ATTIUS
L,, Mtius ou Accius », car son nom se trouve écrit de ces deux manières , était fils d'un affranchi. Il représenta quelques pièces tragiques du vivant de Pacuvius, quoiqu'il fût plus jeune que lui de cinquante ans. On en marque quelques-unes sons TédilitédeP. LiciniusCrassusMucianus 3, cet homme célèbre , de qui Ton disait qu'il avait réuni en sa personne cinq des plus grands avantages qu'on pût posséder : étant en même temps très-riche, très-noble, très-éloquent, très-habile jurisconsulte, et grandpontife ^.
Ce poète était fort ami de D. Junius Brutus^, qui le premier porta les armes romaines en Espagne jusqu'à l'Océan. Accius composa en son honneur des vers dont ce général orna le vestibule du temple qu'il fit bâtir des dépouilles qu'il avait prises sur les ennemis.
^ PLÀUTB.
Plaute ( M, jéccius Plautus ) était de Saline, ville d'Ombriè en Italie (dans la Romagne ). Il se rendit célèbre à Home par ses comédies dans le même temps que les trois derniers poètes dont il vient d'être parlé.
Aulu-Gelle rapporte « , d'après Varron , que Plante , s'étant voulu mêler du négoce , et y ayant perdu tout ce qu'il avait , fut obligé , pour vivre , de se donner à un boulanger, chez qui il tournait une meule de moulin.
> « Q«i clamores tota carea nnper in (/>e Àmicit. n. 24.)
hoipitis mei -et amici M. Pacavii nora > An. M. 3864. Bateb. in Chron.
fabula, qanm, ignorante rege nter esset ^ Anl. Oeil. lib. 1, c. 13.
Oreste», Pylades Orestem se esae diceret, < < DitiMimoi, nobllissimns, eloqnen-
Qt pro iHo necaretur; Orestes autem, ttssimus, jarisconsaltiMimus, pontifes
iia ut erat, Orestem se em peraeTsraret ! maximus. »
étantes plaadebant in re ficta : quid ^ Val. Max lib. 8, c. 14.
arbitremar in vera factaros faiaae? » * Aal. Gell. lib. 3, c. 3»
\4i HISIOIBE ANCIENNE.
lï ne reste de tous les autres poètes qui avaient paru jusqu'à lui que quelques fragments. Plante a été plus heureux : vingt de ses comédies presque entières ont résisté au temps , et sont parvenues jusqu'à nous. Il y a beaucoup d'apparence que ses pièces se sont mieux conservées que celles des autres parce qu'étant trouvées plus agréables elles étaient aussi plus souvent rede^ mandées. On ne les jouait pas seulement du temps d'Auguste, il paraît, par un passage d'Arnobe ' , qu'elles étaient encore jouées du temps de Dioclétien , trois cents ans après la naissance de Jésus-Christ.
On a porté divers jugements de Plante. Il me semble que pour rélocution il est généralement estimé , sans doute par rapport à la pureté, à l'exactitude, à l'énergie, à l'abondance, et même à l'élégancedu discours, y arron disait que si les Muses voulaient parler en latin , elles emprunteraient le langage de Plante : licet P^arro dicat Musas.,., plautino ser motte locufuras fuisse si Saline loqui vellent ». Un tel éloge n'excepte rien , et ne laisse rien à désirer. Aulu-Gelle n'en parle pas moins avantageusement : Plaufus, homo linguœ atque ekgantixin verbis lafinas princeps ^.
Horace , bon juge sans doute en cette matière , ne paraît pas favorable à Plaute. Je rapporterai l'endroit entier.
Ai nostri proavi plautinos et numéros et ^
Laudavere sales : nimium patienter utramque , Ne dicam stulte, mirati ; si modo ego et vos Scimus inurbanum lepido sepouere dicto, Legitimumque sonum digito callemus et aure ^.
« Nos ancêtres, dit-il aux Pisons, ont loué et admiré les vers « et les railleries de Plaute , un peu trop bonnement , pour ne « pas dire sottement; s'il est vrai que vous et moi sachions dis- « tinguer dans les railleries le délicat d'avec le grossier , et que « nous ayons l'oreille assez fine pour bien juger du son et de la « cadence des vers. » Cette critique peut faire d'autant plus de tort à Plaute qu'il paraît qu'Horace n'était pas seul de ce senti-
' Arnob. 1,7.. ^ AuI, Oeil, lib. 7, r. 17.
» Quinlil. 1, 10, cap. l. * Hornt. de Art^c Poet. [v. 270].
ment, et que la cour d'Auguste ne goûtait pas plus gue lui ni la versification ni les plaisanteries de ce poëte.
La censure d'Horace tombe sur deux articles : sur le nombre et la cadence des vers , numéros , et sur les railleries , saks. Je crois qu'on ne peut pas se dispenser d'adopter le jugement d'Ho* race en grande partie. Mais il peut bien être arrivé que ce poëte, piqué de l'injuste préférence que ceux de son siècle donnaient aux anciens poëtes latins sur ceux de leur temps , ait un peu outré la critique en quelques occasions , et ici en particulier.
II est certain que Plaute n'est point exact dans ses Vers, qu'il a appelés par cette raison numéros innumeros, des nombres sans nombre, dans son épitaphe qu'il 0t lui-même : il ne s'est point assujetti à suivre une même mesure, et il a mêlé tant de sortes de vers, que les plus savants ont de la peine à les reconnaître. Il est certain encore qu'il a des plaisanteries fades, basses, et souvent outrées ; mais il en a aussi de fines et de délicates. C'est pourquoi Cicéron', qui n'était pas un mauvais juge de ce que les anciens appelaient urbanité, le propose comme un modèle* à suivre pour la raillerie.
Ces défauts de Plaute n'empêchent donc point qu'il n'ait été un excellent poëte comique. Ils sont réparés bien avantageusement par beaucoup de belles qualités, qui peuvent non-seulement l'égaler à Térence , mais peut-être même le mettre au-dessus de lui. C'est le jugement qu'en porte madame Dacier (pour lors mademoiselle liCfèvre) > dans la comparaison qu'elle fait de ces deux poëtes.
« Térence , dit-elle , a sans doute beaucoup plus d'art ; mais A il me semble que l'autre a plus d'esprit. Térence fait plus par- « 1er qu'agir ; Plaute fait plus agir que parler : et c'est le véria table caractère de la comédie, qui est beaucoup plus dans l'ac- « tion que dans le discours. Cette vivacité me paraît donner « encore un grand avantage à Plaute : c'est que ses intrigues sont « toujours conformes à la qualité des acteurs , que ses incidents
* « Daplex omnino est jocandi genns ; tiqaa comaedia , sed etiam philosopho-
nnum Uliberale, petolans, flagitioanm, rum socraticorum libri sunt referti. »
obscenam ; altemm elegans , arbanum, {De 0/fic. lib. 1, n. 104.)
ingenioflam, facetum : quo genei-e non 'Préface de la traduction de trois co-
modo Plantas noster, et Atticorum an- medies de Plaute.