Polybe, I
LA GUERRE DES MERCExNAlRES. 111
ment en. retraite et fit faire à celles qui étaient en arrière les mouvements nécessaires pour les opposer aux assaillants*. Les Libyens et les mercenaires, croyant que leurs adversaires ont peur, les poursuivent sans garder leurs rangs. Mais les fuyards s'arrêtent et font volte-face quand ils sont parvenus auprès de l'infanterie lourde; celle-ci s'avance en bon ordre. Ces manœuvres inattendues déconcertent les rebelles. Ils prennent la fuite, heurtent et culbutent leurs compagnons, sont écrasés par les éléphants et les chevaux qui les chargent. Six mille furent tués, deux mille faits prisonniers; les autres revinrent précipitamment vers leurs camps. Amilcar alla occuper le pont du Bagrada, que les vaincus abandonnèrent pour se sauvera Tunis ^
1. Polybe (I, 7G, o) parle d'une conversion. On pourrait supposer qu'Ainilcar ordonna à ses hopliles d'obliquer les uns à droite, les autres à gauche, afin de les opposer, d'une part, à l'armée d'Ulique, d'autre part, à l'armée du pout. Voir une autre explication dans Veith, p. 534. Les indications de Polybe ne me paraissent pas suffisantes pour reconstituer cette bataille avec certitude.
2. Polybe, I, 7G, 1-10. — A l'époque romaine, une route, reliant Carthage à Utique, traversait le djebel Nahéli, passait au lieu appelé Ad Gallum Gallinaceum, aujourd'hui la Sebbala, puis se continuait en plaine (Tissot, II, p. oo-57). Il est à croire qu'une voie suivant le même parcours existait à l'époque punique : pour unir leur ville à Utique, les Carthaginois avaient dû établir un tracé aussi direct que possible, un de ces passages faits de main d'homme qui, dit Polybe, franchissaient les collines interposées entre l'isthme et le continent. On a objecté (hix Blanchère, Bull, archéol. du Comité, 1887, p. 443) que la plaine qui s'étend au Nord de la Sebbala était alors coupée de marais pendant une bonne partie de l'année. Mais elle l'était sans doute aussi à l'époque romaine, au temps où la route existait certainement. La Medjerda, que l'on rencontrait à peu de distance de la Sebbala, pouvait être traversée soit à gué (quand les eaux étaient basses), soit en bac, soit sur un pont. Si l'on admet cette dernière hypothèse, le pont unique dont parle Polybe aurait été à 1 oOO mètres au Nord-Ouest de la Sebbala et À neuf kilomètres à peu près de l'embouchure du lleuve (couf. Veith, carte 12, c-g). Il semble bien, cependant, qu'il se soit trouvé plus en amont. Ayant passé la barre, Amilcar se dirigea vers le pont. S'il n'avait eu que neuf kilomètres à faire, il aurait pu y être en deux heures. Or, lorsijue la bataille s'engagea, il ne l'avait pas atteint; il devait même en être assez loin, puisqu'il eut à combattre l'armée qui, de ce pont, vint à sa rencontre. Pourtant cinq heures au moins «'écoulèrent entre le moment où le passage d'Amilcar fut connu des ennemis et le début de la bataille. Nous savons, en eiïet, que l'armée qui assiégeait Utique participa à l'aition. Elle se trouvait à environ quatre lieues de la Medjerda, distance qu'eurent à franchir d'abord les courriers qui l'avertirent, puis l'armée elle-même. On peut admettre qu'jiprès la traversée du fleuve, Amilcar accorda quelque repos à ses troupes, qui venaient de faire, eu pleine nuit, près de quatre lieues. Mais il est inadmissible qu'il ait perdu plusieurs heures, surtout s'il pouvait, grâce à une marche rapide, attaciuer et vaincre l'armée du pont avant
Ils renoncèrent aussi au siège d'Utique^ Barca ne resta pas inactif après ce beau succès. Il emmena son armée en campagne, recevant des soumissions ou prenant d'assaut des lieux fortifiés-.
Matlios assiégeait Bizerte, dont il ne voulait pas s'éloigner. Il invita Spendios et Autarite, chef des Gaulois, à suivre les mouvements d'Amilcar, mais à ne pas s'aventurer dans les plaines, à cause du grand nombre d'éléphants et de cavaliers dont les Carthaginois disposaient, à longer au contraire les montagnes et à attaquer quand l'ennemi s'engageraitsur des terrains qui lui seraient défavorables. En même temps, il pria les Numides etles Libyens d'envoyer des renforts. Spendios prit à Tunis environ 6 000 soldats de diverses nations et les2 000 Gaulois d'Autarite, et il fît ce que lui conseillait Mathos. Amilcar campait dans une plaine entourée partout de montagnes % quand arrivèrent les indigènes qui venaient prêter main-forte aux mercenaires. Il se trouva tout à coup dans une situation cri-
l'arrivée de celle d'Utique. Nous supposons donc que le pont n'était pas dans le voisinage de la Sebbala. Peut-êlre La Blanchère (qui donne d'autres raisons) n'at-il pas eu tort de le placer à l'Ouest du djebel Ahmar, près d'Henchir Bou Djaoua, à environ vingt kilomètres de l'embouchure {l. c, p. 443-5). Ce pont aurait porté une route qui, venant de Garthage, aurait passé à proximité de Tunis et contourné les collines au Sud et au Sud-Ouest. La bataille aurait pu être livrée au Nord de Sidi Tabet. Voir la petite carte à la p. 109; je me suis servi pour la dresser de la carte 12, n° a, de M. Veith.