‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 2)Chapitre 317 sur 468 · Maspero, L c, II, p. 741 ; III, p · texte numérisé non relu

Maspero, L c, II, p. 741 ; III, p

3. Les Cariens s'expatriaient volontiers comme mercenaires (en Lydie, en Palestine, en Egypte : Maspero, L c, III, p. 128, 389, 489). Mais le terme Kapiv.ôv Tsr/oç, qui désigne dans la traduction grecque du Périple d'Hannon (§ .5 : Geogr. gr. min., édit. Millier, I, p. 3-5) une colonie que celui-ci fonda sur la côte du Maroc, n'est probablement qu'une déformation d'un nom phénicien. Il ne doit pas faire admettre que les Cariens aient pris une part importante à la colonisation phénicienne en Occident, comme l'a cru Movers (II, 2, p. 17 et suiv., o'iJ; conf. Millier, ad locam).

4. "AyoAAx, itôXi; Atêyr,;, où TCÔppw twv S-jpreojv, aTtoîv.o; MsXiTaiwv. Etienne ne nomme pas sa source.

5. Le nom d'Acholla est probablement phénicien ; il parait signifier « la Ronde » : Meltzer, I, p. 458; Tissot, Géographie, II, p. 180.

eu, selon Silius Italicus*, une population mixte de colons Avenus de Sicile et d'Africains. On peut croire que ces établissements furent antérieurs au développement de la puissance de Cartilage, qui, lorsqu'elle domina dans la Méditerranée occidentale, dut se réserver le privilège d'y fonder des colonies nouvelles, surtout sur les côtes africaines^. Sur l'Océan, les Gaditains furent d'actifs navigateurs : peut-être créèrent-ils des stations, non seulement en Europe, mais aussi sur le littoral du Maroc ^

Il était nécessaire aux Phéniciens d'entretenir de bonnes relations avec les indigènes, qui alimentaient leur commerce et pouvaient leur fournir une main-d'œuvre robuste et peu coûteuse. Ils en accueillirent un certain nombre dans leurs murs*. Eux-mêmes ne durent pas s'abstenir de pénétrer à l'intérieur des terres ^ Mais rien n'indique que des colonies aient été fondées ailleurs que sur le littoral : nous avons mentionné ^ pour la rejeter, l'hypothèse qui identifie l'Auza du roi Ithobaal avec Auzia, aujourd'hui Aumale.

Oeaque Triuacrios Afris perraixta colonos...

2. Conf.,pour Acholla, Movers, II, 2, p. 333; Holm, Geschichte Siciliens im Alterthum, I, p. 92; A. Mayr, die Insel Malta im Altertum, p. 74 (il croit que la fondation d'Acholla est du \uv siècle, au plus tard du vu'). Cependant, pour Oea, on pourrait se demander si les « Trinacrii coloni » n'étaient pas des Phéniciens que les progrès des Grecs auraient chassés de Sicile et qui auraieiit été installés en Afrique par les soins de Carthage.

3. Sur les reconnaissances des Gaditains le long de cette côte, voir Diodore, V, 20.

4. Silius Italicus, l. c. Salluste, Jugurtha, LXXVIII, 4 : (Leptis Magaa) « eiuscivitatis lingua... convorsa conubio Numidarum. » Il est à croire que, dès le début, plus d'un colon prit femme parmi les indigènes, car les immigrants devaient être en majorité des hommes.

5. Si les poutres placées dans le temple d'Utique étaient vraiment en cèdre de Numidie, comme le dit Pline (voir plus haut, p. 360), on avait dû les chercher assez loin (conf. p. 141).

6. Conf. Salluste, L c, XI \, 1 : « Phoenices... urbis in ora marituma coodidere. »

De toutes les villes phéniciennes d'Afrique, une seule, Cartilage, a joué un grand rôle historique.

Comme Utique et Bizerte, elle s'éleva au seuil des deux bassins de la Méditerranée. Au fond d'un vaste golfe, qui reçoit la Medjerda et l'oued Miliane, une langue de terre*, séparée du continent par des collines assez difficiles à franchir, forme une sorte d'éperon ; à son extrémité orientale, elle est traversée par une suite de hauteurs, qui peuvent offrir des appuis défensifs et d'où la vue s'étend sur le pays environnant et sur la mer. La petite baie du Kram, qui se creuse au Sud-Est, constitue un abri, d'ailleurs médiocre; une autre anse, comblée plus tard, existait plus au Nord, au pied de la colline de Bordj Djedid : ce fut sans doute dans l'une de ces deux échancrures que les premiers colons établirent leur port. Ce lieu, dont le site offrait de grands avantages, était, il est vrai, dépourvu d'eau-.

Divers textes indiquent que Carthage fut fondée en 814-813 avant J.-C. et donnent des détails sur les circonstances de cette fondation. Avant de les étudier, nous devons rechercher si, à nne époque antérieure, une colonie phénicienne n'a pas existé sur le même emplacement^.

Dans la première moitié du iv* siècle, Philistos, un Grec de Syracuse, affirmait que Carthage avait été fondée par les Tyriens Azoros (ou Zoros) et Karchedon*, à une date qui, selon

1. Bordée au Sud par le lac de Tunis, au Nord par la lacune de la Soukra, qui était dans l'antiquité une baie.

2. Comme l'observe Eustathe, Commentaire de Denys le Périégéte. vers 195, dans Geogr. gr. min., 11, p. 2.51. — Nous décrirons plus longuement le site de Carthage lorsque nous étudierons la ville punique.

3. Opinion de Movers (II, 2, p. 1.33 et suiv.), qui, aujourd'hui encore, a des défenseurs.

4. Eusèbe, apud Georges le Syncelle, I, p. 324 de l'édition de Bonn (= Eusèbe, Chron., édit. Schône, p. 50) : Kxpyrfioya. z,r^a: «J'iaittoç xT'.(76r,vxi ûiro 'Aijcôpo-j xai

FONDATION DE GARTHAGE. 375

la Chronique d'Eusèbe, aurait correspondu à l'année 803 d'Abraham, c'est-à-dire à 1213 avant notre ère*. Cette indication fut accueillie avec quelque faveur. Elle fut reproduite par Eudoxe de Cnide^ un contemporain de Philistos : « Les Tyriens avaient fondé Carthage, sous la conduite d'Azaros (sic) et de Karchedon, peu de temps avant la guerre de Troie. » On la retrouve dans Appien^ auquel elle est parvenue par des intermédiaires qui nous sont inconnus et peut-être avec une altération en ce qui concerne la date^ : « Les Phéniciens, écrit-il, fondèrent Carthage en Libye, cinquante ans avant la prise de Troie; les fondateurs furent Zoros et Karchedon. »

Mais ces noms suffisent pour prouver qu'il s'agit ici d'une fable, inventée par un Grec qui n'était pas tout à fait étranger aux choses phéniciennes. Un homme appelé Karchedon n'a pas pu exister, ce nom grec étant, comme nous allons le voir, une forme corrompue du terme phénicien qui signifiait Nouvelle ville. Quant au nom de Zoros, il a été formé de Sôr, nom phénicien de la ville de Tyr. Comment Philistos a-t-il été amené à reporter cette prétendue fondation à une époque antérieure à la prise de Troie? Nous l'ignorons : les hypothèses qui ont été faites à ce sujet n'entraînent pas la conviction^.

Kapyriôdvo; twv Typîwv xaxà tovtov xbv jrpôvov. Ce que saint Jérôme reproduit ainsi (Schône, p. 51) : « Filistus scribit a Zoro et Carthagine Tyriis hoc tempore Garthaginein condilam. » D'autres indications d'Eusèbe et de saint Jérôme sont des échos déformés de cette légende : Eusèbe, apud Synceile, I, p. 340; le même, version arménienne, à l'année d'Abraham 978; Jérôme, ann. Abr. 974 (Schône, p. 60-61). Voir à ce sujet Meltzer, I, p. 438 et 459.

1. D'après la version de saint Jérôme. Certains manuscrits de saint Jérôme placent l'indication en 807, ou en 798. Conf. Gutschmid, Kleine Schriften, II, p. 90.

2. Scoiie à Euripide, Troyennes, 220 : Cobet, dans Earipidis Plioenissae, édit. Geelius (Leyde, 1846), p. 304.

3. Lib., 1 ; Kapx/jOdva ttiv èv Atêûri <î>oiviy.£(; Mxcaav, eTEfft Tr£VTT,y.ovTa ■Jtpb àXcÔTSw; 'D.i'ov, olxtfTxat 5' aiJTfjÇ iyi-/owzQ Zcùpôç te xal Kap/Y,8wv.

4. A moins qu'on n'admette des confusions entre différentes ères de Troie : voir Gutschmid, l. c, p. 92; Unger, Rheinisches Muséum, XXXV, 1880, p. 31-32; Rûhl, ibid., XLIX, 1894. p. 264 (ce savant suppose que Philistos s'est servi d'une ère de Troie débutant à l'année 1150 avant J.-C).

5. Selon Meltzer (I, p. 125; conf. Pietschmann, Geschichle der Phonizier, p. 287, n. 1), la lecture de l'Odyssée aurait fait croire que TOccidenl était connu des Grecs dès le temps de la prise de Troie. Comme on savait d'autre part que

Carthago ' est une transcription latine d'un nom que les Grecs déformèrent en Kacyr.owv, nom dont la forme exacte en phénicien est Qart hadasht- et dont le sens est Nouvelle ville. Caton l'Ancien le savait ^ Tite-Live aussi*. Mais ceux qui adoptèrent ce nom ont-ils voulu désigner une ville nouvelle par rapport à un établissement plus ancien, construit sur le même site% et non par rapport à une ou plusieurs autres cités de la Phénicie ou de l'Afrique du Nord? Il est impossible de donner une réponse certaine à cette question.

La preuve, a-t-on dit^ de l'existence d'une ville antérieure à Carthage, c'est que nous connaissons son nom, ou plutôt ses noms. Servius " affirme que « Carthage fut appelée auparavant Bvrsa ». Selon Etienne deByzance^ « Karchedon s'appelait la Nouvelle ville, Kadmeia, Oinoussa, et aussi Kakkabé, nom qui, dans la langue du pays, signifie tête de cheval ». Eusèbe^ qui

Carthage existait quand ils vinrent fonder des colonies dans la Méditerranée occidentale, on en conclut qu'elle datait d'une époque antérieure à la guerre troyenne. — D'après Gutscliinid (/. c, II, p. 45-40 et 93), une ère de Tyr, commençant à la tin du xiii^ siècle (au début du xii*, selon d'autres savants : v. supra^ p. 363, n. 6), aurait été usitée à Carthage, colonie tyrienne; Philistos aurait cru qu'elle indiquait la date de la fondation de la colonie. Conf. Unger, l. c, p. 3i ; Rùhl, l. c, p. 257.

1. Ou, plus correctement, Karthago : AudoUent. Carthage romaine, p. 1, n. 1.

2. riwirî rt~)'p- Légende de monnaies puniques : Miiller, Numismatique de Vancienne Afrique, II, p. 74-73 •, Babelon, Carthage, p. 23, fîg. 1. Pour une ville du même nom, située dans l'île de Chypre, voir Corpus inscr. sem.. Pars I, u° 3.

3. Apud Solin, XXVIl, 10 : « Garthadam..., quod Phoenicum ore exprimit civitatem novara. »

4. Servius, In Aeneid., I, 366 : « Carthago est lingua Poenorum nova civitas, ut docet Livius. » — Conf. Etienne de Byzanpe. s. v. Kap-/r,ocôv : 'Iv/.xX£ïto os Iva;vT) "KÔ'i.'.ç, etc.; Eustathe, à Denys, v. 193 {Geoyr. gr. min., II, p. 231): 'lâpga; Tr^-t jTÔAiv... ky.ilzdE TY) A;6-jwv stovr, Ka;vT,v TtôX'.v, CsTEpov ûà ix'krfir, Kap/r|ôcijv. On voit que ces deux auteurs savent que la ville s'est appelée Ka-vf, TïôXiç, mais qu'ils ne se doutent pas que c'est la traduction du nom dont les Grecs ont fait Kap-/r,ôaiv.

5. Comme le pense Movers, II, 2, p. 140. Contra : MeUzer, I, p. 91; conf. Gutschmid, L c, II, p. 89.

6. Movers, l. c, p. 136 et suiv. ; voir aussi Meltzer, 1, p. 467 et suiv. (exposé et réfutation).

7. In Aeneid., IV, 670 : « Carthago ante Byrsa, post Tyros dicta est. »

8. S. v. Kap-/Y)8oJv : ...'ExaASÏTo oà Kaiv-rj tcôXi;, vcal KaSfjLsia, xai Orvo-j<7ffa (un manuscrit donne Orvovja), xal KavcxâoiT to-jto) 3à xarà xriv otxsiav aÙTwv ),£;iv tTtîIO'J >.csaA-rî ôviAoCiTai.

9. Apud Georges le Syncelle, I, p. 340 (= Chron., édit. Schône, p. 60) : Kap/r,ôà)v êitsxTiaÔTj iiiô Kap}(r|Sovo;... 'ExaXerTO 5è -:pô toCtou 'Ooiytô.

admettait deuxfondations. nommait Origo la ville la plus ancienne. Mais cette dernière indication semble résulter d'une bévue : peut-être le prétendu nom propre n'est-il que le mot latin origo, mal compris. Dans les derniers temps de la Carthage punique, le nom que les Grecs ont transcrit Bupo-a et qui signifiait peut-être en phénicien lieu fortifié', était donné à la colline de Saint-Louis, qui portait la citadelle. Il est vraisemblable qu'à une époque antérieure, ce nom désignait l'ensemble de la ville, encore peu étendue, qui s'élevait soit sur la colline, soit ailleurs ^ Nous ne savons pas si le terme Qart hadasht était alors usité, en même temps que celui de B3^rsa, ou s'il fut adopté plus tard, comme le croit Servius, à la suite d'une circonstance que nous ignorons, peut-être de l'agrandissement de la ville. Il est seul employé, sous la forme Kap'j^r,Scôv, par les textes grecs les plus anciens, lesquels, il est vrai, ne remontent point au delà du v^ siècle ^ Quoi qu'il en soit, Servius n'indique , pas l'existence d'une ville antérieure à celle qui passait pour avoir été fondée par Didon '\ C'est aussi à Karchedon, et non k une ville plus ancienne, qu'Etienne de B3zance rapporte les noms de Kadmeia, d'Oinoussa et de Kakkabé. Les deux premiers sont sans doute des épithètes données à CarLhage par des poètes grecs °. Quant à Kakkabé % ce nom est

1. Meitzer, I, p. 92; conf. AudoUent, Carlhage romaine, p. 209, ri. 2. Cela csl «ontesté par Wiuckler, Altorientalische Forschiuujen, 1, p. 447, n. 3.

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