CATULLE
Catulle ( Caîus ou Quintus Falerius CatuUas) naquit à Vérone , Tan de Rome 666 '. La dâicatesse de ses vers lui acquit Tamisé et Testime des savants et des beaux esprits, qui étaient pour lors à ^ome en grand nombre.
11 écrivit contre César deux épigrammes satkiques, dans Tune desquelles il le traite avec une hauteur et un air méprisait que Quintilien a raison de traiter d'extravagamœ *.
Nil nimiam , Cœsar , studeo tilii velle fylacere ; Mec sdre ntrum sis ater an aifons bomo.
Ces vers, quelque injurieux qu'ils fassent, ne servirent qu'à faire éclater la modération de la personne offensée. César ne dissimula pas son mécontentement, mais il se contenta d'obliger le poète à lui faire satisfaction, et il l'invita à souper pour le soir même.
Une fflmpltcîté él^ante , des grâces naturelles, font le caractère de Catulle. Heureux s'il n'avait point déshonoré souvent cette aimable naïveté par une impudence cynique !
LABEBIUS ( DECIinJS).
Labérius^bevalier romain, réussit admirablement à faire des mimes, qui étaient de petites pièces comiques. A Rome, ^n homme de naissance qui composait des poésies pour le théâtre
* An. m. 3916. homo sit : Insania. » (QuiNT. lib. 11 »
' < Negat ae magal facere aliquis cap. 1.) poctarum , utrum Casar atét an albus 3 An. M. 3962.
160 HISTOIBB ANCIENNE.
ne se dégradait point ; mais il ne pouvait les représenter luimême sans se déshonorer. Malgré cette opinion établie de loague main , Jules César pressa vivement Labérius de monter sur le théâtre pour y jouer une de ses pièces , et lui donna pour cet effet une somme considérable. Le poëte s'en défendit longtemps ; mais enfin il fallut céder : les prières d'un prince ' en de pareilles occasions sont des ordres. Dans le prologue de cette pièce Labérius-exhale sa douleur d'une manière fort respectueuse pour César, et en même temps fort touchante. C'est un des plus beaux morceaux de l'antiquité. Je l'ai inséré tout entier, avec la traduction, dans le premier tome du Traité des Études, Macrobe nous l'a conservé avec quelques autres fragments de la même pièce.
Il nous apprend aussi que ce chevalier romain, outré de dépit d'avoir vu ainsi sa vieillesse déshonorée , pour . s'en venger en la manière seule dont il le pouvait , fit malignement couler dans la pièce dont nous venons de parler quelques traits piquants^contre César. Un valet maltraité par son maître s'écriait : Romains, à mon secours ! nous perdons ta liberté.
Porro, Quirites! libertatem perdimus.
Et peu après il ajoutait : Il faut nécessairement que celui qui se fait craindre de beaucoup de personnes en craigne aussi lui-même beaucoup,
Necesse est multos timeat quem malti timent
Tout le peuple, à ces traits ^ reconnut César, et jeta les yeux sur lui. Quand la pièce fut finie, César, comme pour le réhabiliter dans la dignité de chevalier romain, à laquelle il avait dérogé par complaisance pour lui, le gratifia d'un anneau, qu'on pouvait regarder comme de nouvelles lettres de noblesse. Labérius alla ensuite pour prendre sa plafce parmi tes chevaliers , qui se serrèrent de telle sorte, qu'il n'en trouva point.
SYBUS.
P. Syrus était Syrien de nation , d'où lui est venu son surnom
. > fl Potestas, non solam si invitet, gênas, rogabat qui jabere poteraL » sed et si supplicet, cogit. » ( Macrob.) (AU&on.) « Quod est potentissimam imperandi /
de Syrus. p*esclave qu'il était à Rome , où on Tavait amené encore enfant , il devint affranchi très-jeune , et fut instruit avec beaucoup de distinction. Il excella dans la poésie mimique, où il devint le rival de Labérius, qu'il surpassa même, au jugement de Jules César. Mais on croit que cette préférence qu'il lui donna ne fiit que pour mortifier Labérius , qui avait jeté dans sa pièce quelques traits malins contre lui.
Nous avons un ouvrage de Syrus qui renferme des sentences en vers iambes libres , rangées selon l'ordre alphabétique. Sénèque le père rapporte le sentiment de Gassius Sévérus, qui mettait ces sentences au-dessus de ce qu'il y a de meilleur dans les poètes comiques et tragiques. C'est beaucoup dire. Sénèque le fils les regardait aussi comme un excellent modèle.
On a donné depuis peu au public une traduction de ces sen« tences , et d'un poème de Cornélius Sévérus intitulé l'Etna, qui n'avaient jamais paru dans notre langue. On doit savoir gré aux auteurs qui cherchent ainsi à l'enrichir d'ouvrages anciens qui lui sont inconnus, et nouveaux pour elle. Ce traducteur ' observe que la Bruyère a répandu dans ses Caractères presque toutes les sentences de P. Syrus ; et il en rapporte plusieurs exemples , tels que ceux-ci :
Fortuna asu dat multa, mauCipio nihil.
Levis est fortuna : cito reposât qaod dédit,
« La fortune ne donne rien : elle ne fait que prêter pour un « temps. Demain elle redemande à ses favoris ce qu'elle semble « leur donner pour toujours. »
Mortem timere crudelius est quam mori.
« La mort n'arrive qu'une fois, et se fait sentir à tous les mo- « ments de la vie. Il est plus dur de l'appréhender que de la « souffrir. »
Est vita misero loDga, felici brevis.
« Jjà vie est courte pour ceux qui sont dans les joies du monde : « elle ne paraît longue qu'à ceux qui languissent dans l'afnic- « tion. »
* H. Accarias de Sérionne, avocat an conseil.
ik.