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qui était grandement vénéré et craint à Carthage : comme li- Saturne afiicain d»' l'époque romaine', il devait se confondre avec ce Baal Uanimon, tant de fois invoqué sur les stèles de la capitale-. On lui oITrait des victimes humaines, des enfants''. (!e fut dans son temple qu llannon pla(;a l'inscription où il rendait compte de l'expédition mémorable entreprise le long des côtes de l'Océan *. Diodore'' décrit brièvement la statue en bronze du terrible dieu, dont les mains inclinées recevaient les jeunes victimes et les laissaient glisser dans une fournaise*^. Elle devait être bien connue des (jrecs qui avaient visité Carlhage. 11 n'est pas probable qu'elle ait reproduit les traits de Zeus Ammon : s'il en avait été ainsi, on aurait appelé ce Baal Zeus, et non Cronos.
Au iiT' siècle avant notre ère, les Massyles, nation numide, adoraient, dit-on. Cronos et lui offraient, eux aussi, des victimes humaines'. Etait-ce un dieu proprement africain, qu'on aurait
1. Aucjuel des prùtres offraieQt encore des enfants en sacrifice (Terlullif^n, ApoL. Il), comme les Carthaginois en oITraicnt à leur « Saturne • : ce qui, eulre autres arj^umenls, atteste <ju"il s'agit du niôme dieu.
2. Servius {In Aeneid., IV, G80) indique (jue les patrii dii de Carthage étaient Salurnus et liino (c'est-à-dire Baal Hammon et Tauil Pené Baal).
•i. Pseudo-Platon, Minos, 5. Clilanjue, dans Schol. Gr. in PUdonein, coll. Didot, Platon, t. 111, p. 321, et dans Suidas, s. v. ilapôâvio; Y'"''?- Varrou, apud saint Augustin, Civ. Dei, Vil, 19; conf. ibid., 20. Diodore. XIII, SG, :{; .\X, 14,4 et suiv. conf. Pescennius Feslus, apud Lactance, Inst. div., I, 21 ; Eusèbe, Laud. Conslanlini, i:{). Denys d'ilalicarnasse, I, 38. Quinte-Curce, IV, 3, 23. Plutaniue, Dr sera nuniinis vindicla, 0 {Moralia, Didot, I, p. UCT); De superstilione, 13 (ibid., p. 203); heij. et imper, apophth., Gelo, 1 (i6id., p. 208). Porphyre, De abslin., 11, 27. Dracontius, V, 150. Pour ces sacrifices d'enfants au Saturne carthaginois, voir infra, p. 408 et suiv.
'■'y. XX, 14, (i. Voir aussi Clilar(|ue, //. ce.
(■>. Des le.\tt•^^ héltrcu.x d(^ hassi- ^poeiiic décrivent une statue de « Moloch •,1e dieu auquel on avait jadis sarrille des enfants en Palcstiiu;. Klle avait une tiMe de veau. Ses mains étaient disposées de manière a recevoir ce qu'on venait lui olfrir. Le feu consumait les victimes à l'intérieur de son corps, (|ui était creux. Voir .M. .Mayer, dans le Lexikun de Hoscher, 11, |). 150."). Je ne sais quelle est la valeur de celte description et dans (juelle mesure on a le droit d'applicjuer au Cronos de (Carlhage ce qui est dit de Molocli.
7. Hesianax, dans Frwjm. Iiisl. Gr., 111, p. 70-71, n" 11 : indication peu sûre (conf. ici, t. 111, p. 83). On attribue la même coutume à des Sardes, adorateurs, eux aussi, d'un Cronos : Fr. kisl. Gr., 1, p. lyu, u"' 28 et 2W; p. 380, n"" M et 12. OStLL. IV. 19
identifié avec le Cronos carthaginois à cause de ces sacrifices? ou Baal Hammon, adopté dès cette époque par des autochtones?
Cronos-Saturne se retrouve en Occident dans des régions qui furent soumises à la domination ou à l'influence des Phéniciens. Des divinités indigènes peuvent se cacher sous ces noms, aussi bien que desBaals^ La seconde hypothèse est vraisemblable pour le Cronos qui possédait un temple tout près de Gadès, à l'extrémité Nord-Ouest de l'île de Léon-, pour celui qui avait donné son nom à une colline de Carthagène' et à un cap voisin de cette ville ^. Mais ce pouvaient être d'autres Baals que Baal Hammon. Au détroit, les Colonnes d'Héraclès auraient été appelées d'abord Colonnes de Cronos ^ : si cela est exact, il n'est pas défendu d'attribuer à cette dénomination une origine phénicienne.
Pourquoi Baal Hammon et d'autres Baals furent-ils identifiés avec Cronos? Selon des auteurs anciens^ et des savants modernes ^ ce fut parce que ces Baals exigeaient des enfants comme victimes, et que Cronos avait dévoré ses propres enfants. Cette explication n'est guère convaincante. Peut-être le nom de Cronos, père et ancêtre des dieux, fut-il adopté parce que ces Baals étaient, non pas des divinités qui, mourant périodiquement, renaissaient dans l'éclat et la force de la jeunesse, mais des dieux éternellement vivants, pleins d'années, des « Vieillards » : on qualifiait ainsi le Cronos de Gadès* et le Saturne de la seconde Carthage'.
1. Conf. Jullian, Histoire de la Gaule, I, p. 142, 386 (n. 1).
2. Strabon, III, -5, 3. Voir aussi Festus Aviénus, Ora inaritima. 263 et 304.