‹ Histoire ancienneChapitre 68 sur 104 · CESAR · texte numérisé non relu

CESAR

C. Julius César se distingua autant par l'esprit que par le courage. 11 s'appliqua d'abord au barreau, et y brilla. Il n'y eut que l'envie d'occuper le premiei- rang dans la république par la puissance , qui l'empêcha de disputer aussi le premier rang dans le barreau par l'éloquence^. Son caractère particulier était la force , la véhémence. On sentait dans ses discours le même feu qu'il flt paraître dans les combats. A cette vivacité

1 Lib, 3, n. 20. 3 « c. rero Cresar, si foro lantum

2 « Roma, ant circa urbem, malta vacauet, non alias ex nostris contra ea hieme prodigia facta, aat (quod Cieeronem acminaretar. Tanta in en evenire solet motis semel in religionem vis est, id acumen, ea concitatio, ut animis ) multa nunciata et temere cre- illom eodem animo diiisse quo beUadita sont, m ( Liv. 21 , n. 62.) Yit appareat. Exornat tameu hspc om-

« Cnmis {adeo rainimis ftiam rehiis nia mira sennonis, cnjas proprir stu-

praTa religio inscrit deos) mures in diosas fuit, elegantia. i (QuiNT. 1. 10,

wde Jovis aurum rosisse nuaciattim cap. I.) est. » (Lib. 27, n. 23.)

de Style il joignait une grande pureté de langage , dont il avait fait une étude particulière , et dont il se piquait plus qu'aucun autre Romain.

Il composa plusieurs ouvrages ; entre autres , deux livres sur Tanalogie de la langue latine. Qui croirait qu'un aussi grand homme de guerre que César s'occuperait sérieusement à composer des traités sur la grammaire? Combien nos mœurs et nos inclinations sont différentes de celles de ces temps-là ! C'est dans l'un de ces livres de l'analogie* qu'il recommandait particulièrement d'éviter , comme un écueil , les expressions nouvelles et iDSolltes : tanqtuzm scopulum, sic/ugias insolens verbum.

On avait aussi de loi plusieurs plaidoyers. Outre là pureté et la délicatesse de la langue latine S qui convient , dit Atticus, bu plutôt Cicéron , non-seulement à tout orateur , mais à tout citoyen romain, on y admire tous les ornements. de l'art oratoire , mais principalement un talent merveilleux à peindre les objets , et à mettre dans tout leur jour les choses dont il parle.

Il ne nous reste de César que deux ouvrages , qui sont les sept livres de la guerre des Gaules , et les trois de la guerre civile. Ce ne sont , à proprement parler , que des mémoires , et il ne les avait donnés que sur ce pied-là : CommentariL II les composait à la hâte ^, sans étude , et dans le temps même de ses expéditions , uniquement dans la vue de laisser des matériaux aux écrivains, pour en composer une histoire. Il y a mis sans doute cette netteté de style et cette élégance qui lui étaient naturelles; mais il a négligé tous les ornements brillants^qu'un génie aussi heureux que le sien pouvait répandre dans un ouvrage de cette nature. Cependant tout simple 4 et négligé qu'il pouvait paraître, on convenait généralement , dit Hirtius, qu'aucun autre écrit, quelque travaillé et quelque limé qu'il fût, n'approchait de la beauté des Commentaires de César. Son dessein n'avait

' Aul. GcU. llb, 1, c. 10. 3 « Cœteri qoam bcne atqûe emen-

3 « Qaiim (inqait A.tticas) ad banc date, noê etiam qnam fticile atqne cele-

elegantiam verboram latinorum (quae, riter eos confecerit, scimus. » (HiRT«

«tiamv orator i\on «ia, et sis ingenuus prtef. lib. S, de Bell. Gatl.)

civia rom^nus, tamen necessaria est) < « Constat inter omnes nibil tam

ndjungit iUii oratoria ornamenta dis- operose ab aliis esse perfectum, quod

cpudi, tum videtur tanquam tabulas non horum elegantia Commentariornm

bene pictas collocare in bono lamine, » snperetur. » (IIjrt. ibid.) (Cic. in Brut. n. 20îî. )

été que de fournir des matériaux à ceux qui voudraient en composer une histoire en forme. « En quoi, dit Cicéron, il peut avoir « fait plaisir à de petits esprits, qui ne craindront point d'en dé- « figurer les grâces naturelles par le fard et rajustement qu'ils « voudront y ajouter; mais tout homme sensé se donnera bien « de garde d'y toucher en aucune sorte , ni d'y faire aucun « changement ; car rien ne fait tant de plaisir dans l'histoire « qu'une brièveté de style si claire et si élégante. ^ Dum voliiit alios habere parafa unde sumerent qui mllent scribere historiant, ineptis fartasse gratum fecit ^ qid volent iUa calamistris inurere; sanos quidem homines a scribendo deterruU. Nihil enim est, in historia , pura et illustri brevitate dulcius. Hirtius emploie aussi ta même pensée à l'égard des écrivains qui songeraient à composer une histoire sur les mémoires de César. « Gertainepnent, dit-il, il leur en fournit le moyen; mais, « s'ils sont sages , il doit leur en oter l'envie pour toujours. » Adeo probantur omnium jitd'éio, utprxrepta nonprxbUa JaciUtas scriptoribus videatur. La traduction des Commentaires de César par M. d' Ablancourt est fort estimée. Elle pourrait devenir encore meilleure si d'habiles mains la retouchaient en quelques endroits.

César avait par lui-même un bel esprit et un heureux naturel, on ne peut pas en douter; mais il avait pris soin aussi de le cultiver * par une étude assidue, et de l'enrichir de tout ce que la littérature avait de plus rare et de plus exquis : et c'était par ce moyen qu'il était venu à bout de l'emporter, pour la pureté du langage et pour la délicatesse du style , sur presque tout ce qu'il y avait de plus éloquents orateurs à Rome. J'en fais exprès la remarque , après Cicéron , pour animer notre jeune noblesse à suivre un si bel exemple, en joignant à la louange du courage celle des talents de l'esprit et des belles connaissances. J'ai vu de jeunes seigneurs anglais , qui m'ont fait l'honneur de me rendre visite, très-instruits dans les belles-lettres, tant grecques que latines, et fort versés dans l'étude de l'histoire. Ici la jalousie,

* « Audio ( inquit Atticus) Catsarem its quidem reconditis et exquisitts,

omnium fere oratorum latine loqui summoqné studio et diligentia est con-

elegantissime... Et ut esset perfecta illa secutus. » (Cic. in Brai. n. 252 et 253. hcue loquendi laus , multis litteris , et

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OU , pour parler plus juste , Témulation est louable entre nation et nation. Nos jeunes Français ne le cèdent à aucune nation pour la vivacité et la solidité de Fesprit. Ils doivent se piquer, ce me semble, de ne céder en rien aux étrangers, et de ne point leur abandonner la gloire de l'érudition et du bon goût.

C'est à quoi César semble les exhorter. Ses Commentaires doivent être continuellement entre leurs mains. C'est le livre des gens de guerre. Dans tous les temps , les grands généraux l'ont regardé comme leur maître. La lecture de ce livre a toujours fait leur occupation et leurs délices. Us y voient la pratique des règles de l'art militaire , soit pour les sièges, soit pour les batailles. Ils peuvent y apprendre aussi la manière de faire des mémoires, ce qui n'est pas un talent médiocre. Userait à souhaiter que tous nos généraux missent par écrit régulièrement toutes les opérations des campagnes où ils ont commandé. Quel secours ne serait-ce point pour une histoire ! quelle lumière pour la postérité! Y a-t-il rien de plus estimable que les mémoires de M. de Turenne, imprimés dans le second tome de sa vie , et que ceux de Jacques II, roi d'Angleterre, alors duc d'York?

Hirtius acheva ce que César n'avait pu faire. Le huitième livre de la guerre des- Gaules est de lui , aussi bien que ceux de h guerre d'Alexandrie et de celle d'Afrique. On doute qu'il soit l'auteur du livre qui traite de la guerre d'Espagne.

PATEECULUS.

Caïus , ou Publius , ou Marcus Velléius Paterculus floiissait sous l'empire de Tibère. Il y a beaucoup d'apparence qu'il naquit l'an de Rome 735 ». Ses ancêtres furent illustres par leur mérite et parleurs charges. Il était tribun des soldats lorsque Caïus César, petit-fils d'Auguste, s'aboucha avec le roi des Parthes dans une île de l'Euphrate *. Il commanda dans la cavalerie en Allemagne sous Tibère, et il accompagna ce prince , pendant neuf années consécutives , dans toutes ses expéditions. Il en reçut des récompenses honorables. Il fut élevé à la préture l'année même qu'Auguste mourut K

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