Ibid., I, 18 (116); c»nf. Antiq. jud., VIII
3. Comme l'observe Gutschmid [Kleinc Scliriften, II, p. 93), il est question dans Méiiandre de la fondation d'une autre colonie africaine, Auza (voir plus haut, p. 3G2) ; la mention de cette ville, qui n'eut aucune célébrité chez les Grecs, n'est évidemment pas une addition de Méuandre. — A la date de la fondation de Carlhaire, qui seule aurait figuré dans le document tyrien, Ménandre n'aurait-il pas ajouté la mention de la sœur du roi et de sa fuite? C'est là une hypothèse qu'il est impossible de prouver. A tort ou à raison, les Tyriens ont pu croire à l'existence d'Élissa, quoique je ne veuille pas invoquer à ce sujet la phrase derhéteur citée plus haut, p. 383, n. 3, non plus qu'une monnaie de Tyr, d'époque tardive (règne d'Élagabalc), qui représente et nomme Didon : Babelon, Monnaies grecques de la Bibliothèque nationale. Perses Achéménides, p. 327, n° 2231, pi. XXXVI, fig. 20; cette monnaie témoigne peut-être simplement de la célébrité de V Enéide de Virgile
Revenons à Justin. Il nous paraît superflu d'insister sur le caractère légendaire de son récit. Les aventures d'Elissa sont un roman, dont certains traits ont peut-être été empruntés à des contes populaires S dont un épisode a pour origine un jeu de mots, et un autre, semble-t-il, une image tracée sur des monnaies.
On a même cru pouvoir affirmer que les personnages qui apparaissent dans cette légende sont, non pas des hommes, mais des dieux phéniciens^. Pour Élissa, Justin lui-même prête un appui à cette opinion : « Tant que Carthage demeura invaincue, Elissa fut honorée comme une déesse ^ » Aussi a-t-on soutenu qu'Elissa n'est qu'une épithète d'Astarté, signifiant « la Joyeuse » *. Pour Pygmalion, une découverte faite, il y a une vingtaine d'années, dans un tombeau de Carthage qu'on peut dater du vi* siècle, semble une confirmation éclatante de l'hypothèse qui l'a érigé en divinité. Sur un pendant de collier en or, se lit cette invocation en langue phénicienne, dont nous donnons la traduction d'après Philippe Berger^ : « A Astarté à Pygmalion ^ Jadamelek, fils de Padaï; délivre, qu'il délivre Pygmalion! » Hiarbas est qualifié de fils de Jupiter Hammon par Virgile \ Movers * l'a identifié avec un dieu adoré en Afrique, que les Grecs appelaient lolaos^; Meltzer^" croit aussi qu'il s'agit d'un dieu libyque. Un poète lyrique grec,
1. Winckler (Altorientalische Forsehungen, I, p. 339) constate des analogies entre la légende de Didon et celle des Niebelungen. Voir aussi Basset, dans Revue des traditions populaires, Y, 1890, p. 718-9 (légende de la peau de bœuf eu Sibérie).
2. Voir surtout Meltzer, I, p. 128 et suiv. Movers, après avoir cru qu'Elissa et Dido étaient deux noms d'une même divinité, a distingué plus tard (II, 1, p. 3G2 ; II, 2, p. 92) Dido, déesse, d'Élissa, personnage historique.