‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 208 sur 468 · Opinion de M. Ridgeway, l. c., p · texte numérisé non relu

Opinion de M. Ridgeway, l. c., p

reçu de l'Earope les animaux qui ont formé la race barbe Au contraire, l'Egypte, à l'époque oii elle commença à avoir des chevaux, était en relations suivies avec l'Asie. Or, dans l'Ouest de ce continent, il y a des chevaux qui, tout en offrant un type distinct des barbes, leur sont cependant apparentés', et il est certain que cet animal a été employé par l'homme dans l'Asie occidentale plus tôt que dans la vallée duNiP. Sans nous dissimuler notre manque de compétence en cette question et la fragilité de nos hypothèses, nous sommes disposé à croire que le cheval domestique a été importé d'Asie en Egypte, que, dans le voisinage de l'Egypte, peut-être dans la Nubie, soumise aux Pharaons, une race nouvelle s'est formée, par des croisements avec des zèbres, et qu'ensuite elle s'est répandue vers le Nord-Ouest% dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant J.-C, par l'intermédiaire des Libyens habitant entre l'Egypte et la grande Syrte : ceux-ci avaient certainement des chevaux au xiu'' et au xii^ siècle, mais encore en petit nombre*.

Chez les peuples de l'antiquité, les chevaux furent d'abord utilisés surtout comme bêtes de trait, attelées par paires à des

1. Le général Daumas (les Chevaux du Sahara, p. 30) va jusqu'à écrire : « Tous Jès chevaux de l'Afrique et de l'Asie peuvent être confondus sous une dénomination commune. » — Il est vrai que certains auteurs (voir, entre autres, S. Reiuach, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1903, p. 193) pensent que ces chevaux asiatiques apparentés aux africains sont leurs descendants, non leurs ancêtres; qu'en Asie, il n'y avait auparavant que des chevaux semblables aux chevaux européens préhistoriques (petits, avec une grosse lête). 11 faudrait alors admettre, puisque le cheval n'est pas indigène dans le Nord de l'Afrique, que des animaux, introduits soit d'Europe, soit d'Asie dans le continent africain, s'y seraient beaucoup modifiés dans un laps de temps 1res court. Du reste, M. Boule (Annales de paléontologie, mémoire cité) a montré que, dès l'époque quaternaire, il y avait déjà divers types de chevaux.

2. Voir E. Meyer, Geschichte des Allertum^, 2" édit., I, 2, p. 579. Selon ce savant, la Mésopotamie a pu connaître, vers 1900 avant J.-C, des chevaux importés du plateau iranien, où les Aryens les auraie-nt introduits.

3 Peut-être y a-t-il eu en Berbérie do nouveaux croisements avec le zèbre.

4. Inscription de Ménephtah, à Karnak (de Rougé, Revun archéologique, 1867, 11, p. 43; Chabas, Études, p. 200) : les Égyptiens s'emparent de quatorze paires de chevaux, appartenant au chef des Lebou et à ses fils. .\ propos de ce chilîre.

chars légers, qui portaient des guerriers. Il en fut ainsi chez les Libyens orientaux^ : Hérodote prétend même que les Grecs apprirent d'eux à atteler quatre chevaux-. Les habitants de la Berbérie eurent aussi des chars, qui sont signalés aux tempi historiques ^ Mais, dès une époque reculée, ils durent se servir de leurs chevaux comme de montures : les gravures rupestres que nous avons mentionnées autorisent cette supposition.

En résumé, nous ignorons l'origine des bœufs domestiques de l'Afrique du Nord; on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une race issue de bœufs sauvages indigènes. Il en a peut-être été de même des ânes, quoique l'introduction d'animaux domestiques du Nord-Est de l'Afrique nous paraisse beaucoup plus probable. Les moutons, les chèvres, les chiens et les chevaux sont sans doute d'origine étrangère. Les chèvres et les moutons semblent avoir été introduits tout d'abord et il est permis de conjecturer qu'ils sont venus de l'Est. Nous croyons qu'on peut en dire autant des chevaux.

L'élevage, associé d'ordinaire à la chasse, resta pendant fort longtemps, jusqu'aux environs de notre ère, la ressource essentielle d'un grand nombre d'indigènes, non seulement dans

de Rougé observe : « Il parait que les chevaux n'étaient pas encore très nombreux sur les côtes africaines. » — Inscription de Ramsès III, à Medinet Habou (Ghabas, l. c, p. 244) : 183 chevaux et ânes pris aux Mashaouasha.

1. Si l'inscription de Karnak indique des paires de chevaux, c'est sans doute parce que ces animaux étaient attelés à des chars. Parmi le butin fait sur les .Mashaouasha, l'inscription de Medinet Habou mentionne non seulement des chevaux, mais aussi 93 chars.

2. IV, 189. Pour les chars des Libyens orientaux, voir encore Hérodote, IV, 170 et 183; Vli, 86 et 184.

3. Hérodote, IV. 193. Diodore de Sicile, XX, 38, I ; XX, 64, 1. Strabon, XVII, 3, 7. On pourrait admettre des influences puniques.

les régions de steppes où le climat interdisait la culture du sol, mais même dans une bonne partie du Tell. Faire paître des troupeaux et recueillir leurs produits est une occupation qui demande assurément moins de peine que le défrichement et l'agriculture, que la plantation, la greffe, l'entretien des arbres fruitiers, et c'était peut-être par indolence que bien des Africains se contentaient des maigres profits qu'ils tiraient d'un travail intermittent et facile. Mais il faut aussi se souvenir que, dans les contrées où la sécurité est précaire, les pasteurs, avec leurs troupeaux mobiles, échappent aux dangers du pillage et de la guerre mieux que les cultivateurs. Ceux-ci doivent être assurés de la possession paisible de leurs terres pendant les mois qui s'écoulent entre les semailles et la récolte, pendant les années qui se passent entre la plantation ou le greffage des arbres et l'âge de la fructification. Ils ne peuvent pas déplacer aisément leurs provisions; la destruction de leurs vergers les ruine pour longtemps. Si beaucoup d'indigènes se bornèrent à l'élevage, alors que le climat et le sol leur auraient permis un autre genre d'existence, ce fut moins par paresse que par crainte de travailler en A^ain.

D'autres se livrèrent à la culture. Des chasseurs, des pasteurs pouvaient vivre, sans s'astreindre à de longs parcours, dans les paj^s de la Berbérie qui leur offraient en toute saison du gibier et les pâturages nécessaires à leurs troupeaux. Ils n'avaient aucune raison de se déplacer, quand ils ne devaient pas s'enfuir devant des tribus plus fortes, ou quand ils ne convoitaient pas eux-mêmes des territoires plus riches. Ils étaient ainsi dans des conditions favorables pour devenir cultivateurs. En bien des lieux, cette occupation nouvelle a pu être un des effets, et non pas la cause première de la fixité des demeures.

Il n'est pas trop téméraire de croire que quelques légumes aient été cultivés dans l'Afrique du Nord dès une époque fort

ancienne*, entre autres la fève', peut-être spontanée dans cette contrée^.

Quant aux céréales, elles furent connues dans certaines régions d'assez bonne heure, en tout cas avant la domination carthaginoise ^ avant même la colonisation phénicienne. Il est vrai que les stations néolithiques du Sahara oîi l'on trouve des meules à grains peuvent dater seulement de quelques siècles avant notre ère *. Mais on a découvert des ustensiles semblables dans une grotte du Rio Salado, sur le littoral oranais% et daus une grotte de Brezina (Atlas saharien) ^ avec un mobilier qui appartient à une industrie néolithique vraiment préhistorique '.

Le sorgho paraît être indigène dans le continent africain % 011 il a rendu les mêmes services aux hommes que le millet dans d'autres contrées; mais nous n'avons pas de preuves qu'il

1. Mais il faut écarter les hypothèses de Movers (die Phonizier, 11, 2, p. 410), qui attribue à plusieurs cultures légumières une lointaine origine africaine. Ses arguments sont inadmissibles. Le terme punicum cicer, qu'on trouve dans Columelie (II, 10, 20; IX, 1, 8), indique simplement l'existence d'une variété de pois, cultivée par Jcs Carthaginois, et non par les Libyens. Les étymologies berbères que Movers donne des mots cicer, lens, faba, Trjavo?, y.pâfxo/] sont tout à fait invraisemblables; dans les cas même où les noms berbères sont réellement apparentés aux noms latins, l'emprunt est imputable aux Africains, non aux Italiens.

2. Voir plus haut, p. 168. Les fèves étaient impures pour les Égyptiens (Hérodote, II, 37), mais rien ne prouve que ies indigènes de la Berbérie s'en soient abstenus. A Bougie, on a trouvé des fèveroles calcinées, avec des objets d'une haute antiquité, postérieurs cependant à la connaissance du fer : Debruge, Rec. de Conslantine, XXXIX, 190.5, p. 119.

3. Vers 500, Hécatée (Fragm. hist. graec, édit. M'iiller, 1, p. 23, n° 305) indiquait des Libyens laboureurs et mangeurs de blé, probablement dans la Tunisie orientale. Or il est à croire qu'à cette époque, Garthage n'avait pas encore de possessions territoriales en Afrique (conf. Meltzer, Geschichte der Karthager, I, p. 82).

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