‹ Histoire ancienneChapitre 45 sur 104 · SAINT PAULIN · texte numérisé non relu

SAINT PAULIN

Saint Paulin , évéque de Noie , était de Bordeaux. Il naquit vers Tan 353. 11 eut pour maître dans les lettres profanes le celèl)re Ausone , dont je viens de parler. Saint Paulin déclare plus d'une fois qu'il devait tout à Ausone , qu'il appelle son patron , son maître , son père ^ et à qui il se reconnaît redevable (le sa bonne éducation , de la connaissance qu'il avait des lettres , ^ de son élévation dans les charges et les dignités.

Tibi disciplinas, dignitatero, litteras,

Liagose et togœ , et famîe decus , Provectus , altus , institiitus debeo ,

Patrone, prœceptor, parens'.

Il fit un grand progressons un tel maître. Ausone l'en félicite dans plusieurs de ses poésies, et il avoue, ce qui n'est pas peu pour un poëte , que son disciple a emporté la palme sur lui pour les vers.

Cedifflos kigeaio, quantum prœcedimus a)\o.

Assorgit musse n^stra camœna ta» ^

La retraite de saint Paulin , qui était allé se cacher dans la solitude en Espagne , lui attira de violents reproches de la part d' Ausone. Cet homme mondain lui écrivit ^ plusieurs lettres pour se plaindre de son injurieux oubli , dans lesquelles il s'emporte contre sa Tanaquil ; c'est le nom odieux qu'il donnait à Thérasie, sa femme, à qui il imputait ce changement. 11 accusait son disciple d'avoir perdu sa douceur ancienne et d'être devenu sauvage et misanthrope. Il lui attribuait assez clairement un esprit renversé par une noire mélancolie , qui lui faisait fuir la compagnie et la conversation des hommes. C'est le reproche ordinaire que font les* gens du monde à ceux qui le quittent.

La divine Providence empêcha qu'il ne reçût aucune de ces lettres avant qu'il fût assez fort pour résister aux pièges que le démon lui tendait par la main d'un maître anciennement estimé et tendrement aimé. Au bout de quatre ans , il en reçut trois à

• Carra. 10. 3 id. ep. 24 et 25.

' Aoson. epist. 20.

la fois, auxquelles il répondit de son côté par plusieurs lettres, Après avoir rendu raison de son long silence , il s'excuse de se remettre à la poésie profane , qui ne convenait point à une personne comme lui , qui ne voulait plus songer qu'à Dieu.

Qiiid abdicatas , in meam curam j pater,

Redire musas praecipis?

Negant Camœnis , nec patent Âpoilini

Dicata Christo pectora.

Il dit qu'il est bien éloigné maintenant d'invoquer ni Apollon ni les Muses , divinités sourdes et imbéciles ; qu'un Dieu plus puissant s'est saisi de son esprit , et demande de lui d'autres sentiments et un autre langage.

Nunc alia menteru vis agit, major Deus, Aliosque mores postulat.

Il décrit ensuite le changement merveilleux que la grâce opère dans le cœur de l'homme lorsqu'elle s'en est saisie par droit de conquête, et qu'elle se l'est entièrement assujetti en lui faisant perdre par un chaste plaisir le goût des anciennes voluptés , en étouffant toutes les peines et toutes les inquiétudes de la vie présente par une vive foi et une vive espérance des biens futurs , et en ne lui laissant d'autre soin que de s'occuper de son Dieu, dont il repasse les merveilles , dont il étudie les saintes volontés, s'efforçanl de lui rendre un hommage digne de lui par un amour sans partage et sans borne.

Hic ergo nostris ut suum prœcordiis

Vibraverit cœlo jubar, Âbstergit aegrum corporis pigri situm,

Habitumqne mentis innovât.

Exiiaurit orane quod juvabat antea ,

Castse voluptatis vice.

Totoque nostia jure domini vindicat

Et corda , et ora , et tempora.

Se cogîlari , intelligi , credi , legi , ^

Se vult timeri et diligi. Msius inancs, quos movet vi(œ labor

Prœsenlis aivi Iramite , Abolet futurse cum Deo vitîie fldes, etc.

Il ajoute à tout cela une forte protestation de ne manquer jamais à ce que les obligations qu'il avait à Ausone demandaient de lui.

Les louanges qu' Ausone , en plusieurs endroits , donne à saint Paulin semblent regarder plutôt les poésies qu'il avait faites avant son renoncement aux muses profanes que celles qu'il a composées depuis : car après une abdication si rare et si généreuse il s'est étudié à éteindre la plus grande partie de son feu , et, ayant étouffé en lui tout désir de la réputation humaine, il a rabaissé son esprit et son style , et s'est renfermé dans les bornes d'une simplicité ennemie de tout orgueil , telle que la modestie chrétienne l'exige. Il a même porté le détachement jusqu'au point de ne se pas soucier de garder l'exactitude de la prosodie. Mais dans tout cet air négligé, qui paraît autant dans sa versification que dans le fond même du style de sa poésie, on trouve toujours de certains agréments naturels , qui font aimer l'auteur et ses ouvrages.

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