PHILON. APION
Philon était un Juif d'Alexandrie , de la race sacerdotale , et des plus illustres familles de toute la ville. Il avait étudié avec ua grand soin les livres sacrés qui faisaient la science des Juifs. Il se rendit aussi très-célèbre dans les lettres humaines et dans la philosophie, surtout dans celle de Platon. Il fut député par les Juifs d'Alexandrie vers l'empereur Caïus Caligula pour maintenir le droit de bourgeoisie qu'ils prétendaient avoir dans cette ville.
Outre beaucoup d'autres ouvrages , il écrivit en cinq livres , selon.Ëusèbe ', les maux que les Juifs souffrirent sous Caïus. Nous n'en avons conservé que les deux premiers , dont l'un a
, i Uttwb. I. 2, cap. 5. Eaaeh» \. 2^e 18.
SCIBNGBa ET ABTS. 235
poar titre, Légailotk à Caiu&, Les trois antres ont été perdus. On dit que Philon ayant lu sous Claude en plein sénat les écrits qu'il avait faits contre Fimpiété de Caîus , ils y furent si estimés , qu'on les fit mettre dans la bibliothèque publique.
Apiûtt , ou Appion % était Égyptien , né à Oasis , à l'extrémité deTÉgypte. Mais, ayant obtenu le droit de bourgeoisie à Alexandrie, il se fît passer pour Alexandrin. Il était grammairien de profession , comme on appelait alors ceux qui étaient habiles dans les lettres humaines et dans la science de l'antiquité. Il fut mis à la tête des députés que ceux d'Alexandrie envoyèrent à Rome vers Caïus contre les Juifs de la même ville.
Il avait été élevé par Didyme, célèbre grammairien d^AIexandrie >. C'était un homme de grande littérature , et qui possédait parfaitement l'histoire grecque , mais fort plein de lui-même, et entêté de son mérite 3.
Ce qu'on cite de hii c'est son Histoire d'Egypte , où il renfer* mait presque tout ce qu'il y avait de plus mémorable dans ce pays si fameux. Il y parlait fort mal contre les Juifs , et encore plus dans un autre ouvrage, où il avait ramassé contre eux toutes sortes de calomnies.
L'histoire d'un esclave nommé Androcle, qui fut nourri trois ans par un lion qu'il avait guéri d'une plaie , et reconnu ensuite par le même lion à la vue de toute la ville de Rome , lorsqu'il était exposé aux bêtes , doit être snrrivée vers le temps dont nous parions, puisque Apion, de qui Aulu-Gelle la cite^, assurait l'avoir Tuedesesy^ix. L'esclave en eutJa vie et la liberté pour récompense, avec le lion même. Cette histoire est décrite fort au long dans Aulu-Gelle , et mérite d'être lue.^
JOSBPHE.
Josèphe était de Jérusalem, et de la race sacerdotale. Il naquit en la première année de Caius *. Il fut si bien instruit, qu'à l'âge de quatorze ans les pontifes même le consultaient sur ce qui regar-
> La aenle vraie orthographe est pris ane réeenslon on 6i6p0b>(7i;
Apion , qai est dérivé da nom du dieu des poèmes homériques. — L. Apit, comme Sarapion l'est de Serapls, s Suidas. Aul. GeU. lib. 5, c. 14. -y * Id. ibid.
Apioo est le dernier qai ait entre- s an. J. C, 37. Joseph, in Tita sua.
clait la loi. Après avoir examiné avec soin les trois sectes qui partageaient alors les Jui&, il choisit celle des pharisiens.
A IMge de dix-neuf ans » il commença à prendre part aux affaires publiques*.
Il soutint avec un courage incroyable * le siège de Jotapat , qui dura près de sept semaines. La ville fut prise en la treizième année de Néron. Cette prise coûta bien cher aux Romains , et Yespasien y fut blessé. On y compta quarante mille Juifs de tués. Josèphe , qui s'était caché dans une caverne , fut enfin contraint de se rendre à Yespasien.
Je ne rapporte point tout ce qui se passa depuis ce temps-là jusqu'au fameux siège et à la prise de Jérusalem : il en fait lui-même le récit fort au long , et l'on peut le consulter. Je remarque seulement que pendant toute cette guerre , et lors même qu'il était encore captif, Yespasien et Tite voulurent toujours l'avoir auprès d'eux : de sorte qu'il ne s'v passait rien du tout dont il n'eût une entière connaissance ; car il voyait luimême tout ce qui se faisait du côté des Romains , et l'écrivait exactement ; et il apprenait des transfuges , qui s'adressaient tous à lui , ce qui se passait dans la ville , qu'il ne manquait pas sans doute aussi d'écrire aussitôt.
Ce fut apparemment après la prise de Jotapat , et lorsqu'il se vit engagé à vivre avec les Romains, qu'il apprit la langue grecque. Il avoue ^ qu'il ne put jamais la bien prononcer, parce qu'il ne l'avait pas apprise de jeunesse , les Juife estimant peu l'étude des langues. Photius juge que sa phrase est pure 4.
Après que la guerre fut finie , Tite , s'en allant à Rome , l'y amena avec lui^. Yespasien le fit loger dans la maison qu'il avait avant que d'être empereur, le fit citoyen romain, lui assigna une pension, lui donna des terres dans la Judée, et lui témoigna beaucoup d'affection tant qu'il vécut. Ce fut sans doute Yespasien qui, en le faisant citoyen , lui donna le nom de Flavius, qui était celui de sa famille.
Dans le loisir que Josèphe avait à Rome , il s'occupa à écrire
» An. J. C. 56. < Phot. c. 47.
2 An. J. C. 67. * AN. J. C. 71.
•» Anliq. 1. 20, cap. 9.
Thistoire de la guerre des Juifs sur les mémoires qu'il en avait dressés. Il la composa d'abord en sa langue propre , qui était à peu près la même que la syriaque. Il la traduisit ensuite en grec pour les peuples de TEmpire , en remontant jusqu'au temps d'Antiochus Épiphane et des Machabées.
Josèphe fait profession d'y rapporter avecune entière sincérité tout ce qui s'est fait de part et d'autre, ne se réservant de l'affectioo qu'il avait pour sa nation que le droit de plaindre quelquefois ses malheurs, et de détester les crimes des séditieux qui en avaient causé la ruine totale.
Dèsque son histoire grecque fut achevée , il la présenta à Vespasienet à Tite, qui en furent extrêmement satisfaits '. Celui-ci, dans la suite , ne se contenta pas d'ordonner qu'elle fût rendue publique, et mise dans une bibliothèque ouverte à tout le monde ; mais il signa de sa main l'exemplaire qui y devait être mis , pour montrer qu'il voulait que ce fût d'elle seule que tout le monde apprît ce qui s'était passé pendant le siège et à la prise de Jérusalem.
Outre la sincérité et l'importance de cette histoire , où l'on trouve l'accomplissement entier et littéral des prédictions de Jésus-Christ contre Jérusalem, et la vengeance terrible que DieO tira de cette malheureuse nation pour la mort qu'elle avait fait souffrir à son fils , l'ouvrage en lui-même est fort estimé pour sa beauté. Le jugement que porte Photius de cette histoire , c'est qu'elle est agréable , pleine d'élévation et de majesté , mais sans excès et sans enflure ; qu'elle est vive et animée ; pleine de cette éloquence qui excite ou apaise à son gré les mouvements* de l'âme ; remplie d'excellentes maximes de morale ; que les harangues en sont belles et persuasives ; et que quand il faut soutenir les deux
' Josèphe avait fait tout ce qu'il fal- perstitions ridicules. Josèphe ajoute
lait pour que son livre ne dépl&t point quelquefois au récit des événements
aax Romains. En faisant usage des des détails qui les dénaturent ; et par.
livres saints, et, à leur défaut, des tout il représente la nation juive sous
traditions et desrautres monuments his- le point de vue qui devait le moins
joriqucs qui pouvaient exister alors, offusquer l'orgueil des maîtres de la
il se permit une assez grande liberté ; terre. C'est dans le 18^ livre que se
il passa sous silence on atténua tout trouve le fameux passage sur Jésus'
<^e qui, dans l'histoire des Juifs, pou- Christ : ce passage a excité de grandes
vait déplaire à un peuple aux yeux et nombreuses controverses : la plupart
duquel ee que la religion juive avait s'accordent à le regarder comme uno
de plus respectable n'était que des su- iuterpolation. — L.
238 HISTOIBB AlfCIEIfnE.
partis opposés elle est féconde en raisons adroites et plausibles pour Tun et pour Tautre. Saint Jérôme loue > Josèphe encore plus avantageusement en un seul mot , qui le caractérise parfaitement, en rappelant le Tite-Live des Grecs.
Après que Josèphe eut écrit l'histoire de la ruine des Juifs , il entreprit de faire Thistoire générale de cette natipn , en la commençant dès l'origine du monde, pour faire connaître à toute la terre les grandes merveilles de Dieu qui s'y rencontrent. C'est ce qu'il exécuta en vingt livres , auxquels il donne lui-méaie le titre â*Jntiquités, quoiqu'il les continue jusqu'à la douzième année de Néron , en laquelle les Juifs se révoltent II paraît qu'il adressa cet ouvrage à Épaphrodite, homme curieux et savant. On croit que c'est ce célèbre affranchi de Néron que Domitien fit mourir en l'an 95. Josèphe acheva cet ouvrage en la cinquantesixième année de son âge*, qui était la treizième du règne de Domitien.
Il y fait profession^ de ne rien ajouter à ce qui est dans les livres saints , dont il a tiré ce qu'il dit jusqu'après le retour de la captivité de Babylone, et de n'en rien retrancher. Mais il ne s'est pas acquitté de cette promesse aussi religieusement qu'il aurait été à souhaiter. Il ajoute quelques faits qui ne sont point de l'Écriture ; il en retranche un plus grand nombre , et en déguise quelques autres d'une manière qui les rend tout humains et leur fait perdre cette grandeur divine et cette majesté que leur donne la simplicité de l'Écriture. On ne peut pas aussi l'excuser de ce que souvent, après avoir rapporté les plus grands miracles de Dieu, il en affaiblit l'autorité en laissant à chacun la liberté d'en croire ce qu'il voudra.
Josèphe voulut jmndre à ses Antiquités l'histoire de sa vie , durant qu'il y avait encore plusieurs personnes qui pouvaient le démentir, s'il s'éloignait de la vérité. 11 paraît en effet qu'il la fit aussitôt après ^; et on l'a considérée comme une partie du vingtième livre de ses Antiquités. Il l'emploie presque toute à décrire ce qu'il fit étant gouverneur de Galilée avant la venue de Vespasien.
' Hieron. epist. 22. ^ in pnrFat.