Genèse, X
représentent les peuples qui occupaient les pays situés au Sud de l'Egypte* et aussi l'Arabie méridionale'. Mais, comme nous ne savons nullement pourquoi Josèphe identifie les Gétules avec les E'j'j.y.loi, il vaut mieux nous abstenir d'inutiles hypothèses ^
Un récit aussi fameux que celui de Salluste se trouve dans Procope*, qui prétend expliquer d'où les Maures (Maupo-js-io',) vinrent en Libye et comment ils s'y établirent.
« Lorsque les Hébreux, après leur sortie d'Egypte, arrivèrent près des limites de la Palestine, Moïse..., qui les avait
1 . C'est ce (ju'entead Josèphe quand il dit que Xo-j<7o; fut le chef des Éthiopieus.
2. Il est vraisemblable qu'Hévila est une région de cette dernière contrée : voir Gulhc, dans la Realencyklopàdie fur protest. T/ieo/ogit; d'Herzog-Hauck, XX, p. 710.
3. Dans le même passage, Josèphe indique qu'un fils de Cham, ^o-jty,;, colonisa la Libye, et il signale un fleuve de ce nom qui se trouvait en Maurétanie : il s'agit d'un cours d'eau débouchant dans l'Océan, que Pline (V, 13) appelle Fut, et Ptolémée (IV, 1, 2) $oJ6, aujourd'hui l'oued Tensift. Déjà les Septante ont quelquefois traduit Phout par Aiov:; (Ézéchiel, XXVII, 20; XXXVIII, o). Pourtant, dans la Genèse, Phout est le Pouanît des Égyptiens, c'est-à-dire le Sud de l'Arabie et le pays des Somalis. Est-ce le nom du fleuve maurétanien qui a fait assigner la Libye aux enfants de Phout? Ce fut peut-être par un motif aussi futile qu'on transforma les Gétules en enfants d'Hévila. — Il n'y a pas non plus à tenir compte d'une autre indication de Josèphe (Antiq. jud., I, 15; conf. Eusèbe, Praep. evang., IX, 20) : un petit-fils d'Abraham, Ophren {'Qzp-fy), serait allé occuper la Libye, que ses descendants, établis dans ce pays, auraient appelée 'A5p,'.y-'ô d'après son nom. Selon Alexandre Polyhistor, que Josèphe cite à ce sujet, deux fils d'Abraham, Apheras et laphra, firent campagne en Libye avec Héraclès, lors de son expédition contre Antée: d'eux vinrent les noms de la ville d'A.phra et de la terre d'Afrique. On voit que ces personnages ont été introduits en Libye (à la suite d'Hercule, comme d'autres) pour fournir une étymologie fantaisiste.
4. Bell. Vand., II, 10, 13 et suiv. — Échos du récit de Procope : 1" dans Évagre, Hist. écoles.. IV, 18 (Migne, Patr. gr., LXXXVI, p. 2736); il cite expressément Procope; Georges le Syncelle, Chronogr., p. 87 de l'édit. de Bonn; Théophane, Chronogr., 170 {Migne, Patr. gr., CVIIl, p. 432); Suidas, s. v. Xavaâv; 2° dans le Talmud (référence apud Movers, II, 2, p. 427); 3° dans Moïse de Khoren (I, 19), dont l'Histoire d'Arménie date du vni° siècle, et non du v^ comme on l'avait cru, et qui, dans ce passage, s'est servi de la même source intermédiaire que Suidas, peut-être un fragment perdu de la Chronique de Malalas (Carrière, Aouvelles sources de Moïse de Khoren, Supplément, Vienne, 1894, p, 30 et suiv.); 4° dans une indication d'Ibn el Kelbi, cité par Ibn Khaldoun {Histoire des Berbères, trad. de Slane, I, p. 177). — Dans une version latine de la Chronique de saint Hippolyte, il est dit au sujet des îles Baléares : ■< Harum inhabilatores fuerunt Chananei fugientes a facie Ihesu, fili Nave... Gades autem lebusei condiderunt et ipsi similiter profugi » : Mommsen, Chronica minora, I, p. 110, § 216. C'est certainement une addition inspirée par !e récit de Procope.
guides, mourut. Il eut pour successeur Jésus', fils de Navé, qui fit entrer ce peuple en Palestine et qui occupa le pays, montrant dans la guerre une valeur surhumaine. Il triompha de toutes les tribus, s'empara sans peine des villes et acquit la réputation d'un chef invincible. Alors toute la région maritime qui s'étend de Sidon jusqu'aux frontières de l'Egypte était appelée Phénicie; dès une époque lointaine, elle fut soumise à un roi, comme le disent d'un commun accord ceux qui ont écrit sur les antiquités phéniciennes. Là vivaient des tribus qui comptaient une grande multitude d'hommes, les Gergéséens, les Jébuséens et d'autres encore qui sont nommés dans l'histoire des Hébreux. Cette population, lorsqu'elle vit qu'il était impossible de résister au général étranger, sortit de sa patrie et se rendit en Egypte. Mais, constatant que la place lui manquerait dans une contrée qui fut de tout temps très peuplée, elle se dirigea vers la Libye.
« Les nouveaux venus l'occupèrent tout entière, jusqu'aux Colonnes d'Héraclès, et y fondèrent un grand nombre de villes; leur descendance y est restée et parle encore aujourd'hui la langue des Phéniciens. Ils construisirent aussi un fort en Numidie, au lieu où s'élève la ville de Tigisis. Là, près de la grande source, on voit deux stèles de pierre blanche, portant, gravée en lettres phéniciennes et dans la langue des Phéniciens, une inscription dont le sens est : « Nous sommes ceux qui avons fui loin de la face du brigand Jésus, fils de Navé'^ »
« Avant eux, la Libye était habitée par d'autres peuples qui, s'y trouvant fixés depuis une haute antiquité, étaient regardés comme autochtones... Plus tard, ceux qui quittèrent la Phénicie avec Didon allèrent rejoindre ces 'parents, établis en Libye,