XÉNOPHON
J'ai exposé ailleurs assez au long tout ce qui regarde les actions et les ouvrages de Xénophon. Je n'en dirai ici qu'un mot, pour en rappeler le souvenir et les dates dans l'esprit du lecteur.
Xénophon , fils de Gryllus, naquit à Athènes la troisième année delà ^T olympiade^. Il était plus jeune que Thucydide d'un
I Quintil. 1. 10, cap. 1. y 'tend continueUement , saas le per-
^ Insian» sibi est difficile à rendre; dre de yae, sans se détoarner, sans s'a-
cVst-à-dire , qu'il est toujours presse, muser.
qu'il se hâte d'aller à son but , qu'il ^ An, M. 3554. Ar. J. C. 430.
Wgitized by V^OOQIC
SCIENCES ET ABTS. 321
peu plus de vingt ans. Il fut grand philosophe, grand historien» grand général.
11 s'engagea dans les troupes du jeune Cyrus <, qui marchait contre son lEirère Artaxerxe Mnémon, roi de Perse , pour le détrôner. Cest ce qui fut la cause de son exil, parce que les Athéniens étaient alors amis d'Artaxerxe. La retraite des dix mille, sous la conduite de Xénophon, est connue de tout le monde, et a rendu son nom célèbre à jamais.
Depuis son retour, il fut toujours employé dans les troupes lacédémoniennes, d'abord dans la Thrace, puis dans l'Asie, jusqu'au rappel d'Agésilas, qu'il accompagna jusqu'en Béotie. Alors il se retira à Scyllonte, où les Lacédémoniens lui avaient donné en propre une terre, située assez près de la ville d'Élide.
Sa retraite ne fut pas oisive. Il proGta du repos qu'elle lui laissait pour composer ses histoires. Il commença par /a Cyro* pédie, qui est l'histoire du grand Cyrus renfermée en huit livres. Elle fut suivie de celle du jeune Cyrus, qui est la fameuse expédition des dix mille, en sept livres ; puis il écrivit l'histoire grecque, en sept livres aussi, qu'il commença où Thucydide avait fini la sienne. Elle contient l'espace à peu près de quarante-huit ans, depuis le retour d'Alcibiade dans l'Attique jusqu'à la bataille de Mantinée. Il a fait aussi plusieurs traités particuliers sur des sujets historiques *.
Son style, sous un air de simplicité et de douceur naturelles, cacbe des grâces inimitables , que les personnes d'un goût peu délicat sentent et admirent moins, mais qui n'ont pas échappé à Océron, et qui lui ont fait dire « que les Muses paraissaient avoir parlé par la bouche de Xénophon ; » Xenopkontis voce Musas quasi locutas ferunt \
Quintilien 4 dans l'éloge qu'il nous en a laissé ne fait presque qu'étendre cette pensée. Quid ego comniemorem Xenopkontis jucunditatem illam inaffectatam , séd quam nulla possit affectaiio conseguif utipsœ finxisse sermonem Gratix videan* tur ; et quodsie Perîcle veteris comœdix tesHmonium est, in
* An. m. 3603. Av. J. G. 401. deux traités sar la cavalerie ; et l'Hiéron.
' Lef Dits mémorables de Socrate; — U
le Goayemement de Sparte et d'Athè- ^ Qrat. n. 62. uesj un traité des revenus de l'Attique; * Lib. 10, c. 1.
232 nlSTOIBB ANCIENNE.
hune fransferrijustissime passif, in labris ejus sedisse quamdam persuadendi deam. « Quelles louanges ne mérite poiot « cette douceur charmante de Xénophon; si simple, si éloignée « de toute affectation, mais que nulle affectation ne saura ja- « mais atteindre ! Vous diriez que les Grâces elles-mêmes oot « composé son langage ; et Ton pourrait lui appliquer justement « ce que Fancienne comédie disait de Périclès , que la déesse de « la persuasion résidait sur ses lèvres. »