Quoi qu'on dise Anziaui, apud Gaucklcr, Nécrop., p. xli
que les vases d'importation qui ne manquent pas dans les sépultures. En réalité, les artisans puniques ne se donnaient plus la peine de bien faire : c'était un souci qu'ils laissaient aux Grecs. Ils accomplissaient leur besogne routinière sans l'aimer. Ils avaient autour d'eux une larg^ clientèle pour les objets à bas prix; ailleurs, les monopoles commerciaux mettaient les acheteurs presque à la merci des vendeurs. Certaines industries de luxe, orfèvrerie, bijouterie fine, tissus, échappèrent-elles à cette décadence de la technique? Nous l'ignorons, car les tombes ne nous les font pas connaître. En tout cas, il n'y a pas lieu d'admettre qu'elles aient produit de véritables œuvres d'art. Les dons artistiques d'un peuple se révèlent dans les choses les plus communes : or celles-ci attestent l'irrémédiable impuissance des Carthaginois. Ils ne savent même pas imiter adroitement leurs modèles grecs; à cet égard, ils sont fort inférieurs aux Etrusques, copistes comme eux. Des objets élégants, d'une forme harmonieuse et d'un dessin correct, sont sortis des cimetières de Carthage. Pour la plupart, il est permis d'affirmer qu'ils ont été fabriqués loin de cette ville; il n'en est pas un seul qu'on ait le droit d'attribuer sans hésitation à un atelier local. Du reste, il se peut que des artisans grecs soient venus s'établir dans la capitale africaine et y aient travaillé comme s'ils étaient chez eux. Les Carthaginois ne se faisaient pas illusion sur la valeur de leur industrie : lorsqu'ils désiraient quelque pièce qui ne fût pas trop vulgaire, ils la demandaient à l'étranger. Leurs clients des pays occidentaux recherchaient aussi les produits grecs, quand ils pouvaient y mettre le prix. Peu importait aux marchands l'origine de ce qu'ils vendaient, s'ils faisaient de gros bénéfices. L'industrie ne profitait donc pas, autant qu'elle l'aurait du, des conditions favorables que lui créaient les monopoles commerciaux.
CHAPITRK III
Qup les Phrnicîpns aient eu le génie du commerce, c'était là une vérité banale pour les anciens^, pour les Hébreux^ comme pour les Grecs*. A cet égard, les Carthaginois furent les dignes héritiers de leurs pères*. Ils se montrèrent fort âpres au gain S quelle que fût leur condition sociale.
Un certain nombre d'inscriptions, ex-voto à Tanit Pené Baal et à Baal Hammon, mentionnent des marchands \ C'étaient en général, semble-t-il, d'assez petites gens, des intermédiaires pour la vente des produits qui affluaient dans la ville. D'autres
1. l'our le commerre carthaginois, voir, entre autres, lleeren, Politique et coni merce des peuples de l'antiquité (trad. française, IV, p. 175-274; K. Specii, Handels ijescliiclite des AUertums, III, 1 (1905), p. 1-200.
2. Pline l'Ancien (VII, 1(19), énutnéranl les auteurs des grandes inventions : • invenerunt... mercaturas Poeni •.
:{. Isai.-, XXIII, S. Kzécluol, XXVI, 12; XXVII. :{. 12 et suiv., 33; XXVIII. 5.
4. Homère, Odyssée, XIV. 288 et suiv.; XV, 415, 45.5-(). Pindare, Pytii., II. 67. Hérodote. I. 1. Diodore, V, 20, 1; V, 35, 3-5.
5. Cicéron {République, II, 4, 7) dit que les Carthaginois, par cupidité, s'adonnèrent exclusivement au commerce et à la navigation. C'est là, du reste, une exagération : conf. t. JI, p. 433.