CLAUDIEN
Claudien ( Claudius ) , poëte latin et païen , natif de Canope en Egypte , a vécu sous Arcade et Honorius , qui lui firent dresser une statue. Il mourut peu après Arcade.
11 mérite le premier rang entre tous les poètes héroïques qui ont paru depuis l'heureux siècle d'Auguste. De tous ceux qui ont tâché de suivre et d'imiter Virgile , il est celui qui approche le plus de la majesté de ce poëte , et qui tient le moins de la corruption de son siècle. On sent bien quUI avait beaucoup de génie , et qu'il était né pour la poésie. Il était plein de ce feu qui produit l'enthousiasme. Son style est châtié, doux, élégant, et en même temps noble et élevé. Il a trop de saillies de jeunesse , et est trop enflé. Il a de l'esprit et de l'imagination ; mais il est bien éloigné de cette délicatesse de nombre et de ce tour naturel de vers que les connaisseurs admirent dans Virgile. 11 retombe sans cesse dans la même cadence , ce qui fait qu'on a peine à le lire sans se lasser.
SCIENCES ET ABTS. 201
Entre les diverses pièces de Claudien , ses invectives contre Ruûn et contre vEutrope ont été fort estimées.
ÀUSONE.
Ausone ( Decius ou plutôt Decimus Magnus Ausonius ) naquit à Bordeaux.
A rage de trente ans il fut choisi pour y enseigner la grammaire, puis la rhétorique. Il s'acquit une si grande réputation dans ce dernier emploi , qu'on l'attira à la cour impériale pour le faire précepteur de Gratien , fils de l'empereur Valentinien » . 11 accompagna son élève dans le voyage que fit ce jeune prince en Allemagne avec son père.
Cet emploi lui acquit les premières dignités de l'empire. Il fut fait questeur par Valentinien. Après la mort de ce prince ,v Gratien le fit préfet du prétoire; et il eut deux fois cette charge, premièrement pour l'Italie et l'Afrique , et ensuite pour les Gaules. Enfin il le déclara consul >. On vit pour lors vérifiée de nouveau la maxime de Juvénal : que quand il plaît à la fortune on passe de la fonction du rhéteur à la charge de consul.
Si fortuoa volet, fies de rhetore consul.
L'empereur, en lui conférant cette dignité , n'oublia rien de ce qu'il put imaginer de plus obligeant et de plus honnête. Ce doit être la science des princes, de savoir ainsi assaisonner leurs présents et leurs bienfaits. Il dépécha promptement un courrier à Ausone pour lui donner avis de sa nomination au consulat, et lui écrivit en ces termes : « Comme je songeais il y a « quelque temps à créer des consuls pour cette année , j'invo- « quai l'assistance de Dieu , comme vous savez que j'ai accou- « tumé de faire en tout ce que j'entreprends, et comme je sais « que vous désirez que je fasse. J'ai cru devoir vous nommer « premier consul , et que Dieu demandait de moi cette recon- « naissance pour les bonnes instructions que j'ai reçues de « vous. Je vous rends donc ce que je vous dois ; et sachant « qu'on ne peut jamais s'acquitter ni envers ses pères ni envers
' An. 367. 3 Ausou. in Grat. act..