‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 3)Chapitre 526 sur 553 · Conf. t. Il, p. 2J'.), II. I ; p. :t'.)0, n. I · texte numérisé non relu

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toire vaste et peuplé, qui lui fournit les légions dont elle eut besoin; elle soutint la guerre partout. En Italie, elle usa Hannibal. Les Carthaginois ne réussirent pas à reprendre pied en Sardaigne et en Sicile. Ils perdirent, avec l'Espagne, l'instrument qu'Amilcar avait forgé pour relever leur puissance.

Dans la préparation de cette lutte, la marine avait été négligée, lesBarcides ne l'ayant pas crue nécessaire à l'exécution de leurs desseins. Une invasion de l'Afrique par une armée qui serait assurée de ses communications avec la Sicile n'était plus une entreprise téméraire, comme aux temps d'Agathocle et de Régulus. De grands royaumes s'étaient formés chez les Numides; si Rome obtenait leur aide contre Garthage, elle pouvait s'attendre à de prompts succès. Après avoir terminé la guerre en Espagne, Scipion fut autorisé à passer en Afrique. Son expédition faillit tourner mal. Des deux princes indigènes sur lesquels il avait compté, l'un, Syphax, s'était déclaré pour les Carthaginois; l'autre, Masinissa, vint presque seul au camp romain. Scipion sortit d'une situation difficile par son heureuse audace. Syphax s'effondra. Masinissa, ayant reconquis son royaume, amena à ses alliés une cavalerie nombreuse. Ce fut grâce à cette cavalerie, grâce aussi à la bravoure et à la cohésion de ses légionnaires que Scipion anéantit les troupes disparates d'Hannibal. Carthage avait perdu sa dernière armée ; elle n'était plus défendue que par ses remparts, derrière lesquels elle eût pu résister longtemps. Le vainqueur n'essaya pas de les forcer. Rome laissa vivre sa rivale, en la confinant en Afrique et en lui enlevant les moyens matériels de recommencer la guerre. Hannibal, pourtant, n'avait pas renoncé à tout espoir. Faisant appel au peuple pour briser l'opposition de l'aristocratie, il entreprit de mettre ses concitoyens en état de se joindre à une nouvelle coalition. Les ennemis acharnés qu'il avait parmi eux se débarrassèrent de lui en le dénonçant aux Romains.

Ceux-ci ne voulaient pas s'imposer les charges qu'eût exigées

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l'annexion du territoire punique ; mais ils souhaitaient que Cartilage, déjà si diniinure, s'alTaiblît encore. I^endant un demisiècle, ils laissèrent -Masinissa la dépouiller, par une série d'usurpations qu'ils approuvèrent ou tolérèrent. Les choses en vinrent au ()oint qu'il ne resta guère au roi (ju'à mettre la main sur la \ illf même de Carthage. Plus d'un Carthaginois se résignait déjà à une entente avec lui. l/antique cité, tout en gardant l'ajtjiarence d'une république, serait devenue la capitale, léducatrice d'un puissant empire, dont la destinée prochaine semblait être de s'étendre sur la Herbérie entière : Masinissa régnait déjà depuis la Moulouia jusqu'au fond delà grande Syrte. Kome. avertie par Caton, comprit alors ce qu'elle avait à craindre : il ne fallait pas que le souverain d'un grand Etat devînt maître de l'entrée de la .Méditerranée occidentale, de la pointe (jue l'Afrique dirige vers la Sicile. (]elte proie que le Numide croyait déjà tenir, ses vieux alliés l'en frustrèrent en décidant de la détruire. Privée de ses armes par 1 h\ (locrisie romaine, abandonnée par Utique, Hadrumète et d'autres villes phéniciennes qui ne voulurent point périr avec elle, Carthage soutint pendant trois ans une latte désespérée.

Elle avait été riche parce que son aristocratie avait mis l'argent au-dessus de tout. Elle avait été grande parce qu'elle avait eu quelques grands hommes ', surtout les Magonides et les Barcides. Les Magonides tombèrent trop tôt. Ils laissèrent à Carthage un empire qui avait une large façade, mais peu de fond, et sur lequel de graves menaces restaient suspendues. Les lîarcidos vinrent trop tard. A leur patrie, déjà vaincue et dépouillée |tar Home, ils procurèrent hâtivement des ressources nouvelles. .Miiis Home en avait davantage; elle \\n[ réj)arer les désastres ({ue lui infligea le génie d'IIaiuiibal et triompher de son ennemie épuisée.

1. On peut dire d'elle re que Snliusli' {Oit\l<wi, Mil. K) n dit, — moins cxiiclcriiPiit, — d)' la l{cpiiiilii|ijc ri)iiiaiiic : •■ .Milii iiiiiita ai^ilaiili cuiitilaljul ]iuucuruiii i.-iviuni cgregiain virluluin cuuclu palravi:jâe ».

Fondée par quelques centaines ou quelques milliers d immigrants, Carthage eut ensuite une population qui peut être évaluée à plusieurs centaines de mille âmes. Il est évident que beaucoup de ses habitants étaient de race africaine: pendant près de sept siècles, la ville fut ouverte aux Libyens qui l'entouraient. Les indigènes étaient nombreux dans les autres cités phéniciennes de l'Afrique du Nord et leur sang se mêla largement au sang des colons. Sur ceux-ci, If-urs mœurs, leurs croyances, leur langue ne furent pas sans influence. Nous l'avons constaté pour des rites funéraires, dans certains lieux des côtes de la Tunisie orientale et de l'Algérie : corps repliés et teints en rouge, ossements réunis pêle-mêle après décharnement complet. Tanit Pené Baal paraît avoir été une Astarté proprement africaine : on peut se demander si elle n'avait pas pris quelques attributs d'une divinité autochtone. Il n'est guère douteux que le dieu phénicien Baal Hammon n'ait été identifié avec Ammon, le grand dieu égyptien adopté par les Libyens depuis plusieurs siècles. Mais, en somme, les Phéniciens ont beaucoup moins reçu des Africains qu'ils ne leur ont donné : ce qui n'est pas étonnant, puisque leur civilisation était très supérieure.

Ils ont plus emprunté aux Grecs. Des objets grecs se rencontrent dans les tombes dès le vu" siècle : ceux qui pouvaient les acheter les préféraient aux objets phéniciens, plus grossiers. Après avoir détruit des cités grecques, Garthage se para volontiers de leurs dépouilles artistiques. Depuis le v" siècle, les formes et le décor grecs dominent dans l'industrie, l'architecture, la sculpture. Il est probable que des ateliers grecs s'établirent dans la ville; les ouvriers puniques copièrent, plus ou moins mal, leurs produits et ceux que le commerce apportait.

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I/introduction (lu culte de Démêler et de Cori' fut une expiation [)ublitjUf d'une ini[iit''t«'' commise envers les deux déesses ; ce[icndanl la |)(»|iulaiilr des Crre/rs dans l'Afrique romaine montre que ce culte ne -^arda [>as un caractère strictement ofticiel. A l'époque des guerres puniques, ceux qui incinéraient leurs morts, ceux qui enfermaient des cadavres d'enfants dans des jarres, imitaient probahlement les (îrecs de Sicile. On sait que l'aristocratie carthaginoise était familière avec la langue et la civilisation helléniques; dans la science rurale, dans l'art militaire, Magon et Hannibal mirent à profit les préceptes et les exemples des Grecs.

Malgré de tels emprunts, Carthage resta profondément orientale. Dans cette ville où les hommes de pur sang phénicien devaient être fort peu nombreux, tous parlaient la langue phénicienne, sans trop l'altérer. D'origine phénicienne étaient aussi les costumes qu'ils portaient, les poids, les mesures, le calendrier dont ils faisaient usage, les caveaux à puits au fond desquels ils ensevelissaient leurs morts. L'art et l'industrie, d'abord égyptisants, avec quelques éléments asiatiques, s'étaient hellénisés; mais les vieilles formules n'avaient |)as toutes disparu : disque ailé, nantjué de serpents, moulure en forme de gorge, images égyptiennes sur des pierres gravées, des pendeloques, des hachettes, etc. La religion surtout avait gardé un caractère oriental. C'étaient, dune manière générale, les mêmes dieux ijii'en Phénicie ; on avait à leur égard les mêmes sentiments : crainte et soumission d'esclave, plutôt qu'aiïectueuse confiance; on les adorait par les mêmes rites, dont plusieurs étaient atroces.

l'our ceux qui avaient allaire à eux, les Carthaginois restaient des étrangers antipathiques, des gens incapables de garderie jnst«; milieu rnlre l'arrogance et la bassesse, perfides, cruels, t listes et fanatiques. Leur caractère contrastait avec la dignité (les Homains. l'enjouement des Crées, la gaité enfantine des demi-sauvages qu'ils rencontraient en Afrique.

S'ils surent apprécier pour leur propre usage les bienfaits de l'hellénisme, ils ne l'épargnèrent pas dans leurs guerres de Sicile. Ils interdirent aux Grecs de s'établir et même de trafiquer dans une bonne partie de l'Occident; ils les empêchèrent ainsi d'éduquer des peuples qu'eux-mêmes ne s'efforçaient pas de tirer de la barbarie. Il ne faut pas, d'ailleurs, exagérer le tort qu'en agissant ainsi, ils firent à la civilisation : si l'hellénisme a conquis la Sicile et le Sud de l'Italie, son rayonnement a été faible en Gaule et en Cyrénaïque, où les Phéniciens ne gênaient en rien des colonies grecques qui existaient déjà au début du vi^ siècle.

Pour sa part, Garthage a fort peu contribué à la civilisation générale. Son luxe n'a guère été utile à l'art. Nous avons dit ce que fut son industrie, qui n'inventa rien, se traîna dans la routine, et dont la technique même est soit médiocre, soit mauvaise. Ses navigateurs et ses marchands auraient pu fournir de précieux renseignements à la science géographique, mais ils se sont gardés de faire connaître les sources de leur richesse. Le « Périple » du roi Hannon est un récit assez puéril. Magon eut assurément de l'expérience agricole, mais certaines recettes qu'il donne sont ineptes. Et son ouvrage était-il autre chose qu'un bon manuel?

Les Grecs ne durent rien aux Carthaginois, sauf la connaissance de quelques machines de siège, d'origine orientale. Les Romains, qui ont tant appris de l'hellénisme, ont fait peu d'emprunts à Garthage : le traité de Magon, les modèles de leurs vaisseaux de guerre, des règles de tactique qu'IIannibal leur enseigna à leurs dépens. Par reconnaissance pour les Grecs, ils se montrèrent en général indulgents envers eux; ils furent sans pitié pour les Carthaginois, ces barbares qui leur avaient fait tant de mal.

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