‹ Histoire ancienneChapitre 50 sur 104 · THUCYDIDE · texte numérisé non relu

THUCYDIDE

On place la naissance de Thucydide au commencement de la 77 * olympiade *, treize ans après celle d'Hérodote.

II eut pour pèreOlore (appelé ainsi du nomd'^un roi deThrace) , et pour mère Hégésipyle. Il comptait parmi ses ancêtres l'ancien Miltiade, fîlsdaCypsèle, fondateur du royaume de la Chersonèse, qui, du consentement de Pisistrate, s'était retiré en Thrace, et y avait épousé Hégésipyle , fille d'Olore , roi de Tlirace , dont la fille apparemment, qui portait le même nom , fut mère de notre historien.

' M. Larcher place cette anecdote sion nouveUe. — L.

sur Thucydide lors de la lectare qu'Hé- ' C'est là qu'il termina son ouvrage,

rodote fit de son ouvrage aux jeux — L.

olympiques, en 456 avant J. C. ; mais ^ An. M. 3533. Av. .T. C. 471. Mar-

toutes ces dates exigeraient une discus- cellin. de vila Thucydid. Suida».

212 HISTOIBE ANCIBNNB.-

Celui-ci étudia la rhétorique sous Antiphon, et la philosophie sous Anaxagore. Il parle du premier dans son huitième li?re *, et dit qu'il fut d'avis d'abolir à Athènes le gouvernement populaire et d'établir les quatre-cents.

Nous avons déjà dit qu'à l'âge de quinze ans ^ il avait entendu avec un extrême plaisir la lecture de l'histoire d'Hérodote , soit à Olympie , soit à Athènes.

Porté à l'étude par une inclination violente, il ne songea point à s'engager dans l'administration des affaires publiques : il eut soin seulement de se former dans les exercices militaires qui convenaient à un jeune homme de sa naissance. Il eut de l'emploi dans les troupes , et fit quelques campagnes.

A l'âge de ving^sept ans ^ il fut chargé en partie de conduire et d'établir à Thurium^ une nouvelle colonie d'Athéniens. Cet emploi l'occupa pendant trois ou quatre ans, après quoi il retourna à Athènes.

Pour lors il épousa une fille de Thrace fort riche , et qui y possédait un grand nombre de mines. Ce mariage le mit fort à son aise , et lui fournit de quoi faire une dépense assez considérable. Nous verrons bientôt l'utile emploi qu'il en fit.

Cependant la guerre du Péloponnèse s.'alluma ^ dans la Grèce, et y excita de grands mouvements et de grands troubles. Thucydide ^, qui prévoyait qu'elle serait de longue durée , et qu'elle aurait d'importantes suites , forma dès lors le dessein d'en écrire l'histoire. L'important était d'avoir des mémoires bien fidèles et bien sûrs , et de se faire instruire de part et d'autre dans le dernier détail de toutes les circonstances de chaque expédition et dechaque campagne. C'est ce qu'il fit d'une manière admirable et qui a peu d'exemples. '> .

Comme il servait dans les troupes d'Athènes, il fut lui-même témoin oculaire d'une bonne partie de ce qui se passa dans l'armée des Athéniens, jusqu'à la huitième année de cette guerre 7, c'est-à-dire jusqu'au temps de son exil, dont voici quelle fut l'oc-

' Thucyd. 1. 8 , pag. 592. nombre des colons. — L.

2 An. m. 3548. Av. J. C. 456. & AN. M. 3673. Av. J. C. 431.

» An. M. 35e>0. Av. J. C. 444. « Thucyd. 1. 5, p. 561.

* Ce fait, rapporté par le seul Mar- ' An. M. 3580. Av. J. C. 424. Thacyd.

cellin, est douteux; Lysias, l'orateur, 1. 4, pag. 321. qui n'avait alors que quioseans, fut du

casioQ. Il avait été commandé pour aller au secours d'Amplii- ' polis, sur les frontières de la Thrace , place d'une grande importance pour les deux partis. Brasidas , général des Lacédémoniens , le prévint, et prit la ville. Thucydide, de son côté, prit Eïoiie , située sur le Stry mon. Cet avantage, qui était assez peu considérable en comparaison delà perte qu'avait faite Athènes par la prise d'Ainphipolis, fut compté pour rien. On lui fît un crime à Athènes d'avoir manqué par sa lenteur à secourir Amphipolis ; et le peuple, animé par les cris tumultueuxde Cléon, le punit de sa prétendue faute , et le condamna à l'exil.

Thucydide mit sa disgrâce à profit , et la fît servir à la préparation et à l'exécution du grand dessein qu'il avait formé , de composer l'histoire de cett^ guerre. Il employa tout le temps de son exil, qui dura vingt ans , à ramasser avec plus de soin que jamais des mémoires. Le séjour qu'il fit depuis ce temps-là , tantôt dans le pays de Sparte, tantôt dans celui d'Athènes, lui facilita extrêmement les recherches qu'il avait à faire. Il n'épargna point la dépense pour y réussir, et fit de grandes largesses à des ofYîciers des deux partis pour être instruit par leur moyen de tout ce qui se passait dans les deux armées. Il avait déjà employé la même voie pendant qu'il était dans le service.

Les Athéniens, après que Thrasybule eut chassé d'Athènes les trente tyrans ', permirent à tous les exilés de revenir, excepté aux Pisistratides. La tyrannie était tellement détestée à Athènes, que près de cent ans après l'expulsion des Pisistratides leur famille et leur nom y étaient encore en horreur. Thucydide profita de ce décret , et revint à Athènes après un exil de vingt ans : il en avait pour lors soixante-huit. Ce ne fut que dans ce temps, selon M. Dodwel, que Thucydide travailla réellement à la composition de son histoire , dont il avait ramassé jusque-là et disposé les matériaux avec un soin incroyable. Elle avait pour objet, comme je l'ai déjà dit, la fameuse guerre du Péloponnèse, qui dura vingt-sept ans. Il ne la conduisit que jusqu'à la vingt-unième année inclusivement. Les six années qui restaient furent suppléées par Théopompe etXénophon. Il employa dans son histoire le dialecte attique, comme le plus pur, le plus élé-

• An. m* 3601. Av. J (, 403.

il 4 HISTOIRE ANCIENNE.

gant, et en même temps le plus fort et le plus énergique : d'ailleurs c'était le langage d'Athènes, sa patrie >. Il nous avertit luimême qu'en la composant il chercha, non à plaire à ses lecteurs , mais à les instruire. C'est pourquoi il appelle son Histoire, non un ouvrage fait pour l'ostentation, â^cdviaaa , mais un monument qui devait toujours durer, xT%a U àst. Il la distribue régulièrement par années et par campagnes. Nous avons une traduction de cet excellent historien par M. d'Ablancourt '.

On croit que Thucydide survécut l'espace de treize ans à son retour de l'exil, et à la fin de la guerre du Péloponnèse ^. II mourut âgé de plus de quatre-vingts ans, selon quelques-uns à Athènes, selon d'autres dans la Thrace , d'où l'on rapporta ses os à Athènes. Plutarquedit que de son temps on montrait encore le tombeau de Thucydide dans le monument même de la famille de Cimon.

Comparaison cf Hérodote et de Thucydide.

Denys d'Halicarnasse , excellent historien et critique , dans une lettre adressée au grand Pompée, compare ensemble Hérodote et Thucydide, les deux historiens grecs tes plus estimés , et marque le jugement qu'il en porte , tant pour le fond de l'histoire même que pour le style qui y est employé. Je rapporterai ici les principaux traits de cette petite dissertaticm. Il faut se souvenir que notre critique était d'Halicarnasse aussi bien qu'Hérodote, ce qui pourrait le faire soupçonner peut-être de quelque partialité en faveur de son compatriote.

Page 1