‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 3)Chapitre 525 sur 553 · Strabon, III, :>, .i · texte numérisé non relu

Strabon, III, :>, .i

3. Diodore, XXllI, 18, 5. A ce chilîre, il conviendrait d'ajouter les gens qui venaient de périr sous les coups des Romains.

ROLK ilISTOniOLF: DP, CARTIIAHE. 479

Bcrlx-rie. en Sicile, en Sardaii.'ne, n'étaient pas très vastes. En Sicile, olle avait été arrêtée par les Grecs. En Sardaij^^ne. elle n'avait pas pris la peine de conquérir la zone montagneuse. Nous ne savons pas exactement jusqu'où son territoire africain s'étendait avant le milieu du iiT siècle, mais il ne couvrait qu'une partie de la Tunisie. Klle ne fonda, autant qu'il semble, aucune ((donie à l'intérieur des terres' : c'eût été cependant donner des points d'appui à sa «lomin.ition. Elle exiijea beaucoup des indii^ènes. les exploita et même les rançonna. Elle ne songea pas à faire de ses sujets des citoyens, à constituer en lierbérie une nation punique, qui eût allié à la civilisation du vieil Orient la jeunesse d'une race vigoureuse. Quant aux gens de (Cartilage, ils servaient de moins en moins dans les armées et n'étaient guère capables de se battre. Mais leur ville était bien défendue par la nature et par des fortifications qui défiaient les assauts. La flotte de guerre n'assurait pas seulement la police des mers et des rivages, par conséquent la liberté du commerce et le maintien de l'Empire ; elle permettait aux Carthaginois de ne pas craindre un blocus du côté de la terre, puiscjue, grâce à elle, leurs |)orts, inviolables, pouvaient recevoir des troupes et des vivres. Lorsque Agathocle chercha, en se jetant sur l'Afrique, à échapper au désastre qui le menaçait dans Syracuse, il n'avait sans doute [)as l'espoir de prendre et de détruire Carthage; il voulait la frapper de terreur et obtenir qu'elle lui laissât les mains libres en Sicile. Il n'y réussit pas; il ne réussit même pas à tirer des indigènes un concours sincère et vraiment efficace, tant l'issue de son entreprise leur paraissait incertaine. Sûre du lendemain derrière ses murailles. Carthage put former les armées nécessaires à uni- oITensive et elle eut raison de l'envahisseur.

1. Ttipud.ilis. Hiliice à prnximili' de Bi/.prlc. mais non pas sur la mer (c.onf. I. II. p. 108), recul rit- IUmim;. nprùs l.i iroisiciiic ^^ncrrc [xiiiiciiic, le litre de • j^'iiplc lihrt; •• comme plusieurs cites phéniciennes du lillonil. Il >e peul iju'elie ait clé, elle aussi, uue cite plicniciunae. Mais cela u'est pus cerlniu.

La Sicile la mit aux prises avec Rome. Dans une lutte qui dura un quart de siècle, le gouvernement de l'aristocratie fut très inférieur à sa tâche. Il ne sut pas faire un bon emploi de sa marine, que les Romains, malgré leur inexpérience nautique, battirent dans presque toutes les rencontres. Grâce à un condottiere grec, il triompha de Régulus, qui, égaré en Afrique avec quelques milliers d'hommes, eut la présomption d'engager la bataille dans les conditions les plus défavorables. Mais, en Sicile, il n'organisa que deux grandes offensives, qui lui valurent deux défaites; il laissa presque toute la guerre se traîner en défenses de places fortes et en escarmouches, dont il ne pouvait attendre aucun résultat décisif. La paix conclue, il fut incapable de conjurer la révolte des mercenaires et d'empêcher un grand nombre d'indigènes de se joindre à eux.

Il se serait résigné sans trop de peine à la perte de la Sicile, qu'avait bientôt suivie celle de la Sardaigne. Renonçant a toute visée conquérante, sauf peut-être en Afrique, Carthage eût rapidement recouvré sa prospérité par son commerce maritime et l'exploitation de son territoire. Amilcar Barca, son gendre Asdrubal, puis ses fils eurent d'autres ambitions pour leur patrie.

Après la guerre des mercenaires, Amilcar déjoua les manœuvres de ses adversaires politiques en s'appuyant sur le peuple, et celui-ci prit désormais une part plus active aux affaires publiques. Au bout de quelques années, les Barcides disposèrent aussi de la majorité dans le Sénat. Comme les Magonides, ils dominèrent l'Etat sans accomplir une révolution violente : le Sénat, le Comité, les juges inamovibles conservèrent leurs attributions; il est vraisemblable que le peuple ne reçut pas de nouveaux droits, mais eut seulement des occasions plus fréquentes de faire usage de ceux qu'il possédait depuis longtemps.

Se refusant à accepter la déchéance de Carthage, Amilcar

ROLE HISTORIQUE DE (',ARTllA(îE. 481

prépara 1rs ressources nécessaires à une nouvelle lutte. Les mémorables conquêtes des Harcides dans la péninsule ibérique leur donnèrent en abondance argent et soldats. Mais il ne faut pas oublier ce qu'ils lirent, avec moins d'éclat, dans l'Afrique du Nord. Avant de partir pour l'Europe. Amilcar agrandit la province carthaginoise • ce fut peut-être alors (jue l'on creusa un fossé pour en marquer les limites. Quoiqu'ils résidassent en Espagne, lui-même et ses successeurs exercèrent le commandement suprême en Berbérie. Sur le territoire propre de la Hé{)ublique, ils pouvaient recruter de solides fantassins, et, au delà, demander aux chefs numides les cavaliers qui furent les meilleurs ouvriers de leurs victoires. Certains de ces chefs étaient de véritables souverains, groupant sous leur autorité de nombreuses tribus; pour mieux se les attacher, les IJarcides ne dédaignèrent pas de s'unir à eux par des mariages. Ils agirent de même en Espagne. Ainsi se constitua leur belle armée, formée presque exclusivement de l^ibyens, de Numides et d'Ibères. Hannibal songea-t-il à élargir la cité punique, en lontrouvrant. puis en l'ouvrant à ces peuples'? C'eût été la tâche de l'avenir; celle du présent était la revanche à laquelle Amilcar n'avait cessé de penser.

Son fils aîné fut l'Ame de celle guerre décisive, dans laquelle Carthage jeta toutes ses forces et les employa au gré d'Hannibal. Cependant elles ne pouvaient suffire. Pour abattre Home, il fallait une coalition de tous ceux que Home avait vaincus ou qu'elle menaçait. Des coups frappés près du cœur de l'ennemie donneraient confiance aux hésitants : Hannibal transporta les hostilités en Italie. Mais ses prévisions furent déçues. Ses alliés de la Cisalpine et de la péninsule ne lui rendirent pas tous les services qu'il attendait d'eux; les autres ne puient le rejoindre. La Hépublique romaine resta maîtres.se d'un terri-

Page 1