Entre eux est un bœuf
5. Cette ressemblance ne me frappe nullement sur le dessin inséré dan» l'ouvrage de Barth et que celui-ci qualifie du reste d'esquisse imparfaite.
il tient soit un arc, soit plutôt un bouclier ovale*. Des monstres, auxquels la superstition attribuait une existence réelle, ont été adorés par divers peuples de l'antiquité, en particulier par les Babyloniens. En Egypte, le mélange des formes humaine et animale fut une sorte de compromis entre la zoolâtrie et l'anthropomorphisme. Mais il faut probablement admettre ici une autre interprétation. Les personnages figurés peuvent être simplement des hommes, qui se revêtaient de masques dans des cérémonies. De tels déguisements sont fréquents chez les peuples de civilisation primitive ; par ce signe matériel, on s'identifie soit avec les animaux divins, soit, lorsqu'il s'agit d'une espèce totem, avec ceux qui sont apparentés au clan-.
Quant aux personnages que les gravures représentent sous des traits complètement humains et dans des postures diverses, rien ne nous autorise à les considérer comme des divinités.
Hérodote dit que tous les Libyens offrent des sacrifices au soleil et à la lune; que c'est au soleil et à la lune seuls qu'ils sacrifient^ On ne doit pas invoquer, à l'appui de cette assertion,
1. Oa peut rapprocher de ces images une peinture beaucoup plus récente, tracée dans une grotte artificielle de Tunisie (près de Grombalia); elle représente deux personnages à tète de cerf : DeyroUe, Bail, de la Société archéoloijique de Sousse, I, 1903, p. 60-01, fig. 5 et 6.
2. Voir, par exemple, pour l'Afrique centrale, Desplagnes, le Plateau central nigérien, p. 308. D'une manière générale : Gartailhac et Breuil, la Caverne d'Altamira, p. 164 et'suiv., 197, 242; Cumont, les Mystères de Mithra, 2' édit., p. 23 et 127-8. Ces mascarades paraissent avoir été usitées en Espagne et dans le Sud de la France dès Tépoque quaternaire : Gartailhac et Breuil, l. c, p. 56-58, fig. 41-43; Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, 1, p. 223-4 et 257; Alcade del Rio, Breuil et Sierra, les Cavernes de la région cantabrique, p. 98, fig. 96 et pi. LV. 11 convient d'observer qu'elles n'ont pas toujours un caractère sacré : dans certains cas, ce sont des déguisements de chasse.
3. IV, 188. Il fait exception pour ceux des bords du lac Tritonis (au Sud de la Tunisie), qui sacrifiaient aussi à Alhôna, à Triton et à Poséidon. — 11 indique d'autre part (IV, 184) que les Atarantes, qui vivaient en plein désert, à l'Ouest des Garamantes, maudissaient et injuriaient le soleil, dont les rayons trop brûlants desséchaient leur pays; mais ces Atarantes étaient probablement des Ethiopiens, non des Libyens. Conf. Nicolas de Damas, fragment 140, apud Muller, Fragm. hisloric. graec, III, p. 463. Pomponius Mêla (I, 43) et Pline (V, 45) attribuent cela aux Atlantes, par suite d'une altération des manuscrits d'Hérodote, et ils disent que ces indigènes maudissent le soleil à son coucher, aussi bien qu'à son lever.
ïes dédicaces latines à Sol et à Luna qui ont été découvertes en Afrique, ni les images des deux astres qui apparaissent sur des stèles, trouvées en général dans des lieux où les civilisations punique et romaine s'étaient fortement implantées; car il est probable ou certain que ces monuments se rapportent à des croyances d'origine étrangère*. Il convient peut-être d'attacher plus d'importance à un passage d'Ibn Khaldoun, qui parle de Berbères païens, adorateurs du soleil et de la lune- : on peut supposer qu'il s'agit de cultes vraiment indigènes ^ Notons aussi un texte de ]Vlacrobe'\ Les Libyens, dit-il, représentent avec des cornes de bélier le dieu Ammon, qu'ils regardent comme le soleil couchant. Il est vrai que cet auteur retrouve le culte du soleil partout; son affirmation n'aurait guère de valeur, si elle n'était pas corroborée par d'autres témoignages ^
Diodore de Sicile (III, 9) et Strabon (XVII, 2, 3) indiquent que certains Éthiopiens maudissent le soleil, lorsqu'ils le voient se lever.
1. Quelques monuments d'un art très grossier pourraient témoigner de croyances vraiment indigènes. Nous citerons : 1° une gravure tracée sur un rocher, non loin de l'oasis de Kriz, sur la rive septentrionale du choit el Djerid (Tunisie méridionale) : elle représente une tète absolument sphérique, surmontée d'un croissant, par conséquent une image de la lune (Duveyrier, Sahara, Journal déroute, p. 86 et flg. à la p. 83; conf. Tissot, Géographie, I, p. 479-480 et flg. 48) ; — 2° une pierre trouvée près de Bordj Ménaiel, dans l'Ouest de la Kabylie : on y voit une tôle radiée, figurée d'une manière fort maladroite (Viré, Rec. de Constantine, XXXII, 1898, flg. 3, à la p. 48); — 3° une image rupestre existant à l'Est de Constantine (Atlas archéologique de VAlgérie, C 17, n° 144), qui offre aussi une tète radiée (il me paraît impossible d'y voir une image de la lune, comme le croit Mercier, Rec. de Constantine, XXXIV, 1909, p. 191-2); une inscription latine (C. I. L., VIII, 5673 = 19107) lui donne le nom à'Ifru, ou peut-être à'Ieru, appei- Inlion sans doute indigène, qu'on ne retrouve pas ailleurs. Mais le dernier de ces documents et probablement aussi les deux autres appartiennent à l'époque romaine (à Kriz, il y a des inscriptions votives latines sur une roche voisine de celle qui porte l'image de la lune). Ils ne prouvent pas grand'chose pour l'existence d'un culte très ancien du soleil et de la lune en Berbérie.