

Juvénal pourtant fait entendre ' que Quintiiien était fort ricbe, et qu'il avait un nombre considérable de forêts, d'où il tirait sans doute un très-gros revenu.

Uode igitur lot Quinlilianus habet saltas?

Il faut nécessairement que ces richesses aient été postérieures au temps où Pline fit à Quintiiien le présent dont il a été parlé. On croit qu'elles pouvaient être l'effet de la libéralité d'Adrien, lorsqu'il fut parvenu a l'empire *, car il se déclara le protecteur des savants. Quintiiien avait alors soixante- seize ans. On ne sait point s'il a vécu longtemps après, et l'histoire ne nous apprend rien de sa mort.

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