‹ Histoire ancienneChapitre 79 sur 104 · PLINE LE JEUNE · texte numérisé non relu

PLINE LE JEUNE

L'auteur dont je commence à parler est un des hommes de l'antiquité qui méritent le plus d'être connus. Je tracerai d'abord un plan de sa vie , que je tirerai de ses lettres mêmes , où Ton trouvera toutes les qualités d'un homme de probité et d'honneur, avec un caractère de bonté et de générosité le plus aimable qu'il soit possible d'imaginer. Puis je donnerai quelque idée de son style, par des extraits tirés de son panégyrique de Trajan , qui est la seule pièce d'éloquence de lui qui soit parvenue jusqu'à nous.

Abrégé de la vie de Pline le Jeune.

Pline le Jeune naquit à. Côme 3, ville d'Italie, d'une scieur de Pline le naturaliste, qui l'adopta ensuite pour son fils.

' Mb. l, c. 1. 3 AN. J.C. (il.

- Traité des hluder, t 1.

330 mSTOIBS ANCIINNB.

Ayant perdu son père de fort bonne heure ' , il eut pour tuteur Virginius Rufus , l'un des plus grands hommes de son siècle , qui le regarda toujours ccMnme son propre fils , et en prit un soin particulier. Virginius , devenu suspect et même odieux par ses vertus aux empereurs^ eut néanmoins le bonheur de se sauver de leur jalousie et de leur haine. H vécut quatrevingt-trois ans, toujours heureux , toujours admiré. L'empereur l'rajan lui fit faire des obsèques magnifiques, et Corneille Tacite, consul , prononça Toraison funèbre.

Pline ne fut pas moins heureux en maîtres qu*il l'avait été en tuteur. Nous avons vu ailleurs qu'il étudia la rhétorique sous Quintilien , et qu'il fut de tous ses disciples celui qui lui fit le plus d'honneur, et qui lui marqua aussi le plus de reconnaissance. Toute la suite de sa vie sera une preuve du goât qu'il avait pris dans l'école de ce célèbre rhéteur pour les belles lettres en tout genre. Dès l'âge de quatorze ans il composa une tragédie grecque ^ Il s'exerça depuis presque en toutes sortes de poésies. C'étaient là ses amusements.

Il crut devoir entendre aussi Nicète de Smyme , célèbre rhéteur grec , qui était alors à Rome ^.

Je mets au nombre de ses maîtres Rusticus Arulénus, qui avait été tribun du peuple en 69, et qui faisait profession de la philosophie stoïcienne 4. Son mérite et sa vertu devinrent pour lui un crime sous un empereur qui s'^en était déclaré l'ennemi 5, et lui firent perdre la vie. Il avait pris un soin particulier de former Pline à la vertu , et celui-ci en avait conservé une vive reconnaissance.

Pline fut envoyé en Syrie , où il servit pendant quelques années à la tête d'une légion ^. Là , tout le temps que son devoir lui laissait libre , il le donnait aux leçons et aux entretins d'Euphrate, célèbre philosophe, qui crut dès lors voir dans Pline tout ce qu'il fut dans la suite. 11 fait un beau portrait de ce [hilosophe. Son air, dit-îl, est sérieux ', sans être chagrin. Son

« Lib. 2, epiet. 1. « Lib. 1 . epist. 10.

^ Lib. 7, epist. 4. ' c Nullas borror in vuUu,nttna tris-

^' Lib. 6 , epist. 6. titia , ronlttim severitatis. Reverearis

' Lib. 1 , epist. 14. orcursum , non reformides. Vitap sanc-

^ Domitien. titas snmma, comitas par. Insectator

SeiKNCES £T A&TS. 35 f

abord inspire le respect, sans imprimer la crainte. Son extrême politesse égale la pureté de ses mœurs. Il fait la guerre aux vices , et non pas aux hommes. Il ramène ceux qui s'égarent , et ne \&ai insulte point.

De retour à Rome, il s'attacha plus que jamais à Pline le naturaliste , qui Pavait adopté , en qui il eut le bonheur de trouver an père, un maître, un modèle, un guide parfait. Il recueillait ses moindres discours , il étudiait toutes ses actions.

Son oncle, alors âgé de cinquante-six ans , fut obligé d'aller du côté de Naples , pour y commander la flotte que les Romains avaient à Misène. Pline le Jeune l'y suivit , et l'y perdit par le funeste accident dont j'ai parlé ailleurs.

Destitué d'un tel appui , il n'en cherclia que dans son propre mérite , et se tourna tout entier du côté des affaires publiques. Il plaida sa première cause à dix-neuf ans '. Encore tout jeune, il parla devant les centumvirs dans une affaire où il fallait combattre contre tout ce qu'il y avait de plus accrédité dans Rome, sans excepter ceux que le prince honorait de sa faveur. C'est cette action qui la première le fit connaître ' , et lui ouvrit une porte à la réputation qu'il s'acquit dans la suite. Il continua depuis , avec une approbation aussi universelle que rare dans une ville où Ton ne manquait ni de concurrents ni d'envieux. Il eut phis d'une fois la satisfaction de se voir rentrée du barreau fermée par la foule des auditeurs qui l'attendaient quand il devait plaider 3. 11 fallait qu'il passât au travers du tribunal des juges pour arfiver à sa place. 11 lui est arrivé de parler quelquefois sept heures y et d'en être seul fatigué.

11 ne plaida jamais que pour l'intérêt public, pour ses amis , ou pour ceux à qui leur mauvaise fortune n'en avait point laissé 4. La plupart des autres avocats vendaient leur ministère , et à la gloire , autrefois le seul prix d'un si noble emploi , ils avaient substitué un sordide intérêt. L'empereur Trajan , pour arrêter ce désordre , donna un décret ^ qui lit beaucoup de plaisir et en

vitia , non bomines : nec castigat erran- ^ Lib. 4, epi«t. 16.

tes , sed emendat. » * Lib. 5 , epist. 14.

• Lib. 5 , epîst. 8. Lib. 1 , epiat. 18. * Par c« décret il était ordonné à ton»

• c illa actio mibi anres bomioum, ceux qui avaient un procès de faire scrillajauuani faroa; patefecit. » ment qu'ils n'avaient rien donné , riea

même temps beaucoup d'honneur à Pline. « Que je suis content, « disait- il , de ne nVêtre pas seulement abstenu de faire aucun » traité pour les causes dont je me suis chargé, mais d'avoir tou- « jours refusé toutes sortes de présents, et jusqu'à des étrennes! « Il est vrai que tout ce qui n'a pas l'air honnête se doit éviter', « non comme défendu , mais comme honteux. Il y a pourtant » je ne sais quelle satisfaction à voir publiquement défendre ce « qu'on ne s'est jamais permis. »

11 se faisait un plaisir et même un devoir d'aider de ses avis et de produire dans le barreau des jeunes gens de famille et de bonne espérance'. Il ne se chargeait de certaines causes qu'à condition qu'on lui donnerait pour adjoint un jeune avocat^. Le comble de sa joie était d'en voir qui , en suivant ses conseils et ses traces, commençaient à se distinguer dans îa plaidoirie*. De quel bon cœur, de quel fonds d'amour du bien public partaient de tels sentiments !

Ce fut par ces degrés que bientôt Pline monta jusqu'aux premières charges de l'État. Il y porta partout les vertus qui l'y avaient élevé. Dès le temps de Domitien il fut fait préteur.

Ce prince fat'ouche , qui regardait comme une censure de sa conduite l'innocence des mœurs , chassa de Rome et de l'Italie tous les philosophes. Artémidore , ami de Pline , était de ce nombre. Il s'était retiré dans une maison qu'il avait aux portes de la ville. « J'allai l'y trouver, dit Pline ^ , dans une conjonc- « ture où ma visite était plus remarquable et plus dangereuse. « J'étais préteur. 11 ne pouvait qu'avec une grosse somme ac- « quitter les dettes qu'il avait contractées pour de très-nobles « usages. Quelques-uns de ses amis les plus puissants et les plus « riches ne voulurent pas s'apercevoir de son embarras. Moi,

promis, rien fait promettre à celui qai '^ Lib. 6 , epist. 23.

s'était chargé de leur cause. Ou permet- ^ Ibid. epist. 11.

tait , après le procès terminé , de donner * « Odiem Isetum , notandumque mihi

jusqu'à la concurrence de dix mille ses- candidissimo" calcuio 1 Quid euini aut

terces ( dou^ cent cinquante livres ). publiée lœtius quam clarissimos jutc-

(£;>. 21 , lib. 5 ) nesnomeuetfamamexstudiispetere, aut

' c Oportet quidem quse snnt inho- mibi optatius quam me ad recta teu-

nesta,uon quasi illiclla , sed quasi pu- deatibus quasi exemplar esse proposi-

denda, vitare. Jucundum tamen ,si pro- tum? m

hiberi publiée vidcas quod nunquam ^ lib. 3, epist. 11. tibi ipsc permiseris. »

« j'empruntai la somme, et je lui en fis don. J'avais pourtant alors « sujet de trembler pour moi-même. On venaitde faire mourir ou « d'envoyer en exil sept de mes amis. Les morts étaient Séné- « cion , Rusticus Helvidius ; les exilés , Mauricus , Gratilla , « Arna,Fannia. La foudre tombée autour de moi tant de fois s « et encore fumante , semblait me présager évidemment un « semblable sort. Mais il s'en faut bien que je croie avoir pour « cela mérité toute la gloire que me donne Artémidore. Je n'ai « fait qu'éviter l'infamie. » Où trouve-t-on de pareils amis et de pareils sentiments ?

J'admire le bonheur de Pline d'avoir échappé , homme de bien comme il Tétait , à la cruauté de Domitien. Je souhaiterais bien qu'il eût eu cette obligation à Quintilien, son maitre et son ami , qui sans doute avait beaucoup de crédit auprès de l'empereur, depuis surtout qu'il l'avait chargé de l'éducation des petits fils de sa sœur. L'histoire ne nous dit rien sur ce sujet : elle nous apprend seulement qu'on trouva une accusation toute prête contre Pline parmi les papiers de Domitien.

La mort sanglante de cet empereur, qui eut pour successeur Nerva ^ , rendit la tranquillité aux gens de bien , et fit trembler à leur tour les méchants. Un célèbre délateur, nommé Régulus, non content d'avoir fomenté la persécution faite à Rusticus Arulénus , avait encore triomphé de sa mort en insultant à sa mémoire par des écrits injurieux et pleins d'une insolente raillerie. Jamais on ne vit un homme plus lâche et pilus rampant depuis la mort de Domitien. C'est l'ordinaire de ces âmes vendues à l'iniquité et sans honneur. Il craignit le ressentiment de Pline, l'ami déclaré de Rusticus dans tous les temps. D'ailleurs il l'avait attaqué personnellement du vivant de Domitien ; et dans une plaidoirie publique au barreau il lui avait dressé un piège meurtrier par une interrogation insidieuse au sujet d'un homme de bien que Tempereur avait exilé, laquelle exposait Pline à un péril certain s'il eût rjendu hautement témoignage à la vérité, ou l'aurait déshonoré pour toujours s'il l'eût trahie. Ce lâche

I c Tôt circa me jactis fulminibas augurarer. > quasi ambastus, mibi quoqae impendere ^ Lib. 1 , ep. 5. An. J. C. 96. idem exitiuni certis quibasdam notis

334 HISTOIRE ANCiENNS

mit tout en mouvement pour prévenir la juste vengeanee de Pline, employa auprès de lui la recommandation de ses meilleurs amis , et vint enfin lui-même le trouver en personne , pour le prier, avec les dernières bassesses, de vouloir oublier tout le passé. Pline ne jugea pas à propos de s'expliquer, voulant pour prendre son parti attendre le retour de Mauricus , frère de Rusticus , qui n'était pas encore revenu de son exil. On ne sait pas ce que devint cette affaire.

Une autre, du même genre, lui fit beaucoup d'honneur. Aussitôt que Domitien eut été tué, Pline jugea , après y avoir sérieusement pensé, que l'occasion était grande et belle de poursuivre les scélérats , de venger les innocents opprimés , et d'acquérir beaucoup de gloire. Il avait été lié d'une amitié particulière avec Helvidius Priscus , l'homme le plus vertueux et le plus respecté de son temps, aussi bien qu'avec Arria et Fannia, dont la première était femme de PaetusThraséa et mère de Fannia , et celle-ci femme de Priscus. Publicus Certus , sénateur, homme fort puissant et fort accrédité, qui était désigné consul pour l'année suivante, avait sous le règne précédent poursuivi , dans le sénat même , ]a mort d'Helvidius , sénateur comme lui , et homme consulaire. Pline entreprit de venger son illustre ami ». Arria et Fannia , qui étaient revenues d'exil , se joignirent à lui dans une si généreuse entreprise. Il n'avait jamais rien fait sans prendre l'avis de Corellius , qu'il regardait comme le plus sage et le plus habile homme du siècle; mais , dans cette occasion , le connaissant d'une prudence timide et trop circonspecte , et sachant que sur ce <îu'on a bien résolu de faire il ne faut point consulter les personnes dont les conseils deviennent pour nous des ordres ^ , il ne lui fit point part de son dessein , et se contenta de le lui communiquer le jour même de l'exécution , mais sans lui demander son avis.

Le sénat s'étant assemblé , Pline s'y rendit , et demanda permission de parler. Il commença avec beaucoup d'applaudissements ; mais dès qu'il eut tracé le premier plan de Taccusa-

* Lîb. 9, epist. 13. naveris non esseconsuIeadoA qaibus coil<

' Lib. 4, epist 17. 8\iltis obsequi debea». i

•^ « Expertua usu, de eo quoddesti-

lion , qu'il eut laissé entrevoir le coupable, sans pourtant le nom* nier encore , on s'éleva contre lui de tous côtés. Il ne fut ni ému ni troublé par tous c«s cris. Un consulaire de ses amis l'avertit tout bas, mais en termes fort pressants , qu'il s'était exposé avec trop âe courage et trop peu de prudence , et le pressa vivement de se désister de cette accusation* Il ajouta même qu'il se rendrait par là redoutable aux empereurs à venir. Tant mieuxy répondit Pline, pourvu que ce soit aux méchants empereurs.

Enfin on commença à opiner. Les premiers qui parlèrent , et c'étaient les plus considérables , firent l'apologie de Certus , comme si Pline l'avait nommé, quoiqu^il n'eût point encore prononcé son nom. Presque tous les autres se déclarèrent en faveur du coupable.

Le tour de Pline étant venu , il traita la matière à fond-, et répondit à tout ce qu'on avait avancé* Il n'est pas concevable avec quelle attention , avec quels applaudissements , ceux même qui peu auparavant s'élevaient contre lui reçurent tout ce qu'il dit , tant fut subit le changement que produisit , ou l'importance de la cause, ou la force du discours, ou le courage de l'accusateur.

L'empereur ne jugea pas à propos d'ordonner qu'on achevât rinstruction du procès. Pline obtint cependant ce qu'il s'était proposé. Le collègue de Certus parvint au consulat, auquel il avait été destiné ; mais un autre fut nommé à la place de Certus.

Quel honneur pour Pline ! Un seul homme , par l'idée qu'on a de son zèle pour le bien public , ramène à lui tous les suffrages, soutient l'honneur de son corps, et rend le courage à une compagnie aussi auguste qu'était le sénat de Rome , mais que la terreur du règne précédent rendait encore tremblante et presque muette.

Je rapporterai encore deux occasions importantes , où il fit paraître , non comme sénateur, mais comme avocat, et la force de son éloquence , et sa juste indignation contre les oppresseurs du peuple dans les provinces. Elles sont toutes deux du méjne temps : je n'en sais pas précisément l'année.

Dans la première* « on vit un événement fameux par le ran«ç « de la personne , salutaire par la sévérité de Tcxemple, mcnio-

I Lib. 2, epist. 11.

336 HISTOIRE ANCI£IV?iE.

« rable à jamais par son importance. » J'emploie les propres paroles de Pline, mais en abrégeant beaucoup son récit.

« Marius Priscus , proconsul d'Afrique , accusé par les Afri- « cains, sans proposer aucune défense, se retranche à demander « des juges ordinaires. Corneille Tacite et moi (c'est Pline qui «» parle), chargés, par ordre du sénat, de la cause de ces peuples, « nous crûmes qu'il était de notre devoir de remontrer que les « crimes dont il s'agissait étaient d'une énormité qui ne permetn tait pas de civiliser l'affaire. On n'accusait pas Priscus de moins R que d'avoir vendu la condamnation et même la vie des inno- « cents... Vitelliu^ Honoratus, et Flavius iVIartianus, complices " assignés, parurent. Le premier était accusé d'avoir acheté trois « cent mille sesterces » le bannissement d'un chevalier romain » et la mort de sept de ses amis. Le second en avait donné sept « cent mille » pour faire souffrir divers tourments à un autre « chevalier romain. Ce chevalier avait été d'ahord condamné au » fouet, de là envoyé aux mines, et à la fin étranglé en prison. * ;Mais une mort favorable déroba Honoratus à la justice du sé- « nat. On amena donc Martianus sans Priscus. Sur quelques « contestations qui arrivèrent à ce sujet , l'affaire fut renvoyée n à la première assemblée du sénat.

« Cette assemblée fut des plus augustes. Le prince y présidait^ : « il était consul. Nous entrions dans le mois de janvier, qui est « celui où le sénat est ordinairement le plus nombreux. D'ail- « leurs, l'importance de la cause, le bruit qu'elle avait fait, la « curiosité naturelle à tous les hommes de voir de près les grands « et rares événements , avaient attiré de toutes parts une foule '< d'auditeurs. Imaginez -vous quels sujets d'inquiétude et de « crainte pour nous qui devions porter la parole en une telle as- « semblée , et en présence de l'empereur. .T'ai plus d'une fois « parlé dans le sénat ; j'ose dire même que je ne suis nulle part < aussi favorablement écouté : cependant tout m'étonnait , « comme si tout eût été nouveau pour moi.

« La difficulté de la cause ne m'embarrassait guère moins que

'■ Trente-sept raille cinq cents livres, livres. =: 123,873 fr. — L.» -= r>3,100 fr. -- I,. ' Trajan.

-* Quatre-vinfit-sept mille cinq cents

« le reste. Je regardais dans la personne de Priscus un homme . « qui peu auparavant tenait le rang de consulaire, était orné « d'un important sacerdoce, et qui alors était dépouillé de ces « deux grands titres. J'avais un véritable chagrin d'accuser un « malheureux déjà condamné. Si Pénormité de son crime parce lait contre lui, la pitié qui suit ordinairement une première rt condamnation parlait en sa faveur. Enfin je me rassurai. .Te « commençai mon discours, et je reçus autant d'applaudisse- « mentsque j'avais eu de crainte. Je parlai près de cinq heures : '- car on me donna près d'une heure et demie au delà des trois « et demie qui m'avaient été d'abord accordées ». Tout ce qui nie « paraissait contraire et fâcheux quand j'avais à le dire me de- « vint favorable quand je le dis. Les bontés, les soins del'empe- « reur pour moi, je n'oserais dire ses inquiétudes , allèrent si « loin, qu'il me fit avertir plusieurs fois , par un affranchi que « j'avais derrière moi, de ménager mes forces , et de ne pas ou- « blier la faiblesse de ma complexion.

« Claudus Marcellinus défendit Martien. Le sénat se sépara « pour se rassembler le lendemain, car il n'y avait pas assez de « temps pour achever un nouveau plaidoyer avant la nuit.

« Le jour d'après, Salvius Libéralis parla pourMarius. Cet « orateur a l'esprit délié, arrange son sujet avec ordre, a beaun coup de véhémence , et est véritablement disert^. Ce jour-là il « déploya tous ses talents. Corneille Tacite répondit avec beau - « coup d'éloquence, et fit éclater ce grand, ce sublime qui règne « dans ses discours ^. Catius Fronto fit une très-belle réplique « pour IMarius; et comme il parlait le dernier, et qu'il restait « peu de temps , il tacha plus à fléchir les juges qu'à justifier « l'accusé. La nuit survint , et l'affaire fut encore remise au « lendemain.

« Alors il fut question d'examiner les preuves, et d'opiner, u C'était certainement quelque chose de fort beau , de fort di- « gne de l'ancienne Rome, que de voir le sénat trois jours de « suite assemblé, trois jours de suite occupé, ne se séparer qu'à

• « Nam decem clepsydris, quas spa- sertas. » tiosissimas acccperam , sunt additaî ■* « Respondit Cornélius ïa«itu.s cloqiiatiior. M qnentissime, et quodeximinm orntinni

- « Vir snlitiliif, dispositus, acer, fli- e'jua inest, aSfJLVWÇ.

« la nuit. Coniutus Tertullus, consul désigné, homme d'Un farie « mérite, et très-zélé pour la justice, opina le premier. Il fut * d'avis de condamner Marius à porter au trésor public les sept « cent mille sesterces qu'il avait reçus, et de le bannir de Rome « et d'Italie. Il alla plus loin contre Martien , et fut d'avis de le « bannir même d'Afrique. Il conclut par proposer au sénat de dé- « clarerquenous avions. Tacite et moi % fidèlement et dignement « rempli et son attente et notre ministère.^^es consuls désignés « et tous les consulaires qui parlèrent ensuite se rangèrent à cet « avis. Il y eut après cela quelque partage ; mais enfin tout le « monde revint au sentiment de Gornutus.

Pline termine sa lettre par un petit trait de gaieté. « Vous « voilà (dit-il à son ami) bien informé de ce qui se passe ici. In- « formez-moi à votre tour de ce que vous faites à votre campa- « gne. Rendez- moi un compte exact de vos arbres, de vos vi- « gnes, de vos blés, de vos troupeaux ; et songez que si je ne re- » cois de vous une très-longue lettre, vous n'en aurez plus de « moi que de très-courtes. Adieu. »

Il paraît que Pline était cx)mme le refuge et l'asile des provinces opprimées *. Les députés de la Bétique ^ vinrent supplier le sénat de vouloir bien ordonnera Pline d'être leur avocat dans l'action qu'ils venaient intenter contre Cécilius Ciassicus, qui sortait du gouvernement de cette province. Quelque occupé d'ailleurs qu'il fût, il ne put refuser son ministère à ces peuples, pour qui il avait déjà plaidé dans une pareille occasion : car, dit Pline 4 , vous détruisez vos premiers bienfaits, si vous ne prenez soin de les soutenir par des seconds. Obligez cent fois, refusez une, le refus seul restera dans l'esprit. Il se chargea done de leur cause.

Une mort ou volontaire ou naturelle déroba Ciassicus aux suites de ce procès. La Bétique ne laissa pas de demander que, tout mort qu'il était, son procès fût instruit. Les lois le voulaient

< « Ego et Tacitas. * Le latin est plus * « Est in aatura comparatuni, ut

simple et motus cérémonieux : moi et antiquiora bénéficia aabvertas, nisi iMa

Tacite. posterioribus cumules. Nam , quanili-

'M.ib. 3, epist. 4et9. bet saepe obligati, si quid nnum ur-

3 1/ Andalousie répond en grande par- gea, boc solum meminerunt quod nç-

lie à ce que les anciens appelaient la gatuin est. » Bèti.'/ue.

SCIENCSS ET ABTS. SSO

ainsi. Elle accusa eu même temps les ministres , les cx)mplices de son crime, et demanda justice contre eux. La première chose que Pline crut devoir établir, c'est que Classieus était coupable ; ce qu'il ne fut pas difficile de prouver. Il avait laissé parmi ses papiers un mémoire écrit de sa main , où l'on trouvait au juste ce que lui avait valu chacune de ses concussions. Probus et Hispanus, deux de ses complices, embarrassèrent davantage. Avant que d'entrer dans la preuve de leurs crimes , Pline crut qu'il était nécessaire de faire vwr que l'exécution de Tordre d'un gouverneur en une chose manifestement injuste était un crime : autrement c'eût été perdre son temps que de prouverqu'ils avaient été les exécuteurs des ordres de Classieuse car ils ne niaient pas les faits dont ils étaient chargés, mais ils s'excusaient sur l'obéissance qui les y avait forcés , et qui faisait, selon eux, leur justification. Ils prétendaient qu'ion ne pouvait pas leur en faire un crime , vu qu'ils étaient des. gens de province , accoutumés à trembler au njoindre commandenvent du gouverneur. Leur avocat , qui était fort habile, avoua dans la suite qu'il ne fut jamais plus troublé,^jamais plus déconcerté que lorsqu'il se vit arracher les seules armes où il avait mis toute sa confiance.

Voici quel fut l'événement. Le sénat ordonna que les biens dont Classieus jouissait avant qu'il prU possession de son gouvernement seraient séparés de ceux qu'il avait acquis depuis. Les premiers furent ad}ugésà sa fille, les autres furent abandonnés aux peuples de la Bétique. On exila pour cinq ans Hispanus et Probus , tant ce qui d'abord paraissait à peine criminel parut atroce après que Pline eut pau*lé. Les autres complices furent poursuivis de mène.

Quelle fermeté, quel courage dans Pline l quelle haine contre l'injustice et la violence î. mais quel bonheur pour des provinces éloignées, comme l'était l'Andalousie, où les gouverneurs, comme autant de petits tyrans , se croyant tout permis, pillaient et vexaient impunément les peuples; quel bonheur de trouver un défenseur zélé et intrépide , que ni le crédit ni les menaces ne soient pas capables d'ébranler ! Car ces voleurs publics trouvent delà protection, et il est rare qu'on en fasse des exemples, qui seuls pourraient arrêter une si pernicieuse licence.

340 HfSTOIBE ANCIENNE.

r.e zèle de Pline fut bientôt récompensé d'une manière éclatante. Il exerçait' actuellement avec CornutusTertullus la charge de préfet du trésor public, c'est-à-dire d'intendant des finances, qui durait deux ans, lorsqu'ils furent nommés tous deux consuls pour être subrogés l'année suivante aux ordinaires. Trajan parla dans le sénat pour leur faire donner cet honneur, présida à l'assemblée du peuple où se fit leur nomination, et lui-même les proclama consuls. 11 en fit un grand éloge, les représentant comme des hommes qui égalaient les anciens consuls de Rome par l'amour delà justice et du bien public. « Alors je connus à fond, « dit Pline en parlant de son collègue, quel homme et de quel « prix il était. Je l'écoutais comme un maître, je le respectais « comme un père, moins pour son âge, déjà avancé, que pour sa « profonde sagesse >. »

Pline , étant consul ^ , prononça , en son nom et au nom de son collègue , un discours pour remercier Trajan de leur avoir donné cette dignité, et pour faire son panégyrique selon l'ordre qu'il en avait reçu du sénat, et au nom de tout l'empire. J'aurai lieu dans la suite de parler de ce panégyrique.

Sur la fin de l'an 103 4, Pline fut envoyé pour gouverner le Pontet la Bithynie en qualité de proconsul. On le vit uniquement occupé à établir dans son gouvernement le bon ordre , à y faire régner !a justice, à y procurer le soulagement des peuples. H ne songea point à s'en attirer le respect par le faste de ses équipages, par la difficulté à se laisser approcher , par son dédain à écouter, par sa dureté à répondre.

Une simplicité majestueuse, un accès toujours libre et toujours ouvert , une affabilité qui consolait des refus nécessaires , une modération qui ne se démentit jamais , lui concilièrent tous les cœurs.

Trajan , le prince d'ailleurs le plus humain et le plus juste , avait excité contre les chrétiens une violente persécution. Pline , par la nécessité de sa charge , et par une suite de son aveuglement, y prêta son ministère. Mais la douceur de son naturel se ré-

• An. J. C. 99. la Panegyr. Trajan. non tam œtatis maturitate quam vita

2 <c Tune ego qui vir et qaantus esset merebatar. i (Lib. 5, epist. 13.)

altissime inspexi; quem »equcrer ut ^ An. J. C. 100.

niagistrum, ut parentcni vercrer; quod * AN. J. C. 103.

SCIENCES ET AKTS. 341

voltait , au moins jusqu'à un certain point , contre ces supplices exercés sur des hommes qu'il ne trouvait coupables d'aucun crime. Se trouvant donc embarrassé dans Texécution des ordres de l'empereur , il lui écrivit une lettre sur ce sujet , et en reçut une réponse, qui sont entre les monuments du paganisme ce qui fait peut-être le plus d'honneur à la religion chrétienne. Je les insérerai ici toutes deux dans leur entier.

Lettre de Pline à (^empereur Trajan ».

« Je me fais une religion , seigneur, de vous exposer tous mes « scrupules : car qui peut mieux ou me déterminer, ou m'ins- « truire.^ Je n'ai jamais assisté à l'instruction et au jugement du « procès d'aucun chrétien ; ainsi je ne sais sur quoi tombe Fin- « formation que l'on fait contre eux , ni jusqu'où l'on doit porter « leur punition. J'hésite beaucoup sur la différence des âges. « Faut-il les assujettir tous àTa peine , sans distinguer les plus « jeunes des plus âgés? Doit-on pardonner à celui qui se repent.? « ou est-il inutile de renoncer au christianisme quand une fois « on l'a embrassé? Est-ce le nom seul que l'on punit en eux , ou « sont-ce les crimes attachés à ce nom ? Cependant voici la régie « que j'ai suivie dans les accusations intentées devant moi contre « les chrétiens. Ceux qui l'ont avoué , je les ai interrogés une « seconde et une troisième fois, et les ai menacés du supplice. « Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés : car, de quelque « nature que fût ce qu'ils confessaient , j'ai cru que l'on ne « pouvait manquer à punir en eux leur désobéissance et leur « invincible opiniâtreté. Il y en a eu d'autres entêtés de la même « folie que j'ai réservés pour les envoyer à Rome , parce qu'ils « sont citoyens romains. Ensuite , les accusations de ce genre « devenant plus fréquentes par l'instruction même , comme il « arrive d'ordinaire, il s'en présente de plusieurs espèces. On « m'a remis entre les mains ua mémoire sans nom d'auteur, où « l'on accuse différentes personnes d'être chrétiennes , qui nient « de l'être , et de l'avoir jamais été. Us ont en ma présence , et

• I.ib. 10, cpist. 07.

:>-l2 HISTOIRE ANCIENNE.

« dans les termes que je leur prescrivais, invoqué les dieux, et « offert deTencens et du vin à votre image, que j'avais fait ap- « porter exprès avec les statues de nos divinités. Ils se sont même « emportés en imprécations contre Christ. C'est à quoi , dit-on, « Ton ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chré- « tiens. J'ai donc cru qu'il les fallait absoudre. D'autres , déférés » par un dénonciateur, ont d'abord reconnu qu'ils étaient cliré- « tiens; et aussitôt après ils l'ont nié, déclarant que vérita- « blement ils l'avaient été, mais qu'ils ont cessé de l'être, les » uns il y avait plus de trois ans , les autres depuis un plus grand « nombre d'années , quelques-uns depuis plus de vingt. Tous » ces gens-la ont adoré votre image et les statues des dieux. » Tous ont chargé Christ de malédictions. Us assuraient que « toute leur erreur et leur faute avaient été renfermées dans ces « points » : qu'à un jour marqué ils s'assemblaient avant le lever « du soleil , et chantaient tour à tour des hymnes à la louange de « Christ, comme s'il eût été Dieu; qu'ils s'engageaient par « serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de « vol ni d'adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne n point nier ifn dépôt; qu'après cela ils avaient coutume de se « séparer, et ensuite de se rassembler pour manger en comnxua <( des mets innocents ; qu'ils avaient cessé de le faire depuis n>ou « édit , par lequel , selon vos ordres , j'avais défendu toutes sortesL « d'assemblées. Ces dépositions m'ont persuadé de plus en plus. « qu'il était nécessaire d'arracher la vérité par la force dea <v tourments à deux filles esclaves , (ju'ils disaient être dans 1& « ministère de leur culte; mais je n'y ai découvert qu'une mau- « vaise superstition , portée à l'excès ; et, par cette raison, j'ai « tout suspendu pour vous demander vos ordres. L'affaire m'a « paru digne de vos réflexions , par la multitude de ceux qut « sont enveloppés dans ce péril ; car un très-grand nombre d& « personnes de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et

< « Affirmabant autem hanc fuisse adulteria committerent , ne fidem falle-

summam vei cnlpn snœ, vel erroris, rent, ne depositam appellati abnega-

quod essent soiiti stato die ante lacem rent : quibiis peractis, morem sibi dis-

convenire; cartnenque Christo, quasi cedendi fuisse ru rsasque coënndi ad ca-

l>eo , dicere secum invicem : seque sacra- piendum cibum , promiscuum tamen et

mento non in scelus aliquod obstriu- innoxium. » gère, sed ne furta , ne latrocinia, ne

« seront tous les jours impliquées dans cette accusation. Ce mal « contagieux n'a pas seulement infecté les villes, il a gagné les « villages et les campagnes. Je crois pourtant que Ton y peut « remédier , et qu'il peut être arrêté. Ce qu*il y a de certain , c'est « que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés , » et que les sacriGces, longtemps négligés, recommencent^ On « vend partout des victimes , qui trouvaient auparavant peu d'aa cheteurs. De là on peut juger quelle quantité de gens peuvent « être ramenés, si Ton fait grâce au repentir. *

Réponse de F empereur Trajan à Pline ».

« Vous avez , mon très-cher Pline , suivi la voie que vous « deviez dans l'instruction du procès des chrétiens qui vous ont « été déférés ; car il n'est pas possible d'établir une forme cer- « taine et générale dans cette sorte d'affaires. Il ne faut pas en « faire- perqulsitio;i ; mais , s'ils sont accusés et convaincus , il « faut les punir. Si pourtant l'accusé nie qu'il soit chrétien , et a qu'il le prouve par sa conduite , je veux dire en invoquant les « dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon « qu'il ait auparavant été chargé. Au reste *,dans nul genre de « crime Pan ne doit recevoir des dénonciations qui ne soient « souscrites de personne; car cela est d'un pernicieux exem- « pie, et ne convient point à notre régne ni au temps où a nous vivons. »

Je laisse au lecteur le soin de faire les réflexions que fournissent naturellement ces deux lettres, sur l'éloge magnifique qu'on y trouve de la pureté des mœurs des premiers chrétiens ; sur le progrès étonnant qu'avait déjà fait en si peu d'années le christianisme , jusqu'à faire déserter les temples ; sur le nombre incroyable de fidèles de tout âge, de tout sexe et de toute condition ; sur le témoignage authentique que rend un païen à la croyance de la divinité de Jésus-Christ établie généralement parmi ces fidèles; sur la contradiction frappante de l'avis de Trajan , puisque si les chrétiens étaient coupables il était juste

' Epist 98. Nai» et pessiiui eicmpli , nec noslri se-

•' « Sine auctore vcro propositi libclli , culi est. » nullo crimine locum habere debent.

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de les rechercher avec soin , et s'ils ne l'étaient pas , injuste de les punir , quoiqu'ils fussent accusés ; enfin sur la maxime puisée dans le droit naturel, par laquelle l'empereur termine sa lettre en déclarant qu'il trouverait son siècle déshonoré si , pour quelque crime que ce fût (l'expression est générale), on avait égard à des libelles sans nom d'auteur.

Pline , revenu à Rome , reprit les affaires et ses emplois. Sa première femme était morte sans enfants. Il en épousa une seconde, nommée Calpurnia. Comme elle était fort jeune, et qu'elle avait beaucoup d'esprit , il n'eut pas de peine à lui inspirer le goût des belles lettres. Elle en Qt toute sa passion ; mais elle la concilia toujours si bien avec l'attachement qu'elle avait pour son mari , que l'on ne pouvait dire si elle aimait Pline pour les belles lettres, ou les belles lettres pour Pline'. S'il plaidait quelque cause inïportante , elle chargeait toujours plusieurs personnes de venir lui apprendre les premières nouvelles du succès; et l'agitation où la mettait cette attente ne cessait que par leur retour. S'il lisait quelque harangue ou quelque autre pièce dans une assemblée d'amis, elle ne manquait jamais de se ménager quelque place, d'où elle pût , derrière un rideau, recueillir ellemême les applaudissements qu'il s'attirait. Elle tenait continuellement en ses mains les ouvrages de son mari , et , sans le secours d'autre maître que de son amour * , elle composait sur sa lyre des airs pour les vers qu'il avait faits.

Les lettres qu'il lui écrivait font voir jusqu'où allait sa tendresse pour une épouse si digne d'être aimée et estimée. «* Vous « me mandez ^ que mon absence vous cause beaucoup d'ennui , « que vous ne trouvez de soulagement qu'à lire mes ouvrages, et « souvent à les mettre à ma place auprès de vous. Je suis ravi « que vous me désiriez si ardemment, et que ces sortes de con- « solations aient quelque pouvoir sur votre esprit. Pour moi , je « lis , je relis vos lettres , et les reprends de temps en temps « comme si c'en était de nouvelles. Mais elles ne servent qu'à Ci rendre plus vif le chagrin que j'ai de ne point vous voir : car

' Lib. 4, epist. 19. rente , sed amorc , qui uiagister est op-

■'' « Versus quidem meos cantat for- timus. » matque cithara , non artifice aliquo do- ^ Lib. 6, epist. 7.

SCIENCES BT ÂBTS. 34 S

« quelle douceur ne doit-on point trouver dans ta conversation « d'une personne dont les lettres ont tant de charmes ? Ne laissez « pas pourtant de m'écrire souvent , quoique cela me fasse une « sorte de plaisir qui me tourmente. » Dans une autre lettre * : « Je vous conjure avec la dernière instance de prévenir mon « inquiétude par une , et même par deux lettres, chaque jour. <( Je me rassurerai du moins tant que je lirai : mais je retom- <c berai dans mes premières alarmes dès que j'aurai lu. » Dans une troisième ' : « Il n'est pas croyable à quel point je sens « votre absence. Je passe une grande partie des nuits à penser à « vous. Pendant le jour , et aux heures où j'avais coutume de « vous voir , mes pieds , comme on dit , me portent d'eux-mêmes « à votre appartement; et, ne vous y trouvant point, je m'en « retourne aussi triste et aussi honteux que si l'on m'avait refusé « la porte. »

Après s'être blessée dans une première grossesse 5, elle guérit à la vérité , et vécut assez longtemps , mais elle ne lui laissa point de postérité.

On ne connaît ni le temps ni les particularités de la mort de Pline.

Je n'ai pas prétendu jusqu'ici faire un récit exact et suivi des actions de Pline , mais seulement donner quelque idée de sou caractère par des événements plus marqués que les autres, et plus capables de le faire connaître. J'y joindrai encore, dans la même vue, quelques faits , sans m'attacher à l'ordre des temps : je les réduirai à quatre ou cinq chefs.

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