L. 1, sat
174 HISTOIRE ANOIENNB.
iDoorrupta fides, nodaque Tentas y
Quando illnm inyenieDt parein?
Maltis ille bonis flebilis occidil, NuUi flebiiior quam tibi , Yirgili.
Tu frustra plus, heu ï non ita creditum Poscis Quintilium deos.
Quand Virgile lui-même partit pour la Grèce, dans le dessein d'employer le repos qu'il y allait ch»*cher pour revoir son Enéide, et y mettre la dernière main , Horace composa à l'occasion de ce voyage une ode pleine de vœux, qui malheureusement ne furent pas exaucés. C'est la troiàème du premier livre.
Sic te, diva potens Cypri ,
Sic fratres Helenae , lucida sidéra , Ventornmque regat pater,
Obstrictis aliis, praeter lapyga , NaYis , quae tibi creditum
Debes Yirgilium : ûtdbm atticis Reddas iocolumeoiy precor,
£t serves animae dimidiam me».
On peut juger de la tendre amitié de Mécène pour Horace par ce peu de mots qu'il écrivit à Auguste dans son testament : Je vouscof^ure de vous souvenir d! Horace comme de moi-même. Auguste lui offrit la charge de secrétaire du cabinet, et écrivit pour cet effet à Mécène de cette manière : Jusqu^icije n^ai eu besoin de personne pour écrire mes lettres à mes amis; mais aujourd'hui que je me vois accablé d affaires et infirme , je sofuhaiteque vous m'ameniez notre Horace, Il passera de votre table d la mienne ', etU m^ aidera à faire mes lettres. Horace , qui aimait fort sa liberté , ne crut pas devoir accepter une offre si honorable , mais qui l'aurait fort gêné , et s'excusa sur ses infirmités vraies ou supposées. Le prince ne fut nullement choqué du refus qu'Horace fit de cette charge , et n'en fut pas moins de ses amis. Quelque temps après il lui écrivit en ces termes : Usez-en
* Le texte porte : veniet igitur ah qu'Horace n'était point de la maison
Uta parasitica mensa ad hano regiam. de Mécène , et par conséquent n'ayait
« 11 passera de votre table , où il n'est point droit de manger à sa table. Le
« que parasite , à cette table royale. » mot de parasite est déshonorant dans
La plaisanterie d'Auguste roule sur ce notre langue.
SCISNCBS BT ABTS. 176
à monégard avec liberté % commeHvaus étiez moncomniensal; cette qualité vous en donne le droit, f^ous savez bien que Je voulais que vous vécussiez avec moi de cette manière, si votre santé Veut permis.
Combien de réflexions ce récit nous fournirait sur la bonté d'Auguste, sur la franchise d'Horace, sur la douceur du commerce qui régnait alors dans la société, sur la différence des moeurs anciennes avec les nôtres ! Un secrétaire du cabinet à table avec un empereur ! Un poète qui refuse cet honneur sans que l'empereur s'en trouve oàensé !
Horace ne se plaisait qu'à ses maisons de campagne , soit dans le pays de Sabine , soit à Tivoli ; où , libre de soms et d'inquiétudes , il goûtait dans une agréable l'etraite toute la douceur du repos, unique objet de ses vœux.
O rus y quando ego te aspiciam ! quandoque licebit Nnnc veterum libris, dudc sommo et inertibus horis Ducere soliicit» jucunda oblivia vilœ!
La cour, qui plaît tant aux ambitieux , n'était pour lui qu'un exil et une prison. Il ne comptait vivre et respirer que quand il retournait à sa chère campagne , où il se trouvait plus heureux que tous les rois de la terre.
Vivo et regno; simul ista reliqoi Quae vos ad cœlam effertis clamore secundo.
Il mourut > sous le consulat de G. Marcius Gensorinus et de C. Asinius Gallus, âgé de cinquante-sept ans, après avoir nommé Auguste son héritier devant des témoins ^ la violence de son mal ne lui ayant pas donné le temps de signer son testament. Il fut enterré à l'extrémité des Ësquilies, joignant le tombeau de Mécène , qui était mort la même année, peu de temps avant lui. Il avait toujours souhaité de ne lui pas survivre , et semblait même s'y être engagé par un serment.
Alil te meie si parte m aDÎmae rapit Maturior vis , quid moror altéra,
* « Sume tibi aliquid jnris apnd me, TaletudiDem taani fleri posset. » ( Su£-
tanquam si convictor mihl fueris. Rectc TON. in Vita f^irg.)
enim et non temerè feceris , quoniam > An. M. 3^7. Av. J. C. 7. id uftu« milii tecura esae Tolui , si per
176 HISTOIBS ANCIENNE.
Nec cariis œqiie , nec superstes loteger ? lUe dies utramque Ducet roinam. Nod ego perfidum Dixi sacramentum. Ibimus,ibioiuSy
Utcumque prâcedes, supremiim
' Carpere ite;' comités parati '.
Les ouvrages d*Horace se réduisent à ses odes , ses satires et ses épîtres, et à l'art poétique.
J*ai parlé de ses odes, et en ai marqué le caractère en les comparant avec celles de Pindare.
Les satires et les épîtres me paraissent d'un prix infini. Elles n'ont rien au dehors qui avertisse, rien qui frappe. C'est pour l'ordinaire une pure prose mise en vers, et même dénuée ée tout l'éclat et de toute la douceur de l'harmonie poétique. Ce n'est pas qu'Horace ne pût faire de très-beaux vers. L'endroit où il s'excuse sur son incapacité d'écrire les grandes actions d'Auguste ne montre-t-il pas combien il en était capable?
Capidum , pater optime , vires Deficiant. Neque enim quivis horrentia pilis Âgmina , nec fracta pereuntes cuspide Gallos , Aut labentis equo describat valnera Parthi * .
Y a-t-il dans aucun poète une description plus élégante , plus expressive, plus énei^ique, et qui peigne un fait avec des couleurs plus vives que celle du repas que donne le rat de campagne au rat de ville ?
Olim Rusticus urbanum murera mus paupere fertur Accepisse cavo, veterem vêtus hospes amicum : Asper , et attentus quœsitis ; ut tamen arctum Solveret hospililsanimum. Quid multa? Neque illi Sepositi ciceriSy nec longae invidit avenœ :
Aridum et ore ferens acioum , semesaque lardi Frusta dédit, cupiens varia fastidia cœna Yincere tangentis maie singula dente superbo ^ .
Le reste de la fable est du même goût. '
» [L.2, od. 17] 3 L.2,5at.$,
'L. 2,»at. 1.
SCIENCES ET ABTS. 177
Cette élégance , cet agrément, cette vivacité d*expressions et d'images, ne se trouvent point (je dis pour l'ordinaire) ni dans les satires , ni dans les épitres. Qu'est-ce donc qui en rend la lecture si intéressante ? C'est la délicatesse, Furbanité, la raillerie fiue, la manière aisée, qui y régnent : c'est un certain tour de naïveté, de simplicité, de vérité: c'est cette négligence même affectée dans la mesure du vers, laquelle contribue à donner un air plus naturel au discours, effet que produit dans notre langue le style marotique : c'est un fonds de raison, de bon sens, de jugement , qui se fait sentir partout : c'est un art merveilleux de peindre le caractère des hommes, et de mettre leurs défauts et leurs ridicules dans tout leur jour. Il faut qu'il y ait dans tout cela une grande beauté foncière et essentielle pour faire une si vive impression sur les esprits sans le secours des grâces , du nombre et de l'harmonie poétique.
Quintilien se contente , après avoir parlé de Lucile, de dire « qu'Horace a beaucoup plus d'élégance, plus de pureté de style', « et qu'il excelle à critiquer les mœurs et les vices des hommes.»
L'art poétique, joint à quelques satires et à quelques épîtres , qlii roulent sur la même matière, renferme tout ce qu'il y a de plus essentiel pour les règles de la poésie. On peut regarder ce petit traité comme un excellent abrégé de rhétorique, très-propre à former le goût.
Je ne dis rien des mœurs d'Horace. A n'en juger que par certains endroits, on le prendrait pour le plus honnête homme du monde , et même pour un austère philosophe. Si on l'en croit, « il trouve long et ennuyeux tout le temps qui l'empêche de « s'appliquer sérieusement à l'objet seul digne de nos soins , qui <« est également utile aux pauvres et aux riches , et qui , lorsqu'on « lé néglige, nuit également aux vieillards et aux jeunes gens.»
Sic mihi tarda fluunt iogrataque tempora , qaae spem Consiliumque morantar agendi gnaviter id quod iEque paoperibus prodest , locapletibas aeque , iSque neglectuin senibus puerisqae nocebit ^.
' i Multo est tersior ac purus maf^is morea prœcipuus. » (Lîl). 10, cap. 1.) Horatius , et ad notandbs hominum ' [l*. 1 « epist. l , t. 23. ]
Dans le fond, c'est un vrai épicurien , uniquement occupé de ses plaisirs, si peu mesuré dans ses sentiments et dans ses expressions, qu'il n'est point d'honnête homme, comme le dit Quiatilien de lui-même, qui voulût en expliquer certains endroits : Horaiium in quibusdam nolim interpretari. Cela n'empêche point qu'il ne s'y trouve aussi d'excellentes maximes pour les mœurs. 11 en est d'Horace comme de tous les auteurs païens : quand on ne heurte point leur passion dominante , et qu'il s'agit seulement de débiter de beaux principes, non de les mettre en pratique, alors ils parlent raison, et souvent même religion, en très-beaux termes et très-exacts : ce qu'on doit regarder comme des restes précieux des sentiments d'estime pour le beau et l'honnête, gravés dans le cœur des hommes par l'auteur de la nature et que leur corruption n'a pu entièrement éteindre.