‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 291 sur 468 · Vivien, p · texte numérisé non relu

Vivien, p

6. Conf. Mêla, III, 103 : « Pharusii aliquando tendente ad Hesperidas Hercule dites. » Yarron (apud Pline, III, 8) faisait venir des Perses en Espagne. S'agit-il d'une vieille tradition, d'origine inconnue, qui, avec l'existence des Pharusii, des Perorsi en Afrique, a pu contribuer à la formation de la légende? Il est plus probable que Yarron a connu le récit reproduit par Salluste dans le Jugurlha ;

pour justifier l'appellation de Maures donnée à une grande partie des indigènes? Le passage Lihyes... kirbara lingua Mauros pro Médis adpellantes pourrait le faire croire. Il faudrait connaître exactement le nom, employé en Afrique, que les Romains ont transcritil/aur?' et dont les Grecs ont fait Ma'jpous-'.ot,. S'il s'agit d'un mot phénicien signifiant les Occidentaux, c'était Mahourim, ou quelque forme voisine; mais peut-être le terme dont les indigènes se servaient ressemblait-il davantage au nom que les Phéniciens donnaient aux Mèdes'. Quant aux Arméniens, leur prétendue invasion doit s'expliquer de la même manière : il y avait sans doute quelque peuplade africaine portant un nom analogue ; cependant on n'a présenté à cet égard que des hypothèses peu satisfaisantes ^

Puisqu'on faisait venir de si loin les prétendus ancêtres d'une partie des indigènes, il fallait leur donner quelqu'un pour les conduire. Hercule, l'infatigable vo3'ageur, était désigné pour ce rôle; nous allons voir que ce n'est pas la seule légende

peut-être les deux indications de Mêla et de Pline relatives aux Pharusii, que nous venons de citer, lui ont-elles été empruntées.

1. Pour expliquer la mention de ces Mèdes, on a invoqué les noms de plusieurs tribus berbères signalées par des auteurs arabes : les Medàça, les Mediouna (Vivien, p. 127; conf. Tissot, I, p. 413, n. 1), les Masmouda (Tauxier, Revue africaine, VII, 1863, p. 46i; Bertholon, Revue tunisienne, V, 1898, p. 432). On a aussi parlé de la Medjana, grande plaine à l'Ouest de Sétif (Gat, Essai sur la province romaine de Mauvélanie Césarienne, p. 173; ce nom pourrait venir directement d'un terme employé par les Latins, Medianas, mais celui-ci est peut-être d'origine indigène). On peut encore penser à un ethnique qui se retrouverait dans Ma'Jghis, Madghès, prétendu ancêtre d'une des deux grandes familles des Berbères (Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane, I, p. 168 et 181 ; couf. III, p. 180 et 181) ; d'où Madghasen, nom donné à un tombeau royal de Numidie (Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, I, p. 63 et suiv.). Ou bien au mot Mazic, ethnique qui reparaît dans diverses régions de l'Afrique du Nord; dans ce mot le z avait un son voisin du d (C. /. L., VIII, 0613; Gsell, Rec. de Consiantine, XXXVI, 1902, p. 23, n. 2). Mazigh, lils de Canaan, passait pour l'ancêtre d'une partie des Berbères : Ibn Khaldoun, /. c, I, p. 169 et 178. Mais toutes ces conjectures sont évidemment très peu solides.

2. Vivien de Saint-Martin (p. 127) pense aux Ourmana, mentionnés par Ibn Klialdoun {L c, I, p. 279); Miller (dans Pkilologus, LVI, 1897, p. 333), aux 'AptjJ.yi de Plolémée (IV, 6, 6), ou bien aux riverains du fleuve Armua, en Numidie (Pline, V, 22), ou même aux Garamaii:es. Je ne suis nullement convaincu.

OÙ il figure comme chef d'expéditions venues de l'Asie. Les Perorsi étant établis sur la côte de l'Océan, il était naturel de faire passer leurs aïeux par l'Espagne. La mort d'Hercule dans cette contrée expliquait pourquoi les Asiatiques, privés d'un tel chef, s'étaient contentés d'occuper une région limitée du littoral, à proximité de la péninsule ibérique, au lieu de conquérir immédiatement toute la Berbérie.

En somme, tout est fable dans ce récit'. Je ne vois même pas pourquoi l'on y chercherait un souvenir très vague d'une grande invasion qui aurait pénétré dans l'Afrique septentrionale par le détroit de Gibraltar ^

Selon Strabon', quelques-uns disaient que les Maures étaient des Indiens, qui étaient venus en Libye avec Héraclès. On n'a pas d'autres renseignements sur cette légende \ Nous savons ce qu'il faut penser du rôle attribué à Hercule. Quant aux Indiens, rien ne permet de croire qu'ils aient contribué au peuplement de l'Afrique du Nord. Cari Ritter^ a rapproché, il est vrai, le nom de Berbères, donné par les Arabes aux indigènes du Maghrib, de plusieurs autres noms que l'on rencontre soit en Inde (les Warwara, qui, dans des temps reculés, auraient habité dans le Dekhan), soit sur le golfe d'Aden (la région appelée

1. Que Movers (l. c, II, 2, p. 112, 123-4) considère comme un document de la plus haute importance pour l'histoire ancienne de l'Afrique.

2. « Ainsi s'explique la présence, parmi les Kabyles de l'Algérie, de tribus blondes » : Lenormant (et Babelonj, Histoire ancienne de VOrieni, VI, p G'Jo-G. Conf. Tissot, Géographie, I, p. 414.

3. XVII, 3, 7 : Toùî oï Maupoyo-îo-jç k'vioi las'.v 'IvSoô; eiva'. to'j; rj-j-.y/.z-.z/.'^j'ji-x: 'Hpxy./.îï 5e-jço.

4. Il p.iraît téméraire de citer ici Lucain (IV, G78-9) : « concolor indoMaiirus », et Juvéual (XI, 125) : « Mauro obscurior Indus ». Il se peut cependant que les gens dont parle Strabon n'aient pas eu d'arguments plus sérieux que ces comparaisons pour rattacher les Maures aux Indiens.

.5. Die Erdkunde, 2' édit. (1822), I, p. 554 et suiv. Conf. Vivien de Saint-Martin, p. 2o8-9.

dans l'antiquité Barbaria, où se trouve le lieu qu'on nomme encore aujourd'hui Berbera), soit en Nubie (les BarabraS qui vivent dans la vallée du Nil entre la première et la quatrième cataracte; il y a sur le fleuve, en aval du confluent de l'Atbara, un lieu appelé Berber)^ Ces noms ne jalonneraient-ils pas la route suivie par les Berbères entre l'Inde et le Nord-Ouest du continent africain? Mais une telle hypothèse n'est pas soutenable. Sans vouloir discuter l'origine des autres noms indiqués, il nous suffira d'observer que, dans le Maghrib, le terme Berber n'est pas un ethnique datant d'une époque très lointaine, qu'il est simplement le mot latin barbants, ou, comme l'on disait dans l'Afrique romaine, barbar^. Avant l'invasion arabe, il désignait les indigènes restés réfractaires à la civilisation latine; pour les Arabes eux-mêmes, il s'opposait au terme Roinn, les Romains*.

Josèphe^ donne une très courte indication qui peut faire supposer que certains auteurs attribuaient aux Gétules une origine orientale. L'historien juif, commentant le chapitre x de la Genèse, dit qu'Eù-lXaç (Hévila), fils de Xoïj'yo;, (Koush) et petitfils de Cham, fut l'auteur des Eùdaw!,, « qui maintenant sont appelés Gétules (FaiToùXot.) ® ». Or les fils de Koush énumérés dans la Bible ^ (le passage semble dater du vi*.ou du v" siècle)

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