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146 HISTOIBE ANCIENNE.
« sont bien variés , et ont toujours quelque chose qui surprend « agréablement ; au lieu que le théâtre semble languir quelque- « fois dans Térence , à qui la vivacité de Faction et le nœud des « incidents et des intrigues manquent manifestement. » Cest le reproche que lai fait César dans des vers que je rapporterai en parlant de Térence.
Pour donnçr aux lecteurs quelque idée du style de Plante, de sa latinité et de son langage antique , je copierai ici le commencement du prologue d'une de ses plus belles pièces , intitulée Amphitryon. Cest Mercure qui parle :
Ut vos in vostris voltls mercimoniis Ëmundis vendundisque me lœtuin lucris Afficere, atque adjuvare in rebas omnibus : .
£t ut res ratioDesque vostrorum omnium Bene expedire voltis peregreque et domi, BoDoque atque amplo auctare perptetuo lucro, Quasque incœpistis res, quasque incepiabitis : Et uli bonis vos vostrosqne omnis nuntiis Me afficere voUis; ea afferam, eaqae ut nuntiem , . Qnae maxime in rem vostram communem sient :
( Nam vos quidem id jam scitis concessum et datum . Mt esse ab diis aliis, nuntiis praesim et lucro ) : Hœc ut me voltis approbare, annitier Lucram ut perenne vobis semper suppetat :
Ita huic facietis fabulse silentium , I taque »qui et justi bic eritis omnes arbitri .
Il faut se souvenir^ pour entendre ces vers, que Mercure était le dieu des marchands et le courrier des dieux.
« Par la même raison que vous voulez que je vous sois favott rable dans vos achats et dans vos ventes, que vous souhaitez « de prospérer dans les affaires que vous avez à la ville et dans « les ^ays étrangers, et de voir augmenter chaque jour d'un pro- « fit considérable celles que vous avez entreprises, ou que vous « êtes sur le point d'entreprendre : par la même raison que vous « voulez que je vous apporte de bonnes nouvelles, à vous et à vos « familles , et que je vous apprenne des choses qui soient pour « le bien de votre réput)lique ( car vous savez ^ il y a longtemps, « qu'il m'est échu en partage d'être le dieu des nouvelles et de
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« présider au gain ) : par la même raison donc que vous voule? « que je vous accorde toutes ces choses , et que je n'oublie rien » de ce qui peut vous procurer Tavaticement de vos affaires ; « par cette même raison , il faut aussi que vous donniez une fa- « vorable attention à cette pièce , et que vous en jugiez équita- « blement. »
On rencontre de temps en temps dans Plaute de fort belles maximes pour la conduite de la vie et pour la pureté des mœurs. J'en apporterai un exemple, tiré de la pièce que j'ai déjà citée. G*est Alcmène qui parle à son mari Amphitryon, et qui renferme en peu de vers tous les devoirs d'une femme sage et vertueuse.
Non ego illam mihi dotem duco esse quse dos dicilur ; Sed pudicitiam, et pudorem, el sedatam cupidinem , Deum metum, parenlum amorem , et cognatum concordiam : Tibi morigera, atque at munifica sim bonis, prosim probis '.
« Pour moi , j'estime que la véritable dot d'une femme n'est « pas l'argent qu'elle apporte en se mariant : c'est l'honneur , « c'est la pudicité ; c'est de savoir modérer ses désirs , d'avoir « la crainte des dieux, d'aimer ceux de qui Ton a reçu la nais- « sance, et de vivre en bonne intelligence avec ses parents. Je « n'ai jamais eu d'autre but que de vous obéir en toutes choses, « de secourir les gens de bien , et de pouvoir leur être utile. »
Mais, pour quelques endroits de cette sorte, combien y en at-il de contraires à la pureté des mœurs ! 11 est bien fâcheux que ce reproche tombe presque généralement sur les meilleurs poètes du paganisme. On peut bien appliquer ici ce que dit Quintilien ' de certaines poésies dangereuses : qu'il faut les laisser absolument ignorer à la jeunesse, s'il est possible , ou du moins les réserver pour un âge plus mûr, et pour un temps où les mœurs seront en sûreté. AmovearUur, si fieri potest ; si minus, certe ad firmius xtatis robur reserventur.... cum mores in tuto fuerinU
< Act. 2y8C 2. 3Lib.J, c. 8.
TÉRENCB.
Térence naquit à Carthage, après la seconde guerre punique Tan de Rome 550 '. Il fut esclave de Térentius Lucanus , sénateur romain , qui , à cause de son esprit , non- seulement le fit élever avec beaucoup de soin, mais Taffranchit fort jeune. Ce fut ce sénateur qui donna à ce poëte le nom Térence ; car les affranchis portaient ordinairement le nom du maître qui les avait mis en liberté.
II était fort aimé et fort estimé des premiers de Rome. Il vivait surtout très-familièrement avec Lélius et Scipion T Africain , qui prit et qui ruina Numance : ce dernier était moins âgé que lui de onze ans.
Il nous reste de Térence six comédies. Quand il vendit aux édiles la première , on voulut quUl la lût auparavant à Cécile , poëte comique comme lui , et qui était fort estimé à Rome lors» que Térence commença à y paraître. Il alla donc chez lui , et le trouva à table. On le fit entrer , et comme il était fort mal vêtu , on lui donna près du lit de Cécile un petit siège , où il s'assit , et commença à lire. Mais il n*eut pas plus tôt lu quelques vers, que Cécile le pria de souper, et le fît mettre à table près de lui. Après souper, il acheva d'entendre cette lecture, et en fiit charmé. Il ne faut pas toujours juger des hommes par les dehors; un méchant habit peut couvrir un excellent esprit.
V Eunuque, qui est une des six comédies de Térence, eut un si grand succès, qu'elle fut jouée deux fois en un jour, le matin et le soir , ce qui n'était peut-être jamais arrivé à aucune pièce ; et on la paya beaucoup mieux qu'aucune comédie n'avait été payée jusque-là : car Térence en eut huit mille sesterces, c'està-dire mille livres.
C'était un bruit assez public que Scipion et LéKus l'aidaient à la composition de ses pièces ; et il l'a augmenté lui-même en ne s'en défendant que fort légèrement , comme il fait dans le prologue de ses Adelphes, qui est la dernière de ses comédies. « Pour ce que disent ces envieux , qu'il est aidé dans son tra-
1 An. m. 3818. Saeton. in Vit. Terent.
« yail par des hommes illustres, qui composent avec lui, bien « loin d'en être offensé, comme ils se Timaginent, il trouve qu'on « ne lui saurait donner une plus grande louange , puisque c'est « une marque qu'il a l'honneur de plaire à des personnes qui « vous plaisent , messieurs , et à tout le peuple romain , et qui « en paix , en guerre et en toutes sortes d'affaires , ont rendu « à la république en général , et à chacun en particulier, des « services très-considérables, sans en être pour cela plus fiers ni « plus orgueilleux. »
On pourrait croire pourtant qu'il ne s'est si mal défendu que pour faire sa cour à Lélius et ,à Scipion , à qui il savait bien que cela ne déplaisait pas. Cependant , dit Suétone dans la vie de Térence qui lui est attribuée , ce bruit s'est accru de plus en plus , et est venu jusqu'à notre temps.
Le poète Valgius, qui était contemporain d^orace, dit positivement en parlant des comédies de Térence :
Hae quae vocantur fabulae , cujus sunt?
Non bas, qui jura populis recensens * dabat,
Honore snmmo affectus fecit fabulas?
« Ces comédies, de qui sont-elles? Ne sont-elles pas de cet homme « comblé d'honneur, et qui gouvernait les peuples avec tant de « justice, ou qui donnait la loi aux peuples avec puissance et « autorité? »
Soit que Térence voulût faire cesser le reproche qu'on lui faisait de donner les ouvrages des autres sous son nom , ou qu'il eût dessein d'aller s'instruire à fond des coutumes et des^œurs des Grecs pour les mieux représenter dans ses pièces , quoi qu'il en soit , après avoir fait les six comédies que nous avons de lui, et n'ayant pas encore trente-cinq ans, il sortit de Rome, et on ne le vit plus depuis.
Quelques-uns disent qu'il mourut sur mer à son retour de Grèce , d'où il remportait cent huit [lièees qu'il avait traduites de Ménandre. Les autres assurent qu'il mourut en Arcadie, dans la ville de Stymphale, sous le consulat de Cn. Cornélius Dolabella et de M. Fulvius , et (|u'il mourut d'une maladie que lui causa
' Je ue sais p&a ce que signifie ici ce mot. 11 pourrait bien s'y Être glissé qaelqao faute —
UO HfSTOlBE ÂNGIBNNE.
la douleor d'avoir perdu les comiédies qu'il avait traduites, et celles qu'il avait faites lui-même.
Térenoe n'eut qu'une fille , qui , après sa mort , fut mariée à un chevalier romain, et à laquelle il laissa une maison et un jardin de vin^ arpents sur la voie Appienne.
Cicéron, dans une pièce de vers qui avait pour titre Léiman, d'un mot grec qui signifie prairie, avait ainsi parlé de Térence :
Tu quoque, qui solos lecto sermone , Terenti , Conversuin expressumque latina voce Menaudrum In medio populi sedatis vocibns efïers, Quidquid corne loquens, atqae omnia dulcia linquens.
C'est-à-dire : « Et vous aussi, Térence, dont lestyleest si poli « et si plein de charmes, vous nous traduisez et nous rendez parti faitement Ménafodre, 'et lui faites parler avec une grâce infinie « la langue des Romains , en faisant un choix très-juste de tout « ce qu'elle peut avoir de plus délicat et de plus doux. » Ce témoignage fait honneur à Térence ; mais les vers qui l'expriment n'en font pas beaucoup à Cicéron.
Voici les vers de César que j'ai annoncés. Ce grand homme, qui écrivait avec tant de force et de justesse , et qui avait fait même une tragédie grecque intitulée Œdipe, dit en s'adressant à Térence :
Tu quoque , tu in sommis , o dimidiate Meoander, Poneris, et merito, puri sermonis amator.
Leoibus atque utinam scriptis adjuncta foret vis Gomica, ut aequato virtus poUeret honore Cum Graecis, neque in hac despectus parte jaceres! Unum hoc maceror, et doleo tibi deesae, Terenti.
« Toi aussi , demi-Ménandre , tu es mis au nombre des plus « grands poètes , et avec raison , pour la pureté de ton style. « £t plût aux dieux que la douceur de ton langage fût aceom- « pagnée de la force qui convient à la comédie, afin que ton mé- « rite fût égal à -celui des Grecs , et qu'en cela tu ne fusses pas « fort au-dessous des autres ! Mais c'est ce qui te manque , « Térence ; et c'est ce qui fait ma douleur. » Le grand talent de Térence consiste dans un art inimitable
de peindre les mœurs et dMmitef la nature avec une simplicité si uaîve et si peu étudiée , que chacun se croit capable d'écrire de la même sorte, et en même temps si élégante et si ingénieuse, que personne n*a pu jamais en approcher. Aussi est*ce parce talent , c'est-à-dire par cet art merveilleux répandu dans toutes les comédies de Térence , qui charme et enlève sans avertir et sans frapper par rien de brillant, qu'Horace caractérise ce poëte :
ViDcere Caedlius gravitate, Terentius arte ( dicitur ) ^
Térence joint à une extrême pureté de langage et à un style simple et natui^el toutes les grâces et toute la délicatesse dont sa langue était susceptible , et parmi tous les auteurs latins il n'y en a point qui ait autant approché que lui de l'atticisme , c'est-àdire de ce qu'il y avait de plus fin , de plus délié , de plus parfait chez les Grecs. Quiutilien, en parlant de Térence», dont il se contente de dire que les écrits étaient fort élégants , remarque que le langage romain ne rendait que très-imparfaitement cette finesse de goût et cette grâce inimitable réservée aux Grecs seuls, et qui ne se trouvait même que dans le dialecte attaque : vix levemconsequimur unibram, adeo utmihi sermo ipse romanus non recipere videatur illam solis concessam Atticis venerem, quando eam ne Grxci quidem in atio génère linguœ obtinuerint II est fâcheux que la matière de ces comédies les rende dangereuses à la jeunesse. Je m'ensuis expliqué au long dans le Traité des Études,